Bonjour tout le monde ! Merci pour les reviews, y compris les anonymes. Ça me fait super plaisir de savoir que vous êtes là et que vous suivez cette histoire !
On m'a fait savoir que trois jours entre les chapitres, c'était trop long et qu'il était difficile de patienter toutes ces secondes pour avoir la suite.
Bon, je ne posterai pas tous les jours, mais je dois avouer que celui-ci, j'avais hâte de le partager avec vous !
Chapitre 9
— Mais pourquoi c'est toi qui me ramènes Mikan ? s'étonna Nagato quand Yahiko franchit la porte de l'appartement avec l'enfant dans ses bras.
— Konan m'a appelé, répondit-il, elle m'a dit que tu n'avais probablement pas envie de la voir alors je suis allé récupérer le petit bout… Ça fait une occasion de passer un moment ensemble.
Son meilleur ami s'écarta du battant et Yahiko tendit un hochement de tête à Itachi alors qu'il posait Mikan par terre. Elle se précipita dans les jambes de son père qui la souleva pour l'embrasser, invitant Yahiko à s'installer au salon.
— Tu nous surprends en plein conseil de guerre, précisa-t-il, tu veux boire quelque chose ?
Yahiko secoua la tête, portant une œillade inquiète à Itachi, ses rétines effleurant le document qu'il tenait entre ses mains. Il s'assit dans le canapé, arrachant presque les feuilles au colocataire, pendant que Nagato demandait à sa fille d'aller se laver et préparer son cartable pour le lendemain, ajoutant « j'ai nettoyé ton pyjama bleu, il est sous l'oreiller » et qu'elle protestait doucement en disant qu'elle désirait être une belette.
Les quelques minutes que le père de famille disparût dans la chambre de sa fille, cédant à son caprice, Yahiko prit le temps de consulter l'accord amiable de divorce en chuchotant « mais elle a pété les plombs, qu'est-ce que c'est que cette merde ? » qu'Itachi agréa d'un hochement de tête.
— Que lui avez-vous suggéré ? demanda-t-il dans un murmure à l'étudiant en cinéma.
— De ne surtout pas signer.
Le meilleur ami approuva vigoureusement cet avis, relisant pour être sûr qu'il n'avait pas manqué quelque chose. Quand Nagato revint vers eux, tendant l'oreille pour s'assurer que Mikan était bien en train de prendre sa douche, il releva la tête :
— Que s'est-il passé ?
— Konan demande le divorce, de toute évidence, cingla Nagato.
— Non, contra Yahiko toujours aussi éberlué, ça, c'est pas un divorce, c'est une exécution sans sommation. Tu m'étonnes qu'elle n'ait pas eu envie de te voir, après ça… C'est ahurissant. Je n'arrive pas à croire qu'elle exige tout ça et qu'elle pense que tu vas signer sans te battre. Ça ne lui ressemble vraiment pas.
Nagato porta un regard empli de détresse à Yahiko, avant de frotter ses mains sur son visage et Itachi donna raison au meilleur ami d'un geste discret, au moins pour la partie sur la mise à mort. S'il n'avait pas vraiment sa place dans cette discussion, il avait passé la journée à observer le comptable sillonner l'appartement, incapable de se calmer. Il avait traversé toutes les étapes de la colère de Nagato, jusqu'au niveau de rage qui l'avait saisi à la lecture complète du document.
Dommage pour l'ex-femme, il était presque prêt à signer, avant de lire. Il y avait eu une sorte de renoncement dans son attitude, comme s'il comprenait enfin que leur histoire était morte et qu'il n'était pas nécessaire d'avoir un commun accord pour conclure une relation de couple.
Cependant, plus ses yeux parcouraient les lignes rédigées par l'avocat de Konan, plus ses sourcils se fronçaient et il avait fini par plaquer le document sur la table, se contenant comme il le pouvait pour siffler un « mais elle se fout de moi » tellement dangereux qu'Itachi avait reculé de plusieurs pas.
— Oui, eh bien, ces derniers temps, Konan a fait beaucoup de choses que je ne la pensais pas capable de faire, affirma Nagato. Tu restes dîner avec nous ?
Yahiko hésita : il aurait bien voulu sauter dans sa voiture pour aller secouer son amante, qu'elle se réveillât et cessât de se conduire comme la gourgandine qu'elle n'était pas, mais l'air sur le visage de son meilleur ami l'empêcha de refuser.
— Mettons en place une stratégie, commença Yahiko d'un ton belliqueux.
Itachi toussota et dirigea ses prunelles vers le haut des marches, pour signaler aux deux autres que Mikan était sortie de la salle de bains. Il murmura un « elle est beaucoup trop mignonne » qui fut approuvé à la fois par le père et le parrain. L'enfant leur porta un regard plein d'incompréhension puis elle s'approcha doucement, grimpant sur le fauteuil où s'était installé son père pour se pelotonner contre lui.
— Mais, mon cœur, je dois aller préparer à manger, moi, prononça-t-il mollement en refermant ses bras sur elle.
— Un petit peu, affirma-t-elle d'une voix qui ne souffrait aucune négociation.
Alors Nagato se laissa faire sous les commentaires amusés de Yahiko, montrant toute son impuissance avec un sourire attendri.
Le portillon grinça quand Yahiko actionna la poignée pour s'avancer dans l'allée de la maison et il ne savait toujours pas comment il allait lancer la discussion avec Konan. Des brindilles séchées croustillaient sous ses semelles à chacun de ses pas et il porta un regard alentour, s'assurant qu'aucun voisin ne jetait un œil par la fenêtre au moment où il tapait à la porte.
Il était venu sans s'annoncer, bien sûr, et la nuit était depuis longtemps tombée. Son meilleur ami avait manifesté le désir de se coucher tôt, Mikan reprenant l'école le lendemain, alors Yahiko avait quitté l'appartement de Nagato dès qu'ils eurent achevé le repas.
Quand Konan lui ouvrit, elle lui sourit et le rictus disparut bien vite lorsqu'elle aperçut son air irrité. Elle cligna des paupières avec étonnement, puis ferma la porte, le regardant s'avancer dans l'entrée d'un pas colérique. Il se tourna vers elle et croisa les bras sur son torse, le visage toujours empreint d'une contrariété qu'elle ne lui avait jamais connue.
— Je ne pensais pas te voir avant demain, tu ne viens rarement ici…
— Oui, eh bien, je ne suis pas venu pour passer la nuit avec toi.
Elle s'approcha, tendit la main pour l'effleurer et il esquiva le contact avant d'exploser.
— Je peux savoir ce qu'il te prend, Konan ? C'est quoi ce monceau de conneries que tu as exigé de Nagato, hein ?
— Je te demande pardon ? siffla-t-elle d'une voix dangereuse.
— Je serai pas derrière toi, cette fois. Je ne suis pas d'accord. Tu demandes la maison, la garde exclusive et, en plus, qu'il te paie une pension alimentaire ? Tu veux le tuer, ou quoi ?
Elle recula d'un pas, humectant ses lèvres, un peu perplexe.
— Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?
Soufflant par le nez, constatant qu'elle ne voyait vraiment pas de quoi il parlait, Yahiko se força à se calmer. Il frotta ses yeux en respirant longuement, puis il les posa sur sa maîtresse.
— J'ai lu l'accord amiable rédigé par ton avocat et signé de ta main. Vous avez demandé à Nagato, pour une procédure rapide, qu'il cède la maison, la garde de Mikan, une pension alimentaire pour couvrir ses frais de bouche et qu'il continue de financer l'école. C'est énorme et c'est une connerie. Il faut que tu fasses annuler cet accord et que tu présentes quelque chose d'acceptable.
— C'est vrai, soupira-t-elle. Je… Je contacterai Maître Ryôtenbin, je… J'ai approuvé sans lire, Hanae m'a recommandé cet avocat alors je lui ai fait confiance, il n'a jamais perdu un seul divorce et…
S'appuyant contre le mur, Yahiko demeura à distance, l'observant longuement.
— S'il refuse de signer, qu'est-ce qu'il va se passer ?
Elle soupira et s'approcha, s'asseyant sur le buffet devant l'entrée.
— Mon avocat et moi devrons présenter un second accord, plus raisonnable. S'il refuse encore une fois, alors… Ce ne sera plus un divorce amiable.
— Ce qui signifie ? persista Yahiko.
Elle balança ses pieds, portant son regard sur le mur opposé.
— Qu'il va perdre. S'il signe pas, il va s'épuiser dans une bataille juridique dont je sortirai gagnante. Personne ne veut ça. Il n'a pas les moyens de payer un avocat efficace et ce n'est pas l'aide juridique de la police qui pourra compenser ça.
— Réécris l'accord amiable et rends-le acceptable, trancha Yahiko. Si tu maintiens ces conditions, tu ne pourras pas compter sur mon soutien, je ne trouve pas ça honorable.
Il fronça les sourcils et se décolla du mur.
— Je vais rentrer chez moi. Réfléchis à ce que je dis, il ne mérite pas ça, il ne mérite pas que tu lui prennes sa fille, c'est tout ce qu'il lui reste.
Elle le regarda passer devant lui et quand il atteignit la porte, elle le héla :
— Tu ne veux pas qu'on aille jusqu'au procès, n'est-ce pas ?
— Bien sûr que non… Je ne veux pas voir les deux personnes que j'aime le plus se déchirer et me demander de choisir mon camp.
— Et tu ne veux pas que Nagato apprenne qu'on a une liaison. Et tu sais que si on va au procès, il va falloir déterrer des trucs crades.
Il cilla, lui donnant raison.
— T'as peut-être décidé que t'avais plus rien à faire avec lui, mais ce n'est pas mon cas.
— Un commis d'office ne creusera pas si loin…
Elle hésita alors qu'il baissait les yeux sur le carrelage.
— Est-ce que tu m'aimes toujours, au moins ? demanda-t-elle d'une voix anxieuse.
— Oui, je t'aime toujours, mais je n'aime pas les décisions que tu prends, parce que j'ai l'impression que c'est Hanae qui les prend pour toi. Alors tant que ce sera Hanae qui réfléchira à ta place, tu seras toute seule.
Il quitta la maison de son meilleur ami, le cœur toujours aussi lourd, ne se rendant pas compte qu'elle le suivait des yeux jusqu'au départ de sa voiture.
L'appartement du dernier étage de la résidence Phénix était en ébullition, l'effervescence de la rentrée s'étant répandue comme une traînée de poudre. Mikan s'était éveillée très en avance, se jetant dans la chambre de son père pour aller le réveiller, en espérant qu'elle pourrait aller le plus vite possible à l'école pour retrouver ses copains.
Nagato avait grogné, et s'était extirpé de son lit comme il le pouvait puis il était descendu pour s'atteler à la préparation du petit-déjeuner de sa fille, s'amusant de l'allure négligée que son colocataire présentait. Les cheveux lâchés, désordonnés, les lunettes posées sur son nez, la joue appuyée sur sa main, il comatait devant un bol de thé, le regard rivé sur son téléphone où il consultait les dernières actualités.
Le policier avait placé sa fille sur un siège en lui préparant le petit-déjeuner, jetant des œillades amusées à son colocataire et, quand Mikan commença à manger en chantonnant doucement entre deux bouchées, Nagato se décida à aller s'habiller.
Il se dirigea vers sa chambre, ouvrit la porte, remonta les rideaux et déverrouilla la fenêtre pour aérer la pièce, avant de se rendre dans sa salle de bains privative – un luxe auquel, à vrai dire, il s'était fait assez rapidement, il était plaisant d'avoir une salle de bains pour lui tout seul.
Une fois sa douche prise et sa peau séchée, il passa du côté du dressing pour attraper ses vêtements, qu'il mit, puis fixa le holster et s'approcha du coffre, tapant le code pour retirer l'arme qu'il glissa dans son étui. Il enfila son veston, s'assurant que le pistolet qu'il portait à sa gauche ne se voyait pas dans l'immense miroir du dressing. Satisfait, il arrangea ses cheveux et finit par sortir pour rejoindre Mikan et Itachi.
Visiblement, il arrivait à temps. Mikan était en train d'essayer d'attirer l'attention de son nouveau meilleur ami alors que lui, fixait le mur d'un air exaspéré. Nagato appela doucement sa fille :
— Mikan, laisse Itachi tranquille, tu sais qu'il est grognon, au réveil.
— Mais on n'est plus le réveil, là ! bouda la petite, on est l'heure de partir, presque !
Itachi ahana discrètement avant d'abandonner son bol sur la table, faisant demi-tour au pied des escaliers sous le regard menaçant de Nagato. Il attrapa l'objet et le posa dans le lave-vaisselle, avec un nouveau soupir fatigué, puis il disparut dans sa chambre, temps que Nagato mit à profit pour terminer de vêtir sa fille et vérifier qu'elle avait bien tout préparé : dans son cartable, il y avait son cahier d'écriture qu'elle avait rempli pendant les vacances, le manuel de lecture, la trousse avec les dix-huit stylos homologués par l'école, le cahier de textes à onglets de couleur, la règle en plastique souple et c'était lui qui donnerait son déjeuner directement au professeur Iruka.
Il s'approcha du frigo pour récupérer ledit repas, l'aida à enfiler son manteau de mi-saison et s'assura qu'elle avait bien chaussé les baskets à velcro qu'elle devait porter dans l'établissement.
Il termina son examen en même temps qu'Itachi sortait de sa chambre, prêt à partir. Nagato eut un instant de flottement.
— Vous ne mettez pas vos lunettes ? demanda-t-il en sachant son colocataire myope comme une taupe.
— Non, merci de vous inquiéter, je porte des lentilles de contact, aujourd'hui. Nous allons faire un morceau de chemin ensemble, j'ai un rendez-vous important au centre.
Jiraiya avait absolument tenu qu'ils profitassent du beau temps pour faire un maximum de scènes en extérieur. Il avait loué un vieux chantier désaffecté et les techniciens avaient travaillé une bonne partie du week-end pour le rendre décent pour le tournage.
Mikan se fendit d'un sourire ravi et finalement, ils sortirent. Les températures avaient chuté drastiquement et c'est frissonnant un peu qu'ils arrivèrent à proximité de l'établissement scolaire, après quelques minutes de marche au rythme de l'enfant qui laissait son regard admirer le décor.
— Venez, je vais vous présenter au professeur Iruka, c'est l'enseignant de Mikan, expliqua Nagato en traînant Itachi derrière lui sans vraiment lui demander son avis.
Quand ils arrivèrent devant l'enseignant, celui-ci pivota vers eux, saluant longuement sa jeune élève accrochée à la main de son père, avant de rencontrer le regard de Nagato.
— Monsieur Uzumaki, c'est un plaisir de vous revoir. Je pensais vous trouver en compagnie de Madame Uzumaki…
Ses yeux bruns se tournèrent vers Itachi, qu'il examina une seconde, cillant et redoublant de vigilance dans son analyse, une sensation de déjà-vu vissée au creux de l'estomac.
— Je vous présente mon colocataire, lança Nagato en désignant Itachi qui hocha la tête doucement.
Iruka détestait cette impression de ne pas pouvoir mettre de nom sur un visage qu'il savait connaître. Il fouilla plus profondément dans sa mémoire alors que le père de Mikan expliquait qu'il était en instance de divorce et que les prochains mois risquaient de s'annoncer difficiles pour Mikan.
L'enseignant promit de faire de son mieux, d'être d'une grande vigilance pour savoir si Mikan était impactée par la séparation de ses parents, jurant avec conviction de tenir le père informé dès que possible, de lui fournir par le biais de l'enfant toute la documentation qu'ils avaient en la matière, assurant que la cellule psychologique était très efficace, dans leur établissement et Nagato rit, demandant ce qui ne l'était pas.
La mémoire du professeur, visiblement défaillante, comptait parmi les choses qui n'étaient pas efficaces. Il était certain que l'homme n'était pas un de ses anciens étudiants, trop âgé pour ça. Peut-être un vieux camarade de classe ? Trop jeune. Et Iruka n'avait oublié aucun des élèves avec qui il avait eu des cours particuliers le temps de son cursus universitaire – il fallait bien payer les factures et les enseignements qu'il recevait, et c'était une bonne façon de prouver son envie de devenir professeur. Non, ce n'était pas ça.
— Vous pouvez entrer avec Mikan, si vous le désirez, les classes ne vont pas tarder à commencer et je crois bien avoir vu Ayami et Kyoshiro arriver, ponctua-t-il à l'adresse de la petite fille dont le visage s'illumina d'un coup.
Elle tira sur la main de son père qui se tourna vers son colocataire.
— Souhaitez-vous voir l'intérieur de l'école ?
— Je vous remercie, mais je préfère attendre ici, je ne suis pas à l'aise quand il y a du monde.
— Très bien, approuva Nagato, je serai rapide. Peut-être.
Il partit en écoutant les babillages de sa petite à propos de ses copains et Iruka les suivit du regard jusqu'à les égarer dans la foule, revenant sur le colocataire. Il passa quelques minutes à lui jeter des œillades qu'il espérait discrètes. À force de se perdre sur les contours du corps, les lignes fines d'un visage agréable à contempler, Iruka oublia momentanément pourquoi il le dévisageait ainsi. Non, pas un ancien élève, définitivement pas. Un commerçant, peut-être ? Les vêtements étaient trop chics pour être ceux d'un commerçant.
Il porta son ongle à sa bouche, résistant au dernier moment à l'envie de croquer dedans.
— Je vous prie de m'excuser, osa Iruka. Je… Nous sommes-nous déjà rencontrés ?
Et finalement, la mémoire lui revint, le remplissant d'un trouble si fort qu'il se sentit bégayer.
À l'instant où l'instituteur prononçait ces mots, Itachi le vit écarquiller les paupières, en proie à une réalisation soudaine. Il bafouilla un long moment, ses joues rosissant au fur et à mesure qu'il prenait conscience de qui se trouvait en face de lui et il finit par baisser les yeux, mal à l'aise.
— Oh.
Le silence se réinstalla entre eux alors qu'Itachi laissait échapper une exhalation courte et amusée. Il se passa encore une minute et, dans sa vision périphérique, il remarquait les œillades que le professeur posait d'abord sur Nagato qui discutait toujours avec Mikan lui présentant toutes les parties visibles de l'école, puis vers Itachi qu'il observait d'un regard profondément embarrassé, s'attardant sur sa silhouette peut-être trop longtemps. L'instituteur regretta de s'être porté volontaire pour attendre l'arrivée des enfants et les guider à l'intérieur.
Sois professionnel, se morigéna-t-il, c'est un parent d'élève comme les autres.
Il accrocha un sourire sur ses lèvres et ancra son regard dans celui de l'acteur.
— Souhaitez-vous que je vous explique comment fonctionne notre classe ? J'imagine que nous allons être amenés à être en contact rapproché… Non, je veux dire que je devrais parfois vous lécher, zut, laisser… Je… Hm…
Itachi eut un léger rire qui accentua davantage encore l'embarras du professeur qui fixait ses chaussures es espérant que le sol s'ouvrît en deux pour l'avaler.
— Je veux bien, répondit Itachi. Que vous m'expliquiez le fonctionnement de la classe de Mikan, précisa-t-il, pourtant réticent à s'approcher plus près de l'instituteur.
L'homme se tourna vers l'établissement qu'il observa avec un sourire, contemplant la façade parfaitement entretenue, les enfants et leurs parents qui s'amassaient dans le hall et une tendresse véritable imprégnait ses traits.
Il se lança dans un discours interminable à propos du fonctionnement de l'école, de quel genre d'élève était Mikan et des difficultés qu'ils avaient déjà affrontées ensemble – et Itachi comprit pourquoi Nagato refusait d'inscrire sa petite dans une autre structure, qui serait peut-être moins chère.
— Vous prenez soin de vos élèves, complimenta-t-il avec un regard appréciateur dardé sur la silhouette de l'enseignant.
Iruka sourit, tentant de ne pas rougir davantage encore sous l'œillade.
— J'essaie, oui, dit-il en portant son attention sur sa montre. Bon, c'est l'heure, je vais rejoindre mes élèves, la séquence émotion va commencer. Et si vous voulez tout savoir, cette année, ce sont les parents qui vont pleurer.
Il força ses talons à se remettre en mouvement, se demandant s'il était acceptable de proposer à un rendez-vous à un parent d'élève, si c'était acceptable de rencarder ce parent d'élève et s'il n'y avait pas une possibilité que ce fût très mal interprété.
Il questionna ses intentions longuement et renonça à son projet, se rendant compte qu'il était probablement des plus biaisés par la filmographie dudit parent d'élève. Dodelinant la tête, il maudit un peu son manque de professionnalisme, se mettant en marche vers la porte de l'établissement scolaire.
— Attendez, retint Itachi, je…
Il porta un regard sur la silhouette de Nagato qui faisait un dernier bisou à sa fille alors qu'elle tentait de s'esquiver, puis il revint vers le professeur.
— J'aimerais vraiment beaucoup qu'il n'apprenne pas d'où vous me… connaissez.
— C'est un souhait mutuel, affirma Iruka en hochant la tête, compréhensif.
Ils se sourirent avec embarras puis Iruka soupira en rebroussant chemin.
— Laissez-moi seulement vous dire quelque chose : Monsieur Uzumaki est rancunier. Ne donnez pas à cet homme la possibilité d'entretenir des griefs contre vous. Dites-lui avant qu'il l'apprenne autrement.
— En ce moment, avec son divorce, le contexte ne s'y prête pas, esquiva Itachi d'une voix ferme.
Iruka céda avec un haussement d'épaules et s'avança de nouveau vers la porte pour ouvrir à Nagato qui s'approchait en papillonnant des cils.
— C'est toujours aussi compliqué de la laisser, rit-il en essuyant ses yeux un peu humides.
— Elle est entre de bonnes mains, vous savez.
Le policier hocha la tête avec conviction avant de revenir vers son colocataire.
— Excusez-moi, c'était un peu long.
Ils repartirent en direction du commissariat et leurs chemins se séparèrent un peu plus loin. Arrivé au croisement de deux avenues passantes, Nagato s'arrêta pour attendre son tour, tâtant ses poches à la recherche de son paquet de mouchoirs, reniflant le plus discrètement possible.
Ses doigts touchèrent ses clés au bout desquelles se trouvait un porte-clés décapsuleur aux couleurs du commissariat dont il ne se servait jamais – il faisait également office de pointeur laser et Nagato s'était toujours demandé qui avait conceptualisé un objet aussi étrange, mêlant deux fonctions qui avaient du mal à former un tout cohérent dans son esprit.
Le nez enfoui dans le mouchoir de papier décoré par des petites coccinelles – datant de la période « insectes jolis » de Mikan, vite remplacée par l'actuelle « les belettes, c'est trop chouette » –, il souffla, portant son regard en bord de champ de vision quand une ombre y apparut.
— Auriez-vous quelques minutes à m'accorder pour que je puisse vous parler du Malin ? prononça une voix basse et calme. Il n'est pas loin, il se vautre dans le luxe, dans la luxure et se nourrit de nos vices, je dois vous avertir !
Nagato se tourna vers l'homme – le prêtre catholique étrange –, papillonnant des yeux avec curiosité.
— Pas vraiment, rétorqua Nagato, je dois aller travailler. Une prochaine fois, peut-être ? proposa-t-il un peu embêté de rembarrer le vieux croyant au visage plissé de rides et de cicatrices.
Le feu piéton passa au vert, détournant l'attention de Nagato qui s'avança à travers l'avenue, pensif. Avant de terminer – enfin ! – le dossier Sharingan Industries, il devait se rendre au service juridique, pour tenter de voir plus clair dans la situation.
Il avait essayé de retourner le problème dans tous les sens, épluchant des dizaines et des dizaines de pages internet jusqu'à tard dans la nuit – jurissimo lui annonçant de but en blanc que c'était cuit de chez cuit, pour lui, lui prédisant une banqueroute prochaine, ce qui l'avait un peu inquiété.
Il ne comprenait pas ce qui passait par la tête de Konan. Elle savait, pourtant, elle savait qu'il n'accepterait jamais, jamais, jamais d'être séparé de Mikan. La garde alternée était déjà compliquée à gérer, pour lui, même s'il tentait de positiver en se disant que ça le préparait au moment où sa petite fille serait une femme indépendante.
Il accéléra l'allure en pensant aux conséquences qu'aurait la signature d'une telle proposition, se souvenant désagréablement des mots inscrits noir sur blanc sur le papier qui pesait lourd dans la poche intérieure de sa veste.
D'après les informations qu'il avait obtenues, il pouvait refuser de signer un accord à l'amiable par deux fois. Ensuite, ce serait au juge de trancher entre les torts des différents partis pour donner raison à l'un ou à l'autre des divorcés. Il se surprit à souhaiter aller jusqu'à cette procédure, pour savoir enfin ce que Konan lui reprochait pour que la séparation fût si brutale et rapide, passant d'une possibilité de réconciliation à son désir de tout lui prendre.
Jamais il n'avait eu l'impression d'être un mauvais mari. Il n'était pas le meilleur, c'était évident, et il avait probablement commis des erreurs, mais à ce point ? Ce n'était pas le mariage qu'il avait vécu et c'était peut-être sa seule certitude. Il avait été fidèle, présent et à l'écoute, autant que possible.
Il avait tout fait pour que les périodes noires de sa vie empiétassent le moins possible sur son histoire d'amour, il avait mis la main à la pâte à la maison aussi souvent que Konan le souhaitait et elle s'était régulièrement réjouie d'avoir pour mari quelqu'un d'ordonné et légèrement maniaque : pour être sûr que c'était fait à sa convenance, il s'était chargé du ménage pendant tout ce temps.
Le service juridique du commissariat était désert à cette heure-ci, il put donc rapidement planifier un rendez-vous avec l'avocat qui officiait au commissariat. S'il servait généralement pour les prévenus présents et qui étaient trop pauvres pour espérer une assistance juridique, il arrivait qu'il conseillât également les agents sur leurs soucis et qu'il servît d'avocat pour défendre leurs affaires.
Sur le bureau de la secrétaire trônait une balle antistress bleue avec laquelle elle jouait pendant qu'il patientait devant elle, alors qu'elle roulait des yeux, écartant le casque qu'elle avait sur les oreilles et coupant le micro pour dire « vous pouvez y aller, inspecteur, je transmettrai à Maître Ebisu, il vous recontactera pour les détails. Je vais vous prendre l'accord amiable, si ça ne vous embête pas, pour en faire une photocopie ».
Il hocha la tête, glissant la main dans sa poche pour en sortir les papiers légèrement froissés, puis il partit s'enfermer dans son bureau. Quand il ouvrit la porte, sa ligne directe signalait un appel qui acheva de résonner dans la pièce et il jura, se dépêtrant de sa veste qu'il fixa au portemanteau avant de s'approcher du téléphone.
Il pianota sur le clavier pour afficher les derniers appels en absence, s'étonnant de voir s'inscrire « Résidence Phénix – accueil ». Il redémarra son ordinateur, alluma l'écran et hésita, recontactant immédiatement Asuma.
— Bonjour, Asuma, que se passe-t-il ?
La voix du gardien d'immeuble atteignit ses tympans alors qu'il était en train de saisir sa tasse pour vérifier qu'elle était propre, observant l'écran bleu d'allumage de son ordinateur.
— Bonjour Monsieur Uzumaki, je n'arrive pas à joindre Itachi, alors je me tourne vers vous. Le service de jardinage aimerait savoir s'ils en profitent pour commencer l'entretien de votre carré potager.
— Oui, bien sûr, approuva Nagato, mais on ne pourra pas planter grand-chose à cette saison.
Quelques phrases échangées plus tard, Nagato raccrocha, emportant sa tasse avec lui jusqu'à la salle de pause.
Asuma Sarutobi garda un long moment le combiné du téléphone dans sa main, observant dans le vide, faisant tourner et retourner entre ses doigts une enveloppe libellée, mais pas affranchie qui avait dû être déposée dans la boîte aux lettres générale de l'immeuble sans qu'il ne pût déterminer par qui.
Il avait changé d'avis au dernier moment, prenant les devants sur la demande des jardiniers qui devaient effectivement passer pour commencer le ratissage des feuilles du parc, mais une inquiétude diffuse roulait sous sa peau, le faisant se sentir inconfortable.
Bien entendu, ce n'était pas la première fois qu'il lisait une lettre de ce genre, destinée à Itachi Uchiha – sous son nom de scène, Tsuki –, elles se perdaient entre les demandes en mariage et les courriers plus suggestifs et il les consultait attentivement, avant de les ignorer, comme l'avait exigé le propriétaire de l'appartement 1301.
Il secoua finalement la tête, refusant toutefois de jeter l'enveloppe et son contenu à la poubelle, lui préférant un tiroir qu'il fermait à clé.
À bientôt !
