Auteur : Lady Zalia

Type : Aventure / Angst.

Disclaimers: Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating T.

Rappel du chapitre précédent : Harry a accepté d'aider Voldemort à capturer un sorcier du nom de Nikodem Wilde pour obtenir un artefact capable de mesurer le potentiel magique d'un individu.


Chapitre 7

Le lendemain matin, Harry retrouva Voldemort devant la porte qui menait à son laboratoire de potion souterrain. Il avait pris soin d'attacher ses cheveux et retrousser ses manches comme son « mentor » le lui avait ordonné la fois précédente et celui-ci eut un hochement de tête satisfait en constatant que Harry lui avait obéi.

- Aujourd'hui tu vas préparer sous mes ordres un sérum d'œil de chouette. Il nous permettra de voir dans le noir sans utiliser de Lumos ou de main de la Gloire.

Cette fois, Voldemort n'avait rien préparé mais il attira les différents ingrédients sans même sortir sa baguette jusqu'à ce qu'une quinzaine de fioles et boîtes de toutes sortes soient réunies sur l'établi. Harry écarquilla les yeux.

- On va avoir besoin de tout ça !

- En effet. Cette potion n'est pas à la portée de tout le monde. Je réaliserais les opérations les plus délicates pour m'assurer qu'elles soient faites correctement mais c'est toi qui accompliras 80% du travail alors sois attentif.

Les heures suivantes furent consacrées au brassage de la potion. Harry n'avait jamais vu une préparation aussi complexe mais Voldemort était très précis dans ses consignes et se chargeait des étapes compliquées. C'était finalement assez plaisant réaliser une potion à quatre mains avec un sorcier aussi doué et Harry ne pouvait s'empêcher d'être fasciné par le talent du mage noir. Il semblait totalement à l'aise dans sa pratique et son visage manifestait d'une sérénité rare. Il finit cependant par lever les yeux face à l'observation continue du Gryffondor.

- Quoi ?

- Euh rien, désolé. Je me disais simplement que vous aviez l'air très à l'aise en potion.

Le regard carmin se reporta sur l'opération qu'il était en train de réaliser, mais il avait désormais un léger sourire au visage.

- J'ai toujours beaucoup aimé les potions. Une discipline que seuls quelques élus maîtrisent réellement et qui laisse une place infinie à l'expérimentation. Les ingrédients peuvent être séchés ou frais, réduits en poudre, tranchés en lamelles, infusés, distillés, il faut deviner quelle partie de la plante sera la plus à même de transmettre les propriétés désirées, les racines, les feuilles, les pétales, l'étamine ou le pistil… Un océan de possibilités qui ne permet pourtant que peu d'erreur. Une minute de trop, un élément incompatible et ce sont des ingrédients parfois coûteux qui disparaissent, voir l'intoxication de l'orgueilleux qui aura manipulé des choses qui le dépassent. Tiens incise la cosse des fruits de Ravensara, surtout sans les écraser. Il faut les peler délicatement et concentre toi pour les faire léviter une fois cela fait. Je ne veux pas qu'ils entrent en contact avec quoi que ce soit lorsque la chair est à vif.

Harry expira longuement et réfléchit à la meilleure manière de procéder. Il ne connaissait pas la formule pour enchanter son couteau et il n'était pas certain de pouvoir maintenir sa concentration pour faire léviter les fruits pelés d'un côté tout en réalisant la découpe de l'autre. Voldemort l'observait attentivement et nul doute qu'il s'agissait là d'un autre test. Harry tendit sa main droite au-dessus de l'établi pour faire léviter le couteau. Il pouvait désormais manipuler plusieurs petits objets par télékinésie et même s'il restait lent, il pourrait ainsi peler les fruits sans les toucher. De sa main gauche, il maintint les fruits en l'air, osant à peine respirer durant toute la durée de l'opération. Voldemort avait déposé quatre baies et il fallut tout de même une petite dizaine de minutes à Harry pour les préparer telles qu'on le lui avait ordonné. Ce ne fut que lorsque le mage noir les saisit délicatement de sa magie que le Survivant s'autorisa à souffler.

- Pfiou… C'est épuisant. Il y en a encore pour longtemps ?

- Une bonne heure. Je vois que mes leçons ont porté leurs fruits. Tu t'améliores en concentration bien que tu pêches encore en matière d'endurance et de rapidité. Tiens, mange ça.

Voldemort avait attiré vers lui une nouvelle petite planchette sur laquelle il avait pelé et taillé sommairement une grosse racine de couleur beige. Il avait ensuite fait voler le tout vers Harry qui regarda la préparation avec un œil soupçonneux ?

- Pourquoi faire ? C'est quoi ?

- Du gingembre. C'est un stimulant naturel contre les coups de fatigue. C'est l'un des composants essentiels de la Pimentine, entre autres.

- Hum… Les moldus l'utilisent aussi en cuisine, il me semble…

- En effet, plus particulièrement en Asie.

Jugeant qu'une plante présente dans la gastronomie moldue ne devait pas présenter grand risque, Harry croqua à pleines dents dans le morceau de gingembre et l'avala avant de faire une grimace en tirant la langue.

- Eurk ! C'est fort… Vous auriez pu me prévenir que c'était aussi épicé !

Il porta ses mains à ses joues qui avaient légèrement rougies sous l'effet de la chaleur et Voldemort sourit.

- Ça m'aurait privé d'une occasion de m'amuser. Tu es une source de distraction permanente, Harry. Maintenant tu ne devrais plus avoir envie de dormir. Reprenons.

Une heure plus tard, la potion était terminée et Harry ne put masquer sa satisfaction.

- Génial. J'ai hâte de pouvoir l'essayer !

- Nous ferons ça demain soir. Cet après-midi et demain matin je voudrais encore t'entraîner avec quelques informulés. Tu as une heure pour te restaurer, profite-en car je ne te ménagerais pas.

Harry hocha la tête, nettoya sa planche et ses outils et monta les marches deux par deux pour rejoindre le rez-de-chaussée. Il était affamé et avait bien envie de faire une petite sieste mais il était aussi très flatté de l'attention que Voldemort lui consacrait et voulait à nouveau récolter ses compliments. Pour la première fois, quelqu'un exigeait réellement de lui qu'il se dépasse. Jamais les Dursley n'avaient valorisé le moindre de ses efforts, pas plus que Molly Weasley qui l'avait toujours platement félicité sans jamais lui reprocher son manque de travail. Sirius n'avait pas vraiment eu le temps de se préoccuper de sa scolarité et pas une fois Dumbledore ne s'était intéressé à ses résultats scolaires. Le mage noir le déstabilisait car, à aucun moment, il ne s'était attendu à être aussi bien traité et cela provoquait de dangereuses sensations en lui.

Durant l'après-midi, il ne relâcha pas ses efforts et lorsque Voldemort le félicita à nouveau, il ressentit un étrange sentiment de fierté. Il comprit d'un seul coup les paroles de Drago Malefoy. Voldemort était un sorcier d'une incommensurable puissance et il n'accordait son respect qu'aux plus méritants. Si Harry n'avait pas oublié toute la mauvaiseté du personnage et avait toujours méprisé ses Mangemorts pour leur servilité, il ne pouvait s'empêcher d'apprécier les compliments de Voldemort, plus que de raison. Cependant, lorsque le lendemain matin il trouva un masque de Mangemort posé à l'endroit où il avait l'habitude de déjeuner, ce fut pour lui comme un brusque retour à la réalité. Il releva les yeux vers Voldemort qui lui faisait face, tout sourire disparu.

- Si c'est une invitation, je vous ai déjà dit que je n'avais aucune intention de devenir Mangemort.

- Allons, Harry ! Rassure-toi, tu ne seras pas un vulgaire Mangemort. C'est à ma droite que je te veux… mais de toute façon il est encore bien trop tôt pour te faire intégrer mes fidèles…

- Alors, pourquoi ?

- Et bien, je me suis dit que tu n'aimerais peut-être pas être reconnu lors de la mission de ce soir. Et il est essentiel que notre cible pense que je suis accompagné par l'un de mes hommes de main.

Harry plissa les yeux, sa méfiance aucunement apaisée par la réponse du lord noir. Il reporta son regard sur le masque argenté. Il avait bien remarqué que chaque Mangemort avait un masque différent, adapté à la forme de son visage et décoré de motifs plus ou moins travaillés.

- Et celui-là, à qui appartient-il ?

- Personne. Je l'ai réalisé cette nuit, exprès pour toi et je l'ai enchanté pour que tu puisses porter tes lunettes en dessous. Tu n'auras qu'à le poser sur ton visage, il devrait t'aller à merveille.

Voldemort arborait un léger sourire en disant cela. Harry glissa sa main sous le masque pour le soulever. Il était plutôt léger et les traits représentés n'étaient pas aussi caricaturaux que ceux qu'il avait vu par le passé. Le métal était gravé d'entrelacs et de reliefs qui évoquaient les écailles et motifs d'un serpent et lui donnaient par endroits une couleur proche de celle du laiton. Les ouvertures pour les yeux avaient la forme d'amandes et la bouche était inexistante, remplacée par quatre séries de petits trous alignés verticalement. Enfin le nez était fin et droit et terminé par deux fentes. Il fit la moue.

- Puis-je espérer que vous n'y avez pas ajouté de sortilèges cachés ou autre surprise de votre cru ?

- Je te le garanti, sois tranquille. Je te le répète, je ne te forcerais jamais à rejoindre mes rangs, je veux que cela vienne de toi. Allons, essaye-le !

Harry soupira une dernière fois avant de retourner le masque. Depuis qu'il était ici, Voldemort avait tenu parole. Serait-ce vraiment inconscient de lui accorder sa confiance ? Après un dernier coup d'œil au mage noir qui souriait toujours, il déposa le masque sur visage. Tel que Voldemort l'avait dit, ce fut comme si ses lunettes étaient devenues intangibles. Le masque tenait tout seul en épousant parfaitement les formes de son visage et n'obstruait pas la vue. Voldemort invoqua un petit miroir devant lui et Harry ne put s'empêcher de sourire face à son reflet. S'il s'était déjà retrouvé sous une autre apparence à plusieurs reprises, cette fois la vue de son visage couvert d'un masque de Mangemort lui donna une sensation grisante. Il retira le masque sans difficulté, pour son plus grand soulagement, et le reposa sur la table, se mordant légèrement la lèvre pour masquer son sourire.

- Il te plait ? Désormais tu es du côté des vainqueurs et ce soir tu porteras le masque d'un ordre puissant et respecté. N'est-ce pas agréable de ne plus avoir peur ?

Harry éloigna doucement le masque et haussa les épaules, refusant d'admettre les étranges sensations qui l'assaillaient.

- Je vous accompagnerais ce soir et je porterais le masque, mais n'imaginez pas que cela deviendra une habitude.

- Oh mais je n'imagine rien… Concernant le programme d'aujourd'hui, tu vas encore t'entraîner ce matin mais cet après-midi tu pourras te reposer exceptionnellement. Je te veux en pleine forme pour cette nuit. Et puisqu'on en parle, bien évidemment je veux que tu me promettes de m'obéir dans la seconde à chacun de mes ordres.

Harry ne répondit pas immédiatement.

- Si je fais une telle promesse, vous n'en profiterez pas pour m'obliger à commettre un acte que je réprouve, n'est-ce pas ?

- Allons, je ne sais que trop bien ce que ta sacro-sainte morale t'interdit de faire. Alors, puis-je avoir ta parole ? Je te garantis que tu n'auras rien à craindre tant que tu suivras mes directives.

Harry hocha la tête. Il repensa à Dumbledore, qui lui avait réclamé la même promesse juste avant de partir dans la grotte ce soir-là. Le vieux directeur l'avait prévenu à peine une heure avant son départ et il avait bien failli mourir aux mains des Inferi. Il ne put s'empêcher de le comparer à son nouveau "mentor" qui l'intégrait à ses préparatifs en lui faisant lui-même brasser la potion qu'ils utiliseraient ou en l'entraînant à lancer des sorts en informulés. En vérité, jamais Dumbledore ne lui avait consacré de temps plus que le stricte nécessaire. Sa détermination n'en fut que renforcée.

- Je vous obéirais. Promis.

À l'issue de la matinée, Harry était capable de lancer le sortilège de désarmement et les maléfices de ligotage et de Stupéfixion sans ouvrir la bouche et Voldemort avait même prolongé l'entraînement en cours d'Occlumancie pour éviter que son adversaire ne puisse lire les sorts en lui comme Rogue avait pu le faire juste après la mort de Dumbledore. Si Harry était encore incapable de fermer totalement son esprit, la nouvelle approche de Voldemort s'était révélée bien plus efficace que le matraquage mental de Rogue.

Lorsqu'il reçut enfin l'autorisation de quitter la bibliothèque, il ingurgita rapidement un sandwich avant de rejoindre son lit où il n'eut aucun mal à s'endormir après une matinée aussi intense.

À son réveil, Voldemort était penché au-dessus de lui et il ne ressentit aucune crainte à la vue du mage noir. Il prit conscience d'à quel point la présence de Voldemort lui était devenue naturelle. Si l'affection de Nagini lui avait fait adopter le serpent géant en un temps record, ce n'était que très récemment qu'il avait cessé de craindre Voldemort pour sa simple présence.

- Prend ton temps pour te réveiller et te préparer tranquillement. Nous transplanerons un peu avant minuit, tu as une heure devant toi.

Harry sourit largement. En réalité, il était assez excité à l'idée d'accompagner Voldemort et flatté que le mage noir lui accorde une telle confiance. Il bailla, s'étira longuement et caressa Nagini qui était venu le rejoindre sur son lit. Voldemort avait quitté la pièce et laissé la panoplie complète des Mangemorts, bottes et protèges-poignets inclus. Harry s'habilla et manqua d'éclater de rire en se voyant dans le miroir.

- Me voilà déguisé en Mangemort… quelle farce… C'est Dumbledore qui se retournerait dans sa tombe s'il me voyait…

Il perdit un instant son sourire en pensant à ses amis. Hermione, Neville, les Weasley… Ils seraient sidérés de le voir ainsi. Pourtant s'il avait vendu son âme au diable, c'était avant tout pour garantir leur survie… Il secoua la tête. L'heure n'était pas au doute. Auparavant il aurait sans doute tout fait pour faire échouer le plan de Voldemort, quitte à souffrir le martyr ensuite, mais désormais il était dans un tout autre état d'esprit. Son ancien ennemi lui avait offert trop de choses pour qu'il puisse encore le haïr.

Il attacha ses cheveux qui commençaient à le gêner par leur longueur et rejoignit le salon du rez-de-chaussée. Voldemort se retourna à son arrivée.

- Harry… Tu ressembles enfin à un homme comme ça.

Ledit Harry leva les yeux au ciel sans se départir de son sourire, commençant à s'habituer aux piques du Seigneur des Ténèbres.

- Ce n'est pas comme si vous aviez choisi le contenu de ma penderie.

Si auparavant il se serait sans doute vexé de se faire ainsi infantiliser, il savait désormais que le mage noir s'amusait uniquement à le provoquer pour voir ses réactions. D'ailleurs, Voldemort avait toujours cette manière extrêmement arrogante de s'adresser aux gens et ses Mangemorts recevaient à peine plus d'égards que lui.

Voldemort sourit et lui montra la grande table sur laquelle l'attendait toujours son masque ainsi que la fiole de potion que Harry avait brassé la veille et sa précieuse baguette en bois de houx et plume de phénix. Harry s'approcha et empoigna immédiatement sa baguette avec la satisfaction de retrouver un contrôle total sur sa magie. Les entraînements donnés par Voldemort lui avaient permis de regagner une certaine sérénité lorsqu'il était privé de sa baguette, mais rien ne pouvait remplacer cette sensation grisante qu'il ressentait une fois sa baguette à la main.

- La potion se verse directement sur les yeux. Retire tes lunettes et assis-toi sur une chaise.

Harry s'exécuta mais ne put ignorer le frisson d'appréhension lorsque Voldemort l'incita à pencher la tête en arrière. S'il avait voulu le rendre aveugle, il n'aurait eu aucune difficulté. Heureusement le mage noir se contenta de saisir une pipette pour appliquer deux gouttes de la potion sur ses yeux avant de les lui recouvrir de sa main.

- Ne bouge pas, je vais éteindre les lumières le temps que tu t'y habitues… Vas-y, ouvre les yeux.

Lorsqu'il souleva ses paupières, il ne put s'empêcher de pousser une exclamation stupéfaite. Sa vision était totalement transformée et il pouvait voir les moindres détails de la pièce pourtant plongée dans l'obscurité. De plus, il y voyait parfaitement net alors même qu'il ne portait pas ses lunettes. Il tourna la tête pour voir Voldemort s'administrer lui-même la potion.

- Génial ! C'est fantastique !

- Et tellement plus pratique qu'un Lumos. Mais comme tu as pu le constater, elle est d'autant plus complexe à réaliser que ses ingrédients sont coûteux. Tu me préviendras lorsque les effets commenceront à s'estomper, je garderais tes lunettes sur moi en attendant.

Si Harry avait pu avoir quelques réticences sur le fait d'accompagner Voldemort, elles avaient désormais totalement disparu. Il enfila son masque de Mangemort et regarda autour de lui.

- Nagini ne vient pas avec nous ?

- Ce n'est pas une mission pour elle. Maintenant concentre-toi, nous allons transplaner.

Voldemort l'entraîna jusqu'au jardin, les désillusionna et les fit transplaner sans un bruit. C'est tout aussi silencieusement qu'ils apparurent dans une ruelle sombre d'un village apparemment moldu. Les rues étaient désertes et on n'entendait pas le moindre moteur de voiture aux alentours. Harry ne percevait même plus son corps à cause du sortilège de Voldemort et c'était assez perturbant mais ce dernier le guida fermement à travers le village. Manifestement le mage noir avait déjà fait un repérage et ils arrivèrent bientôt en bordure d'une grande maison d'apparence ancienne. Vu de l'extérieur, tous ses occupants semblaient dormir mais Voldemort fit un geste de sa baguette et le portail s'ouvrit sans un bruit.

- Il nous a probablement repéré à présent. Si les renseignements de Corban sont exacts, il a pris possession du sous-sol.

Voldemort avait chuchoté en fourchelang à un volume si faible que pour un observateur extérieur, cela devait sans doute ressembler au sifflement du vent. Ils pénétrèrent dans la maison et Harry sentit son rythme cardiaque s'accélérer. L'adrénaline le faisait se sentir vivant, comme pendant une bonne partie de Quidditch. Il lui semblait si facile de s'infiltrer par effraction dans une maison moldue que s'en était presque de la triche ! Ils eurent tôt fait de trouver la porte qui menait à la cave, et Voldemort dissipa le sortilège de Désillusion alors qu'ils descendaient les marches. L'escalier débouchait sur un immense sous-sol qui avait sans doute été magiquement agrandi et prouvait clairement qu'un sorcier y avait élu domicile. Il pouvait voir que l'espace avait été subdivisé en plusieurs pièces et Harry espéra qu'il ne leur faudrait pas tout fouiller pour trouver l'artefact. Il ne voyait nulle trace du sorcier, mais bientôt le sentiment d'être observé lui arracha un frisson. Il tourna la tête à droite et à gauche sans rien percevoir, mais il sentit soudain un sortilège le heurter. Il n'y avait pas eu un bruit mais il était peu probable que Voldemort ne s'en soit pas aperçu. Pourtant le mage noir ne se retourna pas, continuant à avancer, un mètre devant Harry. Harry bloqua sa respiration alors qu'une voix douceâtre résonnait dans son esprit.

« Stupéfie-le, maintenant ! »

Il serra la main sur sa baguette, prenant une seconde pour se concentrer.

- Stupefix !

Il avait prononcé clairement la formule et le sortilège fila vers Voldemort qui ne fit pas un geste pour l'éviter. Le mage noir s'écroula sous ses yeux et Harry s'immobilisa, attendant que leur cible se manifeste.

- Prends-lui sa baguette et amène-là moi !

La voix venait de derrière lui mais il ne se retourna pas. Le timbre était typiquement masculin et sans doute assez âgé. Harry parcouru la faible distance qui la séparait de Voldemort et se pencha pour se saisir de la baguette. Il remarqua alors qu'il s'agissait de celle en bois d'If et plume de phénix. Sans doute devait-il avoir la Baguette de Sureau dissimulée sur lui. Il jeta un Enervatum informulé et Voldemort resta si parfaitement immobile qu'il douta un instant d'avoir raté son sort. Il se redressa cependant, se tournant enfin vers l'origine de la voix. Un homme se matérialisa alors sous ses yeux et tendit la main.

- Donne-là moi ! Vite !

L'homme était assurément assez âgé et avait des cheveux blancs bouclés qui descendaient en rouflaquettes de chaque côté de son visage. Ses yeux étaient bruns et son nez ressemblait à un nid de guêpes tant il était gros et difforme. Harry remercia l'entraînement de Voldemort en Occlumancie et le masque de Mangemort qui lui permit de ne rien manifester de son plan jusqu'au tout dernier moment. Sans laisser la moindre chance à sa cible de répliquer, il s'était suffisamment avancé pour être presque au contact avant de lancer son sortilège de stupéfixion en informulé. Le maléfice atteignit immédiatement sa victime qui s'écrasa lourdement sur le sol. Harry ouvrit sa main gauche et la baguette de Voldemort retourna immédiatement à son propriétaire tandis que Harry se saisissait de celle du sorcier à ses pieds.

- Bravo, Harry. Tu as été parfait.

La voix douce de Voldemort juste derrière lui le fit frissonner et il se retourna, soulevant son masque pour ne rien cacher de sa mine réjouie.

- J'ai réussi !

Voldemort récupéra la baguette de Nikodem Wilde et se pencha sur le sorcier stupéfixé.

- Je n'en ai pas douté une seule seconde. Maintenant je te suggère de remonter un peu à l'étage pour t'assurer que les moldus ne viennent pas me déranger. Et peut-être pourrais-je envisager de leur laisser la vie sauve…

Harry fronça les sourcils. La baguette de Sureau était désormais entre les mains de Voldemort.

- J'imagine que vous n'avez jamais été réellement stupéfixé, je me trompe ?

- Tu imagines bien. Mais il était important que tu le croies, et surtout lui aussi. Cela dit tu as admirablement bien résisté à l'Impérium sans que rien ne transparaisse en toi et pour cela je te félicite. Maintenant, obéis et ne redescend pas à moins que je ne t'aie appelé.

Harry fit la moue mais s'exécuta cependant, remettant son masque avant de tourner les talons. S'il pouvait sauver la vie des moldus présents, il pourrait se dire sans se mentir qu'il avait fait une bonne action en accompagnant Voldemort. Il n'avait pas encore atteint le palier du rez-de-chaussée qu'un hurlement déchirant lui glaça le sang et il pressa le pas. Il ferma précipitamment la porte pour étouffer les cris qui venaient du sous-sol, réfléchissant aux sorts qu'il allait utiliser. Il n'avait jamais implanté de faux souvenirs à quelqu'un et n'était pas certain d'être capable de le faire correctement mais il connaissait le sortilège d'amnésie. Il venait d'accéder au premier étage, priant Merlin pour que les moldus soient encore endormis lorsqu'il croisa un vieil homme vêtu d'un pyjama de coton.

- Qu'est-ce…

- Impero ! Retournez vous coucher. Ne sortez pas de votre chambre avant demain matin.

Il sentit une étrange sensation le long de son bras et le regard du vieux moldu se fit vague. Il tourna les talons et Harry jeta un coup d'œil dans la chambre. Manifestement son épouse semblait toujours dormir. Il se permit un soupir de soulagement alors que la porte de la chambre se refermait doucement. Il avait réagi sous le coup de la panique, sans prendre le temps de réfléchir aux conséquences et finalement c'était sans doute la meilleure solution. Un peu désœuvré, il redescendit au rez-de-chaussée où il s'assit sur la dernière marche. Voldemort était sans doute en train de torturer le pauvre sorcier mais il préférait ne pas y penser. Après tout l'homme vivant comme un parasite dans la maison de moldus inconscients, il n'était pas totalement innocent…

Au bout d'un temps indéfinissable, Harry entendit la voix de Voldemort l'appeler depuis en bas et il se releva pour le rejoindre. Tout était calme et on entendait plus un cri, pourtant l'homme était toujours vivant, prostré tremblant aux pieds de Voldemort. Harry préféra détourner le regard pour observer ce que Voldemort tenait entre les mains. À première vue on aurait dit une tablette en bois gravée qui ressemblait un peu une de ces planches de spiritisme de l'imaginaire moldu. Elle était sertie de petites pierres lisses et une multitude de runes était sculptée en relief à même le bois.

- Viens, Harry, approche !

Dès qu'il fut suffisamment proche, Voldemort l'attrapa par le bras et le força à poser son index au centre de la planche.

- Ostensum est potentia !

Dès qu'il eut prononcé la formule, un mince filament magique illumina la planche, courant le long des lignes pour former des cercles concentriques autour de son doigt. Plusieurs runes s'allumèrent et Voldemort poussa une exclamation satisfaite.

- Comme je m'en doutais, tu possèdes un potentiel exceptionnel, Harry !

Voldemort avait soulevé son masque pour scruter sa réaction, mais une exclamation douloureuse détourna leur attention. Nikodem Wilde avait relevé la tête et fixait Harry avec une expression à la fois terrifiée et stupéfaite.

- Non… Harry Potter… Pas vous ! Pourquoi… Vous ne pouvez pas être avec lui… Vous deviez le combattre…

Harry voulut s'extraire de l'emprise du mage noir pour fuir cet homme qui le jugeait, mais Voldemort referma son emprise autour de son corps.

- Au contraire Harry, reste. Écoute comment les partisans de Dumbledore te voient. Tu n'es qu'une arme à leurs yeux. Peu leur importe que tu n'aies été qu'un adolescent seul face à une armée. Ils sont bien trop terrifiés pour lutter eux même, alors ils se cachent, vivant comme de vulgaires cloportes en attendant que tu les sauves. Affronte leurs regards la tête haute, ils ne valent même pas la peine que tu souffres pour eux.

Encore une fois, les paroles du Seigneur des Ténèbres sonnaient beaucoup trop justes aux oreilles de Harry. Il s'était immobilisé et tourné la tête, refusant cependant de porter son regard sur le sorcier agonisant à ses pieds. Voldemort au contraire était enchanté et lorsque Harry reprit la parole, il ne masqua pas son sourire.

- Lorsque j'ai décidé d'accepter votre offre, je savais que je serais jugé, qu'on me qualifierrait de traitre, de trouillard... Mais ça fait quand même mal. Pour autant je ne compte pas changer d'avis. Et tout ce que vous avez fait pour moi pour l'instant me conforte dans l'idée que j'ai pris la bonne décision.

- Bien ! Sur ce je crois que nous allons pouvoir dire adieu à monsieur Wilde. Il ne nous est plus d'aucune utilité. Avada Kedavra.

Et sans laisser le temps à Harry de se détourner, il avait jeté le sortilège de mort, sans manifester la moindre émotion, la voix aussi neutre que s'il eût demandé l'heure. Harry gémit et se cacha les yeux, reculant inconsciemment contre Voldemort et celui-ci ne fit pas un geste pour le repousser.

- Pourquoi… Pourquoi l'avez-vous tué ? Il ne représentait aucune menace !

- S'il était resté en vie, il aurait continué son activité, il aurait cherché à se venger et aurait sans doute raconté partout que Harry Potter était devenu un Mangemort. Peut-être même aurait-il menacé ton existence, et cela je ne peux le tolérer… Il était vraiment inutilement risqué de le garder en vie.

- La vie n'a vraiment aucune valeur à vos yeux…

- Seulement celles qui méritent la peine. Et lui ne valait plus rien. Nous avons assez traîné ici. Allons-y. Comment as-tu neutralisé les moldus ?

- J'ai utilisé l'Imperium.

La voix de Harry était atone tandis que le mage noir l'entraînait vers la sortie. Il ne chercha pas un seul instant à résister et dès qu'ils furent dehors, ils transplanèrent sans un bruit. Lorsqu'ils réapparurent dans leur jardin, Harry aurait voulu rejoindre sa chambre et enfoncer sa tête dans un oreiller pour hurler mais Voldemort le retint par l'épaule.

- Tu as eu un comportement exemplaire ce soir, je ne suis vraiment pas déçu de t'avoir amené. Sois fier de toi, Harry Potter, et ne te torture pas inutilement avec cette mort. Il fait partie de ces hypocrites qui n'auraient pas hésité à te sacrifier si cela avait pu les sauver. Il ne mérite aucunement ta compassion.

Harry écarquilla les yeux. Lord Voldemort était en train de le… réconforter ? Il se sentait déchiré entre deux émotions contradictoires. D'un côté il venait d'assister à un meurtre de sang-froid. D'un autre, l'homme qui le tenait contre lui garantissait sa sécurité, lui offrait un lieu qu'il pouvait appeler « chez lui », partageait ses connaissances et le félicitait pour ses efforts. Nagini les avait rejoints et avait hissé sa tête sur l'épaule de son maître.

- Bon retour à la maison, maitre, petit frère.

Ce fut cette phrase qui eut raison de la dernière barrière de Harry. Parmi toutes les choses que Voldemort lui avait offertes, l'affection de Nagini, sa sœur-horcruxe, avait été comme une bouffée d'oxygène pour l'orphelin qu'il était. Il se tourna vers mage noir mais garda la tête baissée, le poing serré contre son torse, verbalisant enfin le dilemme qui le déchirait.

- Je ne suis pas d'accord avec vous. Je ne pense pas qu'une vie puisse être inutile… Je refuse de faire souffrir les gens et je trouve horrible de tuer quelqu'un comme ça ! Mais… Je ne peux m'empêcher d'apprécier quand vous m'apprenez des choses, quand vous m'incitez à faire des efforts et quand m'emmenez avec vous comme ce soir... Je me sens plus estimé par vous que par l'Ordre malgré tout ce que j'ai accompli ces dernières années. Alors que j'étais censé être l'Élu, personne ne s'est jamais occupé de m'apprendre à me battre, ils m'ont maintenu dans l'ignorance, comme si je n'étais qu'un pion sacrifiable sur leur échiquier. Je vous trouve souvent cruel et injuste… mais je n'arrive plus à vous haïr. Vous m'avez consacré davantage de temps en trois mois que qui que ce soit d'autre dans ma vie. Eux ont prétendu que j'avais une mission, que j'étais le seul à pouvoir accomplir, mais en vérité Dumbledore avait simplement prévu de faire de moi un martyr… J'ai l'impression d'être déchiré...

Le mage noir avait patiemment attendu la fin de son laïus avant de le forcer à relever la tête.

- Tu n'imagines pas combien cela me fait plaisir de t'entendre parler ainsi. Tu commences enfin à entrevoir la vérité. Sois tranquille, Harry, tout sera bientôt très clair. Je ne permettrai jamais à l'Ordre de te récupérer. Tu comprendras, j'espère, que pour l'instant je ne peux t'accorder ma confiance aveugle. Mais toi, moi et Nagini formons une famille indestructible. Il est plus que temps de ne plus se laisser guider par cette stupide prophétie qui nous a déclaré ennemis. Si notre mission de ce soir est une réussite, c'est en partie grâce à toi. Rentrons à présent.

Harry ferma les yeux, se laissant entraîner vers la maison. Il avait enfin exprimé ce qu'il s'interdisait de reconnaître jusqu'à présent : Oui il était plutôt heureux de vivre aux côtés de Voldemort et Nagini. Et loin de l'effrayer, cette prise de conscience le soulagea. Lorsque Sirius avait disparu à travers le voile, il avait pensé qu'il ne pourrait jamais connaître une once de bonheur avant d'avoir défait Voldemort, chose qui lui semblait déjà insurmontable avant même de connaître l'existence des Horcruxes. Pouvoir goûter aujourd'hui à l'insouciance, la sécurité et une certaine forme d'affection lui semblait si fantastique qu'il se sentait presque prêt à abandonner sa cause pour le préserver.

***/+/***

Le lendemain matin, Harry eut la surprise de trouver sa bourse en peau de Mokke sur la table, posée à l'endroit où il avait l'habitude de déjeuner. Il leva un regard reconnaissant vers Voldemort qui l'observait attentivement depuis l'autre côté de la table.

- Je peux la récupérer ?

- Oui… J'ai pensé que tu méritais une récompense pour cette nuit. À condition bien sûr que tu me montres tout ce qu'elle contient.

Harry fit mentalement le tour de son contenu avec un léger sourire. Voldemort avait eu mille occasions pour l'obliger à révéler les objets dissimulés à l'intérieur mais il ne l'avait jamais fait. Par ailleurs, il s'agissait pour la plupart d'objets sentimentaux qui n'intéresseraient probablement pas le mage noir et il était content de pouvoir les récupérer.

- Je crains que vous ne soyez déçu, ce sont surtout des souvenirs… Une carte de Poudlard faite par mon père et ses amis, le miroir à Double Sens que j'ai cassé après la mort de mon parrain, le premier Vif d'or que j'aie attrapé à Poudlard et un morceau de lettre écrite par ma mère…

Il sortit l'un après l'autre les quatre objets précédemment cités et il montra l'intérieur vide à Voldemort. Celui-ci secoua la tête.

- Utiliser un artefact aussi précieux pour y dissimuler tout un tas de babioles. Effectivement je m'attendais à mieux. Tu aurais pu y mettre mon Horcruxe et ainsi rester protégé de son influence. Le pendentif était presque en train de s'incruster dans ta poitrine lorsque je te l'ai retiré. Ce n'était pas très malin.

Harry haussa les épaules, le regard penché sur ses trésors. Il hésita à dévoiler le fonctionnement de la carte du Maraudeur, quant au Vif d'Or, il était assez curieux de savoir si Voldemort parviendrait à en percer le secret.

- C'est vrai… de toute façon je n'ai pas grand-chose d'autre qui ait de la valeur à mes yeux. Ma cape d'invisibilité ne rentre pas dedans… Mais ce ne sont pas que des babioles comme vous dites. Vous voulez voir comment elle marche ?

Il secoua la carte qui avait l'apparence d'un simple morceau de parchemin, attirant l'attention du mage noir.

- Une carte de Poudlard créée par ton père et ses amis ? Je ne vois pas bien ce qu'elle peut avoir d'intéressant…

- Je peux avoir ma baguette ? Pour vous montrer !

Harry avait un large sourire, satisfait de pouvoir pour une fois apprendre quelque chose au Seigneur des Ténèbres. Celui-ci sortit la baguette de Harry de sa robe et la lui tendit.

- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. Regardez !

Le carte de Poudlard se dessina alors, d'abord les murs, puis les traces de pas apparurent, représentant la centaine d'habitants du château. Voldemort haussa un sourcil.

- Sont-ce donc là toutes les personnes présentes à Poudlard en cet instant ?

- Oui ! On peut voir Rogue dans son bureau, Drago est en cours de potion avec Slughorn avec Théodore Nott. Crabbe et Goyle junior sont dans la salle commune de Serpentard vu qu'ils n'ont pas eu beaucoup de BUSE, ils n'ont que les cours obligatoires… Même cette grosse baleine d'Alecto a…

- Potter !

Harry avait fermé les yeux, pressentant le coup venir, mais seule la voix du Seigneur des Ténèbres avait claqué. Il rouvrit un œil pour voir qu'il le fusillait du regard mais ne semblait, pour une fois, pas vouloir lui infliger une quelconque douleur.

- Pardon. Le professeur Carrow a bien dû s'en rendre compte. Tenez, en deuxième année on a voulu infiltrer la salle commune de Serpentard, du coup Hermione a fabriqué du Polynectar et pour remplacer Crabbe et Goyle, il nous a suffi de poser sur leur chemin une assiette avec deux parts de gâteau imbibés de somnifères et bien évidemment ils se sont jetés dessus. Drago les avait pris comme hommes de main mais lui aussi s'est rendu compte qu'il ne pouvait pas leur confier grand-chose. Enfin bref. La carte montre aussi les animagus sous leur nom, c'est comme cela que Remus Lupin a démasqué Queudver en troisième année. Elle montre plusieurs passages secrets qui étaient bien utiles mais maintenant ils sont tous condamnés… Si vous aviez su le nombre de fois où j'étais dehors alors qu'on m'interdisait de sortir pour ma "sécurité". En revanche elle ne montre pas la Salle-sur-demande et bien évidemment pas la Chambre des Secrets.

Il releva les yeux de la carte pour s'apercevoir que Voldemort avait retrouvé le fin sourire qu'il arborait lorsque quelque chose l'amusait.

- Au final, pour un fier Gryffondor, tu t'es montré parfois très Serpentard. Quand je t'écoute raconter ta scolarité, je ne peux m'empêcher de penser que nous nous ressemblons beaucoup. Tu n'as manifestement jamais considéré le règlement comme un obstacle à tes projets.

- Oui, on me l'a beaucoup dit, je pense même que ça faisait un peu peur à Dumbledore. D'autant que le Choixpeau voulait m'envoyer à Serpentard. Mais j'avais rencontré Drago Malefoy et il s'était déjà montré tellement antipathique que je n'avais aucune envie de me retrouver dans la même maison que lui. Ça aurait été un comble pour Rogue s'il avait dû choisir entre avantager sa maison et s'acharner sur moi.

- Même si ça n'aurait probablement changé en rien ton tempérament, il aurait été amusant de voir la réaction des gens si leur précieux survivant avait été à Serpentard.

Harry roula des yeux.

- Ça aurait juste été pire. Déjà depuis la quatrième année, certains me voient comme un futur mage noir…

- Il se pourrait que pour une fois ils aient raison. Lorsque Corban m'a suggéré de faire de toi l'ennemi numéro un, je ne pensais pas que la société serait aussi prompte à te faire passer de héros à criminel. Cela leur fera une bonne leçon de contempler ce qu'ils auront contribué à créer.

- Je ne compte pas devenir un mage noir ! Je veux bien vous aider comme hier mais je refuse de torturer ou tuer qui que ce soit.

- Je te l'ai dit, je ne t'obligerais pas à le faire. Mais tu seras forcément amené à tuer, Harry, que tu le veuilles ou non, et tu finiras peut-être même par y prendre du plaisir.

Harry fit la moue et détourna le regard. Comme chaque fois que le Seigneur des Ténèbres évoquait son avenir, il préféra changer de sujet. Il réveilla du bout du doigt le Vif d'or qui se mit à voler sur place, à quelques centimètres de la table.

- J'ai autre chose qui devrait attiser votre curiosité, et plus que ma carte de Poudlard j'imagine… Je ne sais pas si c'était sur votre ordre mais lors de mon tout premier match de Quidditch, Quirrell a jeté un maléfice à mon balai pour me faire monter en altitude avant de me désarçonner. Pourtant j'ai réussi à résister et même à attraper le Vif d'or, bien que j'aie failli l'avaler. C'est ce même Vif d'or qui m'a été légué par Dumbledore à travers son testament. Je sais qu'il y a caché quelque chose mais je n'ai aucune idée de ce que cela peut-être ni de comment l'ouvrir. Rufus Scrimgeour a passé près d'un mois à essayer d'en percer le secret sans succès et il espérait bien qu'il dévoilerait son contenu en me le mettant dans la main. Mais même lorsque je le presse contre ma bouche… La seule chose qu'il indique c'est cette phrase énigmatique… Je m'ouvre au terme…

Il attrapa la petite sphère dorée, déposa brièvement ses lèvres dessus et montra à Voldemort l'inscription qui venait d'apparaître. Cette fois, la curiosité fut assez forte pour amener le mage noir à se lever de sa chaise pour le rejoindre. Il se saisit du Vif d'or pour l'approcher de son visage, les yeux plissés.

- Qu'est-ce que Dumbledore aurait bien pu mettre dans un si petit objet et surtout pourquoi ? Au terme de quoi… À quoi peut-il bien faire référence ? Te souviens-tu des mots exacts écrits dans son testament ?

- À Harry Potter, je lègue le Vif d'or qu'il a attrapé lors de son premier match de Quidditch à Poudlard, pour lui rappeler ce que la persévérance et le talent apportent de récompenses et de bienfaits. Fin de citation. J'ai eu beau me creuser la tête pendant des heures, je n'ai aucune foutue idée de comment décrypter son message caché.

- Tu as sans doute raté quelque chose. On ne peut pas dire que tu sois particulièrement brillant en matière de déduction. Je vérifierais donc tes souvenirs un par un. Et si cela ne te convient pas, tu n'auras qu'à user d'Occlumancie pour essayer de m'en empêcher.

Harry fit une grimace boudeuse. Il commençait déjà à regretter d'avoir été aussi honnête avec le mage noir. Il ne se souvenait que trop bien combien subir un Legilimens était une expérience désagréable et il n'avait aucune envie de passer sa journée à revivre toutes ses discussions avec Dumbledore.

- Est-ce qu'on ne pourrait pas utiliser une Pensine plutôt ?

- Non, cela te fera un bon entraînement. Tu as ébauché de légers progrès la semaine dernière mais c'est largement perfectible même malgré ta concentration pour le moins fragile. Sécuriser tes pensées pourrait aussi me rendre moins réticent à l'idée de te renvoyer à Poudlard. Tu n'aimerais sans doute pas que les professeurs McGonagall ou Flitwick, pour ne citer qu'eux, apprennent combien tu apprécies de rester à mes côtés…

Harry ne répondit pas, confirmant les propos du Seigneur des Ténèbres. Il était évident que les membres de l'Ordre pourraient se montrer désagréablement insistants s'ils découvraient qu'il avait abandonné la lutte. Mais, lui qui n'avait connu que l'insécurité, ne pouvait s'empêcher d'aimer cette sensation d'être précieux et protégé quel seul Voldemort était à même de lui apporter.

Toute la journée fut consacrée à l'Occlumancie et Harry parvint même à faire quelque progrès, pour son plus grand étonnement. Voldemort avait une approche différente de celle de Rogue et si Harry avait déjà pu bénéficier de ses conseils avisés deux jours plus tôt, il découvrit que le mage noir était aussi capable de s'infiltrer si délicatement dans son esprit que cela en devenait à peine perceptible. Il ne pouvait s'empêcher d'être à la fois effrayé à l'idée que son esprit soit aussi vulnérable face à Voldemort, mais aussi impressionné par la maestria dont il faisait preuve.

- Lorsque vous aviez fouillé mon esprit en décembre, vous n'aviez fait preuve d'aucune subtilité…

- Tu m'avais menti sciemment en envoyant une lettre aux Weasley et en dupant mon Mangemort. Je n'avais aucune raison de l'être. Mais un vrai Legilimens est capable de sonder l'esprit de sa victime sans que celle-ci ne s'en rende compte et pénétrer dans le tien est pour moi d'une facilité déconcertante. L'Horcruxe agit comme une porte qui s'ouvrirait à l'approche de son maître.

- Tous mes efforts sont inutiles du coup !

- Je crains en effet que tu ne puisses jamais me dissimuler quoi que ce soit mais je perçois la différence quand tu es conscient de mon attaque et quand tu ne l'es pas. Tu dois entraîner ton esprit à dissimuler la réalité à un agresseur potentiel. Tu te souviens du souvenir de Slughorn que Dumbledore t'avait montré ? Il était grossièrement modifié mais tu vois le principe. Tu dois imaginer une réalité alternative ou alors choisir les scènes auxquelles ton agresseur aura accès.

Harry fit la moue et changea de sujet. Il était fatigué par son entraînement et avait bien envie de s'arrêter là.

- Au final vous avez scruté tous mes souvenirs avec Dumbledore sans rien trouver. Je ne suis pas si idiot que cela…

Voldemort se renfonça dans son fauteuil et plissa les yeux.

- Je n'ai pas dit que tu étais idiot mais que ta capacité à résoudre des énigmes n'était pas exceptionnelle. Mais je dois reconnaître que Dumbledore ne t'a laissé aucun indice pour résoudre celle-ci. Il s'est toujours cru très intelligent et aimait particulièrement entendre les gens dire combien il était brillant mais au final il n'a jamais cherché activement à m'arrêter lui-même. Si le sortilège ne s'était pas retourné contre moi il y a seize ans, j'aurais sans doute mis fin bien plus tôt à sa misérable existence.

- Beaucoup de gens prétendaient qu'il était la seule personne que vous craigniez. C'est vrai ?

- Je me suis toujours méfié de lui comme il s'est méfié de moi. À l'époque déjà, il me suspectait d'avoir ouvert la Chambre des Secrets et m'a soumis à une agaçante surveillance après ça. C'était un sorcier puissant et un très bon duelliste mais les affres de l'âge l'ont rattrapé. J'ai senti la différence lorsque nous nous sommes affrontés il y a deux ans, il luttait. Il est vrai que je n'aurais pas eu la satisfaction de le vaincre en duel, mais vu sa faiblesse manifeste au moment de sa mort, je n'en aurais pas tiré un grand prestige et au final c'est bien moi qui ai provoqué sa chute à travers mes maléfices apposés sur la bague puis ceux protégeant le pendentif. Et maintenant je suis le maître de la baguette de Sureau.

Il caressa presque amoureusement la baguette qui se trouvait toujours près de lui alors que Harry l'observait, la tête paresseusement appuyée sur sa main, le coude planté dans l'accoudoir de son fauteuil. Plus il passait de temps avec Voldemort et plus il le trouvait humain. Dumbledore lui avait dit qu'il s'était mutilé de toutes ses émotions à force de créer des Horcruxes et pourtant face à Harry, Voldemort se dévoilait au quotidien avec ses colères mais aussi ses satisfactions, ses ambitions, son ironie mordante, son affection pour Nagini, son assurance, sa curiosité… En l'obligeant à vivre à ses côtés, le mage noir s'était ouvert à lui comme il ne l'avait fait avec personne d'autre, répondant à ses questions avec plus de franchise qu'il n'en avait fait preuve tout au long de son existence. Il prit soudainement conscience que Voldemort s'était montré totalement honnête quand il avait parlé de famille. Aux yeux du mage noir, le lien qu'ils partageaient était plus intime encore que leurs véritables liens du sang. Harry tourna son regard vers Nagini qui se reposait tranquillement sur son tapis devant la cheminée et il descendit de son fauteuil pour aller la rejoindre. Il passa sa main le long des écailles et la Maledictus ferma les yeux pour manifester son plaisir. Voldemort sortit de ses pensées pour observer ses deux Horcruxes vivants. Harry avait fermé les yeux et posé son front contre le corps massif de Nagini tandis que celle-ci s'enroulait doucement autour de son torse dans une étreinte à la fois protectrice et possessive. Nagini avait adopté Harry dès qu'elle avait découvert la présence de l'Horcruxe en lui et son affection avait été comme une bouée de sauvetage pour le Gryffondor au bord du gouffre. Voldemort reprit la parole et Harry rouvrit les yeux.

- Quand je te vois interagir avec Nagini, j'ai l'impression que tu lui as accordé ta pleine et entière confiance. J'en serais presque jaloux.

- Nagini dit toujours ce qu'elle pense sans détour, elle ne ment pas. Elle n'est même pas mauvaise, elle vous est juste totalement et indéfectiblement fidèle. Tant que je ne vous désobéis pas, je sais qu'elle me protégera, je n'en ai aucun doute.

- Tu as bien raison. Je sais qu'elle ne me trahira jamais. Sur ce, je pense que nous avons assez travaillé pour aujourd'hui. Je serais absent les prochains jours mais je te laisserai du travail dans la bibliothèque. Je compte sur toi pour te montrer sérieux. Tu peux aller manger.

Il fit un geste négligeant de la tête et Harry se glissa entre les anneaux de Nagini pour se relever. Il était soulagé d'en avoir terminé avec tous les souvenirs de Dumbledore. Il dîna rapidement et passa sa soirée à lire, tranquillement installé dans le salon.

***/+/***

Le lendemain matin, il trouva un message de Voldemort inscrit sur le petit tableau dont il se servait pour lui faire la leçon : « Rédige un rouleau de parchemin entier sur les propriétés de l'Helichrysum et ses utilisations aussi bien dans les potions que dans la création de talismans bénéfiques et maléfiques ». Harry leva un sourcil amusé. Il pouvait compter sur Voldemort pour l'obliger à lire des livres de magie noire à travers ses études. Il se mit cependant au travail avec bonne humeur. Si la présence de ses amis lui manquait, il restait agréable de pouvoir travailler avec une bibliothèque à sa disposition exclusive et avec un elfe de maison pour remplir sa tasse de thé chaque fois qu'il en ressentait le besoin. Il attira plusieurs livres à lui et se saisit du « Compendium des ingrédients pour potions curatives » pour commencer. Le travail allait probablement lui prendre toute la journée…

Voldemort ne réapparu que le surlendemain, tel qu'il l'avait annoncé. Il arborait un sourire cruel et le tissu noir de sa robe présentait des tâches plus sombres dont Harry aurait aimé pouvoir se convaincre qu'il ne s'agissait pas de sang. Le jeune homme le salua néanmoins avant de baisser les yeux sur son repas, peu désireux de déduire des choses qui lui feraient immédiatement perdre tout appétit.

- Bonsoir, Harry. Retrouve-moi dans la bibliothèque après diner. J'ai quelque chose à te proposer et je suis presque certain que cela va te plaire…


***/+/***

Fin du 7e chapitre. J'ai eu du mal à le terminer celui-là. Pourtant j'ai déjà bien en tête ce qui va se passer dans le chapitre suivant, mais il fallait tout de même un peu de contenu en guise de transition. 😉 J'espère que vous apprécierez le suspense ! Je suis en vacances à partir de ce soir donc le chapitre 8 qui est déjà bien entammé devrait être terminé à temps pour vendredi 23 octobre.

Je pense qu'il reste trois chapitres avant la fin de cette première partie de fanfiction. Je ne sais pas encore si je vais appeler la suite « Dépendant au serpent – Part. II » ou lui donner un autre titre. Quoi qu'il en soit je vais m'efforcer de lui offrir une vraie fin pour ne pas trop frustrer les non-lecteurs de yaoi (parce que oui, pour rappel, partie 2 = Rating M et slash).

Je ne sais pas si tout le monde s'en est aperçu, mais j'essaye de répondre à chaque review. Mais comme ffnet n'envoit pas de notification quand on reçoit un message privé et que l'application pour mobile ne permet pas de les lire, je me dis que certains d'entre vous l'ignorent peut-être ^^.

Harry tombe peu à peu dans le giron de Voldemort mais à travers ce chapitre, on a un peu envie de le comprendre. Personnellement j'ai toujours trouvé que Dumbledore n'avait pas fait grand chose pour l'aider dans sa quête. Mon Harry est sans doute aussi plus candide et vulnérable que celui dépeint par J.K. Rowling mais je trouve réaliste qu'il s'attache autant à Nagini. Dans les films des animaux fantastiques, Nagini est représentée comme une jeune femme plutôt gentille. Mais suite à sa transformation définitive à cause de sa malédiction, elle a dû se sentir terriblement seule, incapable de se faire comprendre des autres humains, peut-être même pourchassée ou enfermée pour son apparence. J'imagine que sa rencontre avec Voldemort lui a permis de sortir de cet isolement absolu et quand elle s'est aperçue que Harry possédait un fragment d'âme, elle s'est promis de protéger coûte que coûte ce nouveau membre de sa famille. Harry, un orphelin qui a toujours cruellement manqué d'affection et qui a vécu une insécurité presque continuelle depuis le retour de Voldemort, se retrouve protégé par un serpent gigantesque, insensible aux sorts et qui n'hésite pas à le consoler ou le rassurer si besoin. J'ai déjà exploité cette idée dans Nagini et le garçon et elle me plait bien. Et vous, qu'en pensez-vous ?