Thème du jour : Je ne sais pas

Contexte : AU S8


Daenerys ne sourit pas quand Tyrion entre dans la salle du Trône et à vrai dire, Tyrion ne sourit pas non plus – la victoire a un affreux goût de cendres.

Les mots qu'il aimerait prononcer s'étranglent dans sa gorge lorsqu'il reconnaît les deux corps inanimés sur le sol.

« Non... »

Il ne sait pas s'il a vraiment parlé, il ne sait plus rien, il a juste envie de hurler et de fermer les yeux jusqu'à la fin de ce cauchemar.

« Avancez. »

La voix de Daenerys est aussi froide que les neiges du Nord qu'elle a tant en horreur. Les jambes tremblantes, Tyrion s'effondre devant le Trône de Fer.

« Vous m'avez bien servie, » lance Daenerys. « La couronne est mienne. »

Mais à quel prix ? veut-il hurler en repensant aux cloches et au feu et au sang.

« Toutefois... » reprend t-elle. « Je ne vous fais plus confiance. Vous êtes un Lannister et vous m'avez prouvé que vous privilégiez toujours votre famille lorsqu'il s'agit de faire un choix. »

Tyrion pense qu'elle va le tuer, que c'est fini, que les lions vont cesser de rugir. Il regarde une dernière fois les corps inconscients de Cersei et Jaime, se demande s'ils vont bientôt le rejoindre, et plonge son regard dans celui de Daenerys – il ne baissera pas les yeux.

« Vous serez renvoyé à Castral Roc et condamné à y passer le reste de vos jours. »

Il n'a pas le temps de pousser un soupir de soulagement.

« En revanche, votre frère et votre sœur m'ont trahie tous les deux. Je ne ferai pas preuve de la même merci envers eux. »

« Majesté... » commence t-il, la voix brisée par le désespoir.

Daenerys l'interrompt d'un geste sec.

« Pour tous les conseils que vous m'avez donné, je vais vous accorder une faveur. »

Son cœur cogne si fort dans sa poitrine qu'il a l'impression qu'il va exploser.

« Choisissez. »

« Je vous demande pardon ? »

« Vous m'avez entendue. J'accorderai la vie sauve à l'un d'entre eux. Choisissez. »

Tyrion regrette qu'elle n'ait pas décidé de l'exécuter – ça aurait sans doute fait moins mal parce que bon sang, il ne peut pas choisir, comment le pourrait-il, pourquoi le torture t-elle à ce point ?

Il reste silencieux, regarde Cersei et puis Jaime et puis Cersei et puis Jaime, il ne sait pas, il ne sait pas, il ne sait pas, il...

« Je n'ai pas toute la journée à vous consacrer. Choisissez. Lequel voulez-vous garder en vie ? »

« Je ne sais pas ! » rugit-il, complètement désespéré.

Alors il se met à supplier, pitié, Majesté, laissez-les vivre tous les deux, laissez-nous être une famille, nous rentrerons à Castral Roc et vous n'entendrez plus jamais parler de nous, pitié, pitié, pitié.

Daenerys ne change pas d'avis, bien sûr, que sont deux cadavres supplémentaires sur le chemin vers la folie ?

« Je vais compter jusqu'à cinq, et si vous n'avez pas choisi d'ici là, je les ferai exécuter tous les deux. »

« Majesté... »

« Un. »

« Par pitié... »

« Deux. »

« Comment pouvez-vous me faire ça ? »

« Trois. »

« Je ne peux pas choisir de verser mon propre sang, je ne peux pas... »

« Quatre. »

La sentence de mort est proche et Tyrion ne sait pas, Cersei, Jaime, Cersei, Jaime, il ne sait pas, il ne sait rien et il...

« Cinq. »

Daenerys fait un petit signe de tête aux Immaculés. Un poignard à la main, ils se penchent sur les jumeaux, prêts à verser le sang doré des Lannister.

Et Tyrion choisit.

« Cersei ! » hurle t-il.

Daenerys hausse un sourcil, surprise.

« Vous ne cesserez jamais de m'étonner. »

Quand le sang de Jaime jaillit de sa gorge, triste sourire écarlate, Tyrion se prend la tête entre les mains et se met à hurler.

.

« Pourquoi ? »

C'est ce que Cersei lui demande un peu plus tard alors qu'ils sont tous les deux juchés sur le même cheval, en route vers Castral Roc – leur future prison.

Les hurlements qu'elle pousse n'ont absolument rien d'humain – Tyrion sent ses larmes couler dans son cou.

« Jaime était tout pour toi, alors pourquoi... »

« Parce qu'il aurait voulu que je te choisisse, » la coupe t-il, déchiré de l'intérieur par son cœur bousillé. « Il n'aurait pas pu vivre sans toi. »

« Et tu penses que moi, je peux vivre sans... »

« Il te reste quelque chose. »

Il jette un œil par-dessus son épaule, croise son regard vide – ses émeraudes sont un parfait reflet des siennes.

« Il te reste un lionceau, » murmure t-il en touchant son ventre.

Cersei ne répond rien et se remet à pleurer.

Tyrion regarde de nouveau devant lui, voit le sang doré de Jaime sur ses mains, et ne peut que l'imiter.