Bonsoir à toutes et à tous.

Voici le sixième chapitre, se déroulant principalement au Sanctuaire. J'en profite pour signaler le premier lime de cette fiction, si jamais vous souhaitez l'éviter. Cela risque d'arriver souvent dans cette histoire, néanmoins.

-Disclaimer: Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada. Et le reste est sujet à interprétation!

-Rating: M.

-Précédemment, Perséphone est revenue aux Enfers, et dans tous les domaines, on tente de se reconstruire peu à peu. Des relations se construisent, Shun et Hyôga s'accordant enfin un bonheur devenu évident avec les années mais toujours refusé jusqu'à présent. Pour l'heure, il est temps pour les Chevaliers de quitter l'infirmerie, ce qui ne se fait pas sans certaines difficultés.

Merci, toujours, à Talim76 pour son soutien et ses encouragements constants dans mon écriture.

Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture.


Chapitre VI : Toucher.

Giudecca, Enfers

Devant leurs déités assises sur leurs trônes respectifs, les Juges se tenaient droit, les bras derrière le dos. Ils avaient été convoqués pour discuter de la situation actuelle, après que Perséphone ait eu les détails des négociations. Néanmoins, depuis plus d'une heure, ni l'un, ni l'autre n'avait dit le moindre mot. Le visage soucieux de leur Reine ne leur inspirait pas confiance, les trois hommes ayant suffisamment de souvenirs de leurs vies passées pour savoir que des dieux hésitants étaient rarement bon signe pour ceux qui les entouraient. Derrière eux se tenaient leurs bras droits respectifs, eux-aussi légèrement nerveux à l'idée de voir Hadès et son épouse aussi incertains. Eaque se mordilla la lèvre un instant, estimant son potentiel de survie, avant de se jeter à l'eau. Au pire, il pourrait toujours se réincarner. De toute façon, si ce n'était pas ses supérieurs, ce serait l'inquiétude qui le tuerait.

« Majestés, pouvons-nous vous aider ? »

Les concernés sursautèrent, sortis de leur transe pensive, et reportèrent leur attention vers leurs Spectres silencieux. Perséphone sourit doucement, et la tension de la pièce redescendit considérablement, pour le plus grand soulagement des six hommes écrasés jusqu'à présent par leur aura puissante et soucieuse.

« Je vous prie de nous excuser. Hadès et moi-même avons longuement discuté de ce qu'Athéna nous a offert… Et si l'offre semble sincère, je ne peux m'empêcher de me demander la raison pour laquelle Mère ne m'a rien dit. Je doute qu'elle serait demeurée de marbre face à une telle offre. Sans vouloir t'offenser, mon amour.

— Avant que tu m'offenses, le Léthé serait asséché. Mais en effet, Déméter n'a rien dit, du moins, à ce que je sache. Il n'est pas à exclure qu'elle soit allée se plaindre là-haut, mais si tel est le cas, Hermès n'en a rien dit.

— Avec tout le respect que je lui dois tristement, il est loin d'être une source fiable, grommela Minos.

— Touché, mon cher Juge. Même si je l'aime beaucoup, sa neutralité constante peut être un vrai fléau. Mais de fait, j'ignore ce qui se dit sur l'Olympe, actuellement. »

Perséphone se frotta le visage. Rhadamanthe croisa les bras, prenant appui sur une jambe.

« Voyons les choses autrement, dit-il. Athéna a soumis ses conditions à Zeus, et ce dernier ne s'y est pas opposé. Connaissant notre père, et le reste de notre fratrie, je comprends qu'elle ait pris ça comme une approbation.

— Oui, poursuivit Eaque. Habituellement, le simple fait de respirer différemment peut déclencher une guerre… j'imagine qu'on est dans le bon.

— Mmm… Je suis d'accord sur ce point, mais je ne peux pas totalement partager votre enthousiasme. Le manque total d'opposition de Mère reste étrange, et Zeus n'a jamais aimé avoir à réellement trancher sur la situation…

— Si pour une fois mon frère veut bien garder son nez…

— Et le reste, ajouta Eaque.

— … et le reste, poursuivit Hadès, amusé, en dehors de nos affaires, je ne m'en plaindrai pas. De toute façon, tant que Poséidon ne remonte pas l'ennuyer, je suppose qu'il est plus qu'heureux de nous voir enfin en paix. »

Perséphone se mordit la lèvre, avant de prendre une grande inspiration. Pour l'heure, il fallait embrasser cette chance, et surtout, entretenir la flamme allumée par le désespoir de la Déesse de la Sagesse.

« Bien. Restons-en là sur ce sujet. Nous allons devoir discuter d'un choix d'ambassadeur. Cela fait partie des conditions inhérentes à de bonnes relations, et surtout, Athéna requiert que des envoyés de tous les domaines se réunissent pour rédiger un accord de paix stable et clair, sur lesquels nous nous accorderons tous. Il est à prévoir qu'un certain nombre de ces réunions se fassent au Sanctuaire, d'ailleurs. »

Minos fronça les sourcils, et se redressa en claquant la langue.

« Ce sera sans moi, je me passe fort bien de me rendre à la surface.

— Si ce n'est pas là-bas, ce sera à Asgard ou au Royaume Sous-Marin.

— Par les Enfers.

— Minos, reste poli, sermonna Hadès.

— Ne vaudrait-il mieux pas un seul ambassadeur pour tous les royaumes ? demanda Rhadamanthe.

— Il est vrai que nous ne pouvons pas envoyer chacun de vous dans les trois autres domaines, répondit le souverain du Royaume en se frottant le menton pensivement. Les Enfers ne s'arrêtent pas aux fantaisies des dieux, malheureusement, et je doute que vos subordonnés apprécient de devoir faire votre travail à longueur d'années.

— Oh, Rune s'est bien habitué…

— Eaque… » dit doucement Perséphone.

Elle leva les yeux au ciel en voyant le sourire de connivence de ses deux Juges. Décidément, leur complicité tacite ne cessait jamais de grandir, et à en voir le frôlement de leurs épaules, le Népalais payerait sûrement bientôt sa répartie. Derrière, Rune restait de marbre, totalement imperméable et habitué à ce genre de piques dirigées envers son supérieur.

Néanmoins, Rhadamanthe avait raison, mieux valait reporter leur choix sur un seul ambassadeur. Tant pour la cohérence de leurs demandes que pour pouvoir continuer de faire fonctionner leurs domaines. Tapotant des doigts sur son accoudoir, Hadès prit appui sur sa main en observant ses hommes.

« En ce cas, lequel d'entre vous prendra cette charge ? Et quand je dis vous, j'exclus bien évidemment Minos, je ne souhaite pas devoir me battre à ce sujet. »

Un sourire satisfait étira les lèvres du concerné. Rhadamanthe et Eaque échangèrent un coup d'œil rapide, avant que le Spectre de la Whyverne ne mît un genou à terre. Eaque baissa légèrement la tête, s'inclinant à son tour et plongeant son regard dans celui de ses déités.

« Cela aurait été avec plaisir, les dieux savent que j'ai bien meilleur tempérament que mon aîné… cependant, j'admets également ne pas avoir particulièrement envie de me rendre constamment dans les autres domaines. Je vous propose ma candidature pour la rédaction du traité de paix, mais Rhadamanthe sera votre ambassadeur à temps plein.

— Cela te convient-il, mon Juge ?

— Ce sera un honneur, Seigneur.

— En ce cas, j'accepte votre offre, et je vous remercie de vos efforts.»

Les Spectres s'inclinèrent avant de quitter le Palais. Alors qu'ils faisaient route vers leurs demeures respectives, Rhadamanthe se tourna vers son cadet.

« Tu es certain que cela te convient ? J'aurais pensé que tu aurais sauté sur l'occasion de tourmenter les autres Sanctuaires, et d'aller y chercher quelque nouvelle compagnie.

— Je suis outré.

— Eaque. »

Ce dernier sourit avant de s'accrocher au bras de Minos.

« Je n'ai aucun regret. Je pense que tu feras un bien meilleur travail que moi. Par ailleurs, la rédaction de ce traité m'occupera suffisamment comme cela, je ne peux pas en plus m'amuser à me balader entre les domaines. Par contre, j'attends de toi des comptes rendus impeccables, et pas seulement sur la plastique de Kanon des Gémeaux. »

Le grondement de rage du Second Juge poursuivit son frère longtemps après qu'il eut disparu dans son propre tribunal.


Infirmerie, Sanctuaire

« Vous avez tout ce qui vous faut, Maître Mû ?

— Oui, Kiki, je te remercie. Je n'ai qu'une hâte, c'est de rentrer chez nous. »

Un sourire étira les traits du Premier apprenti. Aujourd'hui, la Garde Dorée pouvait enfin quitter l'infirmerie. Après des semaines de rééducation, et l'aide du cosmos constant de leur Déesse, la plupart était suffisamment remis pour retourner dans leurs appartements respectifs. Et le jeune Bélier ne pouvait s'empêcher de tourner nerveusement autour du Premier Gardien à l'idée de le voir revenir enfin dans leur temple. Vêtu des habits récupérés à Jamir, Mû sourit doucement, et passa une main tendre dans les cheveux du jeune garçon. Il lui avait fallu plusieurs jours après son réveil pour réaliser que l'adolescent assis à ses côtés était bien Kiki. L'enfant qu'il avait connu avait disparu, et si la lueur dans ses yeux était encore la même, il ne faisait aucun doute qu'un changement impossible avait eu lieu sans qu'il en ait encore saisi la portée pleine.

Alors qu'il s'apprêtait à quitter la pièce, Shun et Shiryu s'avancèrent vers lui. Andromède avait rarement été aussi rayonnant depuis qu'ils avaient ouvert les yeux, songea le Bélier. Malgré ses sourires voulus toujours rassurants, il l'avait vu plus d'une fois afficher une mine sombre et inquiète dès qu'il pensait que personne ne l'observait. Mais depuis quelques temps, il paraissait plus apaisé, et par extension, diffusait autour de lui une aura de bien-être contagieuse. Une main sur l'épaule de son apprenti, Mû posa un regard curieux sur les deux hommes.

« Vous sortez enfin ? demanda le Chevalier du Dragon.

— Oh, allons. Le vouvoiement n'est vraiment pas nécessaire, surtout avec le temps qui a disparu entre nous.

— Vous restez le Réparateur d'Armures du Sanctuaire, nous vous devons le respect. »

Mû roula des yeux, avant de pousser légèrement son apprenti devant lui.

« Si j'ai bien compris ce que vous m'avez raconté, et au vu de l'aura de pas moins de douze armures qui avaient été entièrement détruites mais que je peux sentir à nouveau, c'est ce Forgeron-ci que vous devriez honorer. Je me contenterai fort bien d'être Chevalier pour l'heure.

— Maître, voyons ! »

Un petit rire échappa à ce dernier. Serrant l'épaule de son apprenti, il adressa un signe de tête aux deux protecteurs Divins, avant de quitter les lieux. Arrivés à la porte, il se tourna vers l'un des lits où Shion rassemblait pensées et effets. S'avançant doucement vers l'ancien Grand-Pope, Mû murmura :

« Je pars devant, Maître. Nous avons tous les deux beaucoup à faire, mais… j'aimerais assez que nous nous retrouvions bientôt. »

Le concerné se figea, reposant la tunique qu'il était en train de plier pour se tourner vers son disciple. Prenant une grande inspiration, il sourit aussi tendrement qu'il le pouvait, osant s'approcher un peu de l'homme qu'il avait tant blessé.

« Ce sera avec plaisir. Je pense que c'est une excellente idée. »

Il y avait de la surprise, et une joie sincère dans les yeux de son apprenti. Le cœur fendu, Shion lui tapota l'épaule, et adressa un regard à Kiki, qui demeurait auprès de son précepteur, une expression de curiosité et d'admiration sur ses traits. Après un moment, ils quittèrent les lieux, alors que l'ancien Bélier resta près de son lit, silencieux.

« A défaut de t'emmener jusqu'à l'autel, me permettras-tu de t'accompagner vers ta chambre ?

— Dohko ! »

Un rire.

Chaud, rassurant, chaleureux. Tout ce qu'il avait été incapable d'être jusqu'à présent, malgré le besoin évident de la Garde Dorée d'être rassurée sur son sort. Shion laissa son regard améthyste glisser sur son compagnon qui souriait éhontément, un sac à la main. Comme beaucoup de choses qui ne faisaient pas sens, le Chinois et lui avaient été les plus épargnés physiquement par les conséquences de leur retour à la vie. Préservés pendant plus de deux centenaires, il n'y avait finalement eu qu'un seul véritable combat pour eux depuis qu'ils avaient pris leur rôle après la précédente Guerre Sainte, et c'était le leur. Pourtant, Dohko était resté, sans jamais cacher toute la tendresse qu'il avait envers lui. Faisant fi de l'agressivité que Shion avait témoigné, de sa rancœur, de sa culpabilité. L'ancien Grand-Pope ne put que soupirer, et récupérant ses effets, il quitta les lieux en compagnie de son ami de toujours pour se diriger vers ses appartements.


Le regard ailleurs, Aphrodite finissait de s'habiller. Contre son lit, la béquille nécessaire attendait de faire son office. Pour une raison qu'il ignorait, il avait encore besoin d'un appui pour se déplacer, mais il avait supplié de pouvoir enfin quitter les lieux. Il avait été coupé bien trop longtemps de son jardin, et par-dessus tout, il ne supportait plus de demeurer à l'infirmerie. Il avait donc signé une décharge contre ses promesses de prendre ses anxiolytiques et de continuer sa rééducation. Refermant le dernier bouton de sa chemise, il se releva et pris la béquille pour s'appuyer péniblement dessus. Une douleur aigüe se fit sentir dans sa jambe, mais il serra les dents et l'ignora, car en comparaison de la brûlure constante qu'il ressentait dans tout son corps, ce n'était rien.

Il s'avança vers la sortie, vers ce salut qu'il avait tant attendu. Il poussa la porte, et pour la première fois depuis des mois, il se trouvait enfin dehors. L'air automnal le saisit à la gorge, et il inspira profondément, ressentant l'appel de ses plantes, à peine quelques centaines de marches plus bas. Alors qu'il s'apprêtait à descendre, il sentit une présence à ses côtés, et tourna la tête pour voir Andromède, au regard hésitant. Tous les Chevaliers Divins savaient ce qu'il en était de son sort à présent. Mais Shun, pour une raison qu'il ignorait, affichait continuellement cette expression étrange, un mélange de tristesse et de curiosité, comme pour une question perpétuelle qu'il n'osait pas poser.

« Que puis-je pour toi ?

— Je suis désolé, je dois m'entretenir avec Athéna, mais…»

Le Suédois leva un sourcil, et se frotta le visage distraitement. Coupé de ses apparats habituels, il se sentait bien trop exposé et trop aisé à deviner. Surtout face au regard pur du jeune homme qui paraissait le traverser de part en part. Comme pour puiser sa vérité au plus profond de lui, l'en arrachant sans même se poser de questions. Le Chevalier des Poissons serra les dents, obligé de rendre les armes.

« Tu seras le bienvenu dans mon jardin lorsque tu voudras m'y trouver.

— Merci, Aphrodite. »

Andromède tourna les talons, retournant rapidement vers l'intérieur du palais. Resté sur place, le Douzième Gardien ferma les yeux, prenant une grande inspiration. L'odeur de tabac lui emplit les narines, et un sourire étira ses traits.

« A peine sorti et tu commences déjà à fumer ?

— Ils m'ont fait chier pendant des semaines, si tu crois que j'allais me priver une fois sorti.

— Cela aurait été mal te connaître, et ce n'est pas mon cas.

— En effet. Tu en veux une ?

— Non. Ce serait dommage de cracher sur cette nouvelle vie, tu ne crois pas ?

— Ce n'est pas ce que tu hurlais il y a un mois.

— Aouch.

— Ce n'est pas comme si je désapprouvais. »

Bien plus bas, il ajouta :

« Ils auraient dû me laisser en bas.

— Moi aussi.»

Un léger silence s'étira. Aphrodite tourna la tête vers l'Italien qui exhalait sa fumée en l'air, sans vraiment réfléchir.

« Et ton temple ?

— Remis à neuf. Mes victimes avaient disparu avec moi, de toute façon.

— Tu n'as pas l'intention de continuer, n'est-ce pas ?

— Avec un accord de paix qui traîne, je pense que ce serait de mauvais ton si j'allais piquer des âmes chez Hadès.

— En effet. Mais ne serait-ce que pour la tête des Juges, cela vaudrait la peine…»

Un ricanement adoré à son oreille. Aphrodite se tourna, laissant le bras possessif se glisser autour de sa taille, alors qu'il caressait de sa main libre les mèches pâles. Le regard si particulier de son amant se posa sur lui, dévorant ses traits et ses lèvres, alors qu'il venait enfin les prendre des siennes. Un soupir de plaisir, d'envie vint immédiatement parcourir le corps du Douzième Gardien, et il gronda contre la caresse possessive pour y répondre immédiatement. Accroché au cou d'Angelo, entièrement collé à lui, il entrouvrit la bouche, se moquant éperdument du lieu, des regards. Rien ne comptait plus en cet instant que l'aura de désir répondant à la sienne après tout ce temps. Autour de lui, il pouvait sentir les doigts de l'Italien glisser, s'accrocher, le tenir avec une fermeté qui le fit trembler. Posant une main sur le torse de son amant, il le repoussa de quelques centimètres à peine, légèrement essoufflé. L'expression ravie d'Angelo trouva écho sur la sienne.

« Dieux, que ça m'avait manqué.

— Comme tu dis. Si on allait dans ton temple pour continuer ?

— Voyons. Tu ne vois donc pas que je suis blessé ?

— Dans notre boulot, si ça devait nous en empêcher, ça se saurait. »

Aphrodite écarquilla légèrement les yeux, et ne put retenir un rire. Discret, léger, mais qui tira un sourire satisfait à l'Italien, revenu frôler son oreille du bout des lèvres.

« Ça faisait si longtemps. »

Le Suédois frémit, et colla son front à l'épaule de son compagnon, passant ses bras autour de sa taille.

« Je suis désolé.

— Ne le sois pas. On rentre ?

— Allons-y. »

Alors qu'ils se dirigeaient enfin vers les escaliers, une troisième aura se fit sentir derrière eux. Immédiatement, le Douzième Gardien se crispa. Angelo se tourna, saluant Shura d'un petit signe de tête, mais Aphrodite continua de fixer droit devant lui. Et en entendant l'écho des pas s'approcher, il tourna la tête vers l'Espagnol. Ce dernier se figea en croisant ses yeux. Car l'expression céruléenne était limpide.

Non.

Le regard blessé de Shura était sûrement l'une des pires choses au monde pour lui, mais il refusa de céder. Pas cette fois. Le détenteur d'Excalibur se tenait raide comme la justice qu'il incarnait, malgré la douleur et l'incompréhension sur ses traits. Entre eux flottaient les relents des événements de la Guerre, du combat contre Hadès, de leur rôle, et des rancœurs plus anciennes. Les poings serrés, Shura défia du regard son meilleur ami.

« Je vois. C'est donc ta décision. »

Un ricanement sombre.

« Tu as pris la tienne à l'époque, et nous la nôtre. Pourtant, tu t'es permis de nous juger. Et ça, je ne peux pas te le pardonner. Pas maintenant que nous devons à nouveau nous faire face, du moins. »

Prenant appui sur sa béquille et quittant la chaleur des bras de l'Italien, Aphrodite entama la pénible descente vers ses appartements, et le jardin qui l'attendait. Resté en arrière, Angelo sortit une nouvelle cigarette, et en tendit une à l'Espagnol figé à ses côtés.

« Non, merci.

— Comme tu veux.

— Angelo. Son sang… c'est revenu, n'est-ce pas ?

— La bonté des dieux.

— C'est injuste

— Ah, tu fais des blagues, cabrito ? »

Shura ne répondit pas. Ils observèrent avec inquiétude le Suédois qui continuait de descendre les marches lentement, claudiquant quelque peu. Tous deux crevaient d'envie d'aller l'aider, c'était certain. Tout en sachant qu'ils seraient mal reçus s'ils s'y essayaient. Le regard carmin se posa sur les traits crispés de l'Espagnol, et allumant sa cigarette, il murmura :

« Donne-lui du temps.

— On a eu plus d'un mois pour régler ça, il refuse de me parler.

— Ouais, tu sais, t'entendre nous jeter qu'on serait des moins que riens pour le rôle qu'on a joué pendant le combat contre Hadès, ça a fait pas mal de dégâts. Vu que c'est techniquement la dernière chose que tu nous as lancé à la figure avant notre annihilation totale, il est probable que ça prenne un peu plus de temps pour qu'il s'en remette. »

Un silence buté retentit entre eux. Soufflant la fumée de sa cigarette au loin, l'Italien haussa les épaules, avant d'entamer sa descente.

« On a passé deux ans en Enfer. Je ne sais pas pour toi, mais personnellement, il y a un paquet de choses qui m'ont travaillé pendant que mon âme crevait en permanence. M'est avis que je ne suis pas le seul, hein ? »

Shura observa la silhouette disparaître dans les escaliers, demeurant seul avec l'écho de ses propres péchés sur le treizième palier. Il ferma les yeux un instant, mais ne vit que la rage d'Aiolia, la peine d'Aioros, et les regards de ses meilleurs amis résignés.

Et le poids dans sa poitrine s'alourdit un peu plus.


Appartements du Grand-Pope, Treizième Temple

Shion franchit le pas de sa chambre, suivi peu après de Dohko. Ce dernier resta prudemment près de la porte, s'appuyant contre le chambranle. Les lieux avaient été aérés, les murs repeints, les draps changés. L'ancien Bélier regardait tout autour de lui, retrouvant des éléments familiers et inconnus à la fois. Son regard balaya la pièce, et il s'avança vers l'armoire, qu'il ouvrit brusquement. Une expression contrite prit place sur ses traits, et le Chinois risqua un œil vers le meuble, avant de grimacer. Soigneusement alignées, les toges de fonction avaient été installées, prêtes à l'emploi. Un manque flagrant de lucidité, si on lui demandait.

Les doigts de Shion se crispèrent sur le bois, et alors même que la Balance fermait les yeux, un hurlement de rage retentit. Plusieurs minutes durant, il entendit la colère de son ami résonner, alors que ce dernier ravageait la pièce, renversant meubles et décorations, faisant fi de toute dignité en cet instant. Enfin, sa fureur sembla apaisée. Dohko croisa les bras, son regard sondant l'homme qui se tenait droit au cœur de la chambre, le souffle court et encore furieux.

« Tu as fini ?

— Athéna va me demander de reprendre mon poste.

— Il y a des chances que ce soit ce qu'on te demande, en effet. »

Un grondement féroce retentit. Le Chinois pencha la tête, ne quittant jamais des yeux son ami. Enfin, sa voix se fit entendre à nouveau, en un murmure fatigué :

« Je ne suis pas prêt à recommencer, Dohko. Pas cette fois, pas encore.

— Je sais, mon grand amour. »

Le Chevalier de la Balance s'avança vers l'autre homme, et une fois à son niveau, il caressa doucement le visage hypnotique de son amant. Depuis toujours, la beauté de l'Atlante n'avait jamais cessé de l'époustoufler. La couleur de ses yeux, la douceur de ses cheveux, et ce sourire, habituellement si taquin lorsqu'il se posait sur lui. Mais en cet instant, tout cela passait au second plan, la détresse du Bélier lui fendant le cœur. Glissant ses doigts sous le menton de Shion, il attira son attention vers lui.

« Mais cette fois, peut-être que nous pourrons faire mieux. »

Les yeux superbes s'étirèrent un peu, surpris.

« Nous ?

— Oui, nous. Si tu pensais que j'allais partir et te laisser, tu te trompes lourdement.

— Tu pourrais. Tu as quelque part où aller.

— Mais je ne veux pas. Si je suis parti autrefois, c'était uniquement pour répondre aux ordres d'Athéna. Ma vie est ici. Et par cela, j'entends les deux gosses qui squattent mon temple, et… toi. »

La main de Shion sa posa sur la sienne, hésitant à la frôler des lèvres.

« Tu pourrais regretter.

— Tu permets qu'on essaie, d'abord ? Parce que ça fait plus de 260 ans que j'ai envie de t'embrasser à nouveau. »

Ah, elle était là, cette étincelle. Celle dont il était tombé amoureux, il y avait de cela si longtemps. Cette lueur amusée qui n'appartenait qu'à lui. Lentement, si lentement, il se baissa pour caresser sa bouche de la sienne. Une sensation divine, attendue depuis si longtemps, abîmée par leur affrontement, et par la Guerre, encore avant. Les doigts de Shion glissèrent autour de son visage, et Dohko fit de même, souriant avec tout l'amour qu'il ressentait en cet instant. L'ancien Grand-Pope l'encadrait, s'assurait de sa présence, et il ne pouvait qu'y répondre avec toute la sincérité qu'il ressentait également.

Les mains de la Balance vinrent redessiner les muscles sous la tunique de son amant, et il murmura doucement :

« Avant que tu ne te remettes à porter ta toge…

— Idiot. »

Un rire.

Dohko poussa son amant sur le lit, savourant la vue des longues mèches étalées sur les draps. Il vint s'installer sur lui, et enfin, le baiser reprit. Grondant en sentant leurs hanches se coller, depuis tellement d'années. Les vêtements furent arrachés, l'urgence de se retrouver se faisant brusquement sentir. Souriant contre la peau pâle, le Septième Gardien déposa de multiples baisers et morsures, appréciant les murmures d'encouragements affolés qu'il obtenait. Ses mains glissèrent plus bas entre eux, sous le pantalon de toile, et un râle échappa à l'Atlante.

Se redressant pour venir à hauteur de son visage, il frôla de ses lèvres celles de son amant, sans jamais cesser ses caresses bien plus bas. Il prit le temps d'apprécier les pupilles voilées de plaisir de Shion, ses halètements qu'il ne dissimulait pas, les mains serrées sur ses épaules. Il accéléra le rythme de ses doigts, dévorant son expression désireuse.

« Dohko… Dohko !

— Je t'en prie. »

Ce n'était qu'un murmure, mais la passion débordante dans le regard vert suffit à faire basculer l'Atlante. Il ferma les yeux brusquement et se cambra, prenant son plaisir avec un cri, les mains accrochées au cou de son amant qui ne cessa pas un instant s'abreuver de la vue qu'il offrait. Passant une langue sur ses lèvres, l'ancien Bélier laissa un soupir satisfait lui échapper, et il caressa la nuque bronzée qu'il avait si férocement griffée, haletant légèrement.

« Je pensais pouvoir tenir mais… force est de constater que tu es toujours aussi doué. »

Le concerné sourit avec une pointe de fierté avant d'embrasser le visage de son amant, et unissant leurs lèvres. Sa main libre caressait les mèches douces entre ses doigts, et il resta ainsi à contempler l'homme qu'il aimait se remettre des relents de son plaisir.

« Peu importe. On a toute la journée. Si tu penses que je vais m'arrêter maintenant, tu te trompes largement, mon amour. »

Un rire résonna dans la pièce, et Shion le tira à lui pour l'embrasser, mordant la pulpe sans retenue lorsque ses doigts s'égarèrent à nouveau plus bas.


Salle de réunion, Treizième Temple

Pour la première fois depuis presque vingt ans, tous les sièges de la Garde Dorée étaient pris. Installés sur les chaises associées à leurs titres, les quatorze hommes se tenaient aussi droits que leur condition actuelle leur permettait. Kanon avait craint cette réunion, et le moment particulièrement gênant où il devrait constater qu'il n'avait nulle place où s'asseoir, mais leur Déesse, dans sa bonté et son besoin d'apaiser les esprits avait fait créer un nouveau fauteuil, marqué lui aussi de l'effigie des Gémeaux. Frôlant le cuir superbe, et le symbole de sa maison brodé d'or, l'ancien manipulateur des dieux sentit son cœur se serrer un peu. Milo posa une main sur son épaule et lui offrit un clin d'œil.

« Tu le mérites, mais ne te réjouis pas trop vite. Tu verras qu'ils sont atrocement inconfortables.

— Je suppose que c'est pour ça qu'il y a un coussin sur celui du Grand-Pope.

— Bien vu. »

Les deux hommes échangèrent une expression complice, sur lequel passa le regard suspect de certains, et celui bien plus froid d'un autre. Une aura tendre emplit la salle, alors qu'une voix résonnait :

« Si là est votre requête, j'en installerai pour chacun de vous. »

Les quatorze hommes se redressèrent immédiatement, main sur le cœur avant de s'incliner. Vêtue de sa robe blanche et sa couronne d'or, Athéna s'avançait vers ses hommes avec un sourire doux. Elle marcha jusqu'à son siège, balayant des yeux ses Chevaliers, cherchant à analyser rapidement l'humeur qu'ils partageaient. Du coin de l'œil, elle vit la raideur de certains gestes, les tremblements des membres, et les dents serrées du besoin de ne pas montrer la moindre faiblesse.

« Je vous en prie. Asseyez-vous. »

Elle resta debout pour sa part, les mains posées sur la table, alors que ses hommes prenaient place, l'air encore incertain malgré leur fierté. De l'un à l'autre, l'humeur était assez différente, et elle pouvait ressentir des relents de discussions, d'apaisements, de rancœurs. Ses hommes auraient besoin de temps pour reconstruire un front uni et cohérent, et c'était son devoir que de les y aider.

« Je vous remercie d'être ici aujourd'hui. Vous ne pouvez imaginer ma joie de vous voir sur pied, après toutes ces années. »

Un silence respectueux.

« Avant de poursuivre, il y a quelque chose d'essentiel dont je souhaite vous parler. »

La jeune femme recula de quelques pas, et s'agenouilla. Saga eut le réflexe de se lever pour l'arrêter, mais elle leva la main, souriant doucement à son protecteur qui se rassit, honteux, alors qu'elle se mettait enfin à terre, s'inclinant profondément.

« Chevaliers d'Or. Je vous dois mes remerciements pour votre rôle exemplaire et héroïque au cours de l'affrontement contre Hadès, mais également, des excuses sincères pour la confusion et la douleur dans lesquelles je vous ai plongés. Mon absence d'explications a mené à des incompréhensions entre vous. Quand bien même certains savaient ou avaient compris sans que j'aie à le dire, j'aurais dû vous expliquer pour que vous compreniez tous mon geste et ma décision. Et celles de vos compagnons, par extension.»

Un silence. Des regards furent échangés, alors que l'ancien Grand-Pope serrait les poings, le cœur au bord des lèvres. Shaka demeura silencieux, ses yeux limpides ouverts et posés sur la jeune femme, lui faisant bénéficier d'un cosmos empli de reconnaissance. Athéna poursuivit :

« Je suis sincèrement navrée, et infiniment reconnaissante. »

Shion se leva avant de s'approcher. Elle leva la tête, et déposa sa main blanche dans celle qui lui était tendu.

« Ma Déesse, il n'y a rien à pardonner. Nous ne vivons que pour défendre vos valeurs, et ce Sanctuaire. Néanmoins… je vous remercie. Vous faites preuve d'une grande humilité, et c'est à nous de vous remercier de vous être battue pour nous ramener. »

Athéna sourit, se laissant redresser par son Chevalier, qui la raccompagna jusqu'à sa chaise. Une fois installée, elle posa ses mains sur la table, et chercha du regard chacun de ses hommes.

« Je souhaite reconstruire ce Sanctuaire, mais je ne pourrais pas le faire sans vous. Si vous êtes prêts à m'accorder votre confiance, je suis certaine que nous saurons redonner à ces terres l'aura et les vertus qui lui sont propres. Et pour cela… Shion, seriez-vous prêt à reprendre votre poste de Grand-Pope, pour l'heure du moins ? »

Une expression tendre étira les traits de Dohko alors que le concerné, cette fois-ci bien plus apaisé sur la question, levait un regard doux vers leur déité.

« Ce serait un honneur.

— Merci, mon Chevalier. »


Une heure plus tard, la réunion prit fin. Les quatorze hommes se séparèrent, et certains entamèrent leur descente et séparation, quelques conversations s'échangeant entre ceux qui se l'autorisaient. Milo traversa le douzième temple, saluant Aphrodite qui allait déjà se réfugier vers son jardin. Poursuivant sa route, il vit arriver la demeure suivante avec un mélange de crainte et de nervosité. Camus et lui n'avaient pas eu l'occasion d'échanger le moindre mot jusqu'à présent, la présence des autres hommes ne rendant pas la tâche aisée, et puis… il n'en avait pas eu le courage. A plusieurs reprises, le simple fait de croiser le regard carmin avait manqué le rendre à la fois fou de rage et de désir. Camus était là, sans vraiment être présent. Silencieux, comme toujours, mais cette fois, le Grec ne pouvait pas le supporter. Lorsqu'il entra enfin chez le Verseau, il laissa ses compagnons d'armes le dépasser, ralentissant inconsciemment sa traversée.

Il inspira profondément, pris de vertige lorsque la vague de souvenirs vint le submerger. Il y avait ceux empreints de bonheur, de plaisirs, de baisers et de sourires voilés. Et les autres, plus récents, résonnant de la mort du Onzième Gardien, et de son choix de sacrifice pour l'amour de son disciple. Se mordant la lèvre, Milo fit quelques pas supplémentaires, laissant son regard couler sur les pierres.

Debout au cœur de son temple, Camus se tenait droit. Son expression inflexible posée sur lui, empli néanmoins d'une émotion unique, que le Grec avait appris à comprendre. Il s'arrêta. Peu importait ce que leur avait coûté ces longues années de sommeil, Camus demeurait indéniablement beau. Il avait conscience de ne vouloir rien d'autre que sa peau contre la sienne. Et pour cette raison, il savait qu'il n'était pas prêt à l'affronter. Lorsqu'il passa devant le maître des lieux, les doigts calleux se posèrent sur son bras, et le Chevalier du Scorpion se dégagea brusquement.

« Milo. »

Ah, cette voix… Il ferma les yeux, sans pouvoir s'en empêcher. C'était traître, d'utiliser un timbre connu seulement de leurs nuits d'intimité. D'user de cette tonalité unique, qu'il n'avait jamais entendu qu'à des occasions adorées.

« Je suis désolé. Juste… ne fais pas ça. Je ne vais pas pouvoir réfléchir et… on doit parler, toi et moi.

— En effet. »

Il était près, bien trop près. Ses pupilles carmin le dévoraient, il le voyait clairement. Et en lui, la pierre du désir ne fit que s'alourdir. Il avait eu le temps, des semaines durant, de se réjouir du simple fait de voir que Camus était encore vivant. De savoir qu'il respirait, et souriait même, par instants, lorsque son disciple se tenait à ses côtés. A présent… c'était bien l'envie qui prenait le pas sur son esprit, le besoin de l'embrasser, de serrer son corps contre le sien, de ravager sa bouche et glisser sa main dans ses cheveux. Ne pas fixer ses lèvres. Relever les yeux.

Par les dieux, comme il aimait les siens.

Contre son poignet, il sentit la brûlure des doigts gelés, à nouveau. Vite, exprimer ses pensées. Avant qu'il ne pût plus les formuler.

« Lorsque… vous êtes revenus… »

Camus s'approchait encore, lentement et dangereusement. Il l'écoutait, il le savait. Toute l'attention du Français était dirigée vers lui. Pour autant, comme toujours, le Onzième Gardien entretenait les contacts discrets et désireux entre eux, car c'était ainsi qu'il s'exprimait le mieux. Ainsi qu'il demandait lorsqu'il le voulait.

« J'ai perdu le contrôle. Je me sentais trahi. »

Camus pencha légèrement la tête. Milo regarda les mèches écarlates glisser sur la peau pâle, léchant tendrement la clavicule dévoilée. Il se mordit l'intérieur de la joue. Son ancien amant n'avait rien laissé au hasard : avec le temps, il avait appris à éveiller l'envie du Grec, et savait y faire appel.

Et toujours, au creux de son poignet, la caresse hypnotique de ses doigts. Il s'approcha encore, plus près, sa bouche prête à frôler sa joue. Milo manqua fermer les yeux, prêt à céder, sentant la douceur de ce contact familier. Il n'allait jamais tenir. Il voulait juste…

« Pour Athéna ? »

Sa voix le tuerait. Et il le savait. Mais il concentra les relents de ses peines, et souffla :

« Non… Oui. Pas uniquement. »

Embrasse-moi. Prends-moi. Aime-moi.

Se concentrer, encore un peu.

« Envers nous aussi.

— Pardon ?»

Un ton tranchant et glacé. Brusquement, la magie de l'instant fût brisée, et Milo vit le regard si beau devenir tranchant. Un doute atroce s'empara de lui, et il considéra l'homme qu'il aimait. En quelques secondes, une froide incompréhension s'était dressée entre eux et les opposait. Et face au silence qui s'étirait, il sût alors qu'il aurait le cœur brisé l'instant d'après. Il prit le temps d'apprécier les relents de leur histoire, de leur amour, de leur désir. Avant d'accepter de les piétiner, lorsqu'il demanda :

« Camus… tu ne vas pas t'excuser, n'est-ce pas ? »

Il le perdait. Ils se détachaient. Tous les deux. L'expression surprise et pincée suffit à lui faire comprendre, mais ce fût bien pire lorsque le Français ouvrit les lèvres.

« Je ne vois pas pourquoi je le ferais. Je ne regrette rien, et tu le sais parfaitement. J'ai agi en accord avec ma conscience, pour le bien-être de ma Déesse et de mon disciple. »

Oui, il le savait. Mais ce n'était pas ce qu'il avait besoin d'entendre en cet instant. Pas ce qu'il se sentait prêt à accepter de la part de l'homme qu'il aimait. Milo ferma les yeux, et retira sa main de la caresse qu'il adorait. Il inspira profondément, reculant d'un pas alors que son regard se durcissait. Face à lui, il y avait la fierté, mélangée à la mécompréhension douloureuse de le voir s'éloigner. Mais le Grec secoua la tête, avant de se détourner.

« Milo ? »

La voix de Kanon, au loin.

Comme une lumière pour briser cette ambiance délétère entre lui et le Français. Sans vraiment savoir pourquoi, il s'y raccrocha, sortant définitivement de cette aura de souvenirs devenue étouffante. Après un dernier coup d'œil vers le Gardien du temple, il quitta les lieux. Sentant derrière lui Camus tenter de le rattraper, il jeta un regard navré en arrière, croisant celui qu'il aimait plus que de raison. Cherchant où il avait abandonné la sienne, lorsqu'il murmura, en s'arrachant le cœur lui-même :

« Je suis désolé, Camus. Cette fois… je ne peux pas. »