Alors pour rappel à tous, ce n'est pas "mon" canon que Eurus soit annoncée morte à ses parents grâce à l'aide de Oncle Rudy : ça, c'est la série. En revanche, le sort de Rudy et Amelia (laquelle n'existe pas, son nom est de mon fait), et l'implication ou non de Mycroft dans leur décès... ça, c'est de moi :D Et vous êtes libres de vous faire votre propre opinion sur le sujet, Mycroft les a-t-il réellement fait tuer, ou seulement semblant pour leur permettre de disparaître pour toujours, ou bien est-ce un véritable accident parfaitement par hasard... C'est vous qui décidez ;)
Franchement, vous semblez tous croire que les choses vont empirer... à cause de Eurus, ou quand Sherlock se souviendra... Pourquoi ne peut-on pas croire que Eurus restera sage et que Sherlock ne retrouvera jamais sa mémoire ? Ce serait si cauteleux de ma part de vous faire miroiter le mal et que tout se passe bien, mais tout est possible... ;p
En attendant, un chapitre calme, mais annonciateur de temps moins simples...
Bonne lecture !
Sherlock - 14 ans - avril 1994
Quand John se réveilla, il était seul dans le lit, et il râla, pour la forme. Ces derniers temps, Sherlock était nettement plus fuyant que d'habitude, du moins durant le peu de temps qu'ils passaient ensemble, et leurs discussions téléphoniques. Les lettres étaient habituelles, et c'était la raison pour laquelle John ne s'inquiétait pas vraiment. La situation commençait à lui peser. Il avait réalisé à quel point leurs parents ne croyaient pas que leur amitié pourrait survivre à la distance, et avaient été surpris quand ils avaient constaté que si.
Mais si Sherlock s'en accommodait très bien, c'était différent pour John. Il avait seize ans et demi. Dans quelques mois, il attaquerait sa dernière année de lycée. Et ensuite, ce serait la fac. Et son avenir incertain.
Harry était allée à la fac du coin, proche de chez eux, fac publique qui coûtait peu cher, et c'était tant mieux. La seule chose qu'elle y faisait, c'était boire et draguer, et rentrer ivre morte au petit matin, concurrençant efficacement leur vieux paternel. Si ce dernier avait le malheur d'être réveillé au moment où sa fille rentrait, il commençait alors à l'insulter sur tout et n'importe quoi, de ses cheveux teints au gré de ses envies (elle était passée par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel), ses tatouages, son look, ses études à moitié avortées, l'argent qu'elle ne gagnait pas forcément très légalement, et bien sûr, son orientation sexuelle.
Les choses avaient dérapé à la maison quand Harry leur avait présenté une fille, dont elle était folle amoureuse, et qui n'était pas une passade. Richard Watson avait beau ne jamais être là, soit en train de bosser, soit en train de boire, soit en train de cuver, et n'en avait jamais rien eu à faire de ses enfants depuis de très nombreuses années, il avait décrété qu'il ne voulait pas de « ça » chez lui.
Depuis, sa mère faisait en sorte de ne jamais être là, et Harriet et Richard s'engueulaient systématiquement.
John faisait de son mieux pour bosser les soirs et les week-ends, et se payer les billets de train qui l'amenaient chez Sherlock le plus souvent possible. Violet et Sieger l'accueillaient toujours avec chaleur et gentillesse. Quand ils lui ouvraient leur porte avec un sourire, John repensait parfois à Musgrave, aux goûters, à la forêt, aux jeux, à Eurus.
À leur manière, sous la surface, les parents Holmes aussi étaient brisés. C'était juste moins visible que la famille Watson.
– Bonjour John ! le salua la mère de Sherlock lorsqu'il descendit, peu de temps après, à la cuisine.
– Bonjour, Violet ! Vous avez vu Sherlock ? Il n'était pas là quand je me suis réveillé.
Il se comportait comme un membre de la famille, ici. Mycroft était occupé à Cambridge, par la fin imminente de sa scolarité, il ne venait jamais. Sherlock savait très bien qu'il n'avait pas besoin d'être avec John tout le temps, que ce dernier n'était plus gêné ou maladroit. Ils passaient des week-ends ensemble tout en vivant leur vie.
– Aucune idée mon grand ! Je pense qu'il est sorti, je ne l'ai pas vu dans la maison. Tu resteras dîner avec nous, demain soir ?
John secoua la tête négativement en se préparant son petit déjeuner.
– Mon train est en fin d'après-midi. Je dînerai chez moi.
Violet le regarda, tandis qu'il se servait du thé et qu'il ne remarquait pas qu'elle l'observait. Perdu dans ses tourments adolescents, John réalisait rarement tout ce que Violet avait perdu dans sa vie. Ce n'était pas seulement Eurus, dont elle portait le deuil, c'était aussi leur vie à Musgrave. L'amitié d'Elizabeth Watson avait été gâchée par l'incendie, et si leurs enfants avaient réussi le tour de force de la préserver, ce n'était pas le cas des deux femmes.
Et parfois, Violet avait la faiblesse de penser qu'elle aurait voulu que John soit son fils. Un gentil garçon, poli, adorable, simple. Pas comme Mycroft, bourreau de travail. Pas comme Sherlock, qui vivait en marge de tout. Pas comme Eurus qui...
– Tu voudras emporter des restes ? lui proposa-t-elle pour couper court à ses propres pensées. Pour dîner quand tu arriveras.
John rougit, marmonna des remerciements qui n'étaient pas vraiment un refus, sans être non plus une acceptation. Ils savaient tous les deux que Violet Holmes s'inquiétait qu'il ne mange pas tout à fait convenablement, à sa faim et régulièrement, parce que parfois, il oubliait de faire les courses, sa mère ne lui avait pas donné l'argent ou il n'avait pas le temps, et si lui ne remplissait pas le frigo, personne ne le faisait.
Violet regarda le jeune garçon qui avalait ses haricots blancs comme un vrai anglais. Sherlock détestait ça, lui. Elle se revoyait, discuter avec Elizabeth, parler de leurs garçons, leurs bébés. Violet avait été l'une des premières personnes à venir voir Harriet et John, à leur naissance. Et la réciproque était encore plus vraie, puisque la sage-femme avait accouché ses trois enfants. Mycroft, dans la chaleur de l'été anglais. Sherlock, si peu de temps après le nouvel an, un jour de neige. Eurus, en plein printemps.
Violet lâcha brutalement la tasse de thé qu'elle tenait, adossée au plan de travail. La porcelaine explosa par terre.
– Violet ? s'alarma John.
– Elle aurait eu treize ans, aujourd'hui, murmura-t-elle, un sanglot dans la gorge.
Eurus aurait eu treize ans, si elle avait été encore vivante. Ce prénom qu'ils ne prononcèrent pas, cette mention en passant qui n'était toléré que parce que Sherlock n'était pas dans la maison. Ce chagrin que Violet et Sieger devaient porter en dedans, ne jamais exprimer, au point parfois de l'oublier.
John ne répondit rien, se contentant de l'aider à ramasser les morceaux de tasse, éponger le thé brûlant renversé. Parfois, il se demandait si pour le bien de tout le monde, il n'aurait pas mieux valu que Sherlock se souvienne.
Une fois habillé, John quitta la maison par le jardin de derrière, et entreprit de trouver Sherlock. La nouvelle maison des Holmes était toute petite, en comparaison de Musgrave, mais c'était la forêt qui manquait le plus à John, le jardin, le ruisseau. L'inconscient de Sherlock devait avoir les mêmes sentiments parce qu'il filait dans le champ et les quelques arbres un peu plus loin à la première occasion. Ils n'avaient pas de voisins.
John retrouva son ami au pied d'un arbre, assis dans l'herbe, adossé au tronc les yeux fermés.
Son cœur fit une embardée. Un jour, il faudrait peut-être qu'il cesse de le trouver aussi absurdement beau.
– Salut, Génie. Tu t'es levé tôt ?
Il s'apprêtait à savoir quand il remarqua la main de Sherlock, qui venait négligemment de monter à la bouche. Sans même réfléchir, John repoussa violemment la main, envoya valser la clope qu'il tenait et sur laquelle il tirait.
– Hé ! s'écria Sherlock, surpris, rouvrant brusquement les yeux.
John, sans répondre, écrasa le mégot, s'assurant qu'il n'enflammait pas l'herbe. Surprendre Sherlock n'était pas une chose aisée, et il aurait aimé se féliciter de l'avoir fait, mais il était trop furieux.
– Pourquoi t'as fait ça ? s'insurgea Sherlock.
– PARDON ? Pourquoi TU fais ça ? Sherlock, merde, t'as quatorze ans ! Depuis quand tu fumes ?
Son meilleur ami le regarda d'un air moqueur.
– Parce que ça t'est jamais arrivé, peut-être ? ricana-t-il.
John fronça les sourcils. Il ne pouvait pas répondre non sans mentir. Il avait tiré des taffes en soirée, sur des cigarettes, et une fois sur un joint proposé par des mecs majeurs. Mais il n'avait pas spécialement apprécié ça. L'odeur de la clope lui rappelait son père, et cette odeur d'alcool et de tabac froid qu'il traînait avec lui. Sur ce vice-là, Harriet ne l'avait pas suivi, bizarrement.
Le joint lui avait davantage plu, du moins sur le moment, pour l'euphorie ressentie. La gueule de bois puissance mille qu'il avait récupéré le lendemain l'avait convaincu d'avoir que très peu envie de recommencer.
– T'as quatorze ans, putain ! J'ai jamais fumé à quatorze ans.
– Tu ne sais pas ce que tu rates, ricana Sherlock en sortant un paquet de sa poche.
Ses longs doigts blancs l'ouvrirent rapidement, et il en tira une nouvelle cigarette, qu'il porta délicatement à sa bouche, de deux doigts.
John était tiraillé. D'une part, l'image tentatrice et relativement sexy de Sherlock qui manipulait la cigarette. De l'autre, les dangers que ça représentait.
La partie raisonnable de sa personne l'emporta. Principalement parce qu'il faisait de son mieux pour ne pas associer Sherlock au mot sexy. Il avait quatorze ans, c'était un môme. Les mômes ne devaient pas être considérés comme sexy. Même si parfois, c'était dur de se souvenir qu'il était si jeune. Il avait tellement grandi qu'il faisait la même taille que John, désormais, et il allait continuer, c'était certain. Ses boucles désordonnées s'étaient assagies, ses joues n'étaient plus aussi rondes et douces, parfois John sentait le léger râpeux d'une barbe naissance. Il portait uniquement des vêtements cintrés, coupés à la perfection qui tombaient sur son corps comme une deuxième peau. Il avait fini de muer depuis peu, et John pouvait déjà prévoir que sa voix grave ferait des ravages. Avec son intelligence acérée et sa capacité à tenir des conversations sur tous les sujets inimaginables, il pouvait aisément prétendre avoir deux ou trois ans de plus que son âge. C'était toujours étrange de voir que les connaissances démentielles qu'il avait acquises en lisant toute la bibliothèque de Musgrave étaient toujours là, alors que le reste était — littéralement — parti en fumée.
Avec un air de défi, Sherlock alluma sa nouvelle cigarette, et John soupira, en s'asseyant à côté de lui.
– Sérieusement, Génie, tu sais que c'est dangereux ? Tes parents sont au courant ? Depuis quand tu fumes ? C'est occasionnel ? Tu vas arrêter ? Mycroft est au courant ? Qui te les vend ?
Sherlock tira une taffe, et rejeta la fumée profondément, en regardant John droit dans les yeux. De nouveau, John se sentit de nouveau écartelé entre ses envies et sa raison.
Il était évident que ce n'était pas occasionnel, et qu'il ne venait pas de commencer. John n'avait pas vu Sherlock depuis Noël, il n'avait pas pu venir avant. Et le génie n'en avait jamais parlé dans ses lettres.
– Si Mycroft et Maman savaient, je ne serais pas ici pour fumer tranquille, répliqua Sherlock. Je les obtiens très facilement. Il suffit d'avoir les bons leviers pour menacer les bonnes personnes.
Il avait son air d'arrogance peint sur le visage, et John soupira derechef. Sherlock avait dû encore déterrer quelques secrets bien enfouis et faisait chanter le buraliste. Il allait s'attirer des ennuis, à force.
– Et si MOI, je ne veux pas que tu fumes, merde ? C'est dangereux, et je ne veux pas de ça pour toi, Sherlock, putain, comment tu fais pour être aussi con, pour un tel génie ?
Il l'avait dit avec plus de violence de prévu. Sherlock se crispa, le poil hérissé par la colère.
– Je fais ce que je veux, bordel ! Fous moi la paix, John ! T'es pas ma mère, et pas mon frère ! Occupe-toi de tes affaires !
– TRÈS BIEN ! hurla John en retour, se relevant d'un bond. VA VOIR AILLEURS SI J'Y SUIS ! ET SI QUELQU'UN D'AUTRE QUE MOI PEUT TE SUPPORTER !
Il quitta le champ à grandes enjambées furieuses. Sherlock ne le rattrapa pas.
L'avantage de la maison Holmes, c'est que John y était comme chez lui. Personne ne lui demandait rien, et il avait le droit de ne pas être en présence de Sherlock, de claquer la porte ou de se réfugier sous la couette sans que personne ne lui dise rien. La couette de Sherlock, bien sûr. La couette qu'ils partageaient. John se demandait si Sherlock réalisait que ça ne se faisait plus, à leurs âges, de dormir aussi régulièrement dans le même lit. S'il lui demanderait un jour de dormir par terre. Tant qu'il ne le faisait pas, John préférait rester à côté de lui, dans son lit, dans son odeur, sa chaleur, sa présence.
Il resta là longtemps, à ruminer, avant qu'une porte ne s'ouvre, et qu'une présence se faufile dans la chambre, puis dans le lit, contre lui, dans son dos.
Les bras de Sherlock se refermèrent autour de lui.
– Pardon, John, souffla doucement la voix grave. Je suis désolé.
Il ne s'excusait jamais de rien, sauf avec John.
– Je suis désolé, répéta-t-il. C'est juste que... j'en ai besoin.
John consentit à se détendre, et il bougea pour se retourner pour faire face à Sherlock. Leurs jambes se mêlèrent, leurs nez se touchèrent.
– Besoin ? murmura-t-il.
Le jeune génie ferma les yeux.
– Parfois... dans ma tête c'est... bruyant. Et dehors, aussi. Tout est bruyant, ça se mêle, ça m'agresse, je n'arrive plus à réfléchir, tout l'extérieur m'agresse et l'intérieur s'embrouille, et tu n'es pas là pour me calmer, pour m'apaiser. La nicotine... ça m'apaise. Quand tu n'es pas là. Ce n'est pas aussi efficace, mais ça marche. J'en ai besoin. Je vais devenir fou, sinon. Je veux passer mes A-levels l'année prochaine. Et partir à la fac en même temps que toi. Je ne peux plus vivre comme ça. J'ai besoin que tu sois là. Tout le temps. Avec moi.
John ne répondit rien, se contentant de serrer son meilleur ami dans ses bras en lui caressant les cheveux d'un geste apaisant. Lui était amoureux de Sherlock. Mais ce que le génie exprimait, c'était au-delà de ça. C'était un besoin. Et John n'était pas sûr de pouvoir supporter une telle responsabilité.
Reviews si le coeur vous en dit ? :) Prochain chapitre - juin 1995
