Chapitre 9

La commémoration

De retour à ma chambre, je fermai la porte derrière moi et m'adossai contre celle-ci, la main sur le cœur. Je me laissai glisser contre elle et une fois au sol, j'essayai de me calmer. En portant une main à mon visage, je constatai comment il était brulant et surement incroyablement rouge.

En repensant au presque baiser que j'avais eu avec Jacob, mon corps s'embrasa de désir. Si ça n'avait pas été de sa sœur, nous aurions enfin pu nous embrasser. Ce baiser que j'attendais depuis dimanche. J'en avais tellement envie et j'avais cru penser que lui aussi de par sa façon de me regarder, de me sourire et aussi dû au fait qu'il n'avait pas repoussé ma main quand je l'avais posé sur la sienne.

J'avais osé faire le premier pas pour une fois dans ma vie et voilà comment j'avais été remercié par le ciel… On m'avait déjà embrassé certes, mais j'avais toujours eu peur de me prendre un râteau monumental, en entreprennent quelque chose… mais, pour une raison qui m'échappait totalement, je sentais que les choses étaient différentes avec Jacob… et je ne m'étais pas vraiment trompée. J'avais seulement choisi le mauvais moment, il fallait croire… Bon et sincèrement, la sœur de Jacob aurait pu ne pas passer de commentaire et se taire.

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Plus tôt ce matin, j'avais confirmé ma présence à la commémoration du père de Jacob à Emily. Elle avait été ravie de ma réponse et m'avait indiqué que le code vestimentaire pour cette soirée était un mélange de chic et décontracter, comme la soirée se passait en extérieur, près d'un énorme feu de camp.

De fait, vers 16 heures, je pris soin de revêtir un jeans bleu foncé, un débardeur noir, un cardigan en lainage couleur rouille et des bottillons de cuir noir. C'était à la fois confortable, chaud et légèrement habillé. J'attachai une mèche de chaque côté de mon visage à l'arrière, pour le dégager, et je déposai un peu de mascara noir sur mes cils.

Voilà, j'étais fin prête !

Descendant l'escalier, je trouvai Emily sortant de la salle de bain, vêtue d'un chemisier rouge vin, d'un jeans noir et d'un blouson de cuir brun. Elle était impeccable ! Sam, lui, avait choisi une chemise noire et un pantalon gris. C'était l'une des rares fois que je voyais Sam vêtu de plus qu'un short et un t-shirt.

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Une demi-heure plus tard, je montai dans ma Jeep, pour suivre Sam et Emily chez Rachel Black, la sœur jumelle de Rebecca, et la femme de Paul Lahote.

J'avais décidé de prendre ma voiture, au cas où j'aurais voulu partir sans déranger Emily et Sam.

Étrangement, en m'engageant sur la route, je sentis une sorte de nervosité me prendre aux tripes. Revoir Jacob après ce qui s'était passé cet après-midi me rendait un peu fébrile. Sans dire que je n'avais pas pensé que j'allais devoir rencontrer un paquet de gens ou comment se déroulait ce genre de soirées aux quelle je n'avais jamais assisté. Tout ça s'ajoutait à mon stress !

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Garant la voiture devant la petite maison bleu poudre, à côté d'un tas d'autres voitures et de celle de Sam et d'Emily, je sentis une boule se former dans mon estomac et remonter douloureusement vers ma gorge.

Dans la cour à côté de la maisonnette, je pouvais voir un énorme feu de camp, et, à quelques pas de là, une table avec un cadre posé dessus, surement une photo du père de Jacob. Je remarquai aussi que les gens bavardaient en petits groupes et, visiblement, je ne faisais aucunement tache dans le décor, car tout le monde était à peu près habillé comme moi, chez les filles du moins. Cela amenuisa légèrement mon anxiété, de voir qu'au moins je n'avais pas l'air de la parfaite étrangère.

Puis, ma petite-cousine et son mari sortirent de leur voiture et je fis de même, malgré ma nervosité. Sam passa son bras autour de la taille de sa femme et Emily me dit :

– Ça va, Erin ?

– Oui. Dis-je d'une voix que je voulais assurer.

Sur ce, Sam répondit d'une voix rassurante :

– Alors, allons-y. Si tu n'es pas à l'aise, tu peux rester près de nous, Erin. Ça ne nous dérange, pas du tout.

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Ça faisait déjà quelques minutes que nous étions arrivés et ma petite-cousine et son mari m'avaient déjà présenté à presque tout ce beau monde. Évidemment, je n'avais pas retenu le nom de tous ces gens, il y en avait beaucoup trop, et mon regard ne cessait de se balader à la recherche d'un beau jeune homme… Curieusement, il n'y avait aucune trace de Jacob et j'étais bien trop gênée, compte tenu du moment embarrassant de tout à l'heure, pour demander quoi que ce soit à Emily ou Sam. Je mis donc ce détail de côté et m'attardaient à la conversation qu'avait Paul, Rachel, Emily et Sam. Puis, d'un coup, Rachel, à qui j'avais été présenté un peu plus tôt, pivota dans ma direction et me dit d'une voix désolée :

– J'ai appris pour ce qui s'est passé avec ma sœur tout à l'heure, chez Emily… et je sais que ce n'est pas à moi de m'excuser, mais je sais que c'est un peu ma faute si elle est devenue… aussi méchante. Elle nous en veut beaucoup à Jacob et à moi depuis la mort de notre père et son comportement est des plus déplaisant à notre égard, elle veut nous pourrir la vie, alors… J'espère que tu comprendras et accepteras mes excuses, en notre nom à moi et Jake.

Un peu confuse et, surtout, rougissante de savoir qu'elle avait été mise au courant de la situation, je répondis :

– Euh… D'accord… Merci.

Mal à l'aise, je baissai les yeux et regardai mes bottillons. Ensuite, Rachel s'exclama :

– Bon, excusez-moi, je vais aller voir où en est mon frère. Il était censé arriver, il y a près d'une demi-heure de ça, et il n'est toujours pas là.

Levant les yeux vers elle, je lus une drôle d'expression sur son visage, avant de la voir embrasser son mari sur la joue et partir vers la maison.

Soudain, je constatai quelque chose d'autre, la jumelle de Rachel, Rebecca, celle qui avait gâché notre premier baiser à Jacob et moi, n'était pas là, elle non plus.

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Alors qu'Emily et Sam discutaient avec un homme portant très bien la moustache de l'âge de mon père et une femme originaire de la réserve, dont j'avais déjà oublié les noms, je vis Seth arriver. En remarquant que pour la première fois depuis notre rencontre, ce jeune homme portait autre chose que simplement un short en toile beige, je ne pus qu'être impressionné par son style ! Seth portait une chemise noire déboutonnée légèrement et un jeans. Il avait également coiffé ses cheveux, ce qui le rendait tout de suite très différent. Lorsqu'il me vit, il me gratifia d'un charmant sourire avant de dire quelque chose sur un ton de voix joyeux :

– Hey ! Belle étrangère ! Comment vas-tu ?

– Salut, Seth ! Très bien et toi ?

– Oh ! La forme ! Hey, alors… ta formation pour devenir enseignante, ça te plait ?

Un large sourire ourla mes lèvres quand, soudain, je posai les yeux sur le stationnement pour voir Jacob arriver dans son pick-up noir. Lorsqu'il descendit de sa voiture, je vis à quel point il semblait tendu et un tantinet furieux. D'un pas assuré, je le vis foncer vers la maisonnette bleue et disparaître derrière la porte.

– Ou lala, ça s'est mal fini pour Rebecca… Lâcha Seth en regardant derrière lui, un sourire énigmatique accroché aux lèvres.

– Comment ça ? Demandai-je curieuse.

Seth se retourna vers moi avec un air étrange sur ses traits.

– Euh… Commença Seth devenant mal à l'aise.

– Oui ? Dis-je pour l'encourager à dévoiler ce qu'il savait.

– Je… Euh… Jake s'est franchement disputé avec Rebecca tout à l'heure et il l'a mis à la porte de chez lui. Maintenant que Rebecca sait… certaines choses sur Jacob, il croit qu'elle va essayer de lui pourrir la vie encore plus, parce qu'elle est archi rancunière et elle adore se venger. Rebecca Black a toujours été comme ça, selon Jacob, et leur relation n'a jamais été des plus… facile, à cause de leurs deux caractères forts.

Le tout déballé, j'essayai d'absorber le plus d'information. Seth avait tout débité, mais, laissant des zones d'ombres assez importantes, comme « ces choses que Rebecca savait sur Jacob ».

Visiblement, le retour de Rebecca Black causait bien des soucis à Jacob et, pour ma part, je commençai de moins en moins à apprécier cette Rebecca. Tout à l'heure, lorsqu'elle était venue faire une visite à Emily, j'avais tout de suite eu une sorte d'intuition à propos de cette fille et lorsqu'elle s'était présentée, cette intuition s'était amplifiée. En plus d'avoir semé le trouble dans mon esprit la veille, cette fille dégageait une sorte de négativité et d'arrogance que je n'aimais pas.

– D'accord… J'espère pour lui qu'elle va rentrer chez elle pour bientôt. Dis-je en regardant Seth.

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Quelques minutes plus tard, je vis Jacob sortir de la maison avec un bâton de la parole entre les mains. Le bâton servant à donner la parole à la personne qui le tenait en main était peint en rouge, jaune et bleu. À son bout, il y avait accroché plusieurs plumes. Je savais ce qu'était un bâton de la parole, car, plus jeunes, mes parents en utilisaient un pour régler des conflits entre moi et mes frères ou pour de petits conseils de famille.

Bref, en voyant Jacob approcher avec son bout de bois coloré, les gens commencèrent à s'attrouper autour du feu. Soudain, Emily s'écarta de Sam pour venir à ma rencontre, car, en discutant, Seth et moi étions partis du groupe.

– Ça va être le moment de dire quelques mots au sujet de Billy, mais comme tu ne le connais pas, tu n'auras qu'à me passer le bâton et personne de sera offusqué.

– D'accord. Dis-je en m'insérant dans le cercle, entre Seth et Emily.

Puis, je me mis malgré moi à fixer Jacob qui visiblement s'était changé lui aussi depuis tout à l'heure, quoique je l'eus trouvé très beau avec sa chemise bleue et son jeans noir, il portait à présent une chemise couleur olive sur un chandail gris et un jeans bleu. En faisant le tour des invités du regard, ses magnifiques yeux marron finirent par tomber sur moi et en me voyant il eut l'air terriblement surpris. Je lui fis un sourire timide et il me répondit en souriant lui aussi de manière plus franche et plus assurée. Par après, je me mis à rosir et baissai les yeux.

Une fois que Rachel fut incluse au cercle, se postant au côté de son frère, Jacob prit la parole et dit d'une voix douce et remplie d'émotions :

– Merci à tous d'être venu… Aujourd'hui… Ça fait exactement un an que Billy nous a quittés. Un an, qu'il est parti et qu'il a rejoint le monde des esprits pour veiller sur nous. Mon père était quelqu'un de génial, un père extraordinaire, qui malgré qu'il devait élever trois enfants seuls, il a fait un boulot incroyable. Sans lui, je ne serais surement pas ce que je suis aujourd'hui… Aujourd'hui… Son absence… Son absence à créer un vide dans ma vie, un grand vide… et je suis sûr qu'il manque à chacun d'entre vous, également… parce que mon père a su marquer les mémoires… C'était un homme au grand cœur, toujours là, pour ses amis et sa famille. C'était un homme aux sages paroles. Un homme sur qui on pouvait toujours compter. Cet homme… C'était mon père.

Lorsque Jacob passa le bâton à sa sœur, je le vis avaler sa salive avec difficulté et surtout retenir ses larmes. Jacob jouait les durs devant les autres, mais il avait le droit de pleurer aujourd'hui… C'était un jour triste pour lui. Perdre un parent, ça devait être une épreuve immensément difficile.

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Chacun prononça quelques mots en l'honneur du défunt, que j'écoutai attentivement, même si… J'avais Jacob dans ma mire. Je remarquai qu'il semblait essayer de refouler ses émotions, en se concentrant sur celui ou celle qui avait la parole, et lorsque ce fut finalement, mon tour, Jacob me fit un petit sourire en coin. Il savait que je n'avais rien à dire, mais je décidai de le surprendre. En écoutant les discours des gens, j'avais pu me faire une tête sur cet homme malheureusement décédé trop tôt et je voulais faire savoir à cette communauté qui m'avait gentiment accepté à bras ouvert que je les avais entendus.

– Bonjour. Je… Je ne connaissais pas Billy Black, mais en venant ici aujourd'hui… Je suis déçu de ne pas avoir eu cette chance. Tous, vous avez peint une très belle image de cet homme dans mon esprit et je souhaitais, simplement, vous dire que… Je suis certaine que… cet homme est très reconnaissant que vous le gardiez aussi vivant par vos souvenirs et vos bonnes paroles. Merci.

En passant le bâton à Emily, je sentis un poids s'enlever de mes épaules. En ouvrant la bouche, j'avais ressenti une telle nervosité, mais les mots qui étaient qui en était sorti avaient été une sorte de « vomis du cœur » comme je l'appelais. C'était des phrases que mon cerveau avait eu à peine le temps de filtré, tant cela venait du cœur.

Puis, lorsqu'Emily commença son discours, je me tournai vers Jacob, qui me regardait avec intensité. Il semblait étonné, mais reconnaissant. Il hocha la tête et me sourit. Mon cœur s'emballa instantanément dans ma poitrine et je ne pus me retenir de lui sourire niaisement en détournant le regard pour me concentrer sur ma petite-cousine qui donnait déjà le bâton à Sam.

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Quand le bâton revint à Jacob, celui-ci remercia tout le monde, à nouveau et invita les gens à aller profiter de la bonne cuisine de sa sœur et des rafraîchissements qui se trouvait à l'intérieur de la maison.

Il était temps, parce que mon estomac commençait à gronder furieusement.

N'y tenant plus, lorsque tout le monde commença à se disperser, je marchai en direction de Jacob. En marchant, je sentis mon rythme cardiaque s'accélérer, sous le coup de la nervosité. Lorsqu'il me vit arriver dans sa direction, il me parut légèrement érubescent, ce qui provoqua en moi une certaine exaltation.

En arrivant près de lui, je le saluai, en rougissant, et il me répondit :

– Salut, Erin.

Un court silence nous enveloppa, mais il le brisa pour ajouter :

– Je voulais te dire… J'ai beaucoup aimé ton petit discours tout à l'heure.

– Merci. Ajoutai-je pour toute réponse.

Puis, je le vis regarder derrière lui, vers la maison, et il me lança :

– Tu as faim ? Tu veux qu'on aille se chercher un truc ?

– Avec joie ! Je meurs de faim !

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En retournant à l'extérieur, notre assiette bien remplie en main, Jacob m'invita à le suivre près du feu. Nous nous assîmes à même le sol et je commençai à picorer quelques crudités tout en me tournant vers Jacob pour lui dire :

– Je ne t'ai jamais demandé, mais… quel âge as-tu ?

-22, mais je fais plus vieux, non ? lâcha-t-il en rigolant.

Prenant un air désinvolte, je répondis en rougissant :

– Un peu, oui…

Mais au fond de moi, j'étais contente qu'il ne soit pas vraiment plus vieux que moi. Il paraissait, cependant, avoir un peu plus que son âge. Je lui aurais donné dans les 25 années ou peut-être un peu plus. Puis, je continuai, en lui demandant :

– Et… qu'est-ce que tu fais, au juste, dans la vie, comme boulot, je parle ?

Terminant sa bouchée de salade de pâtes, qu'il venait de prendre, Jacob finit par me dire :

– Je bosse comme garagiste, près de Forks.

– Oh ! Et tu aimes ? demandai-je avant de mordre dans un craquelin.

– Oui. J'ai toujours aimé retaper des voitures… et des motos.

Soudain, je vis Jacob tressaillir faiblement à la fin de sa phrase, mais je mis ça sur le dos d'un courant d'air froid. Le soleil était tombé depuis près d'une demi-heure et l'air s'était refroidi depuis.

– Ah ! Je vois. Alors tu es plutôt manuel ! dis-je avec un sourire.

– On peut dire. Ajouta-t-il en souriant en coin.

– Si non… Tu as d'autres passions que la mécanique ?

Il sembla réfléchir un instant. Ce qui me rendit un peu plus curieuse. Habituellement, les gens répondaient facilement à cette question ! Visiblement, il y avait quelque chose d'étrange et de curieux dans ce silence que m'offrait Jacob.

– Je dirais que… la randonnée est l'un de mes principaux passe-temps, avec la mécanique. J'aime bien aussi, sauter en bas des falaises pour plonger à l'eau. Ajouta-t-il en me lançant un drôle de sourire.

– Sauter en bas d'une falaise… C'est un drôle de passe-temps, non ?

– Surement, mais la sensation est… incroyable.

– Je ne suis pas aussi courageuse. Alors, on ajoutera téméraire à la liste ! dis-je.

Puis, d'un coup, il tourna vivement la tête vers moi et haussa un sourcil avant de dire :

– La liste ? Tu fais une liste sur moi ? lâcha-t-il avec un air à la fois curieux et amusé.

Rougissant jusqu'à la racine des cheveux, je me mordis vivement la lèvre inférieure avant de répondre :

– Euh… Non, pas, à proprement parlé… J'essaye simplement d'en apprendre plus sur toi… de savoir qui tu es.

– Ah. D'accord. Tu sais… Je te taquine, Erin.

– Je sais. Dis-je en m'empourprant et déviant le regard vers mon assiette que j'avais posé sur mes cuisses.