Atsumu
Hyper excité pour ma superbe rime, à peine j'arrive dans mon futon que mes doigts parcourent automatiquement l'écran pour appeler mon jumeau. Mes colocataires de chambre ne sont pas encore remontés, et j'attends impatiemment la voix de mon frère. Dès que le « 'Tsumu ? » retentit dans mon oreille, je hurle :
- 'SAMU TU DEVINERAS JAMAIS, j'ai trouvé une SUPERBE rime ! « Omi je vais te réduire en bouillie », c'est pas trop bien ?
- Tu sais 'Tsumu, si c'est une manière détournée de m'appeler parce que je te manque, sache que c'est un échec absolu.
- Que tu me-… alors là ! Tout le contraire ! Je m'éclate ! Sans toi à mes basques c'est le BONHEUR !
- Ah oui ? Du coup je vais raccrocher.
- AH NON !
- AH ! J'avais RAISON ! Je te MANQUE !
- NON !
- SI !
- NON !
- SI !
On se bat au téléphone pendant au moins cinq minutes, avant que mes coloc' de chambre me rejoignent. J'écarte mon téléphone deux secondes :
- Vous voulez dormir maintenant ?
- Si ça te gêne pas. Tu peux encore rester un peu au téléphone, t'inquiète.
- Merci les gars.
Un des gars joue des sourcils de manière suggestive :
- C'est ta copine ?
J'entends la voix dégoûtée de mon frère qui me parvient :
- Qui est ta copine ?
Moi-même dégoûté par l'image, je me tourne vers lui en répondant :
- Beurk l'horreur. C'est mon frère.
- OH. Excuse-moi.
- Y'a pas de mal.
J'entendrais presque mon frère rouler des yeux à travers le téléphone quand il reprend la conversation en essayant son truc de mentaliste :
- « Va te faire foutre et réfléchis avant de dire des choses stupides espèce de pied qui pue ».
- Alors j'ai pas pensé « pied qui pue » !
La conversation continue pour savoir quelle insulte j'ai pensé dans ma tête, mais je ne lui dirai jamais que j'ai totalement pensé « pied qui pue » et que son pouvoir de télépathie me fait peur.
On finit par raccrocher après qu'Osamu se soit plaint de maman qui n'avait que lui pour se défouler -comme quoi, je ne suis pas le seul à me plaindre.
La fatigue de la journée revient comme un boomerang, et je finis par m'endormir, épuisé.
- Et là tu vois, tu mets le bout ici et-…
Je cligne des yeux, réalisant ce que je viens de faire sous les yeux horrifiés de Sakusa -on va dire que ce petit froncement de sourcil plus accentué que d'habitude est une expression d'horreur – et la bouche grande ouverte de Motoya.
En essayant de construire un système de catapulte avec la cuillère à riz et une petite boule de riz, j'ai accidentellement déclenché le tout, envoyant une boule de riz pile dans la tête de l'entraîneur qui passait à ce moment avec son plateau.
Il est sept heures du matin, et je n'ai plus qu'à prier pour qu'il soit indulgent ou qu'il pense, à une heure si matinale, que ça vient de tomber du plafond.
Un silence pèse sur le réfectoire, certains grains de riz continuant de tomber sur le sol comme les gouttes de sueur qui perlent sur mon front.
J'entends Sakusa se lever, à ma grande stupéfaction. Je lui lance un regard suppliant de la mort qui tue en m'accrochant à sa veste sans fierté aucune -et c'est rare, mais il faut dire que je veux pas mourir tout le seul- et en suppliant dans un murmure bruyant qui se veut discret, les yeux au bord des larmes :
- Omi-omi, me laisse pas dans ce pétrin ! Aide-moi ! Imagine il m'enterre, on ne retrouvera plus jamais mon corps !
Mais Sakusa étant Sakusa, il se contente de baisser un regard sur ma main qui tient sa manche, de durcir son regard et de me lancer, sur une voix glaciale :
- Miya, si mon imbécile de cousin n'avait pas insisté, je n'aurais même pas mangé avec toi. Alors maintenant, lâche ma veste et assume ta merde puante.
Je n'ai pas le temps de protester quand il s'en va, puisque la voix de l'entraîneur retentit, m'obligeant à accepter ma sentence.
- Echauffe-toi bien avant la séance.
Outch.
Je crois que je vais mourir.
Cette fois, ce n'est même pas une blague.
Le 58e tour du gymnase me donne le tournis, et j'ai l'impression que je vais gerber à tout moment sur le sol. Le soleil ne tape pas très fort, et je remercie Dame Nature pour ne pas avoir fait d'aujourd'hui une journée de pluie ou de soleil trop intense. J'entends à l'intérieur les chaussures des joueurs crisser pendant qu'ils s'entraînent, alors que ça fait des heures que je cours à n'en plus pouvoir.
C'est quand j'entends des voix de plus en plus proches que je comprends qu'ils sont en pleine pause.
Je vois du coin de l'œil certains qui sortent de la porte principale que j'approche pour finir pour 58e tour et commencer le 59e.
- Allez Miya ! Courage !
- Vas-y Atsumu ! 60 tours ! T'es bientôt à la fin, non ?
Je passe devant eux en essayant de reprendre un peu de contenance, malgré mon souffle court, mon cœur qui bat, sur le point d'exploser, et une douleur intense qui me massacre le crâne.
Je sais bien que je pouvais arrêter avant, ou bien mentir sur les tours.
Mais quand il s'agit de volley ou de ce qu'il y a autour -et donc l'entraînement physique- je suis -malheureusement- très sérieux.
Quand je repasse devant la porte quelque minute plus tard, entamant le dernier tour, je les vois me saluer et rentrer dans la salle, leur pause achevée.
Le début du dernier tour est le plus dur. Je ne sens plus mes jambes, et j'ai l'impression que je ne vais pas y arriver. Le but est si proche, mais j'ai l'impression que c'est si loin. Mon souffle s'échappe de plus en plus, trop fatigué pour réussir à le contrôler correctement, et mes jambes ne me répondent même plus. Elles courent d'elles-mêmes, sans que je ne leur demande quoi que ce soit.
Je vais vomir.
Je vais vraiment vomir.
La porte du gymnase que j'aperçois à quelques mètres me semble un rêve, lointain, trop lointain.
Plus que quelques mètres. Plus que quelques mètres. Plus que-…
A peine je franchis la ligne que je m'étais tracée devant la porte du gymnase que je m'écroule sur le sol, à deux doigts de rendre tout mon petit déjeuner de ce matin, ma respiration que j'essaie de rattraper en vain, et-…
- Reste pas allongé, assis-toi.
Je n'arrive même pas à ouvrir les yeux -je les avais fermés ? – et je ne peux pas non plus suivre ce conseil qui me semble pourtant pertinent pour reprendre plus facilement mon souffle.
Un silence s'impose, à tel point que je pense avoir rêvé, mais les bras qui me soulèvent pour m'adosser contre le mur ne viennent définitivement pas de mon imagination.
J'ouvre lentement les yeux, croisant un regard sombre et profond que je ne connais que trop bien.
- Omi-…
- Tais-toi. Ne dis rien. Tu vas gaspiller ton énergie. Pourquoi tu as vraiment couru tous ces tours déjà ? Ne réponds pas.
J'aimerais dire quelque chose pour le contredire, mais je me rends bien compte que je n'arrive pas à parler.
Il me tend une bouteille d'eau sans que je ne lui aie demandé, et je l'accepte avec plaisir. Alors que j'allais porter le goulot à mes lèvres, il me retire violemment la bouteille, le visage sévère.
- Pas d'un coup. Gorgée par gorgée, doucement.
- Je… je sais… De l'eau… je veux…
- T'allais tout boire d'un coup. Tu veux vraiment vomir ?
- Me parle pas de… vo-…
- Tais-toi.
Je n'ai pas l'occasion de protester qu'il me fourre la bouteille et me fait boire.
Au bout de quelques minutes, je me sens beaucoup mieux, et j'arrive à mieux discerner ce qu'il se passe.
Je suis adossé contre le mur du gymnase, Sakusa en tenue accroupit en face de moi, la bouteille à moitié vide dans sa main, sans son masque -je vais faire une crise cardiaque- et un regard sévère en prime.
Mais il ne peut pas tout cacher.
Mes lèvres se retroussent en un sourire en coin, mais il anticipe :
- Ne dis rien. Peu importe ce qui va sortir de ta bouche, j'ai comme une impression de débilité avoisinant un QI négatif.
- Quoi ? J'allais juste dire que t'es mignon quand tu t'inquiètes.
J'attends sa réaction -joues rouges ? regard fuyant ? gêne ? – mais j'ai le droit au regard le plus dégoûté de l'univers, avec en prime un « tch » gratuit :
- J'aurais dû te laisser crever sur le sol Miya.
- Je sais qu'au fond tu m'aimes bien !
- Ne prends pas tes rêves pour la réalité.
- I WANT IT I GOT IT.
- …. Je n'ai pas besoin d'entendre du Ariana Grande chanté par… toi.
J'allais protester au dégoût détectable dans le ton employé pour ce « toi » quand je tilte quelque chose, mon sourire prenant de plus en plus de place sur ma face :
- Alors comme ça le grand Sakusa Kiyoomi écoute du Ariana Grande ?
- Tu en écoutes aussi.
- Oui, mais moi c'est… comment dire. Personne n'est surpris si je dis que j'écoute « thANK YOU nEXT NEXT ». Alors que toi…
- Vraiment, ne dis plus rien. Ca risque de m'irriter.
Un petit silence passe -enfin, moi je me tape une barre mais ça c'est autre chose- et puis il reprend, plus bas :
- Et puis « Thank you next » c'est pas sa meilleure.
Je repars dans un fou rire sous son regard courroucé, jusqu'à ce que je finisse par faire mon meilleur exposé avec présentation développement conclusion de « pourquoi il faut écouter Ariana Grande » en mettant bien sûr en avant les arguments d'une peau belle et propre et qu'on se sent littéralement comme une bad bitch après avoir écouté ses sons -c'est sans compter sur les interventions silencieuses de Sakusa mais que bizarrement j'entends parfaitement dans son regard, comme « tu es une bad bitch même sans écouter Ariana ».
On se fait évidemment engueuler par le coach dix minutes plus tard, mais pas Sakusa, parce que Sakusa c'est Sakusa. Donc JE me fais engueuler par le coach dix minutes plus tard, qui, malgré son aire sévère, m'accorde une pause de trente minutes pour reprendre mes esprits.
La pause déjeuner qui suit se passe sans encombre, et on se met en lignes sous les ordres du coach.
- On va faire du trois contre trois, pour vous entraîner à bouger et utiliser plus de place. C'est excellent de compter sur ses coéquipiers, mais il faut également preuve de clairvoyance. Dans certaines situations, il faut savoir prendre des décisions vites. Les groupes sont formées sur le tableau derrière vous. Tout le monde ne peut pas jouer en même temps, alors les autres vous regardez. Les groupes changeront deux ou trois fois. Match en seulement 15 points gagnant.
Je me retourne après les explications et fixe le tableau en essayant de trouver mon nom. Groupe 5, Komori et Eikichi. Komori est libéro, Eikichi central et moi passeur. Je soupire, mais me dirige vers Komori qui me fait de grands gestes, ses sourcils châtains haussés bien haut. Eikichi nous rejoint en souriant doucement, légèrement intimidé d'après son regard.
Je souris de toutes mes dents :
- Bon, je compte sur vous les gars. Je vous ferai mes plus belles passes, tâchez de bien les frapper.
Komori rigole et me tapote le dos :
- Eikichi s'en chargera très bien.
- Non, je compte aussi sur toi Komori. Ne reste pas tout le temps à l'arrière. Tu n'es pas libéro en trois contre trois.
Le brun perd son air jovial, surpris de ma réflexion, puis sourit avant de se diriger vers le terrain auquel nous sommes assignés.
On gagne le match avec 15 contre 12, match serré vers la fin avec une grande remontée adverse, et un défaut d'Eikichi de frapper toujours en diagonal (ce sont de belles diago, mais facilement blocable si on s'y attend). Pour la suite, on se met sur le côté, et vient notre deuxième match une quinzaine de minutes plus tard.
On discute tranquillement en se dirigeant vers le terrain, et c'est le « oy oy oy » amusé de Komori qui a les yeux rivés sur les adversaires en face pendant que je parle avec Eikichi qui m'interpelle. Je lève les yeux pour voir l'équipe d'en face.
Sakusa, Kageyama et Miyamoto* se tiennent tous les trois devant nous, une atmosphère intimidante pour quiconque n'y serait pas habitué. Sakusa a les sourcils froncés et nous regarde comme si on était des insectes à écraser, Kageyama a un regard sévère, mais qui coule vers Sakusa avec des étoiles dans les yeux, tout en maintenant une force écrasante, yeux noirs et grande taille à l'appui, et Miyamoto fait un grand sourire, confiant, les mains sur les hanches. Cela suffit à déclencher mon esprit de compétition, agacé de la confiance de l'équipe adverse.
- Hey Atsumu, tu trouves pas qu'ils sont un peu trop condescendants ?
Je me tourne vers Komori, et je suis agréablement étonné de le voir sourire également, le torse bombé, sans une once d'agressivité, ce qui, paradoxalement, donne énormément de poids à l'atmosphère de notre petite équipe. Content d'avoir trouvé un autre compétiteur dans l'âme, bien que sûrement moins hargneux que moi, je souris à mon tour. C'est un sourire irrité, et je le lance particulièrement à Sakusa, qui nous regarde de haut depuis tout à l'heure. Je me baisse pour refaire mon lacet et confirme :
- Je trouve aussi Motoya. Il serait temps de leur donner une petite leçon.
Le joueur qui s'occupe de l'arbitrage déglutit en passant d'une équipe à l'autre, le sifflet dans sa bouche, et bientôt, le match commence.
* c'est totalement un OC ptDR
Je poste aussi sur ao3 so je suis la même personne hein, au cas où ptsjpoqjfrp
