Juliet

Tout mon corps est habité par une douce vague de chaleur qui déferle en moi à interval régulier à mesure que ses paumes, à la fois douces et impatientes passent sur mon corps nu. Je m'empare de ses lèvres avec impatience et force le barrage de ses dents pour rencontrer sa langue. Je m'entends gémir alors que les battements de mon corps s'affolent. Je m'imprègne de sa chaleur et de son odeur exquise alors que ses mains s'enfoncent dans mes cheveux. Je suis empalée sur lui et me mouve au gré de mes coups de bassin. Sa peau brûlante coulisse contre la mienne et j'impose un doux et sensuel mouvement de va-et-vient. Je l'embrasse jusqu'à en mourir d'épuisement puis relève le buste et relâche ma tête en arrière tout en continuant de le chevaucher. Ses grandes mains s'emparent de mes seins, renforçant alors mes sensations et mon plaisir….

— Juliet ? Grouille on va être en retard !

Hein ?!

Un soudain jet de lumière apparaît et m'aveugle. Mes yeux s'ouvrent et je pousse un cri de surprise, violemment arrachée à mon rêve.

— Ah !

— Ahhhhh !

Mary et moi nous dévisageons d'un air ahuri. Je suis à moitié à poil dans mon lit, mes cheveux sont en pagailles et mon coussin est coincé contre mon bassin et mes jambes. Une chaleur lancinante, encore présente dans ma féminité, me rappelle l'étrangeté de mon rêve. J'expire bruyamment en revenant sur Terre alors que mon amie me regarde d'un air goguenard. Elle se retient pour ne pas pouffer de rire.

— Qu'est-ce que tu faisais sous ta couette Juliet ? se moque-t-elle.

Je devine que mon visage a dû prendre une couleur rouge pivoine. Comme prise en faute, je repousse aussitôt mon coussin et me dresse sur les pieds. Je suis en retard ! Je dois me préparer de toute urgence. Je m'extirpe de mon lit seulement vêtue d'une petite culotte en cotton et d'un débardeur.

— Rien du tout !

— Menteuse !

Je ne réponds pas et cours dans la salle de bain avec des vêtements propres sous les bras, pris en coup de vent dans la commode.

— Il est quelle heure ? demandé-je, paniquée.

— Sept heures trente, ricane-t-elle derrière la porte. Mais si tu veux je peux te laisser seule, si tu préfères. Tu sais, toi et le pommeau de la douche…

J'ouvre la porte à la volée et me retrouve à deux centimètres de son visage. Mary me renvoie son air goguenard, qui m'énerve plus encore. Je n'ai pas le temps de plaisanter ! Je ne sais même pas ce qui m'a pris de faire un tel rêve… Je la fusille du regard puis la repousse d'un geste de la main.

— Je n'étais pas en train de faire ce que tu crois, nié-je aussitôt.

— Hin-hin mais bien sûr, pouffe-t-elle en levant un sourcil. Tu peux me le dire tu sais. Moi aussi je le fais…

— J'étais en train de rêver, cloué-je. C'est bien différent !

Sur ces mots, je claque la porte de la salle de bain derrière moi et fonce me laver les dents.

— Un rêve ! Mais c'est encore mieux les rêves cochons ! jubile Mary dans tout le dortoir (Heureusement que nous sommes seules à cette heure !). Raconte-moi tout ! C'était comment ?

Je grogne pour moi-même tout en agitant activement ma brosse à dent dans la bouche. Si elle croit que je vais m'épancher sur les détails, elle se fourre la baguette dans l'œil !

— Plus tard ! baragouiné-je. Vas-y déjà, je te rejoins.

Lorsque je crache dans le lavabo et me rince la bouche, j'observe mon reflet dans le miroir. La lueur qui brille intensément au fond de mes iris disparaît dès lors ma culpabilité revient au galop. Voilà plus d'un mois que j'ai perdu mon père et qu'est-ce que je fais ? Je me mets à fantasmer sur mon professeur. Comme si j'avais que ça à faire ! À quel moment je suis devenue aussi stupide ? Bon sang Juliet !

La vérité, c'est que mon teint est pâle, que je n'ai plus d'appétit et que je fonds en larmes tous les soirs avant de me coucher. Les seuls moments où je parviens à trouver le sommeil, je me réveille en sursaut et en sueur. Voici la réalité de la situation.

Je suis bien loin de la Juliet qui se pavanait sur la table de la Salle Commune des Poufsouffle quelques jours auparavant, une bouteille d'alcool à la main. Rien qu'en y repensant, j'ai honte.

Pourtant je dois me rendre à l'évidence, dès qu'il me sourit ou que j'aperçois ses mirettes, tous mes problèmes s'évaporent. Mon rêve n'est peut-être pas à prendre au pied de la lettre. C'est simplement qu'Adrian Potterson m'énerve suffisamment pour me faire penser à autre chose, non ?

Quelques minutes plus tard, je retrouve Mary et tous les autres dans la Grande Salle. Ils finissent leur petit-déjeuner alors que je regroupe seulement mes cheveux en un chignon flou tout en traversant la salle à grandes enjambées, très en retard.

Mon amie m'attend et me fixe avec un sourire en coin figé sur les lèvres. Elle tapote la place libre à ses côtés, me signalant qu'elle est loin de me laisser tranquille avec cette histoire. Bon sang ! Elle ne me lâchera pas ! Je roule des yeux et m'assieds à ses côtés. Pour autant, je décide de l'ignorer et me sers aussitôt du thé. Je m'empare d'un toast grillé que je tartine rapidement sans lever une seule fois le regard vers elle. Bien qu'elle soit accoudée à cinq centimètres de mon visage.

Évidemment, notre petit jeu n'échappe pas aux autres Gryffondor de la table. Sirius, assis en face de moi, me donne un coup de pied dans le tibias pour attirer mon attention.

— Aïe !

— Qu'est-ce qui vous arrive ? demande-t-il en ignorant ma protestation.

— Rien, grogné-je en mordant agressivement dans mon pain.

— Elle a fait un rêve érotique, apprend Mary, hilare.

Putain mais elle est sérieuse ?! J'écarquille les yeux et foudroie la brunette du regard. Elle n'a pas le droit d'étaler ma vie privée comme ça ! Surtout devant Sirius, ce n'est pas comme si je le connaissais depuis des années.

— Mary ! Sérieusement !

— Non, sans dec ! jubile Sirius en se frottant les mains. Et alors ? C'était comment ?

Mon amie éclate de rire et me donne un coup de coude.

— Tu vois, Sirius est autant intéressé que moi, pouffe-t-elle.

— Non tu abuses ! Ça ne regarde que moi, répliqué-je, de mauvaise humeur. C'est mon intimité.

— Ouais ou alors c'est que tu n'assumes pas !

— Ou plutôt, le plaisir coupable, complète Mary en mimant un clin d'œil. C'est ce qu'il y a de meilleur !

Les deux Gryffondor éclatent de rire en chœur. Heureusement, les autres ne s'intéressent pas à notre conversation. Je fais donc semblant de les ignorer et continue de manger à la hâte mon petit-déjeuner tout en refoulant ma rage au plus profond de moi. Les cours commencent dans cinq minutes; Je n'ai pas le temps pour leurs idioties.

— C'était moi ? demande Sirius, la tête pendue à son poignet.

Je grimace et secoue négativement de la tête.

— Ça va pas ou quoi ?!

— Alors qui ? questionne-t-il, avide de détails.

— Personne.

— Oh aller Ju' ! T'es pas marrante !

— C'est la stricte vérité. Ce n'était personne. Il n'avait pas de visage, mens-je.

Évidemment qu'il avait un visage. C'est d'ailleurs pour cette raison que je refuse de parler de mon rêve ou ne serait-ce que d'y repenser. Malheureusement, ça ne fonctionne pas très bien. Des rêves de ce genre, on en fait tous et ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. C'est juste que je n'en ai jamais fait d'aussi détaillés. Je me souviens encore de chacun de ses gestes, de ses caresses, de ses baisers. C'est tellement perturbant que je suis encore imprégnée de cette douce et chaude folie. J'en ai encore envie et ça me terrifie.

— Les partenaires sans visages sont les meilleurs, indique Mary, connaisseuse. Ça te laisse pleinement l'occasion de te concentrer sur sa grosse…

— Oui, oui, on a compris, merci, cloué-je, refusant de me remémorer ces instants de délices charnels.

— Oh c'est bon, sois pas aussi coincée, se moque Sirius. Et puis avoue que c'était moi ! J'étais comment ?

— C'était un rêve comme n'importe quel autre rêve et en aucun cas, il t'incluait. Désolée de te décevoir mais comme déjà expliqué, tu ne me plais pas, contredis-je en lui renvoyant un regard assassin. Maintenant le sujet est clos. Il n'y a rien à dire là-dessus.

C'est faux Juliet. Tu mens et tu te mens à toi même. Bon-sang ! Pourquoi ?! Pourquoi a-t-il fallu que je rêve de cet imbécile ?! Comme si ce n'était déjà pas assez compliqué.

À présent, dès que je pense à lui, je suis automatiquement ramenée à mon rêve et mon corps prend aussitôt feu. Je suis habitée d'une fièvre constante, qui se répand en moi tel un poison. Toutes les parcelles de mon derme s'animent et rêvent d'être touchées, happées, léchées, caressées…

STOP ! Stop Juliet, stop. Calme-toi, respire. Ça va passer. Comme si le thé m'aidait, j'avale une grande gorgée, dans l'espoir de me purger de cette perversion malsaine. Merlin ! Entendez mes prières !

— Tu mens !

— Je ne sais pas qui tu essaies de persuader mais soit.

— Ok très bien, soufflé-je, ne tenant plus. C'était Potterson, vous avez gagné.

Mary et Sirius me dévisagent, interdits, avant d'éclater de rire à l'unisson comme deux vieilles hyènes. Voilà, c'est bien. Fendez-vous la poire ! Mais rira bien qui rira le dernier ! Foi de Juliet Thorn !

— J'en étais sûre ! C'était obligé !

— Non, ce n'était pas obligé, grogné-je, ennuyée. Ce n'est qu'un malheureux enchaînement de circonstances…

Je suis interrompue par leurs moqueries, bien plus bruyantes que ma voix. Ils sont pliés en deux sur la table et se lient d'une nouvelle complicité. Je roule des yeux et mâche mon toast avec mauvaise humeur. Je ne leur dirai rien de plus, c'est fini ! De toute façon, ma révélation va les tenir suffisamment occupés pour l'heure à venir.

Je finis donc mon repas en vitesse puis regroupe mes affaires et leur lance un dernier air meurtrier, ce qui les amuse plus encore. Lily se joint à mes côtés et m'interroge du regard.

— Qu'est-ce qu'ils ont encore fait ?

— Rien, ils sont stupides, c'est tout, marmonné-je. Comme d'habitude. On y va ?

La rouquine resserre son sac à bandoulière en cuir rouge contre son épaule et hoche de la tête.

Ciao les nazes, salué-je à la bande tout en levant bien haut mon majeur.

— Fais de beaux rêves Juliet !

— Ouais, ouais c'est ça…

Lily pouffe de rire bien qu'elle ne sache pas de quoi il est question. Je tourne la tête et affiche un air fier, comme si je n'étais nullement touchée ou perturbée par leurs moqueries.

Sans un retour en arrière, la Préfète en Chef et moi prenons la direction des cachots pour notre cours de potion. Nous sommes les deux seules élèves de Gryffondor de septième année à continuer cette matière, à l'exception de Remus et de Frank Londubat. Les autres ont tous abandonné par manque de temps ou d'intérêt.

— Tu aimes bien les potions ? me demande-t-elle alors que nous descendons les escaliers.

— Et bien… Comme mon père était antiquaire et que je l'aidais pas mal dans la boutique, je m'y connais plutôt bien en ingrédients et propriétés magiques. Pour ce qui est de faire frémir une concoction dans un chaudron, je ne dirais pas que c'est ma passion mais ça ne me dérange pas pour autant. Et toi ?

— Oh j'adore ça, s'anime-t-elle.

Son visage prend des couleurs et son regard pétille de frénésie.

— Je trouve que c'est un travail très précis, un peu comme celui d'un cuisinier, explique-t-elle. Tu dois bien sélectionner tes ingrédients, faire attention à leur temps de cuisson, à la manière dont tu les coupes, les cuits. Et l'effet est d'autant plus fascinant. Je trouve ça fou que l'assemblage de deux produits ou plus puisse avoir de telles répercussions. À partir de rien, tu fais de la magie ! C'est juste magnifique.

J'esquisse un sourire face à son entrain. Je l'ai rarement vue aussi enthousiaste. Elle au moins a une passion dans la vie.

— Tu voudrais en faire ton métier ?

Elle relève la tête et m'adresse un sourire mêlé à une grimace avant de hausser les épaules.

— Je ne sais pas de quoi l'avenir sera fait, soupire-t-elle. Donc je verrai en temps utiles. Et toi ? Tu as des passions ?

J'enfonce les mains dans mes poches et fixe mes chaussures avec un visage fermé à mesure que nous nous enfonçons dans les cachots. Moi ? Des passions ? Pas vraiment. Je suis une bonne vivante, un peu touche à tout et assez casse-cou mais en dehors de ça, je n'ai pas de passion à proprement parler. Si ce n'est mes pouvoirs...

— Je… J'aimerais bien me sentir utile. Soigner et aider, c'est quelque chose qui me botterait bien mais comme tu l'as dit, c'est une période incertaine.

Elle acquiesce et ne pipe mot. En même temps, c'est compliqué de se projeter et de savoir quoi vouloir faire de sa vie. Pour l'instant nous sommes protégés à Poudlard mais dès que notre dernière année sera finie, nous serons voués à l'insécurité. Les Mangemorts sont partout et me concernant, ils me cherchent activement. Je le sais car lorsque j'ai passé mon mois d'Août réfugiée chez Benjy Fenwick, un ami proche de mon père et Auror pour le Ministère de la Magie, nous avons appris qu'ils remuent ciel et terre pour me retrouver. Les autres commerçants de la ville ont été interrogés et l'un d'entre eux, qui était un de nos proches, a été torturé.

Le pire c'est que je ne sais toujours pas pourquoi ils veulent me mettre la main dessus. Ou du moins, j'ai un doute : je pense que c'est par rapport à mes pouvoirs. Mais de un, je ne sais pas ce qu'ils sont ni comment les utiliser et de deux, je ne sais pas comment les Mangemorts ont appris leurs existences et ni pourquoi ils en ont besoin. De toute évidence, ils en savent plus à mon sujet que moi-même. C'est pour cette raison que je dois apprendre à me protéger mais aussi à maîtriser ces fichus dons.

Lily et moi arrivons devant la salle du cours de potion et attendons sagement à l'entrée. Slughorn est souvent en retard. D'autres élèves attendent avec nous. Cette fois-ci, puisque nous sommes peu à avoir continué cette matière, nous sommes mélangés avec les Serdaigle, Poufsouffle et Serpentard. Je constate alors que l'ambiance est redescendue et s'est refroidie de quelques degrés. Des élèves en uniforme vert et argent nous dévisagent avec un air hargneux comme si rejeter les Gryffondor était le mot d'ordre.

— Je te parie qu'ils ne savent même pas pourquoi ils nous détestent, me moqué-je en chuchotant à l'oreille de Lily.

Cette dernière se tend et déglutit avec difficulté. Elle serre contre sa poitrine ses manuels de cours puis fixe ses pieds, mal à l'aise.

— Je te prie de me croire que certains savent très bien pourquoi, souffle-t-elle avant de remonter les yeux.

Elle croise l'air hargneux d'un Serpentard. Ce dernier fuit aussitôt son regard noir et se passionne pour son livre de potion en piteux état. À vrai dire, le garçon, de taille moyenne et assez maigre, est dans un état aussi lamentable que son matériel. Il a des cheveux mi longs et noir, si graisseux qu'ils lui collent sur le crâne, un teint blafard, des lèvres fines et gercées et un long nez aquilin. Sa robe de sorcier est délavée et écorchée sur les pans. Ses doigts longs, crasseux et anguleux retiennent fermement son manuel. J'ignore d'où sort ce type mais il me fait presque de la peine. Et à en juger par la façon dont Lily le foudroie sur place, j'en déduis qu'ils se connaissent.

— Une connaissance ? demandé-je, discrètement.

— Très vieille. Qui se juge trop digne pour trainer avec une Sang-de-Bourbe, tacle-t-elle, amère.

— Hum, ça me rappelle quelqu'un. Reg m'appelle comme ça aussi.

La rouquine écarquille les yeux et me reluque de haut en bas avec consternation.

— Et tu le laisses faire ?!

— C'est sa façon de dire « Je t'aime » ! défends-je en faisant les gros yeux. Il ne le pense pas.

— Tant mieux pour toi. Mais pour ce qui est de Severus Rogue, il le pense vraiment. Du plus profond de son âme.

— Severus Rogue ? dis-je en m'étouffant de rire. Celui que James et Sirius appellent Servillus ?

— Lui-même, soupire Lily.

— Je comprends mieux pourquoi ils s'acharnent, me marré-je.

Au même moment, Slughorn apparaît et nous laisse entrer dans le cachot. La rousse elle, me jette un regard froid et telle une huître, se renferme aussitôt sur elle-même.

— Tout ce que font James et Sirius ne se transforme pas en or, réplique-t-elle, comme piquée au vif. Il n'y a rien qui puisse justifier le harcèlement.

Sur ces mots, elle me plante là et s'enfonce dans la salle de classe, visiblement heurtée par mes propos. Je me mords la lèvre inférieure d'embarras. Merde. Je ne pensais pas qu'elle le prendrait mal.

Le cœur tambourinant dans ma poitrine, je me fraye un chemin parmi la horde d'élèves qui pénètre en même temps que moi et me dépêche pour me placer à la même paillasse que ma camarade.

— Je suis désolée Lily, dis-je aussitôt. Je ne savais pas que Servi… Euh Severus était harcelé. C'est juste que j'ai dit ça dans le sens où il l'a bien cherché puisqu'il adhère au mouvement de pensée de Tu-Sais-Qui. Mais visiblement, je n'avais pas toutes les informations.

Lily soupire bruyamment puis secoue sa tête de gauche à droite comme pour chasser les souvenirs de sa tête. Elle sort les affaires de son sac qu'elle pose sur la table puis ancre ses grands yeux verts dans les miens.

— T'en fais pas. tu ne pouvais pas savoir. C'est juste que…« Severus » est un sujet sensible.

— Vous étiez amis, deviné-je aussitôt.

La rouquine se retourne et observe au loin le Serpentard prendre place, seul, au fond de la salle. Les yeux de la jolie rousse s'embuent de larmes. Elle finit par reporter son attention sur moi puis m'adresse un timide sourire. Elle inspire et expire avec difficulté puis renifle bruyamment comme pour se donner du courage.

— Le passé appartient au passé, conclut-elle avec force.

Je hoche alors la tête et sors à mon tour mon trousseau de potion. Pourtant je cogite. Et si Regulus pense vraiment que je suis une Sang de Bourbe ? Et s'il cautionne les actes de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ? Pire, et s'il rejoint son mouvement ? Non, impossible. Il n'est pas comme ça.

— Est-ce que tu saurais à tout hasard quelles sont les meilleures occasions pour croiser un Serpentard qui te fuit comme la peste ? demandé-je aussitôt.

— Tu parles du frère de Sirius ? percute-t-elle.

— Yep.

— Ce soir Slughorn organise une soirée avec ses meilleurs élèves, m'apprend-elle. Regulus y vient souvent. Moi aussi. Tu peux m'accompagner si tu veux.

— Vraiment ?!

— Oui, mais il faudra faire forte impression auprès de Slughorn.

— Hum, ça ne devrait pas être compliqué, dis-je d'un air malicieux en enfilant une paire de gants en peau de dragon. Il n'a encore jamais eu affaire à une potion faite par Miss Thorn.

— C'est pas comme si toute l'école parlait de la nouvelle élève, pauvre orpheline, qui a failli étrangler son prof de DCFM en plus, ricane Lily.

— C'est vrai ! Honnêtement, je pense avoir le profil pour rejoindre votre secte de…

— Miss Evans, Miss Thorn, nous salue Slughorn en passant devant nous.

Il nous adresse un petit sourire avant de prendre place au centre de la pièce et de commencer son cours. Ma camarade et moi nous renvoyons un regard complice avant de pouffer de rire.

— C'est vraiment trop facile !

— Il est trop prévisible, ricane Lily en roulant des yeux.

C'est parti pour la meilleure réalisation de potion de l'année ! Décidée, je mets tout en œuvre pour faire remarquer mes talents en la matière à mon professeur. Il est ma seule entrée pour croiser Regulus et je dois lui parler.

— Et du coup, revins-je à la charge. Avec ton ex-ami de Serpentard ? Qu'est-ce qui s'est passé exactement ?

Lily marque un temps de temps de pause, comme si elle essayait de formuler convenablement les mots. Moi je reste pendue à ses lèvres, prête à recueillir ses confidences.

— Nous nous connaissons depuis tout petits, explique-t-elle brièvement en allumant son chaudron. Dès son arrivée à Poudlard il a été pris pour cible car… Il est particulier. Très intelligent mais différent des autres. Il n'a pas eu une enfance très heureuse. En plus de tout ça, il est devenu le souffre-douleur quotidien de James et Sirius. C'est d'ailleurs pour cette raison que je les ai longtemps détestés.

— Vraiment ?! m'étonné-je. Jamais je n'aurais cru que tu ne t'entendais pas avec James avant que tu sortes avec lui !

— Eh oui… Eh bien si, souffle-t-elle. D'ailleurs, dès qu'il parle de Severus, nous nous disputons. Alors nous avons convenu de ne plus y faire mention. C'est un peu notre sujet tabou.

— Ça doit être dur pour toi.

Je lui adresse un regard compatissant. La rousse dirige son attention vers son manuel pour garder contenance. Elle hausse les épaules d'un air détaché mais je vois sur son visage que ce sujet est douloureux pour elle.

— Je crois que... Je suis une amie horrible, révèle-t-elle de but en blanc.

Elle lève son beau regard gorgé de larmes vers moi et mon cœur se fissure. Je m'approche d'elle et pose ma main sur la sienne. Je guette au loin le discours de Slughorn avec appréhension, espérant que nous n'attirons pas son attention puis reviens vers elle.

— Bien sûr que non ! Pourquoi tu dis ça ?

— Parce que je n'ai pas suffisamment su le protéger et l'aider à surmonter tout ça, répond-elle, emprise de culpabilité. J'ai essayé d'être là, tu sais, mais il s'est tout de suite tourné vers la magie noire et ça m'a révulsé. J'aurais dû essayer de mieux le comprendre pour l'en empêcher… Si j'avais plus insisté, peut-être qu'il n'en serait pas là. Je lui posais souvent des ultimatums mais j'ai l'impression que ça ne suffisait pas. C'était son seul échappatoire. Peut-être que si j'avais été une meilleure amie, il ne se serait pas jeté corps et âme dans cette magie.

— Lily, je ne connais pas tout ce qu'il s'est passé entre vous deux mais c'est son choix de se tourner vers les arts obscurs, pas le tien. Et puis ce n'est pas en se posant des « Et si ? » qu'on avance. La réalité de la situation c'est que tu l'as averti à de maintes reprises et qu'il ne t'a pas écoutée. Maintenant, c'est un adulte, il a fait son choix. C'est à lui d'assumer et certainement pas à toi d'avoir des remords à sa place. C'est peut-être lui qui n'était pas un bon ami.

— Oui… Visiblement notre amitié n'était pas assez forte, admet-elle dépitée. Et maintenant je sors avec le garçon qui l'a harcelé durant toute sa scolarité. Ça ne pouvait pas plus l'achever.

Ça j'avoue que ça craint un peu bien qu'elle n'y soit pour rien. Je m'empêche de mimer une grimaçe et passe une main réconfortante dans son dos.

— James a mûri depuis, non ? suggéré-je.

— Oui heureusement. Mais bon… Tu l'entends toujours l'appeler Servillus. Donc c'est bien la preuve qu'il ne changera pas. L'autre soir il est rentré bouillonnant de fureur juste parce qu'il l'a croisé dans un couloir. Donc tu vois... La hache de guerre est loin d'être enterrée. Et puis si ça se trouve c'est à cause de lui que Severus est devenu qui il est et moi en bonne amie je fais quoi ? Je sors avec son harceleur. Tu ne peux pas savoir combien je suis en proie à la culpabilité parfois.

— Je comprends mais d'après ce que tu m'as dit, il a eu un passé compliqué. Donc James n'est qu'un détail dans tout ça. Certe ça n'a pas arrangé les choses mais il n'est pas la cause numéro une.

— Je sais bien et heureusement, sinon je ne sortirais pas avec lui, dit-elle d'un ton ferme. Toujours est-il que maintenant, il a adhéré aux modes de pensées de Tu-Sais-Qui. Lorsqu'il m'a traité de Sang-De-Bourbe ce jour-là, j'ai su que c'était fini. Qu'il avait passé un point de non-retour.

Je me pince la lèvre et apporte un regard empreint d'empathie à la rousse.

— Vu les circonstances, j'ai du mal à être objective concernant ce mouvement de… De meurtriers donc je ne peux pas prendre sa défense, avancé-je. Mais si jamais il décidait de faire machine arrière, tu lui tendrais la main ?

Lily déplie son rangement à ustensiles sur la table puis expire bruyamment. Elle hausse les épaules, complètement perdue.

— Je n'en ai aucune idée, avoue-t-elle, l'air dans le vague. Enfin bon… Tout ça pour dire que tu n'es pas la seule à vivre une amitié chaotique.

— Oui… Ça ne m'étonne pas. Tout est tellement compliqué en ce moment.

— Je te le fais pas dire. Mais toi au moins, tu as peut-être une chance de le garder sur le droit chemin alors on va tout mettre en œuvre pour ça. Et ça commence dès maintenant ! Alors focus sur ta potion, nous avons une soirée en perspective.

Je lève les yeux vers ma camarade et lui renvoie un faible sourire tandis qu'elle m'adresse un clin d'œil confiant. J'espère qu'elle dit vrai. Je hoche alors la tête, plus motivée que jamais.

Revêtue d'un jeans noir près du corps prêté par Mary et d'une chemise blanche rentrée à l'intérieur, je me dirige vers les cachots en compagnie de Lily. À l'aide d'un enchantement, je ne ressens pas la douleur de ces escarpins en vernis noir hauts de dix centimètres. Ici aussi, c'est ma sauveuse de Gryffondor qui me les a confié de bon cœ ée avec un peu de mascara et de rouge à lèvre couleur carmin, j'aborde cette soirée avec optimisme.

Ce matin en cours, avant même que Lily ait pu demander à Slughorn si je pouvais me joindre à la soirée de ce soir, ce dernier l'a devancée en me proposant de me joindre à eux lorsqu'il s'était retrouvé devant mon Philtre de Mort Vivante.

Je n'ai pas la prétention de dire que je suis une prodige en potion mais je m'y connais pas mal en ingrédients et je sais donc lesquels se compensent si jamais je foire un peu trop la concoction. Le résultat en tout cas m'a valu un aller simple pour la soirée des chouchous de Slughorn.

Contrairement aux appartements d'Adrian que j'ai déjà pu entrapercevoir lors de ma dernière visite dans son bureau, ceux de mon professeur de potions sont vastes et richement décorés. Ça se voit que lui au moins ne souhaite pas partir dès que l'opportunité se présentera. Il a définitivement élu domicile à Poudlard.

Tous les élèves sélectionnés sont regroupés dans le vaste salon où deux grands canapés en velour brun-orangé se font face. Des fauteuils et des poufs couleur bleu-canard sont également disposés ça et là pour permettre à chacun de s'asseoir. La décoration est un mélange d'orient et d'occident. Il y a beaucoup de couleurs chaudes, de froufrous, de coussins touffus, de napperons, de bougies, de vieux tableaux et de livres. Des plateaux flottent dans les airs avec boissons et victuailles en tout genre. Tous les invités affichent un grand sourire.

Nous sommes finalement accueillies par Slughorn lui-même, un verre à la main.

— Ahhh les voilà ! Il ne manquait plus que vous ! se réjouit l'homme.

— Vraiment ?! m'écrié-je.

Je me dresse sur la pointe des pieds et espère repérer Regulus au loin parmi tout cet amas d'élèves mais Lily ne m'en laisse pas le temps. Elle me tire par le bras et m'intime du regard de rester en place.

— Venez ! Prenez place Mesdemoiselles, nous invite Slughorn. Notre ami Barnaby était justement en train de nous raconter la façon étonnante où son père à croisé un Boutefeu Chinois !

Je lève un sourcil circonspect tandis que l'homme nous entraîne à sa suite, une main posée derrière notre dos. Je l'entends faire la conversation avec mon amie mais personnellement je n'écoute rien. Je balaye la pièce des yeux, avec l'intime espoir de croiser de profonds iris gris.

Ce que je ne tarde pas à faire. Près du bar, je repère une touffe brune et de grand yeux couleur d'acier. Et aussi un air insolent. Merde. Ce n'est pas Regulus.

Mon air émerveillé disparaît dès l'instant où je réalise que c'est Potterson qui me fait face. Je ravale mon grand sourire et me tends. Je suis prise d'une bouffée de chaleur incontrôlable. Mes mains deviennent moites et je sens mes joues prendre une douce couleur rouge. Aussitôt des flashs de mon rêve me reviennent en mémoire et je perds toute contenance.

Lily me fait revenir sur Terre en me prenant par la main. Nous nous asseyons toutes les deux sur un des grands canapé alors que Slughorn entreprend la suite de son histoire avec le fameux Barnaby.

— Mesdames, souffle une voix chaude dans mon cou.

Je sursaute, surprise par l'intervention d'Adrian. Ce dernier, debout derrière nous, nous tend deux verres. Lily l'accueille par un grand sourire et lui prend la boisson des mains tout en le remerciant. Moi je l'interroge du regard.

— Il vous aura fallu moins de vingt-quatre heures pour découvrir ce qu'était le sens du service et vous voilà prêt à jouer le servant destrier à la moindre occasion ? débité-je en le provoquant.

Ce dernier s'esclaffe, surpris de ma pique avant de m'adresser son air polisson.

Tu. Et… Je ne peux plus m'en passer il faut croire, c'est de ta faute, ricane-t-il.

— Hum, bof. Il manque une rondelle de citron, dis-je en désignant le verre qu'il me tend avec dédain.

— Du citron avec du jus de citrouille ?! Hors de question de faire un tel sacrilège. Je ne marie le citron qu'avec le gin !

— Bien. Alors sers-moi en.

Nous nous observons quelques instants silencieusement avant qu'il ne m'adresse un clin d'œil provocateur, satisfait que je le tutoie enfin. Eh oui, tu ne t'attendais pas à ça je présume ? Je suis intrépide et tête-brûlée. Il va falloir t'y faire, Adrian.

Il se redresse, reprend le verre et repart vers le bar. Je croise le regard de Lily qui lève un sourcil surpris.

— À quoi tu joues ? souffle-t-elle discrètement avec un sourire en coin.

Je ravale ma salive avec difficulté. À quoi je joue ? Euh… Aucune idée. Je me passe une main nerveuse dans les cheveux et lui renvoie un air perdu. Serait-ce mon rêve de ce matin qui me fait perdre pied ? Très certainement ! Je ne vois que ça comme solution. Et puis, il n'y a pas besoin d'en faire toute une histoire, c'est simplement mon subconscient qui a sélectionné une personne de mon entourage de manière aléatoire. Rien de plus. Il n'y a pas d'explication derrière tout ça.

— Je… C'est sa façon de communiquer, bégayé-je en virant au rouge pivoine.

— Hum.

Elle ne répond rien et reporte son attention vers Slughorn et les autres élèves. Je souffle longuement, imprégnant mes poumons d'oxygène tout en espérant retrouver le peu de lucidité qu'il me reste.

Quelques instants plus tard, Adrian revient vers nous, contourne le canapé et se laisse tomber à côté de moi. Comme si c'était parfaitement normal, il repose son bras sur le haut du fauteuil, laissant sa main tomber dans le vide, à quelques centimètres de ma nuque. Il me tends alors un verre, similaire à celui de tout à l'heure mais avec cette fois-ci, une rondelle de citron. Le liquide aussi, n'est pas de la même couleur.

— Merci.

— De rien. Mais mange quelque chose avant, je ne veux pas te retrouver en train de danser sur la table comme samedi dernier, nargue-t-il.

Je pouffe de rire puis roule des yeux.

— Ça n'arrivera pas. Promis. Mais au fait, tu as le droit de servir de l'alcool à tes élèves ?

Je connais d'avance la réponse à ma question mais j'attends tout de même sa justification, les yeux braqués sur ses lèvres. Sa bouche justement se tord en un sourire sournois et de grandes dents blanches apparaissent. Il m'adresse un jeu de sourcils, me prouvant qu'il se prend pour le plus malin et définitivement, au dessus des lois.

— Mon père m'a toujours dit que le droit est très subjectif, ricane-t-il.

— C'est certainement la seule chose que tu respectes à la lettre alors.

Il porte son verre à la bouche et s'imprègne de la douce couleur ambrée de son Whiskey. Je l'imite mais attends une réaction de sa part. Lorsqu'il finit sa gorgée, il plante ses yeux dans les miens et j'en perds ma respiration.

— N'essaie pas de me cerner, me chuchote-t-il avant de se lever.

Au passage, sa main chatouille ma nuque et je suis prise d'un frisson. Je le suis des yeux, repartir vers le bar. Mon cœur a pris une allure incontrôlable. Bon sang ! À quoi est-ce qu'il joue ?! Une multitude d'émotions bataille en moi. Je ne sais plus quoi faire, quoi penser ni quoi ressentir. Tout se confond.

— Enfin bon ne faites pas les timides mes enfants ! s'exclame Slughorn enthousiaste en se levant de son fauteuil. Allez vous servir à boire et à manger voyons ! Nous sommes là pour ça après tout. Votre Professeur Potterson peut en témoigner !

— Je veille au grain ! confirme au loin Adrian en levant son verre comme pour saluer son comparse.

Aussitôt dit, tous les élèves se lèvent et partent se servir au bar. La soirée prend une allure moins formelle et Lily m'introduit à Marissa Lothe, une Serdaigle de quatrième année, qui parle super lentement. Son timbre est posé et calme sauf que moi, ça m'endort. Je me requinque plusieurs fois de gin, pour mieux faire passer la conversation et m'aider à faire passer ma frustration quant à l'absence de Reg. Est-ce que je ne ferais pas mieux de me tirer d'ici ?

Au même moment, une musique retentit et donne une ambiance plus festive au rassemblement. Refusant de faire faux bond à Lily, je me mêle alors à d'autres groupes sans jamais vraiment trop écouter, trop perturbée par le regard d'Adrian qui me brûle l'échine.

Cela fait une bonne heure depuis que je suis arrivée. Une heure que je passe ma frustration vis à vis de mon Professeur et ma déception vis à vis de mon meilleur ami sur les petit-fours. Au moins eux, ne sont pas décevants ! D'ailleurs, ceux à la tomate mozza sont exquis ! J'en fourre encore un dans ma bouche et mâche goulument.

Bon sang ! Soixante minutes que j'espère que chaque gorgée m'aidera à mieux supporter cette soirée plus qu'ennuyante. Pourquoi est-ce que j'ai voulu venir ici déjà ?! Je pourrais partir mais Lily semble s'amuser alors je ne me permettrais pas de l'abandonner sachant que c'est moi, initialement, qui l'ai harcelée pour venir à cette petite fête. Elle s'enthousiasme d'ailleurs devant le petit poisson rouge qui tourne dans son bocal sur le bureau de Slug et explique à qui veut l'entendre son enchantement.

Je pourrais tuer mon ennui avec Adrian, très clairement. Mais je ne préfère pas. J'ignore s'il est un poison ou une drogue. Ou les deux. Et puis de toute façon, il est occupé avec son Whiskey, Slughorn et le groupe de cinquième années qui pouffent comme des bécasses à chacunes de ses blagues. Donc je préfère ne rien interrompre.

Perdue dans mes pensées, je me suis éloignée des attroupements et j'observe d'un air vague le parc de Poudlard depuis la fenêtre. Je fais tournoyer la rondelle de citron vert dans mon verre avant d'expirer bruyamment puis d'avaler cul sec le restant.

L'instant d'après, la porte d'entrée s'ouvre discrètement et un Serpentard qui remet son col en place entre avec discrétion. J'écarquille les yeux et mon cœur fait un bond lorsque je reconnais Regulus. Enfin !

— Reg ! m'écrié-je en me jetant sur lui.

Paniqué, il fait deux pas en arrière et me dévisage avec stupéfaction.

— Qu'est-ce que tu fiches ici ? bégaye-t-il, surpris de ma présence.

— Je voulais te parler ! Tu m'as tellement manqué et…

— On ne peut pas parler ici, coupe-t-il froidement en me repoussant.

Son regard parcourt la pièce. Je remarque qu'une veine d'inquiétude lui barre le front. Qu'est-ce qui lui prend ?! Lorsque ses prunelles grises reviennent sur moi, il fronce les sourcils et il prend une fois de plus du recul. Comme si j'étais atteinte d'une maladie fortement contagieuse.

— Je déconne pas Ju'. Ne m'approche pas.

Mon cœur reprend une course effrénée dans ma cage thoracique mais cette fois-ci, pas pour les mêmes raisons que toute à l'heure. Je suis dans l'incompréhension totale. De quoi parle-t-il ?

— Quoi ? Mais pourquoi ? Pour une fois qu'on peut être ensemble…

Il ne me laisse pas finir ma phrase qu'il s'empare de mon poignet et m'entraîne de force avec lui. Il ouvre la porte fenêtre et nous isole sur un petit balcon. Il prend un air sérieux et mon cœur bat de plus en plus fort, redoutant le pire.

— Explique moi ce qu'il se passe, demandé-je, implacable en reprenant ma main.

— Je ne peux pas, cloue-t-il. Mais tu es en danger. Et tu le seras encore plus si on nous voit ensemble.

— Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils me veulent ?!

— Ils peuvent m'utiliser ! s'impatiente Regulus. Le Seigneur des Ténèbres est legilimens, je te rappelle. Il peut lire en moi pour te retrouver par exemple !

— Quoi ? Pourquoi est-ce que… Reg ne me dis pas que…

— On ne doit plus se voir, ni se parler. C'est plus sûr pour tous les deux, conclue-t-il avec froideur.

— Mais tu es mon ami, argumenté-je en sentant mes yeux se baigner de larmes. On ne peut pas juste s'éviter comme ça. Pas après tout ce temps…

Impatient, Regulus plaque sa main sur ma bouche pour me faire taire. Il se rapproche de moi et plante son regard tranchant dans le mien. Puis doucement, il relève la manche de son pull noir. Lorsque je distingue très clairement la Marque des Ténèbres sur son avant-bras gauche, je suis prise d'un haut-le-cœur. Non ! Mon monde s'effondre. Je perds pieds et titube sur place.

Je suis rattrapée par le Serpentard qui m'agrippe par les cheveux et qui colle son front contre le mien. Nos respirations effrénées se mêlent et nous empêchent de prononcer le moindre mot, il est aussi chamboulé que moi. Je me noie dans son regard et m'accroche à son col, en espérant qu'il contredise toutes mes frayeurs mais jamais il ne m'a semblé aussi sérieux.

— Tu n'as pas envie d'être amie avec quelqu'un comme moi, souffle-t-il, pris d'une colère qu'il semble contenir depuis des jours.

— Pourquoi Reg ? balbutié-je, en me sentant tomber alors que les larmes silencieuses glissent lentement sur mes joues.

— Parce qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse ! cloue-t-il. Tu comprends mieux pourquoi maintenant ? Tu comprends que notre amitié est impossible ?

— Non, il faut juste…

— Juliet putain ! Je fais partie de ceux qui ont assassiné ton père ! s'énerve-t-il. Réagis un peu ! J'étais là le jour où il est mort.

— Non ! renié-je aussitôt en le repoussant de toutes mes forces, traversée de sanglots. Tu mens !

— J'étais là, j'ai tout vu, reprend-il avec aplomb comme s'il cherchait par tous les moyens à me faire mal. Je les ai vu le torturer et je n'ai rien fait pour les en empêcher.

J'éclate en sanglots et enfonce ma tête entre les mains. C'est trop. Pourquoi me dit-il tout cela ? J'ai l'impression que mon corps est déchiqueté de toutes parts, que toutes les personnes qui me sont chères me filent entre les doigts, que c'est la fin.

— Je ne te crois pas, pleurniché-je. Tu ne ferais jamais ça !

— Si. Je fais parti des leurs maintenant. Tu ne peux rien faire contre ça, contredit-il en s'avançant vers moi et me prenant par la nuque pour me porter un énième coup de grâce. Arrête de t'entêter. Toi et moi on n'a jamais fait partie du même monde…

— Sirius vient du même monde que toi et pourtant il ne ferait jamais une telle chose ! m'emporté-je en le poussant avec véhémence.

— Mon frère n'est rien d'autre qu'un égoïste ! Pourquoi est-ce que tu crois que j'en suis là aujourd'hui ?! beugle-t-il, la rage lui sortant des orbitres. Je devais recoller les pots cassés. Redorer le blason des Black…

— Pas en tuant des innocents !

Mon sang se révulse et je sors aussitôt ma baguette. Je le menace avec tandis qu'il reste là, à me fixer silencieusement. Comme s'il savait déjà que j'étais incapable de lui faire du mal.

— Tu me hais, constate-t-il, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon. C'est bien.

Dès que ses paroles franchissent ses lèvres, je perds tout courage et abandonne le combat avant même qu'il ait commencé.

— Je ne te hais pas, espèce d'abruti ! Je ne pourrai jamais.

— Alors tu es bien stupide. Et tu finiras par mourir. Comme ton père.

Son visage se referme alors que je me laisse tomber à genoux, désemparée. J'ignore s'il me jette un regard de dédain ou de pitié car je suis trop aveuglée par les larmes qui coulent. J'entends ses pas s'éloigner et je comprends alors qu'il est parti. Le vent se lève et je suis prise d'un frisson glacial. Il m'a laissée et je suis seule. Définitivement seule. Je n'ai plus de père, plus de mère, plus d'ami, plus de maison, plus de repère. Plus rien.

J'enfonce ma tête contre mes jambes et me tire les cheveux alors que je suis traversée de violents sanglots. Mes larmes sont intarissables tellement j'ai mal. J'ai l'impression d'avoir été privée de tout et ne plus être maîtresse de ma propre vie. Un poids de plomb se loge dans ma gorge tandis que mon cœur, brisé en mille morceaux, tambourine dans ma poitrine. Chaque battement me rappelle que je suis en vie, chaque battement me rappelle ce que j'ai perdu, chaque battement me déchire et me frappe à chaque fois un peu plus fort, un peu plus douloureusement.

Regulus est un Mangemort. Regulus était présent parmi les Mangemorts qui ont assassiné mon père. Mais pourquoi ? POURQUOI ?!

Alors que mes plaintes redoublent, la porte fenêtre s'ouvre et un courant d'air s'infiltre. Je n'ai pas la force de relever les yeux. Tout ce que je souhaite, c'est revenir à ma vie d'avant. Cette vie où j'étais heureuse. Je veux remonter le temps.

— Juliet ?

La voix est douce, chaude et inquiète. Elle résonne en moi comme un diapason mais je suis trop dépitée pour bouger. Je goûte l'amertume sur mes lèvres et renifle bruyamment.

Le bienfaiteur en face de moi s'accroupit et pose ses mains sur les miennes. Je m'agrippe à ce contact comme s'il était ma bouée de sauvetage, et mêle mes doigts aux siens. Étonnée par cette sensation agréable, je hausse les sourcils. Puis son index se loge sous mon menton et me force à relever la tête. Je rencontre alors ses deux billes grises, si semblables à celles de Regulus que cela me piétine le coeur. Peiné par mon état, il chasse d'un revers du pouce mes larmes.

— Han chaton, souffle Adrian en me prenant contre lui. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Trop secouée et chamboulée, aucun son ne parvient à franchir mes lèvres. Je me réfugie contre lui, enfonce ma tête dans son cou, noue mes bras derrière sa nuque et m'accroche à lui de toutes mes forces, comme si ma vie en dépendait. Son odeur boisée mêlée à celle de cigarette me chatouille les narines et étrangement, cela m'apaise. Je m'autorise à fermer les yeux et aussitôt, mon cœur emballé reprend un tempo régulier.

Adrian ne répond pas à mon accolade, certainement surpris par ce contact physique si soudain mais honnêtement je m'en fiche. À l'heure actuelle, il est tout ce dont j'ai besoin. Il ne reste pas de marbre longtemps pour autant et je sens à nouveau la pression de ses doigts autour de mes bras. Ses mains glissent puis remontent, me câlinant doucement.

J'ignore combien de temps nous restons ainsi, sans bouger, simplement imbriqués l'un contre l'autre mais lorsque mon chagrin se tarit enfin, je m'écarte doucement.

— Tu veux que j'aille chercher Lily ? demande-t-il.

C'est la première fois que je le vois aussi sérieux. Pas de sourire en coin, d'air insolent ou arrogant. Rien. Il est simplement lui. Simplement Adrian et bon sang qu'il est touchant ! Pourquoi je suis dans ses bras au fait ?!

Comme si son contact m'avait brulé, je m'éloigne de lui et tombe les fesses en arrière, vaincue par la panique.

— Hé ! Attention. Tu vas finir par te blesser, se moque-t-il en se relevant.

Il me propose sa main pour m'aider à me relever. Je l'observe quelques minutes avec un air vague, comme si j'avais perdu toutes facultés à réfléchir correctement. J'accepte finalement et me redresse tant bien que mal sur mes escarpins. Face à lui, je me rends compte que je fais presque la même taille que lui. Il doit se faire la même remarque car ses yeux dévisagent mes pieds d'une moue taquine.

— Maquillage qui coule et talons aiguilles ne vont pas trop ensemble, déplore-t-il avec humour. Que dirait Jimmy Choo ?

— Jimmy qui ?

Il ricane et me répond d'une pichette.

— Personne, un type que les meufs adorent. Il est encore plus célèbre que moi ! À mon grand regret.

J'esquisse un faible sourire, plus pour lui faire plaisir qu'autre chose car je suis toujours autant déconnectée.

— Je… Je vais y aller je crois.

— Je te raccompagne ?

— Non ça ira. J'ai besoin d'être seule.

Sa main caresse mon bras puis descend jusqu'à ma paume. Je frôle ses doigts avant de partir puis m'éclipse du balcon.

Je balaye la pièce du regard et constate que Regulus a pris les jambes à son cou. Sans réfléchir, je fais de même, sans prévenir Lily. Je n'ai pas envie de l'inquiéter et surtout, j'ai besoin de partir d'ici. Et vite.

Haley

Je traverse le grand hall du Ministère de la Magie d'un pas pressé. Je resserre ma besace contre moi, pas vraiment à l'aise dans ce haut lieu de magie. Il est dix neuf heure et l'endroit est plutôt calme. Pour autant, les contrôles de sécurités sont toujours aussi strictes. Ma baguette m'a été confisquée et puisque je me rends à l'étage du Ministre, un garde m'escorte. Je n'ai même pas le droit d'appuyer sur le bouton dans l'ascenseur ! C'est fou quand même ! Intimidée par le regard noir de mon accompagnateur, je me fais toute petite.

Lorsque j'arrive enfin à destination, je suis accueillie par une des secrétaires qui n'est autre que Johanna, la petite amie d'Aaron et frère de mon meilleur ami. Je déglutis avec difficulté. Comment je vais pouvoir affronter son regard ? Est-ce qu'elle sait seulement ce qu'il s'est passé entre lui et moi ? Non évidemment que non, Haley ! Pourquoi lui dirait-il ? Tout le monde n'est pas aussi honnête que toi. Tout le monde ne se précipite pas pour tout révéler à son petit-ami moldu et le quitter sur-le-champ. Tout le monde n'est pas toi.

Il faut que j'arrête de parler de moi à la troisième personne. Mais pour ma défense je suis super angoissée !

— Bonsoir que puis-je faire pour vous ? demande Johanna sans lever le nez de ses papiers.

— Hum. Salut. Je…

La brunette relève la tête et son regard s'illumine en me reconnaissant. Elle m'affiche un grand sourire étincelant, ce qui me donne un coup supplémentaire au bide. Pourquoi est-ce qu'il l'a trompée ?! Cette fille est magnifique et tellement gentille !

— Oh salut ! Tu es Haley, l'amie d'Adrian pas vrai ? percute-t-elle aussitôt.

— Hum oui. Je viens voir Aaron. S'il est dispo. C'est assez urgent.

Cette dernière souffle bruyamment et change d'humeur du tout au tout. Elle roule des yeux.

— Qu'est-ce qu'il a encore fait ? demande-t-elle, dépitée.

— Euh… Qui ça ? Adrian ?

— Bah oui Adrian ! C'est pour ça que tu es là, non ?

Je cligne des yeux. Oui évidemment Haley ! C'est pour ça que tu es là. Atterris un peu ! Ce n'est certainement pas pour te fondre dans le regard émeraude d'Aaron. Ni pour t'envoyer en l'air dans son bureau alors que sa petite-amie préside bien sagement l'accueil.

Bordel Haley ! Qu'est-ce qu'on a dit ? Plus de troisième personne !

Minute. C'est pas exactement ce que je suis en train de faire ? Arghhhhhh ! Il faut que je me tire d'ici et vite. Mais pour l'heure, je dois encore une fois sauver la peau de mon cher et tendre meilleur ami. Il a des ennuis, j'en suis persuadée.

— Oui c'est effectivement par rapport à Adrian, approuvé-je.

— Hum, pour quoi d'autre ça aurait pu être de toute façon ? J'ai l'impression que vous gravitez tous autour de lui. J'en peux plus d'entendre parler d'Adrian Potter. Toutes les fois où Aaron a des problèmes, c'est à cause de son frère.

Je ne réponds pas. Elle n'a pas tord. Mon ami est plutôt doué pour se mettre dans des situations improbables et généralement, dangereuses.

Johanna daigne enfin se lever de son siège. Elle indique au garde de nous laisser, et m'escorte à travers le long couloir. Malgré ses escarpins hauts de plusieurs centimètres, je reste bien plus grande qu'elle. Comme si je cherchais à comprendre ce qui a poussé Aaron à la tromper, je la reluque dans ses moindres détails. Car j'avoue que j'ai du mal à saisir. Elle a de longs cheveux noirs, lisses et brillants, un grand sourire blanc, une peau mate, un corps plutôt bien fait et est typée eurasienne, ce qui lui prodigue d'un charme non négligeable. Elle est intelligente aussi et semble plutôt promise à un futur brillant au sein du Ministère, car être secrétaire pour l'étage du Ministre à seulement vingt ans, c'est plutôt exceptionnel.

Bien évidemment, je ne fais pas mention d'Aaron qui a vingt-deux ans, et qui est déjà second de notre Chef d'Etat. Lui, c'est un prodige et en plus de cela, il est grandement favorisé avec ses pouvoirs de polyglotte.

Parenthèse fermée, j'étudie la petite brune avec curiosité. Je ne capte toujours pas. Après, certes il n'y a pas que le physique et encore heureux ! Mais je me demande, de prime abord, ce qu'il l'a poussé à me sauter dessus. À moins qu'Aaron soit tout simplement un connard. En même temps, avec un nom comme ça… S'il s'appelait Chad, Garrett ou Ethan ça aurait été la même. Ça laisse toujours supposer que ce sont des beaux gosses sans cœur.

— Le jour où on arrêtera de parler d'Adrian Potter, on pourra ouvrir une bouteille de champagne, se plaint Johanna en s'arrêtant devant une porte brune.

Ah.

Je crois que le cas de mon ami commence vraiment à lui taper sur le système. Aurais-je trouvé une brèche dans l'idylle d'Aaron ? Il aime son frère plus que tout, je suis bien placée pour le savoir. Si sa petite-amie n'est pas dans cette même optique, je n'ose pas imaginer les problèmes que cela peut causer dans leur couple.

Spectatrice, je la vois frapper au bureau de son petit-ami et ouvrir la porte. Je le distingue alors très clairement, penché à la fenêtre, clope à la bouche, en train d'observer la City au loin. Lorsqu'il tourne la tête et que je rencontre ses yeux verts, il se décompose et nous dévisage avec effarement.

— Qu'est-ce que…

— C'est pour ton frère, grogne Johanna. Encore.

D'un geste de la main, elle m'indique d'entrer. Sans plus attendre, elle referme la porte derrière nous et nous laisse seul à seule, comme si elle voulait être épargnée au maximum des embrouilles qui planent autour de mon meilleur ami.

Mon cœur tambourine dans ma cage thoracique. Je m'étais préparée psychologiquement à l'affronter, lui et son magnifique regard. Mais visiblement, ce n'était pas suffisant. Il me reluque de haut en bas. Moi habillée d'un jeans destroy et d'un chemisier fleuri transparent tandis que lui, est en costume sombre finement taillé. Tout est pensé dans les détails, de ses boutons de manchettes à sa ceinture en passant par ses chaussures en cuir noir.

Je déglutis péniblement tout en tentant de rassembler mon courage face à cet ancien Serpentard plus que fascinant.

— Salut.

Il m'observe silencieusement avant de venir écraser sa cigarette dans un cendrier.

— Qu'est-ce que tu as dit à Johanna ?

Ok. Bon très bien. Je constate qu'on fait fi des politesses. Tout ce qui l'intéresse c'est que je n'ai pas compromis sa relation avec sa petite-amie. Évidemment que je ne l'ai pas fait ! Qui suis-je pour le faire ? Je me sens déjà suffisamment coupable. Je n'ai pas besoin de rajouter une couche en affrontant une cause qui n'est pas la mienne et qui ne me regarde pas. Si elle doit l'apprendre, ce sera de sa bouche ! Il n'a qu'à assumer ses responsabilités.

— Rien, grogné-je. Je viens par rapport à Adrian.

Ses traits se détendent et il semble gagner en aplomb.

— Oui. Et bien ?

— Et bien ça fait un mois que je n'ai aucune de ses nouvelles !

Ma panique et ma peur se ressentent dans mes cordes vocales. Ma voix est chevrotante, je suis à deux doigts d'éclater en sanglots.

— C'est plutôt logique, indique-t-il en haussant les épaules. Sa boutique a été perquisitionnée sous le contrôle de la brigade des Stupéfiants. Tu t'attendais à quoi ? Évidemment qu'il se cache et qu'il n'est pas prêt de réapparaître.

— La question déjà, c'est pourquoi est-ce qu'il s'est fait prendre ? relevé-je en le foudroyant du regard. Ça ne lui ressemble pas.

Aaron me fusille du regard puis hausse les épaules.

— Je ne suis pas dans la tête de mon frère et Merlin m'en préserve, déclare-t-il en aplatissant ses mains sur le bureau et me dévisageant avec intensité. Je l'ai prévenu en temps et en heure pour la descente des Aurors. J'ai fait mon maximum. Il n'a, de toute évidence, pas su anticiper toutes les affaires foireuses dans lesquelles il trempe. Ce n'était qu'une question de temps de toute manière. À force de jouer avec le feu, on finit forcément par se brûler.

Je réprime un ricanement amer et dévisage Aaron d'un air mauvais. Je croise les bras contre ma poitrine et exprime mon agacement. Tout le monde n'est pas aussi parfait que Môsieur.

— Je reste persuadée qu'il lui est arrivé quelque chose, avancé-je d'un ton sans appel.

Je réduis la distance entre lui et moi et me plante devant son bureau, plus déterminée que jamais. Je fonds mes yeux bleus dans les siens et le mets au défi de soutenir mon regard. Avec étonnement, il se prête au jeu et ne sourcille même pas ne serait-ce une seconde. Je sens alors mon corps être traversé d'une intense vague de chaleur. Perturbée, je papillonne des cils et bats en retraite, défaite. Cet imbécile me fait vraiment de l'effet et Merlin sait combien je suis nulle pour jeter mon dévolu sur les bonnes personnes.

— Prouve-le, chuchote-t-il d'une voix à peine audible.

Je fixe ses lèvres charnues et roses, me rappelant de leur douceur et chaleur. Je rêve de fondre ma bouche sur la sienne à cet instant précis.

— Je n'ai aucune preuve mais donne moi une bonne raison pour qu'Adrian se fasse prendre ? relevé-je. Il a déjà expérimenté Azkaban, toi et moi savons qu'il est prêt à tout pour ne pas y retourner.

— Ah oui ? Je n'ai pas l'impression qu'il se donne vraiment les moyens, relève-t-il en faisant l'étonné. C'est vrai, après tout, entre la drogue, les putes, l'alcool, les dettes, ou bien les violences ou même les meurtres, je n'ai pas l'impression qu'il fasse vraiment d'efforts.

La colère prend peu à peu le dessus et je constate que sa lèvre supérieure est prise d'un tic frénétique, comme s'il se retenait de cracher tout son venin. Un Aaron qui perd le contrôle n'indique rien de bon. La preuve, la dernière fois que ça s'est produit, je me suis retrouvée nue et prise en levrette.

— On sait tous les deux qu'il n'a pas vécu des choses faciles, le défends-je.

— Pas plus que toi ou moi, tacle Aaron. Sérieusement, je commence vraiment à en avoir marre Haley. J'en ai marre de réparer les pots cassés de mon grand frère. J'ai les mains pleines de sang à cause de mon propre frère car je passe mon temps à éponger et couvrir ses conneries. Tu réalises ça ?

— Évidemment que je le réalise mais toi et moi sommes les seuls sur qui il peut compter ! Sans nous, il sombrerait !

— Et bien peut-être que c'est ce dont il a besoin ! explose le brun. Il faut arrêter de se voiler la face Haley. Adrian n'est rien d'autre qu'un criminel ! Je te jure que parfois je rêve de ne pas l'avertir de ces descentes d'Aurors juste pour qu'il se fasse coincer et qu'il finisse là où est sa place : à Azkaban bordel !

Son poing frappe son bureau ciré et je sursaute, surprise par le ton employé.

— Je sais, soufflé-je, la gorge nouée. Mais tu ne le feras pas.

Aaron commence à faire les cents pas, cogitant à je ne sais quoi. Il semble lutter entre ses envies et sa conscience. Ce qui est certain, c'est qu'une tempête fait rage à l'intérieur de sa petite tête.

— Tu ne le feras pas car tu l'aimes, repris-je, et ça tu ne peux pas le nier !

Le brun dévie le regard et se cale négligemment contre le rebord de la fenêtre. Il s'appuie contre les parois et fixe Londres d'un air désemparé.

— Des fois je me demande pourquoi et comment, souffle-t-il.

— Adrian est peut-être un insupportable petit con arrogant, mais il n'empêche qu'il reste quelqu'un de bien…

— Cite-moi la seule fois où il a fait quelque chose pour quelqu'un d'autre que sa petite personne ?!

Je me tais, ne sachant quoi dire. C'est vrai. Il marque un point. Mon ami a toujours agit de manière égoïste. Mais selon moi, c'est uniquement pour se protéger.

— Adrian était déjà un petit con bien avant qu'il ne se fasse torturer, reprend Aaron, le regard rivé sur un Londres plongé dans la nuit.

— Ah parce que tu penses que c'est cette guerre qui l'a poussé à devenir comme ça ? On sait tout les deux que c'est faux ! On sait très bien qui est la responsable !

— Laisse-moi rire. Ce n'est pas cette fille qui l'a rendu comme ça.

— Peut-être pas entièrement mais on ne peut pas dire que ça l'a aidé à tourner la page, argumenté-je. Elle lui a brisé le cœur et ça fait quoi ? Cinq ans qu'il ne s'en est toujours pas remis. Il part à la dérive comme s'il espérait secrètement que ça aiguise son intérêt et qu'elle revienne miraculeusement vers lui. Ton frère est simplement malheureux ! Il a besoin d'être épaulé.

Une fois ma diatribe lancée, je reprends mon souffle comme si cela m'avait vidée de toutes mes forces. Le frère de mon ami me dévisage avec toujours autant d'intensité. J'ignore ce qu'il se passe dans sa tête mais je sens son regard changer. Comme s'il se faisait plus doux, plus conciliant. Instantanément, Aaron devient moins intimidant.

Il s'approche de moi et me surplombe de son mètre quatre-vingt. Son parfum enveloppe tous mes sens et mon cœur explose dans ma cage thoracique. Je suis soudainement prise d'une douce enveloppe chaude qui prend naissance dans mon bas-ventre pour se répandre dans tous mes membres à une vitesse fulgurante.

Doucement, il glisse sa paume contre ma joue. Je frissonne alors qu'il poursuit sa caresse et vient caler sa main derrière ma nuque et me rapproche contre son torse. Je suis absorbée par son regard d'émeraude et n'ose piper mot.

— Tu es trop gentille avec lui, susurre-t-il. Il ne te mérite pas. Tu es tellement… Tellement tout. Personne n'est digne de toi.

Je papillonne des yeux, sidérée par ses propos. Quoi ?! Qu'est-ce qu'il vient de dire ?

— Il y a quelques mois encore, je t'aurais suivi les yeux fermés Haley, continue-t-il, à cœur ouvert. Parce que ce que mon frère fait de sa vie est un véritable gachi et parce que je l'aime. Alors je t'aurais aidé. Et j'imagine que notre amour pour lui est ce qui nous a rapproché mais… À l'heure actuelle, j'ai juste envie d'abandonner.

Je rassemble mon courage et recule de plusieurs pas, rompant son exquis contact physique. Je ne peux pas le laisser gagner avec une simple caresse. Je suis peut-être une gentille Poufsouffle mais il ne m'aura pas avec la manipulation.

— Tu as peut-être abandonné mais pas moi, déclaré-je, plus décidée que jamais. Tu ne m'empêchera pas de le retrouver.

Sur ces paroles, je fais machine arrière et quitte son bureau les larmes aux yeux. Je pensais obtenir son aide mais visiblement je me suis trompée. Aaron Potter n'est qu'un connard. Sans aucun regret, je quitte le Ministère la Magie et transplane pour la case départ : la boutique d'Adrian, rue des Cendres.

Là-bas, tout est mis sans dessus-dessous, comme lorsque je suis venue il y a déjà un mois de cela. Les Aurors se sont donnés à cœur joie de tout renverser sur leur passage. Ils ont perquisitionnés tous les objets historiques de valeur pour les revendre au Musée de la Magie. Son arrière-boutique a également été retournée dans tous les sens. Tous les tiroirs ont été vidés et sur le sol traînent divers résidus. Le sous-sol n'est pas dans un meilleur état. Son coffee-shop clandestin n'est plus. Les canapés ont été éventrés, les tableaux saccagés et les lattes du parquet soulevées. Même son augurey n'est plus là. J'ignore où est-ce qu'il a pu trouver refuge mais en tout cas, c'est comme si mon ami n'avait jamais fait partie de ce monde.

Je suis à cours d'espoir lorsque soudain, je perçois un bruit à l'étage. Je remonte du sous-sol, baguette à la main et constate avec effarement qu'Aaron est finalement là. Il a changé d'avis !

Nous nous observons silencieusement quelques instants avant qu'il ne s'attèle à la tâche. Il soulève un carton, à la recherche du moindre indice. Je l'imite alors et d'un accord tacite, nous fouillons les restes.

— J'ai quitté Taigan, au fait, dis-je au bout de quelques minutes silencieuses.

À l'autre bout de la pièce, dans la pénombre, Aaron relève la tête et me sonde de ses yeux brillants.

— C'est bien, au moins un de nous deux est courageux.

— Hum. Pour le petit-fils du Survivant, je t'avoue que je m'attendais à mieux, dis-je sans sourciller. À plus de courage et de respect aussi, envers Johanna.

— Je ne me mêle pas de tes affaires alors s'il te plait, fais-en de même…

— Ta vie ne m'intéresse nullement, contredis-je. Je ne fais que constater. Quand il s'agissait de dégainer ta bite tu semblais juste plus intrépide.

J'entends le brun ricaner, ce qui me surprend. Je hausse les sourcils et le dévisage avec effarement.

— Ça te fait rire en plus, déploré-je, énervée.

— Non c'est toi qui me fais rire, dit-il en m'adressant un sourire en coin. J'ai vraiment du mal à te cerner.

— La réciproque est vraie, cloué-je en croisant les bras.

Aaron me renvoie un air de défi qui instantanément, me fait changer d'humeur. Il m'électrise et d'énervée, je passe à excitée. Il avance d'un pas et attend une réaction de ma part. Je déglutis péniblement et avance à mon tour, comme ensorcelée. Il fait un second pas puis s'arrête. Il lève un sourcil et affiche une mine provocante, très semblable à celle de son frère.

Ce sale type me cherche ! Il sait que je vais craquer. Ou qu'il va craquer. C'est injuste d'abuser de ses charmes ! En plus, qui suis-je pour résister à tant de magnétisme ?

Bordel Haley ! Secoue-toi ! Je me giffle intérieurement et comme une biche apeurée face à son chasseur, je recule de trois pas et me cogne contre le mur. En toute maladroite que je suis, je trébuche sur un vieux carton et m'effondre à terre. Mon coude tape violemment contre une des lattes du sol et une douleur lancinante me fait gémir de douleur.

— Ah !

Aaron se précipite vers moi, en tout gentleman qu'il n'est pas.

— Merde, pesté-je en sentant une irritation aiguë surgir de ma plaie.

— Ça va ? demande-t-il, inquiet, en sortant sa baguette. Montre-moi.

Nonchalamment, je lui tends mon coude qu'il examine. Je dévie le regard, détestant la vue du sang. C'est alors que je suis attirée par un objet brillant. Instinctivement, je reprends mon bras avant même que mon anti-héro ne me soigne et je rampe jusqu'à la latte de parquet.

— Donne-moi quelque chose de pointu, ordonné-je, au bord de la frénésie.

— Euh… Oui.

Mon coéquipier s'agite tandis que j'essaie de soulever le bois. L'objet qui scintille, coincé en dessous, m'interpelle de plus en plus à mesure que j'éventre le sol. Lorsqu'Aaron me tend le tisonnier de la cheminée, j'ouvre en grand le plancher et découvre une petite cachette secrète. À l'intérieur, une des bague d'Adrian repose sagement et scintille d'une aura magique. Aucun doute, il l'a enchanté.

Revelio !

Une fumée bleue s'élève avant que le bijou ne prenne feu dans ma main. Dans les cendres, je récupère un minuscule morceau de parchemin que je m'empresse de déplier.

J'ai remonté le temps par erreur. Je suis coincé en 1977. Venez me chercher, c'est la meeeeeerde !

Adrian

Je fronce les sourcils et remonte le visage vers Aaron qui a lu par dessus par mon épaule. Son teint devient livide. Nous nous dévisageons, incrédules. Est-ce une mauvaise blague ?