Chapitre 6

Pendant près d'un mois personne n'avait entendu un mot sortir de la bouche de Tom Jedusor autrement que pour se moquer ou pour répondre par dépit à l'un des adultes. Et pour cause depuis deux mois aucune pensée joyeuse ne s'était invitée dans l'esprit du jeune garçon, car depuis deux mois il était seul.

Les trois premières semaines, il avait été plongé dans le déni, cherchant par tous les moyens à comprendre comment c'était possible et pourquoi Hermione ne lui avait pas dit qu'elle partait au déjeuner. La seule explication qu'il s'était autorisé à croire était qu'elle même n'était pas au courant, après tout il avait réussi à apprendre que c'était le couple aux airs aristocratiques qui l'avaient recueillit et il les avait trouvé bizarres dès le début.

Tom avait arrêté de crier sur le directeur, Margaret et Georges après avoir passé quasiment cinq jours dans une pièce au dernier étage sans pouvoir ni boire ni mangé. Le tout après avoir été exposé aux coups du surveillant qui n'avaient jusque-là été si rudes. À la sorti de sa prison improvisée, il avait été traîné de force à l'église la plus proche où il avait été "purifier" par un prêtre. Le passage à l'église avait été justifié par les actes -paranormaux- qui avaient eu lieu en parallèle aux menaces et cris proliférer à l'encontre des adultes.

Après le départ d'Hermione, Tom n'arrivait plus à contenir ni sa colère, ni ses pouvoirs qui s'étaient manifestés plusieurs fois. Si le directeur avait pu ignorer les fenêtres qui explosaient ou encore les horribles migraines qui le foudroyait dès qu'il levait la main sur le garçon, il n'avait pas pu ignorer ses yeux. Tom était venu le voir une énième fois pour connaitre la nouvelle adresse d'Hermione avec la ferme intention d'aller la voir. Le ton était encore une fois monté et après avoir gifler l'enfant , le directeur avait été horrifié de voir ses iris d'habitude noires le fixer avec une hargne sans nom et virer à un rouge sang. Cette vision venue des enfers n'avait durer que quelques secondes, peut-être même que l'homme avait halluciner, mais ça avait été suffisant pour appeler Georges et le priver de tout pendant ces cinq jours.

Cette purification avait consisté en une expiation de ses fautes -par une méthode de plus en plus désapprouvée par l'Eglise- puis d'un rappel du baptême. Qui avait d'ailleurs manqué de le tuer après avoir eu la tête maintenue sous l'eau pendant de longues secondes. Sur le retour de l'église, dans le froid typique d'un mois de septembre à la tombée de la nuit, Tom -les habits mouillés et commençant à geler- s'était fait la promesse de ne plus crier ni de pleurer. Crier revenait à montrer que ce qu'on lui faisait subir l'atteignait, physiquement ou mentalement. Et pleurer n'était pas une option, il n'était pas faible.

Après une marche qui lui avait semblé interminable, Tom et son accompagnateur, le directeur, arrivèrent enfin devant les grilles de l'orphelinat. Sans un regard pour l'adulte, l'enfant se dépêcha d'entrer et de monter les marches jusqu'à son dortoir. D'après l'horloge le diner avait fini trente minutes plus tôt, tant pis, Tom n'était plus à un jour près.

Une fois la porte de son dortoir poussée, les autres garçons le regardèrent presque surpris qu'il soit de retour, avant de loucher sur ses vêtements dégoulinants. L'enfant ne daigna même pas les envoyer sur les roses pour l'avoir dévisagé de cette façon, se contentant de les regarder méchamment et de traverser la pièce pour atteindre son coin du dortoir.

La pudeur n'était pas dans le vocabulaires des orphelins et ce fut sans aucune gêne que Tom se mit en pyjama après avoir essayer tant bien que mal de se sécher avec un des restes de tissu qu'il gardait au cas où dans ses affaires. Il mit ses habits à sécher sur le rebord de son lit puis s'enroula autour d'une fine couverture, à la recherche de chaleur.

Le mois d'avril était arrivé beaucoup trop vite pour le jeune sorcier qui n'avait pas du tout hâte à la semaine de vacances annuelle qu'organisait l'orphelinat. C'était la seule fois de l'année où les enfants pouvaient quitter Londres pour aller sur les côtes sauvages de Grande-Bretagne. Cette semaine était juste un prétexte pour dire que cet établissement était une chance pour les enfants, la vérité était tout autre. En réalité ils étaient hébergés dans un ancien internat quasiment à l'abandon et qui ne coûtait donc rien à l'administration. Quant au transport, le train était gracieusement payé par la municipalité londonienne.

Le pire était que pour la première fois, Tom y allait seul. Depuis maintenant presque un an il était sans personne. Car elle l'avait abandonné. Au cours de cette année Tom était devenu plus sombre que jamais, le seul point positif -enfin pour lui- était qu'il commençait à contrôler son don. Il ne comprenait toujours pas pourquoi il était spécial, mais au moins il arrivait à se servir de cette force sans être submergé par ses émotions.

Maintenant que Hermione n'était plus là, son caractère s'était noirci. Avant l'innocence de la petit fille l'aidait à se contrôler, sans que l'un des deux ne s'en rendent compte, elle le canalisait. Sans ce catalyseur Tom n'aspirait qu'à être le meilleur, le plus fort. À dix ans il se rendait déjà compte qu'il pouvait manipuler les autres, leur faire du mal.

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Les enfants montèrent dans le train surexcités, ils allaient en fin quitter les murs gris de Londres pour une semaine. Pour l'occasion, trois femmes en plus de Georges les accompagnèrent, Margaret étant restée à l'orphelinat pour s'occuper des enfants les plus jeunes.

En tout une trentaine d'enfants étaient donc entrain de s'entasser dans les wagons numéros six et sept pour se préparer aux cinq heures de trajet. Pour s'occuper ils avaient pris quelques jeux de cartes, cornés par les années, et des dés. Encore une fois, seul un garçon brun ne se mêlait pas aux autres, et avait même l'air exaspéré par leurs cris.

Tom s'était placé à l'arrière de l'un des wagons contre la vitre, regardant le paysage verdâtre défiler. Il avait même réussit à voler un livre sur l'une des étagères d'une salle de classe et profitait de le lire pendant que personne ne faisait attention à lui. Les livres étaient une denrée assez cher et même si tous les enfants n'en avait rien à faire, les instructeurs se faisait un plaisir de refuser de les prêter à Tom. Le seul qui s'y intéressait. Ces derniers le trouvait trop arrogant et presque trop intelligent que s'en était forcément suspect.

Le livre n'était pas si intéressant, si le sorcier avait bonne mémoire -ce dont il était certain en réalité- son professeur d'histoire avait dit qu'il était épistolaire, ou quelque chose comme ça. Il était donc rempli uniquement de lettres échangées entre certains dirigeants de l'armée britannique lors de la guerre qui avait sévi une vingtaine d'années plus tôt. La Grande Guerre comme les journaux aimait encore l'appeler.

Tom s'était montré très intéressé par les cours qui avaient traité de cette guerre, toutes les puissances militaires qui s'étaient alliées pour obtenir encore plus de pouvoir ? Très révélateur. Néanmoins, 18 ans plus tard rien n'avait changé, si l'Angleterre s'était retrouvée du côté des vainqueurs cette fois là, un autre conflit mondiale allait forcément arriver de nouveau. Tom l'avait remarqué, il avait commencer l'école cinq ans auparavant et la majorité des cours d'histoires traitaient des guerres. Peut importe l'époque, où les peuples dont il était question, le résultat était le même.

De temps en temps à l'orphelinat, Tom arrivait à lire quelques articles de journaux, quand un adulte les laissaient trainer sur les tables. Le mois dernier, il était tombé sur un article en particulier qui disait qu'une partie des forces allemandes s'étaient réarmées, malgré le pacte d'après-guerre. Cet événement avait démontré à Tom que les adultes étaient stupides, même le nouveau roi d'Angleterre. Faire tant de sacrifices pour ensuite laisser ses ennemis vivre leur vie comme si rien ne s'était passé ?

Quand on avait le contrôle sur quelqu'un, il ne fallait jamais le lâcher, toujours faire peur aux plus faibles que soi et ne surtout jamais leur laisser croire qu'ils pouvaient être libres de leur décisions. Et ça, le jeune garçon l'avait découvert à l'orphelinat, certains enfants avaient besoin de rappels réguliers sur le fait qu'il ne fallait pas l'embêter. Jamais.

De toute façon, plus personne ne lui parlait maintenant, il était trop bizarre. Le seul qui continuait parfois à se moquer de Tom était Will, le garçon qui avait agressé Hermione plus d'un an et demi plus tôt. Ils se détestaient cordialement, cherchant toujours quelle chose pour nuire à l'autre.

Tom avait du mal à l'admettre mais d'un côté, heureusement que Will était là, car même s'il haïssait, il le sortait de la monotonie de l'orphelinat. Leur vengeance mutuelle pouvait se manifester par des attaques enfantines, amusantes, comme de la terre et des insectes dans le lit de l'autre. Sachant que les draps n'étaient lavés qu'une fois par mois sans exception, cela était quand même désagréable. Il restait toujours des petits grains de terre qui grattaient et ne partaient pas en frottant, malgré tout ce n'était pas dangereux.

Jusqu'à la semaine qui avait précédé le voyage, la vendetta était restée entre les deux garçons. Même si tous les enfants et adultes savaient qu'ils se faisaient des coups bas, personne ne s'en était jamais mêlé.

Mais quelques jours avant le départ, Will était allé trop loin, il avait ajouté le directeur à leurs histoires.

Tom avait trouvé, quelques mois auparavant une façon de sortir de l'orphelinat et d'aller dans Londres la nuit. Il lui suffisait juste de sortir de sa chambre sans réveiller les autres et d'ouvrir la deuxième fenêtre du couloir. La première fois il avait été étonné que la fenêtre s'ouvre sans trop de résistance, mais il soupçonnait son don d'y être pour quelque chose. Il ne savait pas exactement comment cet particularité marchait et si elle avait une limite mais en attendant elle était bien là.

Une fois la fenêtre ouverte, il avait découvert qu'elle donnait juste au dessus de la porte d'entrée. Il pouvait donc sauter sur la marquise qui abritait le seuil de la porte puis s'accrocher aux rebords de l'une des fenêtres du rez-de-chaussée. Le plus compliqué était de remonter, la première fois il avait failli glisser en s'agrippant à la fenêtre du deuxième étage. Et faire une chute de quasiment 6 mètres de haut était loin d'être une perspective réjouissante.

Depuis plusieurs mois donc, il sortait régulièrement la nuit pour explorer la ville, lui donnant l'impression d'être libre quelques heures. Loin, très loin des autres enfants et du directeur qui prenait un malin plaisir à le punir pour tout et pour rien. Le jeune Tom avait découvert un monde fascinant, Londres était un lieu où débordait les excès et la luxure, aucune guerre ne ternissant le paysage à ce moment-là. Du haut de ses dix ans il s'était plusieurs fois retrouvé dans des situations qui auraient pu dégénérer mais c'était ce qui l'amusait.

Il était passé plusieurs fois dans les quartiers chics de la ville mais avait vite arrêté en voyant très vite que ces personnes et lui n'avait n'auraient jamais la même vie. Il en était même venu à se dire que c'était à cause de son don si sa mère s'était débarrassée de lui, elle devait forcément le savoir alors même qu'il était encore dans son ventre. Peut être que sans ça Tom aurait eu une famille, une éducation valable et peut être même vécu dans la richesse.

Comment souvent Tom était parti se balader quelques heures, profitant de la solitude avant de devoir partir une semaine pour ces foutues vacances. Mais il n'avait pas été aussi discret que d'habitude, peut-être que Will avait entendu la porte du dortoir s'ouvrir quand il l'avait quitté, ou peut-être même qu'il avait entendu Tom ouvrir la fenêtre pour pouvoir revenir dans l'établissement. Quoi qu'il en soit, Will l'attendait de pied ferme en plein milieu de la nuit. Avec le directeur. Tom avait su qu'il allait souffrir dès qu'il avait vu la silhouette de l'homme.

Sur le coup il avait presque pensé qu'il serait exempté de la ballade à la campagne, ce qui aurait pu atténuer son malheur. Mais même pas. Il avait juste subit les mêmes punitions que d'habitude, des coups et privation de nourriture. Ça en devenait presque lassant, ne se rendaient-ils pas compte que l'enfant n'en avait rien à faire ? Pire, Tom voulait les défier, leur montrer que rien de ce qu'ils pourraient lui ne l'atteindrait. Jamais.

Mais le garçon devait reconnaitre que le directeur n'y était pas allé de main morte, plusieurs jours après il avait encore les muscles endoloris et des contusions s'étaient formées à plusieurs endroits sur son petit corps. Seul son visage était intact, comme d'habitude, ils ne touchaient jamais les visages des orphelins. Ce n'était plus vendeur sinon, qui voudrait d'un enfant défiguré ?

Tom avait donc une semaine pour se venger de Will, un sourire sadique étira ses lèvres en pensant à toutes les possibilités qui s'offraient à lui. L'internat de Castleton avait la particularité d'être très grand, et de ne pas avoir de dortoir comme l'orphelinat de Londres. Les chambres étaient individuels ou doubles pour ceux qui le désirait, évidement non mixes. Le sorcier se rappelait que Hermione avait harcelée Margaret sans succès pendant plusieurs semaines pour pouvoir passer la semaine avec Tom. Cette année, et comme toutes les autres, Tom et Will seraient donc seuls, ce qui rendait les perspectives de vengeances bien plus intéressantes.

Des rumeurs sur l'ancienne internat faisaient parties des histoires qui circulaient à l'orphelinat de générations en générations. Toutes s'accordaient plus ou moins à dire que c'était un établissement pour les personnes folles, apparement utilisé pour les femmes arrêtées deux siècles plus tôt lors des chasses aux sorcières qui avaient secoué toute l'Europe.

Ce lieu avait donc toujours intrigué le jeune Jedusor, ne pouvant s'empêcher de faire un rapport entre les soit disant actes surnaturels dont étaient capables ces femmes et lui. Et peut être se faisait-il des idées, mais il avait la nette impression que son don se manifestait plus facilement quand il était à Castleton.

Le reste du trajet avait été remarquablement pénible, au bout de trois heures, une des accompagnatrice -Agnès- s'était sentie obligée de venir le voir. Ayant visiblement pitié de le voir tout seul dans un coin alors que les autres enfants jouaient. Comme si Tom avait besoin de compagnie. Il avait fait l'effort de répondre aimablement à la femme qui lui posait des questions, un sourire niais plaqué sur le visage. Tom se trouvait particulièrement hypocrite quand il souriait, mais il avait très vite remarqué qu'on ne lui refusait rien quand il le faisait. Sauf Georges et M. Evans bien sûr.

Après ce qui lui semblait être une bonne demie-heure, la jeune femme semblait considérer qu'elle avait fait sa bonne action de la journée et retourna avec le groupe. Tom pu reprendre sa lecture tranquillement en essayant d'occulter les cris d'animaux que poussaient ses camarades quand les dés tombaient sur un six ou que quelqu'un posait un as. Même en ayant grandit dans un orphelinat, le sorcier se fit la réflexion qu'ils manquaient vraiment de savoir-vivre. Alors que la plupart des enfants de ce groupe étaient pourtant les plus âgés de l'orphelinat. Pensaient-ils aux autres passagers qui essayaient de se détendre ? Tom était sûr qu'on les entendait dans tous les wagons voisins.

Non pas qu'il ait réellement quelque chose à faire du trajet des autres passagers, mais les apparences étaient importantes et il ne voulait pas être associé aux espèces de singes qui l'accompagnaient.

Le groupe s'arrêta à la petite gare de Castleton qui n'était rien d'autre qu'un abri avec des affiches défraîchies -datant sûrement d'il y a quelques années. Le village était vieux d'au moins plusieurs siècles, tenant son nom d'un petit château médiéval qui était lui aussi depuis longtemps abandonné. La population total devait s'élever à un petit millier et la moyenne d'âge était élevée. Toutes les personnes en âge de quitter leur famille partaient à la capitale dans l'espoir de trouver du travail et d'échapper à l'horrible météo des côtes anglaises.

Ils étaient pourtant en plein milieu du printemps mais le vent glacial soufflait comme un mois de janvier. Le groupe commença donc à marcher en direction de leur hébergement qui était à l'écart du bourg. L'internat Castleton était immense, surtout d'après Tom et ses yeux d'enfant qui étaient habitués aux appartements minuscules de Londres où les familles s'entassaient. Au contraire ici, ça ressemblait presque aux immenses bâtisses des plus riches de sa ville.

Les chambres se trouvaient à proximité d'une chapelle, construite à l'intérieur même du bâtiment aux allures de château. Pâques ayant lieu lors de cette semaines, les enfants auraient le droit à la traditionnelle messe avec le prêtre du village.

Le soir tombait déjà à grande vitesse, les enfants et accompagnateurs se rassemblèrent directement dans la salle servant de cantine lorsque quelqu'un occupait la bâtisse. Tom resta sur le bord de l'une des grandes tables en bois, toujours à l'écart du groupe. Il avait vu que Agnès avait tenté de revenir le voir mais elle avait été arrêter par le concierge - Georges. Le garçon n'avait pas besoin d'être devin pour savoir que le surveillant était entrain de lui faire part de ses exploits, comme quoi Tom était un garçon bizarre et un futur sociopathe.

Ça ne faisait pas forcément plaisir à Tom d'être dépeint de cette façon, il se serait plutôt décrit comme quelqu'un de manipulateur, qui ferait tout pour arriver à ses fins et qui ne jugeait pas nécessaire de s'entourer de personnes qu'il jugeait stupides. Le point positif était que la jeune femme arrêterait peut-être de le regarder avec pitié et d'essayer de l'intégrer au groupe. Tom devrait avoir la paix pour la semaine.

Il devait juste faire attention de ne pas attirer l'attention avec Will. Ou au moins se débrouiller pour qu'il ne soit pas inculpable, il savait très bien que Georges allait forcément le déclarer coupable si quelque chose arrivait. Tom devait juste se montrer plus intelligent.

Tom quitta la salle dès qu'il en eut l'occasion pour aller dans ce qui serait sa chambre pour la semaine. Le tout était sommaire, une armoire, un bureau en vieux bois et un lit qui grinçait. Mais c'était déjà bien plus que ce à quoi il avait été habitué toute sa vie. Il déposa son sac en toile dans l'armoire et se mit directement sous la couverture qui était bien trop fine pour le climat de ce pays. Tom ne dormit pas beaucoup cette nuit là, il s'était réveillé plusieurs fois à cause du bruit de vent contre les vieux volets et de la fraicheur de la pièce.

Le lendemain, les enfants purent aller jouer autour de l'internat qui se trouvait sur des falaises. Les accompagnateurs restaient à une certaine distance du bord tout en interdisant aux enfant de les dépasser, ne voulant pas d'accident. La plupart de garçons étaient entrain de se faire des passes avec une balle tandis que les filles les regardaient ou jouaient au loup. Encore une fois le jeune sorcier restait à l'écart, il s'était assis le dos contre le mur d'enceinte et observait de loin le reste du groupe.

Avec un bâton, Tom traçait négligemment des symboles dans la terre. Il ne savait pas vraiment à quoi ils correspondaient mais les dessins s'imposaient d'eux-mêmes dans son esprit. Cela faisait quelques temps que le garçon avait arrêté d'essayer de tout comprendre à ce qui se tramait dans sa tête, préférant se concentrer sur les autres. Il apprenait beaucoup en observant, et aujourd'hui sa cible de prédilection était Will, qui était l'un des capitaines de la partie de foot qui était entrain de se dérouler.

S'il arrivait à Tom de manipuler quelques personnes pour arriver à ses fins, et surtout dissimuler certaines actions aux yeux du directeur, il ne recherchait pas le contact avec les autres. Ils savaient que Tom était plus intelligent qu'eux et le laissait tranquille, et cela lui suffisait amplement. Will en revanche ne supportait pas la solitude, il était toujours entouré d'autres garçons généralement plus jeunes et faibles.

Il attaquait toujours en bande, et selon l'un des livres qu'avait lu Tom, ce comportement montrait une faible estime de soi-même et un manque de confiance en soi. Tom eut un rictus, Will était stupide, encore heureux qu'il ne s'estime pas meilleur que les autres. Il méritait de servir des gens plus puissants que lui, et encore ce serait déjà un honneur.

Au début d'après-midi un événement qui intéressa Tom survint, le groupe de garçon s'étaient lassés de taper dans une balle et étaient partit en reconnaissance des alentours. Alors que les plus grands s'avançaient dans des herbes hautes un cri strident retentit suivit de nombreux rires.

À plusieurs dizaines de mètres à la ronde, toutes les personnes présentes, dont les organisatrices, avaient arrêté de parler pour se tourner vers la source du bruit. Contre toute attente, c'était Will qui avait crier, il avait visiblement eu peur de quelque chose qui se cachait dans les herbes. Les rires qui avaient suivit étaient ceux des autres garçons qui semblaient se moquer de lui, Tom était frustré de ne pas savoir ce dont il était question.

Il n'avait appris que plus tard au dîner que Will avait eu une peur bleue d'une petite couleuvre qui était passée entre ses jambes. Tom avait toujours admiré les reptiles mais n'avait jamais eu l'occasion de pouvoir en observer un de près. Il fallait dire que les serpents, couleurs ou vipère n'étaient pas chose courante dans Londres, ils préféraient les grands espaces, la liberté.

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Le lendemain, pendant que les enfants jouaient vers les falaises, Tom se dirigea vers l'endroit où le reptile avait été aperçu. Il le faisait sans vraie raison, à la fois pour satisfaire sa propre curiosité et par défi. Qui sait peut-être qu'avec un peu de chance il pourrait le retrouver et l'attraper ? Cela ferait un beau cadeau pour Will… Le jeune garçon longeait de façon nonchalante la limite entre l'herbe fraîchement coupée et celle laissée à l'abandon, son sac en toile dépassant de la poche de son manteau.

« - Où te caches tu donc ? » Chuchota t-il doucement.

Tom ne s'était pas rendu compte mais il n'avait pas parlé la même langue qu'à son habitude, ignorant même qu'il en était capable. En repensant plus tard à cette événement, la seule raison que Tom avait trouvé était que son esprit s'était tellement focalisé sur la recherche de l'animal que le fourchelangue s'était automatiquement imposé dans son esprit. Quoiqu'il en soit le jeune Tom Jedusor avait sursauté quand une voix sifflante lui avait répondu.

« - Qui es-tu petit humain ? »

L'animal venait d'apparaître à la lisière de l'herbe, proche des pieds du sorcier qui se retînt de ne pas faire un pas en arrière. Au lieu de cela, il s'accroupit pour voir de plus près la couleuvre avant d'avancer sa main en direction de sa tête. Le reptile siffla, lui faisant comprendre d'arrêter immédiatement son geste sous peine de finir avec deux crocs enfoncés dans la main.

« - Tu comprends ma langue ? » S'étonna Tom.

« - C'est toi petit humain qui parle notre langue » Continua-t-il de cette même voix à la fois désagréable et pas si dérangeante que ça.

« - Je ne… » le sorcier s'arrêta en se rendant compte qu'en effet sa manière de parler était différente. « Comment t'appelles tu ? » Décida t'il de demander, dans l'espoir de faire en sorte que l'animal l'apprécie.

« - Je n'ai pas de nom petit humain » Sifflota la couleuvre amusée. « Mais je suis une femelle, et toi qui es-tu ? »

« Je m'appelle Tom, mais dis-moi as-tu souvent l'occasion de parler aux enfants ? »
« Il me semble que non, tu es le premier humain qui m'adresse la parole »

Leur discussion continua quelques minutes, de temps en temps Tom se retournait pour vérifier qu'aucun enfant ou accompagnatrice ne le regardait. Au bout d'un moment quand il sentit que le reptile devenait plus amical, du moins si ce mot pouvait s'appliquer à un animal, Tom posa enfin la question qui l'intéressait vraiment.

« - Ma Nagini » -Qui était le nom que l'enfant avait fini par lui donner- « Par hasard, tu pourrais me rendre un service ? » Il avait attiré l'attention de la couleuvre qui le regardait maintenant fixement. « Tu te rappelles du garçon que tu as effrayé hier ? »
« -Comment ne pas s'en souvenir, j'ai failli finir écrasé. »

« - Que dirais-tu si tu avais l'occasion de te venger ? » Un sourire mauvais se plaqua sur le visage d'ange du brun.

Les deux nouveaux compères s'étaient donc mis d'accord sur un plan, la couleuvre avait pris place dans le sac de l'orphelin et était restée sans son manteau le reste de la journée. Comme il s'y était attendu, personne n'entendit Tom siffler de temps à autre, cela devait encore être une nouvelle facette de son don.

Une fois remontés dans sa chambre, le soir venu, Tom et Nagini ne partirent pas se coucher. Au contraire, ills restèrent éveillés jusqu'à ce que la lune monte le plus haut possible dans le ciel, l'ambiance devenant de plus en plus pesante, le vent soufflant encore plus fort que la veille. Profitant de ce fond sonore, le sorcier prit le reptile sur son épaule et sortit discrètement de sa chambre : tout le monde devait dormir à cette heure-ci. Une fois devant la porte d'une certaine chambre, Tom posa Nagini par terre et ouvrit la porte de quelques centimètres pour la laisser se faufiler à l'intérieur.

Après avoir refermé délicatement la porte, le garçon repartit vers sa propre chambre, un sourire aux lèvres.

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Alors que la cloche servant de réveil était entrain de résonner dans toutes les chambres, un hurlement de douleur se propagea tout autant dans chaque pièce de l'internat Castleton. Tous les orphelins et adultes accoururent vers la source du cri pour finalement arriver devant la chambre de Will O'Connor. Tom s'était également rendu là-bas, mais restait en arrière du groupe qui formait un arc de cercle devant la porte, attendant Georges pour entrer.

La porte s'ouvrit dans un grand fracas, révélant un garçon au visage ensanglanté. Plusieurs morsures, semblable à celle d'un petit serpent, étaient désormais gravées sur les joues de Will.

Tom ne put s'empêcher à ressentir un sentiment peu habituel à la vue de la souffrance de son ennemi. Il était heureux ?


NA : À la semaine prochaine !

Steren