Narcissa Malefoy

Droite. Gauche. Droite. Gauche. Droite...

Tu avances à petits pas sur le sol humide de la Forêt Interdite, le regard autres te transperçant le dos. Tu le sens comme mille aiguilles chauffées à blanc, mais tu continues ta progression vers le corps inerte, cheveux bruns en bataille et lunettes brisées. Tu te baisses, inexorablement. Cela dure une éternité, ou quelques instants. Ta perception du temps est étrange, erronée. Ton cœur bat, ta vue se trouble par moment. Tu as peur. C'est normal. Les yeux clos d'appréhension, tu te concentres, tu élimines toute pensée parasite.

Tu tressailles quand tu sens contre ta joue le souffle léger, retenu, du jeune Harry Potter. Il vit.

Ce n'est pas la stupéfaction face à cette résurrection qui te frappe d'abord, pas plus que le dilemme entre taire ou trahir cette vie au Maître. Non, la première chose qui te vient à l'esprit, qui te heurte avec la violence du fracas des vagues sur les côtes rocheuse de Bretagne où tu aimais tant te baigner, petite, quand ta mère t'y emmenais voir la famille éloignée, et qui te coupe le souffle par sa force et son intensité, c'est le soulagement. Ton fils aime, tu le sais, maintenant. Et il n'aura pas à subir la douloureuse peine du deuil. Pas si tu as ton mot à dire. Cela peut encore être empêché. Alors, tu murmures quelques mots, tout bas, la joue encore contre les lèvres du garçon.

— Est-ce que mon fils va bien ?

Les Mangemorts ricanent entre eux, t'observent. Ils n'entendent pas.

— Oui.

À peine perceptible, ce mot salvateur, ce poids qui s'enlève soudain de tes épaules.

— Est-ce que tu l'aimes ?

Tu sens son regard sur toi, percer à travers ses cils. Tu t'en moques. Ton fils est tout ce qui importe.

— Oui, finit-il par souffler, un léger, très léger sourire aux lèvres.

Tu ne peux retenir un sourire, qui s'élargit tandis que tu te lèves, te retournes. Tu observes tour à tour Lucius, ton mari, celui qui vous a tous mis dans ce pétrin mais que tu ne peux t'empêcher d'aimer malgré tout, Bellatrix, ta folle de sœur, son mari, et tous les autres.

Tu les regardes, ces vermines qui ont manqué de te prendre ton fils, qui ont manqué de lui brûler les ailes. Qui ont fait de lui une créature, qui l'ont mutilé à vie. Tu les méprises, tous — et pourtant nul n'a jamais été aussi proche de te briser qu'eux ont pu l'être. Si Drago n'avait pas été en vie, alors...

Mais tu poses finalement tes yeux sur le Maître, sans toutefois oser les planter dans les siens, et sans te départir de ton sourire qu'ils prennent tous pour une marque de victoire et de fierté, tu clames d'une voix forte :

— Mort.


Lucius Malefoy

Le corps tombe, les bras en croix. D'abord, le silence, puis les cris de joie. Puis les pleurs. Tous se rendent compte que le cauchemar est fini, mais que le rêve qui s'ensuit n'est pas si beau qu'il en avait l'air. Il y a eu des morts, des aspirations à jamais brisées, des étincelles à jamais éteintes. Poudlard devra être reconstruite, comme les cœurs et les âmes des survivants.

Toi-même, tu te sens léger et libre, mais le relent âcre de tes erreurs te rappelle que tu ne seras pas parmi les puissants de cette nouvelle ère. Le monde sorcier ne sera plus jamais comme tu l'as connu, et tu sais que tu ne seras pas de ceux qui en profiteront pleinement. Tu n'as certes pas perdu de famille proche, hormis la Lestrange pour laquelle tu n'as jamais vraiment eu d'affection, mais ce qui t'attend n'en reste pas moins autrement plus dur que ce que tu as vécu jusqu'ici.

Tu n'es pas stupide. Ce n'est pas parce que tu as passé la dernière heure à chercher ton fils, ce n'est pas parce que tu n'as pas vraiment cherché à le retrouver, ce n'est pas parce que tu as menti au Maître vis-à-vis de Potter et ton fils que tu échapperas à Azkaban. Tu as bien trop œuvré pour Son retour et Sa grandeur.

Par Morgane. Le Maître est mort, et ses esclaves sont désormais affranchis. Tu es affranchi. Libre. Sauvé. Perdu, aussi, manifestement. Narcissa ne cache pas son rire, elle, et tu la vois chercher votre fils du regard. Tu réalises qu'elle a menti, plus tôt. Pour votre fils sans doute. Son sourire s'adoucit soudain et tu suis son regard. Drago et Potter se tiennent la main, s'embrassent. Il n'est pas si moche, le sale gosse, sans ses affreuses binocles. Peut-être que l'honneur de ta famille n'est pas si perdu, finalement.

Ces deux garçons, si évidemment amoureux, au milieu de la paix et des morts, et de la joie et des pleurs, te fascinent. Il est loin, ce temps où tu les dominais du regard, où tu leur rappelais sans cesse à quel point tu leur étais supérieur. Que se serait-il passé, si tu n'avais pas tant œuvré pour attiser leur antagonisme ? Que se serait-il passé, si tu n'avais commis mauvaises actions sur mauvaises actions, mauvais choix sur mauvais choix ?

Tu reviens vers ta femme, et vos regards se croisent. Depuis combien de temps n'avez-vous pas partagé un geste intime, des mots doux ? Depuis combien de temps n'avez-vous pas exprimé votre amour, celui qui vous a liés en premier lieu, celui de qui est né votre fils merveilleux ?

Vos lèvres s'effleurent, vos mains s'entrelacent, vos jambes vous guident. Vous courez, courez loin, et riez fort. La tempête est à venir, mais Drago est entre de bonnes mains, vous le savez. En attendant, quand le chat n'est pas là, les souris dansent — et vous avez tout votre temps pour pleurer, désormais.


Bonsoir !

J'espère que ce chapitre vous a plu. Il n'est pas aussi long que je l'espérais, mais je suppose qu'il vaut mieux ça que des mots vides de sens, là simplement pour remplir un quota.

Je suis assez contente de ce chapitre. J'ai dû me limiter pour Narcissa, car c'est la seule scène que je voulais montrer de son point de vue, et je dois conserver un peu de matériel de côté pour ma prochaine fanfiction (qui arrive fin février), mais je suis globalement satisfaite. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !

Voilà, il ne reste plus qu'un chapitre, le dernier. Assez court, lui aussi. C'est le premier que j'ai rédigé, à vrai dire. Il ne me reste plus qu'à le retravailler, mais il sera probablement là avant samedi.

Merci d'avoir lu, on se retrouve la semaine prochaine ! ;)