— Vous êtes fâchée.

Tom avait emmené Hermione se promener après le petit-déjeuner, un petit-déjeuner qu'elle n'avait pas mangé, et il l'observait avec son maudit demi-sourire habituel.

— Vous m'avez obligée à tuer un homme, répondit-elle.

Son sang n'avait pas encore réinvesti son visage depuis qu'elle avait lancé le sort, elle était toujours pâle comme un linge et semblait sur le point de vomir à nouveau à tout moment.

— Oui, je suis fâchée, Tom. Les gens normaux sont fâchés après ce genre de choses.

Elle croisa les bras et se courba légèrement alors qu'elle s'écartait de lui de quelques pas sur le chemin de gravier qui coupait à travers les jardins du Manoir Malfoy. Elle se demanda brièvement si Draco Malfoy avait joué sur ces chemins – jouerait sur ces chemins. Les échos du passé et du futur faisaient presque mal, parfois.

— Non pas que vous ayez la moindre idée de ce que ressentent les gens normaux, marmonna-t-elle.

— La normalité n'est pas un état que j'ai jamais cherché à atteindre, non, répliqua Tom alors qu'il s'approchait d'un buisson et en arrachait une poignée de feuilles. Mais, mon amour, soyons honnêtes : vous-même n'êtes pas vraiment un gentil petit chaton inoffensif.

— Je ne suis pas une meurtrière, dit-elle sans le regarder. Ou du moins je ne l'étais pas jusqu'à ce matin.

— Oh, vraiment ?

Tom s'approcha et se posta derrière elle. Elle s'était arrêtée au niveau du petit pont qui passait au-dessus d'un ruisseau ornemental et attendait là, comme si elle n'était pas sûre de ce qu'elle devait faire. Tom relâcha une feuille de sa main et, alors qu'elle tombait en tourbillonnant, elle se transforma en un oiseau jaune vif qui s'envola aussitôt, ses gazouillis sonnant comme des rappels et réprimandes de tous leurs péchés.

— Il me semble que vous avez mentionné avoir oublietté vos parents ?

— C'est…

— Différent ?

Il pressa sa joue contre la chevelure d'Hermione et murmura :

— Cela veut dire que vous avez demandé leur permission ? Vous avez dit : "Maman, papa, il y a un groupe de gens qui veulent me tuer et je pense qu'ils pourraient s'en prendre à vous alors je pense que je devrais effacer votre existence entière et vous envoyer au loin. Vous êtes d'accord ?"

Tom fit une pause.

— Leur avez-vous demandé ça ?

— Bien sûr que non, répondit-elle d'une voix étranglée.

— Alors vous les avez tués. Vous avez pris leurs souvenirs et leurs vies sans leur consentement : vous les avez tués aussi sûrement que si vous leur aviez lancé un maléfice – et, mon amour, la plupart des gens considèreraient un sortilège de mémoire de cette amplitude comme relevant de la magie noire – puis vous avez envoyé leurs corps au loin, habités par ce qui pourrait tout aussi bien être de nouvelles personnes.

— Ce n'était pas…

— Ne soyez pas naïve, Mlle Granger. Vous les avez tués.

— Je vous déteste, dit-elle, un son rauque et brisé alors qu'elle restait là, inerte, retenue captive par la voix de Tom Riddle.

— Mais cela valait sans doute mieux que l'alternative, concéda-t-il, ignorant ses mots. Est-ce que mes idiots de partisans auraient été cruels ?

Sa voix caressa presque le mot cruel et elle frissonna contre lui avant de cracher sa réponse :

— Oui.

— Alors vous les avez épargnés.

Il fit courir une main le long de son bras.

— De la même façon qu'aujourd'hui vous avez épargné à ce cher et tendre Dolohov le tourment qu'il endurait.

— Vous étiez en train de le torturer.

Tom ne répondit pas directement mais changea une autre feuille en un oiseau d'un turquoise éclatant, puis dit :

— J'ai le sentiment, douce Mlle Granger, que lorsque vous avez oublietté vos parents, ce n'était pas la première fois que vous mettiez un pied dans la magie noire.

— Ce n'était pas de la magie noire, réfuta-t-elle, mais sa voix oscillait et sonnait moins assurée.

— C'en était, affirma-t-il avec dédain. Vous avez utilisé un sort habituellement bénin pour effacer leur identité et les recréer. C'est sombre, très sombre. Vous m'impressionnez, mon Hermione. Mais personne ne commence à ce niveau. N'avez-vous jamais triché pour rendre les choses un peu plus faciles ? Peut-être pas pour vous, petit cœur bien-pensant, mais pour un ami, éventuellement ?

— Ce n'était pas de la magie noire, répondit-elle, la voix tremblante. Non. C'était pour se battre contre vous, c'était…

— Acceptable parce que la fin que vous visiez justifiait les moyens que vous utilisiez ?

Il relâcha une autre feuille et celle-là se changea en un moineau rouge vif qui se posa sur une statue de Daphné et Apollon non loin de là depuis laquelle il pencha la tête sur le côté pour les observer.

— Quoi d'autre ? N'avez-vous jamais fait souffrir quelqu'un ? Vous savez, je suis la seule personne qui ne vous condamnera jamais pour ces actions, qui ne les verra jamais autrement que comme l'exercice de votre pouvoir. Vous pouvez me confesser sans crainte vos soi-disant péchés.

— J'ai enfermé une femme dans un bocal, murmura Hermione, les mots semblant se déverser hors d'elle. Elle avait… c'était une animagus non déclarée. Elle.. elle avait écrit des choses terribles à propos d'un ami dans le journal. Elle était… je l'ai capturée sous sa forme de scarabée et je l'ai enfermée dans un bocal.

Tom Riddle repoussa ses cheveux et pressa ses lèvres sur sa nuque.

— Vous n'êtes pas l'innocente que vous voudriez être. Vous me ressemblez bien plus que vous ne voulez l'admettre. Essayez d'être suffisamment honnête avec vous-même pour y faire face, mon amour.

— Je ne suis pas…

— Si.

Il mordilla sa peau avec les dents et elle émit un tout petit son, à moitié protestation, à moitié supplication pour en avoir plus.

— Mon amour, je suis sincère. Vous êtes, Mlle Granger, la femme la plus intéressante que j'ai jamais rencontrée. Vous apparaissez dans mon lit, vous essayez de me tuer, vous vous révélez être une mage noire de talent même si, hélas, vous êtes aussi une femme qui se réfugie dans l'illusion qu'elle fait partie des gens vertueux. Vous êtes intelligente, charmante et votre peau a le goût de la cannelle et du pouvoir.

Il fit courir sa langue sur la zone qu'il avait mordue.

— Et il y a très peu de choses que j'aime plus que le pouvoir.

Il laissa tomber le reste des feuilles qu'il avait cueillies et, alors même qu'il enroulait ses bras autour d'elle et pressait ses lèvres contre sa peau, il invoqua le sort pour les changer en oiseaux et une nuée arc-en-ciel se dispersa entre les arbres.

— Ils ne sont pas réels, dit-elle, les yeux sur les oiseaux.

— Non, admit-il. Ils s'estomperont bientôt pour redevenir feuilles. Créer véritablement la vie relève d'une magie qui dépasse quelque peu la mienne.

— Je suis heureuse que vous pensiez que quelque chose vous dépasse, marmonna Hermione.

Elle se tenait là, dans son étreinte, frissonnante, mais elle n'essayait pas de se dégager et il rit doucement à son ton acide.

— Suis-je pardonné pour avoir puni un homme qui vous avait fait du mal ? demanda Tom.

Vus de loin, ils ressemblaient à n'importe quel couple heureux. Il garda ses bras autour d'elle et elle inclina la tête en arrière pour qu'elle repose contre lui.

— Ou bien prévoyez-vous de continuer à vous complaire inutilement dans votre sentiment de culpabilité pour avoir tué un homme qui vous aurait fait la même chose, probablement après vous avoir violée pendant des heures, si je lui avais dit que vous n'étiez plus sous ma protection et qu'il pouvait faire comme il lui plairait ?

Hermione se retourna à ces mots et essaya de lui jeter un regard noir mais il se contenta de lui sourire.

— Il aimait casser ses jouets, dit doucement Tom. Abraxas est trop raffiné pour les rapines, tout comme moi, mais Dolohov a toujours apprécié cela. Il aimait faire en sorte que ses victimes supplient qu'on leur fasse mal, supplique à laquelle il accédait toujours.

Hermione ferma les yeux.

— Êtes-vous finalement heureuse qu'il soit mort ? Je pourrais continuer. Je pourrais vous raconter combien il a eu du mal à apprendre…

— Arrêtez, siffla-t-elle. Ça suffit.

— Comme il vous plaira. Rappelez-vous, cependant, que je ne permettrai pas que qui que ce soit vous fasse du mal.

— Je n'ai pas besoin de votre protection, répliqua-t-elle, les yeux toujours fermés.

Il émit un bruit moqueur et elle ajouta :

— Je ne veux pas de votre protection.

— Dois-je vous rappeler que vous êtes à la dérive à travers le temps ? Sans aide, sans amis.

Il mit un doigt sur son menton et le souleva afin de pouvoir déposer une série de baisers doux et taquins au coin de sa bouche.

— Quelle chance vous avez que je vous trouve si intéressante.

— Quelle chance vous avez que je ne vous tranche pas la gorge dans votre sommeil, grommela-t-elle. Ma promesse de ne pas vous faire de mal est finie.

— En effet, murmura-t-il contre sa peau. Je m'efforcerai de rester trop fascinant pour être tué sur le champ en même temps que je continuerai à vous préserver de tout danger.

— Votre politique de suprématie sang-pur ne me préservera pas de tout danger.

— Bravo, dit-il, sa langue traçant les contours de la bouche d'Hermione. Bien joué. Vous prenez le pouvoir que je vous donne et vous l'utilisez avec une grande dextérité. Oui, Mlle Granger, je vais devoir mettre en place un futur où votre statut de sang n'aura pour conséquence ni torture ni condamnation, n'est-ce pas ?

Elle fit un pas en arrière et il la relâcha, les yeux brillant de curiosité et de quelque chose en plus quand elle sortit sa baguette et la pointa presque sur lui puis, comme si elle se rappelait son injonction précédente, légèrement sur sa gauche. Elle chuchota le sortilège avis et une nuée d'oiseaux jaillirent du bout de sa baguette avec un bang qui fit sursauter ceux créés antérieurement par Tom. La conjuration d'Hermione rejoignit ses camarades plus colorés dans un arbre proche après avoir volé quelques minutes en cercles désordonnés pendant que les deux magiciens les observaient en silence.

— Je pourrais vous montrer comment faire cela sans baguette, offrit Tom.

— Une fois, j'ai lancé ce sort et je leur ai ordonné d'attaquer quelqu'un, murmura-t-elle. Peut-être que vous avez raison. À propos de moi, je veux dire.

— Qu'avait-il fait ? demanda Tom en prenant une autre feuille sur un arbre. Même sortilège, expliqua-t-il, mais au lieu de canaliser votre pouvoir à travers votre baguette, faites comme si la feuille était votre baguette.

— Il a embrassé sa petite-amie plutôt que moi, répondit Hermione en prenant la feuille tout en évitant de croiser son regard.

— Ce n'était pas pour sauver le monde ?

Sa taquinerie avait un ton affectueux et elle lui tourna le dos pour se concentrer sur la feuille dans sa main.

— N'essayez pas de le faire silencieusement dès la première fois, lui conseilla Tom. Ce sera trop dur de faire passer…

Mais elle le fit. L'oiseau avait la même couleur que la feuille au lieu des nuances de pierres précieuses arborées par les créations de Tom et l'oiseau-feuille battait des ailes de façon irrégulière au lieu de voler fluidement, mais il voleta tout de même jusqu'à une branche d'arbre et s'y percha, gazouillant et confus. Excitée par son succès, Hermione alla pour s'emparer d'une autre feuille sur un arbre mais Tom en avait déjà une prête qu'il lui glissa dans la main. Son deuxième oiseau vola avec plus d'assurance. Son troisième était d'un vert fluorescent.

Elle se tourna vers Tom qui lui sourit avec un plaisir sincère.

— Un enchantement pour réjouir l'âme, dit-il. La magie sous sa forme la plus élégante.

— Pour ce qu'il vous reste d'âme, le fustigea-t-elle, mais elle ne put tout à fait garder le contrôle sur le sourire qui menaçait d'apparaître sur ses lèvres devant le spectacle des oiseaux qui s'appelaient les uns les autres dans les arbres.

— Je l'ai toujours entièrement, répliqua Tom. Seulement en plusieurs endroits.

— C'était important d'être du bon côté.

Ses mots étaient brusques et abrupts et l'un des oiseaux s'envola de sa branche, poussant un cri de récrimination pour la façon dont elle l'avait surpris.

— Votre côté voulait que je meure, voulait que mes amis meurent. Vous étiez un monstre – au sens littéral – et complètement fou. Délirant.

Tom ne fit pas de remarque sur son brusque changement de sujet, il se contenta d'acquiescer alors qu'il observait son visage.

— Vous n'aviez qu'un seul côté possible, convint-il. Rien d'autre n'aurait eu de sens.

— Mon côté n'était pas… la magie noire n'était pas autorisée. S'essayer à quoi que ce soit de sombre était… il n'y avait pas de gradations. C'était…

— Ils étaient fanatiques ? demanda-t-il, continuant à l'observer.

Vous étiez fanatiques, contra-t-elle.

Il acquiesça à nouveau puis il attrapa une brindille perdue qu'il transforma en un bégonia qui aurait pu gagner le premier prix à n'importe quel concours floral. Il le lui tendit et, déconcertée, elle le prit.

— Comme l'ennuyeux mais puissant Orion Black ? demanda-t-il.

— Mélangé avec la violence de Dolohov. Suprématie sang-pur, brutalité, violence. La magie noire, c'était ça.

— Vous pouvez être vous-même avec moi.

Ces mots simples et sereins flottèrent dans l'air autour d'eux. Comme elle ne répondait pas, il ajouta :

— Rien n'est complètement sombre, Hermione. C'est l'intention qui rend la magie noire ou blanche.

— Les horcruxes, répliqua-t-elle, laissant tomber le mot comme une pierre dans la mare.

Il ouvrit la bouche, la referma, et quand il l'ouvrit à nouveau ce fut pour laisser échapper un rire.

— Vous avez gagné, admit-il. Les horcruxes.

Elle lui tendit la main et, quand il la prit, elle laissa ses doigts s'entrelacer avec les siens.

— Je suis toujours fâchée contre vous, dit-elle.

— Ce n'était pas un homme agréable. Et son hygiène personnelle était, à certaines occasions, inacceptable.

Il la tira par la main pour la rapprocher et elle le laissa faire jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que la largeur d'une main et une fleur écrasée entre eux.

— Je vois que je vais devoir purger mes rangs et m'assurer que seules les personnes qui sauront s'adapter à vous restent.

— Encore plus de meurtres.

— Ce ne sont pas…

— … des hommes agréables.

Elle hésita.

— Pas Abraxas.

— Non, convint-il. Il serait impensable d'abattre votre cousin.

Il effleura son front des lèvres.

— Cela lui fera plaisir d'apprendre qu'il a une alliée en vous, ajouta-t-il.

— Eh bien, dit-elle en appuyant le front qu'il avait embrassé contre lui, il fait partie de la famille.

Tom passa ses doigts dans les boucles d'Hermione.

— Je suppose que oui. En plus, il a cette charmante maison.

Hermione rit légèrement à cela puis demanda, presque timidement :

— Pourriez-vous m'apprendre à transformer des pierres en perles sans baguette ?

— Mon amour, répondit Tom, je vous apprendrai tout ce que vous désirez.