Camarades !

J'essaye tant bien que mal de rattraper mon retard promis, mais c'est plus compliqué que prévu (retenez moi d'aller arracher et écraser le coeur mon responsable de plannings.)

Sur ce, bonne lecture !


12 et 13 décembre

Il se sentait tellement stupide d'avoir pris la fuite, pourquoi n'avait-il pas agit de manière rationnelle, comme il le faisait toujours lorsqu'il était au travail, plutôt que de prendre les jambes à son cou et de paniquer.

Tout s'était tellement bien passé, bien plus qu'il n'avait plus l'imaginer. Il avait rit, s'était confié sans trop de difficultés et il s'était même fait charrié gentiment par une enfant de treize ans et étrangement, il en avait éprouvé un curieux sentiment de joie et de sérénité, comme si les petites piques qu'il avait reçues sur ses talents culinaires le tenait dans une réalité, une vie qu'il pouvait avoir, pour peur qu'il arrête de se réfugier dans son travail et la fuite.

Sauf qu'il était lâche et que dès que l'occasion se présentait, il trouvait le moyen de tout gâcher.

Quand il arriva à l'auberge, ce n'était pas Ruby ou Dorothy qui l'attendait de pied ferme, mais Granny, l'air mécontent. Il ne pu s'empêcher de ralentir légèrement le pas et de rentrer la tête dans les épaules en observant la doyenne qui le fixait, les bras croisés sur la poitrine, se faisant l'impression d'être un adolescent ayant fait le mur.

« C'est à cette heure ci que vous rentrez ? Ma petite-fille et sa copine ce sont fait un sang d'encre !

- Je suis désolé, j'étais…

- Chez cet excentrique de chapelier, je sais. Allez rentrez, vous allez prendre froid. »

Victor la suivit, se sentant tout petit. Granny le conduisit dans le salon de l'auberge et lui intima d'un ton un peu sec de s'installer dans la canapé.

« Ruby est chez Dorothy, je leur ai dit de ne pas s'inquiéter et que je me chargerais de vous.

- Vous allez me punir ?

- Non mon garçon, vous êtes trop vieux pour ça, mais j'aimerais savoir pourquoi vous décidez de partir avec le premier inconnu venu dans une ville que vous connaissez à peine.

- Jefferson n'est pas… enfin je suis libre de faire ce que je veux – se défendit-il. Il avait l'impression d'avoir à nouveau quinze ans – d'accord j'aurai pu au moins rassurer les filles mais j'estime pouvoir faire ce que je veux de mon temps libre non ?

- Bien sûr. Sauf que Ruby me disait que vous aviez l'air déprimé. Et que Ruby se faisait du soucis pour vous. Qu'elle est ma petite-fille, le seul membre de ma famille encore en vie et que je tiens à elle plus que ma propre vie et qu'elle m'a beaucoup raconté à votre sujet. Tout comme pour Dorothy, vous êtes important pour elle alors vous l'êtes pour moi. Je sais qu'elle vous a aidé et que vous l'avez beaucoup aidée aussi. Alors j'estime avoir le droit de vous faire des remontrances pour avoir mis ma petite-fille dans tous ses états. Et de me faire veiller à minuit passé. »

Il y avait longtemps qu'il n'avait pas été houspillé de la sorte. La dernière fois qu'on lui avait remonté les bretelles ainsi, c'était la fois où lui et son frère avaient « emprunté » la voiture familiale et s'étaient retrouvés dans un fossé. Il y avait eu plus de peur que de mal. Cette fois-ci.

« Je suis désolé Granny. Je ne pensais pas à mal mais l'invitation de Jefferson a été un peu soudaine et je n'ai pas vu le temps passer. Si ça peut vous rassurer, je vous promets que ça ne se reproduira plus.

- Je l'espère. »

Il y eu un moment de silence durant lequel Victor n'osa pas bouger de son fauteuil. Puis Granny reprit.

« Faites tout de même attention avec les Tenniel.

- Comment ça ?

- Ce sont des gens… fragiles. Tout le monde connaissait Priscilla, ses parents tenaient une petite maison d'édition qui les a rendus riches et ils étaient très appréciés en ville. Mais quand elle est morte on aurait que toute trace de joie avait quitté la demeure. Toute… perturbation pourrait les chambouler. »

Victor voulu protester. Il n'aimait pas être comparé à une perturbation. Tout ce qu'il avait fait, c'était se lier avec Jefferson, rien de plus.

« Vous savez je ne compte pas m'installer ici. D'ici quelques jours je serai parti. Je ne compte pas m'incruster dans leurs vies.

- Je le sais, mais ils n'ont toujours pas fait le deuil de Priscilla. Soyez prudent. »

Granny lui lança un dernier regard avant de partir et de le laisser pantois. Pourquoi lui faisait-elle la leçon, et pourquoi le mettait-elle en garde ? Il ne voyait pas le mal dans le fait de nouer une amitié avec quelqu'un.

Il haussa les épaules, capitulant pour le moment, avant de monter vers sa chambre, en ayant la vague impression que cette conversation n'allait pas en rester là.

oOo

« Tout va bien Grace ? »

Regina posa sur l'ami de son fils un regard inquiet. Elle n'avait pas touché à grand-chose dans son assiette et c'était montrée assez silencieuse. Si elle ne pouvait pas dire qu'elle était une grande amie de son père, ni de sa mère, elle éprouvait une certaine affection pour l'amie de son fils. Quand sa mère était morte, il lui était parfois arrivé de devoir consoler la fillette qui était venue trouver refuge chez eux et qui cherchait un peu d'affection maternelle, une présence féminine. Elle savait très bien à quel point les fêtes étaient encore un sujet sensible pour elle et son père, enfin surtout Jefferson et craignait que ce dernier n'ai renoncé à le fêter cette année. Elle serait plus que ravie de recevoir Grace pour le réveillon mais elle estimait que sa place était auprès de son père, sa famille.

« Oui Mme Mills. Je n'ai juste pas très faim ce soir, je suis désolée.

- Essaye de manger encore un peu, sinon tu ne seras pas en forme. »

Mais Grace continua de triturer son assiette.

« C'est à cause du docteur Whale ? » Se risqua prudemment Violet.

Regina la regarda avec curiosité.

« C'est un ami de Ruby Lucas apparemment, il vient de Boston mais elle l'a invité pour quelques jours. Il a l'air gentil et il s'entend très bien avec le père de Grace.

- Ah oui ?

- Oui. On dirait qu'il passe plus de temps avec papa qu'avec Ruby. Il l'a même invité chez lui pour le thé et faire des gâteaux. »

Regina nota le ton un peu amer de la jeune fille.

« Il voulait se montrer gentil. Tu connais ton père, il ne perd pas une occasion de faire du thé.

- Oui mais là c'est bizarre. Il lui as parlé de maman. Je crois qu'il l'aime bien, mais pas en ami.

- Ah. »

C'est tout ce que Regina trouva à dire. Elle voyait bien l'inquiétude de Grace et cherchait le moyen de la rassurer.

« Tu sais, sans vouloir être méchante, ton père est parfois excentrique. Tu te rappelles quand il a fabriqué des chapeaux pour le mariage de ma sœur ?

- Oui – se souvint Henry – ils étaient rigolos d'ailleurs, j'aimais bien celui avec des oiseaux multicolores de Mr Gold. »

Regina se mordit les lèvres pour ne pas rire. Tous les chapeaux qu'il avait fabriqué pour l'occasion avaient leur touche originale mais elle était sûre et certaine qu'il avait fait exprès de réserver le plus excentrique pour Gold.

« Voilà. Ton père est quelqu'un de sociable, peut-être qu'il s'est trouvé des points commun avec de docteur.

- Je ne sais pas. Il y a quelque chose entre eux. Il le regarde d'une manière spéciale, il lui parle de nous alors qu'il le connaît que depuis quelques jours… . »

Regina commença à voir le problème.

« Tu penses qu'il y a plus que de l'amitié entre eux c'est ça ?

- Oui.

- Et ça te dérange ? »

Grace posa sa fourchette et sembla réfléchir un moment.

« Pas vraiment. Il a l'air gentil et ils ont l'air de vraiment bien s'entendre. Et je m'en fiche si papa sort avec un homme ou une femme, ce n'est pas la problème, mais j'ai peur que ça ne change tropde choses. Et si il oubliait maman ? Je ne veux pas qu'on prenne sa place. »

Regina posa sur elle un regard plein de compassion. Henry et Violet ici.

« Crois moi ma chérie, ça n'arrivera pas. On oublie pas ceux qu'on a aimé. Ton père n'oublieras jamais ta mère. Et ce docteur ne prendra pas la place de ta mère, pour rien au monde. Tu sais ce que tu devrais faire ? Si tu vois qu'effectivement, ton père et lui sont plus que des amis, c'est de leur parler de ce que tu ressens. Ils comprendront.

- Vous avez raison. J'ai envie que papa soit heureux mais je ne veux plus qu'il soit malheureux. »

Le coeur de Regina fondit. Après le dîner, elle les laissa aller s'amuser, en leur faisant promettre de ne pas se coucher trop tard. Tandis qu'elle se préparait à passer une bonne nuit de repos avant d'affronter les deux prochains jours qui seraient chargés, elle nota mentalement d'aller parler à Jefferson, mais aussi au docteur Hopper, qui était aussi le psychiatre de Henry. Une aide extérieure et professionnelle lui serait bénéfique.

oOo

Le lendemain, après avoir houspillé sur Victor pendant une bonne demi-heure, Ruby eut la surprise de voir Jefferson sur le pas de la porte de l'auberge. Elle lui jeta un regard noir et lui sauta presque à la gorge.

« Toi ! A cause de toi j'ai eu la peur de ma vie, j'ai cru que Victor avait disparu, alors qu'il était chez toi en train de faire de gâteaux et de prendre le thé !

- Hey ! Je n'y suis pour rien moi, nous sommes tous des adultes. Je pensais que tu étais son amie, pas sa baby-sitter.

- Je sais. Mais Victor n'était pas bien et j'ai eu peur qu'il ne fasse une bêtise, je n'avais pas de nouvelles…

- Une bêtise ? Quel genre de bêtise ? »

Consciente qu'elle en avait trop dit, Ruby dévia le sujet de conversation.

« Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Rendre son écharpe à Victor, il l'a oublié chez moi.

- Je vais lui rendre.

- Je peux le faire moi-même Ruby tu sais.

- Pour que tu en profites pour l'embarquer je ne sais où encore une fois ? Pas question.

- Allez ! Tu n'as qu'à rester avec moi si tu veux. Bon sang ce que tu es possessive, j'ai quand même le droit d'être ami avec lui !

- Ami ? Prends moi pour une truffe en plus. »

Jefferson écarquilla les yeux, abasourdi. Il n'avait jamais vu Ruby aussi en colère que depuis le jour où cet imbécile de Gaston avait essayé de draguer Belle et Dorothy sous son nez pendant qu'elle effectuait un service. Le thé glacé qui devait lui revenir avait atterrit sur la tête du lourdaud en moins de temps qu'il ne fallait à Gold pour conclure un marché.

Il la suivit dans l'auberge, jusqu'à la cuisine où se trouvait Granny et Victor qui dégustaient un chocolat chaud.

« Victor, tu as de la visite. Jefferson veut te rendre ton écharpe. »

Ce dernier sourit et se précipita pour aller à l'encontre de Jefferson. Ce qui ne passa pas inaperçu aux yeux des deux femmes.

« Je peux te parler ? En privé ? »

Jefferson lança un regard interrogateur à Ruby, qui hocha la tête en signe d'approbation, tandis que Victor se demandait ce qu'il se passait tout en ayant l'impression d'être un jouet qu'on se prêtait.

Il se laissa entraîner à l'écart, dans un couloir. Encore gêné, Victor regardait le bout de ses chaussures, avant de prendre son courage à deux mains.

« Merci pour mon écharpe. Et… je suis désolé pour hier, je n'aurai pas du m'enfuir comme ça. C'était stupide.

- De rien… . Et tu n'as pas à être désolé. C'est de ça dont je voulais te parler, je n'aurai pas du te le proposer, ça faisait un peu précipité et douteux.

- Mais j'aurai pu refuser d'une autre manière, c'était gentil de ta part, tu avais fait beaucoup pour moi, j'aurai du te remercier mieux que ça…

- Oublie, c'est de l'histoire ancienne. Je suis content d'avoir pu te changer les idées.

- Non ! Enfin… tu sais quand j'étais jeune j'avais un ami, que j'aimais beaucoup, on se voyait tout le temps. Il n'y avait rien entre nous au début, mais mon père n'approuvait pas le fait que je sois aussi proche de lui. Quand il a apprit qu'il nous arrivait parfois de dormir ensemble il a perdu son calme et il m'a interdit de m'approcher de lui.

- Je suis désolé… je ne savais pas.

- Tu ne pouvais pas. C'est juste que ça m'a un peu fait repenser à cette époque et j'ai paniqué. Je suis désolé.

- Tu n'as pas à l'être. Ton père avait tord, quoi… quoi qu'il y ait pu avoir entre toi et ton ami. »

Les deux hommes se sourirent, soulagé. Le malentendu n'était plus.

« En fait, je voulais te demander… demain il y aura une petite soirée spéciale en ville, au marché de Noël. Je ne sais pas ce que la Maire a prévu mais je sais que ça sera superbe. Ça te dirait de venir avec moi ? »

Il lui lança un regard plein d'espoir, auquel Victor ne se sentit pas la force de refuser. Et puis il cherchait malgré tout un moyen de se faire pardonner.

« Pourquoi pas ? Je crois que Ruby voulait m'y traîner de toutes les manières.

- C'est vrai ? Parfait ! On se rejoint devant la bibliothèque a dix-huit heures ?

- Entendu. Et n'oublie pas ton écharpe ! »

Ils se mirent à rire, avant d'entendre Ruby crier quelque chose.

« Je ferai mieux d'y aller avant de finir empaillé. A demain.

- A demain. »

Victor regarda Jefferson s'éloigner, heureux d'avoir pu s'excuser, mais surtout très heureux à la perspective de passer une soirée en sa compagnie. Il avait hâte d'être au lendemain.