Western :

C'était un de ces soirs. Un de ces soirs calmes où il n'y avait personne dans le pénitencier mis à part quelques clampins qu'on allait pendre court le lendemain matin. Un de ces soirs où le son de l'harmonica, seul réconfort autorisé aux condamnés, se faisait entendre, berçant le chien loup qui dormait paisiblement devant les barreaux, la tête entre ses pattes. Un de ces soirs où aucun bruit ne dérangeait la nuit tranquille qui s'installait progressivement dans les rues et amenait quelques personnes à sortir commettre quelques péchés dans le saloon le plus proche. Un de ces soirs où le jeune shérif s'accordait un peu de repos, le chapeau sur le front, cachant ses yeux, les bras croisés et la chaise retenue en arrière par les pieds du garçon qui poussaient doucement sur le bureau. Un de ces soirs où le rythme lent et régulier des respirations et des éperons tapant contre le bois du bureau étaient les seuls sons qui pouvaient envahir l'air.

La nuit finissait de tomber et alors que la lune s'élevait au plus haut, réveillant les vieux démons de chacun et les êtres nocturnes qui dormaient habituellement le jour. La lune amenant le stresse, les futurs pendus abandonnèrent l'harmonica et supplièrent le chien loup d'encore leur tendre la clef qu'il possédait à son collier sans que celui-ci ne fasse plus frémir la moindre oreille, habitué depuis sa naissance aux gémissements plaintifs. La bête, qui ne réagissait qu'aux pas de son maître, se releva, emmenant la clef et toute chance de fuite auprès du jeune Shérif, encore propriétaire des lieux. Les quatre pieds de la chaise s'encrèrent de nouveau au sol, ses éperons tintèrent et il replaça correctement son chapeau sur ses cheveux blonds en bataille, dévoilant son regard mordoré avec lequel il semblait toujours transpercer les prisonniers.

« Cessez de râler. Imaginez un peu ce qu'on dû ressentir ses enfants. Si vous n'avez pas eu de compassions pour leurs cris, je n'en aurais pas pour vos râles. Soupira le jeune homme, tristement habitué aux horreurs. Un rire, néanmoins, s'éleva d'entre les pleurs et le jeune homme s'approcha rapidement de la cellule d'où ça provenait. Un problème, Dabi ?

-Rien ! Je pensais juste à la tête que tu feras demain matin. Tu fais le détaché, mais en réalité, tu aimerais ne pas le faire, n'est-ce pas ? Ronronna l'homme.

-Qui aime tuer ses pairs ? Questionna sans réellement le faire le blond aux yeux d'or, sachant très bien ce que répondrait l'autre.

-La justice, je dirais. C'est vrai ! On tue, alors on se fait tuer. Avoue que ce que l'on fait toi et moi n'est pas si différent. Personnellement, pour le cas des autres, je suis d'accord avec toi. Tuer des gosses, c'est bas, très bas même et ils méritent de crever. Ricana-t-il, sans pour autant être moins sérieux avant de rugir en se tournant vers ses camarades de cellule. Cessez de mugir bande de cons ! Égorger un môme qui rapatrie des vaches, ça mérite pas de médaille !

-Et tuer le Marchal ? »

Questionna le blond alors que son regard se faisait plus dur.

Des mois qu'ils l'avaient cherchés, Dabi, membre du gang de Shigaraki et pro de la gâchette. Sa spécialité ? Faire exploser des tonneaux de poudre en un tir et provoquer d'énormes incendies dans les villes par lesquelles il passait. Généralement, il se contentait des forces de l'ordre et n'attaquait jamais les civils. On entendait même dire qu'il réservait ses balles pour les cons qui les fabriquent ou les utilisent tout en se faisant passer pour les gentils. Dabi… Le jeune Shérif l'avait trouvé en ville, durant l'une de ses rondes. Il avait abattu un gars dans le saloon. Un règlement de compte, cette fois, mais ça avait suffit au blond pour courir vers le lieux afin de l'intercepter.

Arrivé dans le lieu, il se fit agresser par les parfums trop chargés des travailleuses de la nuit qui vous promettait charme et félicité pour quelques pièces seulement, ainsi que par les effluves des gitanes de maïs qui jaunissaient les dents et agressaient la gorge. Le talon claquant, il était entré dans le lieu en terrain conquis, et alors que les doubles portes battaient derrière lui, le piano venait d'arrêter sa musique entraînante. Le calme plat, le silence avait envahit les lieux, laissant seulement paraître le tintement du fer. Dans le fond, sa cible qui abattait ses cartes, une gitane fumante au coin de la bouche, accompagnant un sourire suffisant. Après avoir salué son futur ennemi, le brun aux multiples brûlures s'était contenté de se lever, de réajuster son chapeau et de tendre les mains sous la surprise de tous. Il se livrait, comme ça, quelques jours seulement après avoir tiré une balle dans la tête au Marchal de la ville qui était aussi son père. Il expliqua simplement qu'il n'avait plus rien à perdre, sa vengeance était terminée, sa vie pouvait bien la suivre.

Dans un rire, le brun ramena le jeune homme sur Terre. Celui-ci haussa un sourcil, attendant toujours sa réponse qui ne tarda pas plus.

« Bien sûr que tuer cet enfoiré était nécessaire. Combien de personne a-t-il amené à la potence au nom de la justice ? Hm ? Dix ? Cinquante ? Peut-être bien une centaine. S'amusa-t-il ensuite alors qu'il replaçait son chapeau lisse noir sur sa chevelure corbeau. Mais combien l'y on amené pour ce qu'il a commit, lui ? Gronda Dabi alors qu'il se mettait à trembler et gronder, un sourire malsain dévorant son visage petit à petit à la manière d'un diable. D'un coup, le regard fou, il s'agrippa aux barreaux, faisant grogner le chien et sursauter chacun. Le Shérif, les yeux écarquillés, recula légèrement. Combien, Hawks ?! Combien, Keigo ?! Aucun. Si, moi. Touya. Ouais, ton Touya, ton ami d'enfance a refroidit son propre père, ton mentor. Mais tu savais, prit dans ta putain d'innocence, ce qu'il a fait vivre à sa famille ? Ce qu'il m'a fait ? Nan. T'en sais rien de tout ça, par ce que si tu en avais su ne serait-ce que la moitié, si tu avais su que c'était lui qui avait incendié la maison avant de me laisser dedans, tu ne l'aurais jamais suivit. Tu as déjà entendu les pleurs de ma mère ? La souffrance de mes frères et sœurs ? Mes supplications alors qu'il abattait sa ceinture sur mon dos à la place de le faire sur celui de mon petit frère ?! Nan ! T'en sais rien ! T'en as jamais rien su parce qu'il a toujours fait en sorte de ne rien laisser paraître, parce que le sourire, celui que je porte actuellement, même déformé par le temps et les années de souffrance, était notre seule arme contre tout ce qu'il nous a fait subir ! Et aujourd'hui, je suis le seul à porter ce souvenir, parce que lui est crevé et renvoyé dans l'enfer duquel il s'est échappé. Parce que ma mère, mes frères et ma frangine qui sont morts dans l'incendie qu'il avait provoqué, sont enfin vengés. J'ai plus rien à prouver. Ce monde est pourris jusqu'à la moelle et les hommes le plus importants ont tous droits sur leur famille et on le droit de tuer leur gosse. Tu leur reproche d'avoir égorgé un môme, tu les envoie à la potence pour ça, mais lui, l'y aurais-tu envoyé ? Répond !

-L'incendie n'était pas volontaire. Balbutia le blond, les doigts tremblants et la mine pâle.

-Oses observer ce visage et le répéter encore une fois. Siffla l'homme entre ses dents. Oses me dire qu'il ne mérite pas l'enfer pour y avoir brûlé sa famille. Hawks… Voilà comme l'on te nomme maintenant. Mais je te connais Keigo. Tu es quelqu'un d'intelligent. Je suis même content que ce soit toi qui m'ai arrêté. Je sais que tu aurais préféré ne pas le faire, ta tête me le dit assez comme ça. Mais tu sais quoi, je suis content que ça soit toi. Ouais, je suis content qu'un visage familier me voit crever. Ça me fera me sentir moins seul. »

Sans un mot de plus, le jeune homme regagna le banc de bois sur lequel il s'allongea, alors que derrière les barreaux, les doigts tremblants, Hawks tentait de reprendre ses esprits. Oui, il avait longtemps repensé à cet incendie et la survie miraculeuse d'Enji, son mentor. Il avait toujours cru en l'hypothèse de l'accident. Après tout, pourquoi tuer une famille que l'on aimait ? Mais l'avait-il jamais aimé ? En réalité, le blond n'en savait rien. Car Touya avait raison, il n'avait rien vu, simplement hypnotisé par les sourires de chacun.

Il rencontra le regard azur du jeune homme et sentit son estomac se nouer. Non, pas comme ça, il ne voulait pas l'avoir retrouvé comme ça et encore avoir à admettre qu'il avait raison juste avant de le tuer. Car oui, si l'on punissait les criminels de mort, alors Dabi aurait-il eu raison ? De quel droit chacun décidait-il finalement quelles étaient les bonnes raisons qui justifiaient un meurtre par rapport à un autre ?

La gorge sèche, le faucon ne perçu pas le regard brillant du félin, ni même son sourire s'élargir alors qu'il le voyait réagir, les yeux braqués sur les clefs pendantes au cou du chien loup.

C'était un de ces soirs. Un de ces soirs morts où les rêves quittaient les corps pour se faire remplacer par la réalité. L'implacable et menaçante réalité.