VIII - Tel un Accord Tacite
Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il peut-être et puisque nous sommes en hiver, cela fait bien plusieurs longues heures que le soleil s'est couché pour laisser place à la lune. Lune qui, dans cette obscurité, me galvanise de ses rayons d'argent. Dans les ténèbres de ma chambre, le silence est roi, et les soupirs qui s'échappent de ma bouche entrouverte sont les héritiers de la reine qui danse entre mes doigts. Nos fragrances qui se mêlent et nous enveloppent sont telle la chappe d'une cérémonie, cérémonie lors de laquelle nos corps ne font plus qu'un. Un unique instant, intense moment, une consécration solennelle qui ne peut se finir que par le murmure du désir qui s'élève pour s'évaporer aussitôt.
J'ai su que je voulais cette femme dans mon lit à l'instant où je suis entrée dans ce bar, à l'angle d'une rue d'un quartier très populaire où les rumeurs sont sans importances, où tout le monde s'assume, et où les désirs des uns peuvent répondre aux désirs des autres en toute impunité. N'est-ce pas là, une façon de jouir d'une certaine liberté, après tout ? La liberté de soi, de son corps, de son cœur, car j'ai depuis longtemps déjà appris à faire de mes désirs mon unique boussole dans les méandres que sont relations sentimentales et romance dramatique. J'aime les femmes, leurs corps mais aussi leurs cœurs, hélas, le mien n'a jamais battu pour quiconque en dehors de passionnels échanges charnels.
Lorsque les effluves d'alcool ont percutées ma tête quand je refermai la porte en entrant accompagnée de moi-même, je l'ai tout de suite remarquée, assise, seule à son bar, un verre de bourbon dans les mains. Un breuvage très singulier pour une très singulière jeune femme, sans aucuns doutes. Armée d'assurance et d'une excessive confiance en moi, je suis allé l'aborder, convaincue qu'elle ne se trouvait pas uniquement là pour se désaltérer. Il a suffit d'un regard pour la faire chavirer, d'un sourire pour la faire craquer. Moins d'une heure après, je la ramenais chez moi, sous les étoiles et dans l'obscurité.
J'ignore son nom et ne désire pas le connaitre, tel un accord tacite que je passe avec toutes mes conquêtes. Lorsque l'on mène ce genre de vie, où la luxure et l'indécence se mêlent chaque soir en permanence, les règles doivent être clairement établies. Du plaisir, sans aucun sentiment. Pas d'attachement. Et puis, quand bien même elle me soufflerait entre deux murmures son prénom, la seule chose dont je pourrais me souvenir serait l'écho de cette saison.
Ha, elle est loin de ressembler à toutes les autres femmes que j'ai ramenées chez moi. Même après avoir jouit deux fois sous mes doigts, elle est encore là, à gémir entre mes draps. Ses lèvres glissent sur ma peau, tracent des sillons de lave dont je me rappellerai probablement encore demain tant la chaleur qui me parcourt est intense. Il n'est point dans mes habitudes de me laisser ainsi docilement faire, je préfère distribuer du plaisir qu'en recevoir ainsi, mais ses gestes sont d'une délicate tendresse mais également puissante ivresse. Je me consume littéralement, m'embrase, alors que c'est l'hiver qui m'entoure.
La pointe de ses canines s'impatiente sur mes épaules, m'arrachant soupirs lorsque sa bouche s'y referme. Son souffle est telle une tempête dans le plus aride des déserts, une tempête qui trace son chemin le long de ma colonne vertébrale alors que ses doigts électrifient mon ventre reposant sur mes draps. Ses seins m'effleurent, à peine, les parties rosées toujours durcies sous cette excitation ambiante telles des lames de rasoir chaque fois qu'elles frôlent mon épiderme. Mon corps se soulève sous chacun de ses geste, après chaque inspiration qu'elle prend, pour aller chercher le sien, et lorsque son ventre parfaitement plat se love dans le creux de mes reins, c'est un ouragan de flamme qui fait rythmer mon cœur.
Ha, sa bouche éprouve maintenant ma nuque, sa langue y dépose des braises derrières mes mèches bleuet. Son parfum n'a jamais été aussi intense que maintenant que ses cheveux lactescents me recouvrent. Un fruit que je ne connais que trop peu et dont le nom m'échappe, et elle incendie tant mes pensées qu'il me serait impossible de me remémorer. Je sais seulement qu'il est à peine sucré, mais parfaitement acidulé. Ses doigts glissent jusqu'à mon nombril avant de remuer avec beaucoup d'agilité, sous mon bassin qui se soulève pour retrouver le sien. J'étouffe mes soupirs dans l'oreiller mais il m'empêche aussi de respirer. Elle me sait me retenir, ignore ô combien sont intenses mes désirs. Ma tête bascule sur le côté, j'ai terriblement besoin d'oxygène, et je remarque aussitôt qu'autour de mes doigts resserrer fermement, désespérément sur les draps, les siens y sont entrelacés.
J'ai l'impression de perdre totalement la tête lorsqu'elle accélère, que les cercles qu'elle décrit se précisent, s'intensifient. Et lorsque ses doigts me pénètrent, lentement, profondément, mes lèvres s'ouvrent pour cracher ce parfum de délivrance. Mes genoux s'endolorissent à force de porter mon propre poids tout en supportant d'une certaine façon le sien, j'ai l'impression que les draps brûlent ma peau mais là encore, la sensation n'est rien comparée à la chaleur de sa langue, au brasier que déclenchent ses doigts. Ha... Elle accélère, ralentit... joue sur l'extrémité, puis plus en profondeur. Elle s'amuse, elle sourit, elle murmure, elle soupir. Seigneur, je brûle. Seigneur, je meurs.
—Retourne toi...
Un ordre, une recommandation, ou une invitation ? Je l'ignore mais me retourne instinctivement, sur le son de sa voix, jusqu'à trouver ses yeux. Si beaux, parme comme je n'en ai que trop rarement vu, peut-être jamais, et ici, sous les rayons de lunes, s'accordent des reflets argentés.
Ses lèvres s'étirent, ses joues laiteuses sont recouvertes d'une couleur exquise. Ses cheveux blancs retombent sur sa poitrine parfaite qui me séduit, qui me tente sur laquelle se distinguent encore les quelques traces de mon agitation fiévreuse. Sa peau est presque d'ivoire, qu'un rien suffit à la marquer, bien que ce rien soit cette nuit le mien. Nulle autre trace d'ailleurs que celles que j'ai laissées, comme si elle m'appartenait.
Lorsqu'elle se penche, ses mèches de neige caressent ma poitrine, les sensations sont telles les rimes d'une agréable poésie dont le parfum n'est que refrain. Je sens son souffle prendre le dessus sur le mien, la pointe de sa langue se perdre sur mes lèvres, et lorsque j'ouvre la bouche, c'est le rythme de sa danse qui m'emporte. Je la laisse faire, prendre à nouveau possession de moi lorsque ses doigts s'insinuent de nouveau plus bas, sur mes cuisses qui s'écartent pour lui offrir une totale liberté d'action. Ha... Heureusement que je ne la connais pas, car les réactions de mon corps ne font qu'éprouver ma fierté.
Sa langue quitte ma bouche sur une inspiration qui m'est aussi nécessaire qu'elle me fait un peu plus perdre pieds. Je relève à peine la tête lorsque son sourire s'échappe à mes yeux, car son visage disparaît déjà entre mes cuisses. Je me cambre quand sa langue sort de sa bouche pour embrasser mes cuisses qu'elle empoigne. Ses dents s'égarent, me font frémir, mon corps trésaille, et ses lèvres, encore une fois me découvrent. La température m'incendie, pas celle de l'air, encore moins l'atmosphère, mais celle de son souffle caressant mon sexe à chaque fois qu'elle respire. Je crois que cela faisait si longtemps que je ne m'étais pas ainsi laissée faire que j'avais oublié l'effet de cette forme de baiser. Ha... Sa langue danse, rythme langoureusement mes réactions, les contractions de mes muscles, les spasmes qui me traversent. Elle est avide, fougueuse, désireuse... J'en sens la pointe glisser entre mes lèvres, le plat se poser sur ma vulve avant de faire rouler mon clitoris, d'abord lentement, puis énergiquement. Elle ralentit lorsque mes doigts attrapent sa tête, s'agrippent à mes cheveux, et accélère de nouveau lorsque je relâche mon étreinte.
C'est bon, c'est beau. C'est fou. Je m'embrase, je me consume. Mes pensées sont charbon, les souvenirs qu'elle me laissera sont déjà cendres. Bientôt, elle s'évaporera, comme le sont nos désirs, comme l'est ce plaisir, il ne restera plus que murmures de chacun de nos soupirs.
J'ai envie de hurler son nom mais je ne peux m'y autoriser car j'ignore comment cette femme se nomme. Cela est ainsi, je l'ai décidé, et elle l'a accepté. Alors je caresse les cieux, ma voix pourfendant l'air, échappée lourdement de ma gorge. C'est si bon, que c'en est presque douloureux. Ce besoin d'extérioriser, ce plaisir qui implose et qui s'échappe maintenant par tous les pores de ma peau. Cette sensation... exister, succomber, mourir pour mieux sombrer. Avant la légèreté.
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J'attrape ma veste, la porte de chez moi claque brusquement avant que les clefs tintant dans la serrure ne l'apaisent. C'est mon premier jour de classe, je me suis amusée tout l'été et... Seigneur, je suis en retard. Lorsque ma moto démarre et que le vent coupe ma respiration sur cette sensation de vitesse qui m'est tout aussi vitale que ma prochaine bouffée d'oxygène, je réalise que c'est la première fois depuis plusieurs semaines qu'il fait jour lorsque je sors de chez moi, et aussi que pour une fois, il n'y a aucune présence à l'arrière. Peut-être que ce soir, cela sera différent, mais pour l'heure, je trace vers l'université en espérant ne croiser la route d'aucun gendarme ou policier.
Je me gare, garde mon casque à la main avant de me diriger vers l'entrée du bâtiment principal. Je sais parfaitement où je me rends sans même à avoir à lever les yeux de mon téléphone que je fixe intensément depuis plusieurs minutes maintenant. J'ignore s'il s'agit d'une habitude ou d'un réflexe mais je suis déjà entrain de scroller les pages du site de rencontre où je me suis inscrite, bien que, je trouve en générale facilement mes proies dans les bars. Je ne sais si j'aurais le temps cependant de m'y rendre ce soir.
J'emprunte les escaliers qui se trouve directement à gauche du grand hall d'entrée, à peine les portes franchies. Une fois les marches montées quatre à quatre, je prends à gauche, puis à droite, avant d'arriver devant la porte d'une salle de classe. Petite, un comité réduit, il s'agit d'un cours de niveau élevé, une vingtaine d'élèves tout au plus, bien loin des séances dans les immenses amphithéâtres où j'avais pour habitude de m'endormir. Je range mon téléphone rapidement dans la poche de ma veste de cuir que je dépose sur une table près de l'entrée, j'en fais autant avec mon casque. Plusieurs élèves sont déjà présents, peut-être même que tous sont arrivés, mais je ne lève même pas les yeux et me dirige vers le premier rang. Je contourne les tables, les bruits cessent, le silence s'installe. Je devine l'étonnement, je suis à peine plus âgée, croise les bras sur ma poitrine, secoue la tête sur le mouvement des mèches de mes cheveux bleuet, et me présente.
—Bonjour à tous. Comme vous le savez déjà sans doutes, je suis Byleth Eisner, votre professeur de sciences.
Mes yeux glissent sur les différentes rangées, sur ce panel d'élèves, forts étonnés. Je sens que certains ne sont pas ici par plaisir, quand d'autres m'ont l'air plus qu'impatients. Ils me paraissent tous si différents les uns des autres, des petits, et des plus grands. J'imagine les plus perturbables dans le fond, les plus sérieux au premier rang. J'observe, j'analyse... Puis mon regard s'agrandit sur ma respiration qui se bloque dans ma poitrine, sur tout mon corps qui s'éveille.
J'ai l'impression que la brume qui m'accompagnait se dissipe enfin, j'ai l'impression de percer les nuages laiteux du ciel blanc de l'hiver. Je... Je suis sans voix, décontenancée, déboussolée, ébranlée. Mon corps encore endolori se souvient de la douleur tant les courbatures laissées il y a deux nuits sont toujours présentes et me paraissent être, à l'instant, tel un rappel à l'ordre. J'essaie de faire fi de cette désagréable sensation, de ce sentiment d'avoir profondément merdé, avant de saisir la liste des élèves que j'avais préparée. Je fais l'appel, les entends répondre, un à un, leurs bouches s'ouvrant, leurs regards curieux.
L'accord tacite que nous avions convenu devient caduque, s'évapore. J'ouvre la bouche encore une fois, et son sourire prend la parole.
—Edelgard von Hresvelg.
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Cela fait une semaine que j'ai commencé à dispenser mes cours dans cette université et je dois avouer que garder mon sang-froid n'est vraiment pas chose aisée lorsque mon regard se perd dans les yeux d'Edelgard. Elle est si sérieuse, mais a pourtant brisé toutes mes règles. Enfin, ce n'est pas de sa faute, ni de la mienne d'ailleurs, comment aurions-nous pu deviner ? Mais lui faire face, tous les jours, en faisant fi des souvenirs de ses mains sur ma peau, de sa langue entre mes cuisses, et de cet orgasme qui m'a expédiée directement au septième ciel, et plus encore... Est... comme qui dirait quelques peu compliqué.
Cette fille est vraiment pleine d'assurance, au moins autant que celle qu'elle affichait lorsque... Je me secoue la tête et termine de remplir le schéma au tableau. J'essaie de leur expliquer comment les souris peuvent ressentir une parfaite attraction pour les chats, leurs prédateurs. Il s'agit de parasitisme et... J'ignore pourquoi mais cela me ramène aussitôt à elle. Ses souvenirs parasitent mes pensées, alors, cela n'est guère étonnant.
Le cours se termine, et je me dis que je peux enfin souffler. Mes élèves sortent tous un par un, l'un d'eux à encore la trace du cahier sur lequel il a dormi pendant deux heures sur la joue. Le garçon aux cheveux d'ébène qui s'assied toujours au premier rang aux côtés de la blanche, et qui me regarde systématique d'un air froid et sévère, comme si... je n'étais qu'une souris, en fait, à aussi quitté la salle de classe. C'est étrange, je n'ai pas vu les longueurs blanches se soulever aux côtés des boucles de jais, et pour cause...
Elle est encore là, à ranger ses affaires dans sa sacoche vermeille assortie au pull de velours qu'elle porte. Si j'avais imaginé qu'elle serait mon élève, dans ce bar, lorsque je l'ai rencontrée... Je savais qu'elle était étudiante, elle l'avait évoqué mais... Je n'aurais jamais cru à un pareil hasard. Elle se lève, fait danser ses cheveux du plat de sa main et les flocons s'agitent devant mes yeux que les siens transcendent pendant moins d'une seconde. Sa bouche reste close, elle ne prend la parole que pour répondre aux questions pendant les cours, devinant aisément que je ne désire pas parler de notre petite... soirée en tête-à-tête, particulière de toute évidence maintenant que l'on se trouve ici.
—Edelgard.
Elle se retourne alors qu'elle s'apprêtait à partir et ses billes parme m'interrogent. Je garde la tête froide, croise mes bras sur ma poitrine et la regarde de haut en bas, et puis de bas en haut. Ha... Non, ce n'est pas ainsi que je dois regarder mes élèves, je crois que j'ai encore du travail à faire. Sans doute que mon naturel revient à la charge, moi qui ne me préoccupe d'ordinaire ni des convenances, ni du paraître. J'ai toujours été assez nonchalante même si en tant que professeur, j'essaie de conserver une image de moi plus... sérieuse disons. J'ai presque le même âge que ces gamins, loin de moi l'envie qu'ils me prennent pour une pote ou quelque chose dans ce genre là.
—Professeure ? elle s'étonne. Vous désiriez me parler ?
J'ai quelques doutes depuis le début de la semaine, et encore plus maintenant. Elle me regarde de la plus naturelle des façons, sa curiosité teintant ses yeux mise de côté. Je me demande parfois si elle me reconnait... pour avoir apprécié et découvert mon corps pendant des heures, je doute qu'il puisse en être autrement, même si nous baignions dans l'obscurité. Mais lorsqu'elle me fixe ainsi, sans ciller, sans trembler, de marbre et avec une sorte d'impertinence naturelle que je trouve fascinante, j'en viens moi-même à me demander si c'est bien elle. Mais des cheveux de neige qui balayent ma raison, un regard parme qui transcende mon âme, et une peau d'ivoire à en échauffer la mienne... Comment pourrais-je douter ? Je suis persuadée que sous son col roulé vermeil se trouve encore le cachet de mon impatience.
J'essaie d'ouvrir la bouche mais mes lèvres restent étonnement scellées. Elle ne bouche pas, comme immobilisée, ou bien est-ce le temps qui me parait figé. Elle le brise, s'approche, s'avance vers moi, et... Lorsque ses lèvres s'étirent, que ses cheveux se soulèvent à nouveau en de magnifiques rideaux blancs, et que cet odeur d'agrume qui m'a accompagnée pendant des heures m'enveloppe, je n'ai plus aucun doutes. C'est elle. Et ce parfum... En plus d'être celui de l'interdit, c'est également celui de la Bergamote.
—Cessez de vous inquiéter de la sorte. Je ne parlerai à personne.
J'ignore si elle lit dans mes pensées, je suis convaincue de ne pas être aussi... facile d'accès. Je sais mon attitude en cours, avec elle, ses camarades, totalement appropriée et cela ne peut pas me trahir. Alors comment ? Mes yeux parleraient-ils plus que mon corps ?
—En ce qui me concerne, rajoute-t-elle. Il ne s'est rien passé.
Elle sourit, ne me laisse même pas prendre la parole tant son assurance et son excès de confiance prennent toute la place autour de nous, suintent par tous les pores de sa peau laiteuse.
—A moins que...
Mes yeux s'agrandissent lorsqu'elle perfore mes tympans et ses lèvres s'étirent un peu plus. Je sais qu'elle plaisante mais... Il me faut reprendre mon rôle. Je n'ai pas vraiment d'autre choix.
—En effet, Edelgard. Il ne s'est rien passé.
J'attrape ma veste que j'ai laissé cette fois sur ma chaise, la passe très rapidement sur mes épaules et secoue mes cheveux pour les replacer par dessus sous son regard qui ne décroche pas. Je m'avance vers elle, mes poumons inspirant lentement, et lorsque j'arrive à son niveau, ma bouche se dirige instinctivement vers son oreille. Je n'ai qu'à me pencher à peine, elle est plus petite que moi, pour que mon souffle fasse danser ses flocons.
—Et il ne doit surtout plus jamais rien se passer... je lui chuchote tel un nouveau contrat déjà signé.
Mon corps tremble, je crois, mais je me fais violence pour faire un pas en avant et me libérer de cette entrave qu'elle semble exercer sur moi quand son parfum m'enivre. Elle est peut-être une élève, mais n'en reste pas moins une femme, une femme que j'ai déjà cueillie et dont les épines pourraient être très douloureuses si je ne sais faire attention.
—Vous étiez moins rude l'autre nuit, Professeure...
Je me fige, avec cette impression que tout autour de moi disparaît. Je dois rester de marbre, impassible, mais son impertinence joue avec ma patience. Je sais qu'au moment où je quitterai cette pièce, les nouvelles règles devront prendre effet mais en attendant... Ha... Qu'il est dur de ne pas tenir tête à cette gamine arrogante qui n'a certainement rien d'innocente.
—Et vous, étiez bien moins bavarde. Vous savez aussi bien que moi qu'il me serait très facile de vous faire taire...
Je me retourne sur elle, avance juste assez pour que son regard et le mien se fondent, pour que mes doigts puissent se saisir de ses belles longueurs blanches.
—Ne m'obligez pas à en arriver là, Edelgard.
Elle me sourit, j'en fais autant. Il est si facile de faire semblant, car dans ma tête, mes pensées se bousculent. Que suis-je en train de faire, au juste ?
/
Une autre semaine s'est écoulée, après cela, et Edelgard et moi n'avons échangé que des paroles formelles, convenables, si je puis dire cela ainsi. J'avais raison, une fois la porte de la classe franchie, l'autre jour, je suis définitivement devenue son professeur, et elle mon élève. Elle a beau être fière, elle mesure l'importance de nos gestes, de nos actes, elle... plus que quiconque. J'ai appris que c'était l'héritière d'une des plus grosses fortunes du pays. Une femme destinée à devenir influente, sans aucun doute, et ni elle ni moi n'avons envie de salir sa future réputation. Coucher avec une femme est une chose, avec son professeur... en est une autre. Ha, c'est bien la première fois que je m'embarrasse d'autant de contraintes, moi qui ne me soucie jamais de rien... Cela me fait une belle jambe.
Avec toutes ces histoires, je n'ai pas non plus eu le temps de faire la tournée des bars, et pas seulement pour l'alcool. Je commence à me sentir un peu frustrée et les petits plaisirs solitaires que je me donne de temps en temps sont loin de satisfaire toutes mes ardeurs. Après tout, il est très difficile de retrouver la sensation d'une langue glissant sur la peau, et tous les orgasmes sont loin de se valoir. Je dois avouer que le dernier a placé la barre plutôt haut.
Avec les quelques copies que j'ai eu à corriger, je n'ai même pas besoin de repasser chez moi à patienter le temps que le soleil se couche pour partir en chasse. Il fait déjà sombre et lorsque je sors du bâtiment où j'enseigne, je remarque aussitôt la petite couche de poudreuse que les flocons viennent nourrir. C'est vrai, nous sommes en hiver mais je ressens toujours cette fascination lorsqu'il neige. Quoiqu'il en soit, je monte sur ma moto, débraye puis démarre sur le doux son que je laisse derrière moi.
Mes vieilles habitudes reviennent aussitôt à peine mes bottes posées sur l'asphalte, lorsque j'enlève mon casque. Le temps d'arriver devant le bar de l'angle, j'arrange rapidement mes cheveux bien que toutefois, ce petit air désordonné, pour certain même négligé, fait très souvent son charme. Ma mains se pose sur la poignée, je pousse la porte, les effluves de bière de ce début de soirée entre moult cocktails me percutent, m'emportent, et lorsque j'ouvre les yeux, mon cœur manque un battement.
Je sais que je devrais faire demi tour mais mon corps refuse de bouger, mes orbes bleuet ne quittent plus les longueurs albâtres des yeux, longent les doigts fins posés devant les lèvres rosées qui s'entrouvrent pour se noyer du liquide ambré. Tout comme la dernière fois, le reste de la salle disparaît, les bruits se taisent jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elle, une proie... Loin d'être facile tant son charisme et sa prestance me paraissent démesurément grandes. Au moins autant qu'elle est petite. Pensive, elle semble noyer son existence toute entière dans son verre et je crois que c'est cela, qui me pousse à approcher. Je commet une erreur, encore. La liste parait ne plus finir. Ma seule façon de la regarder en est une mais... Je n'arrive pas à décrocher.
—Eh bien, je ne pensais pas vous recroiser ici.
Elle se fige, se redresse, n'a pas le temps de revêtir un masque d'indifférence lorsque son visage trouve le mien. Ses yeux luisent de curiosité, ha... Ils sont si profonds que tous les souvenirs de cette seule et unique nuit passée avec elle s'y reflètent.
—Professeure ?
Je m'approche et m'installe sur une des chaises hautes face au bar, avant de faire signe au garçon pour qu'il m'apporte une pression. Puisque je suis ici, de toute manière, autant faire ce que j'avais prévu de base.
—Je doute que vous devriez me nommer ainsi ici, Edelgard.
Une fois la mousse devant mes yeux, j'y trempe mes lèvres. Elle est sucrée, bien plus que l'odeur qui se dégage de mon élève et que je discerne parfaitement au milieu des alcools.
—Si vous vous faites autant de soucis, Pro- elle s'arrête avant d'inspirer profondément. Pourquoi m'avoir rejoint ?
Pourquoi ? Ha, je l'ignore moi-même. L'appel de la bière, sans doute, et loin de moi l'envie de changer de bar comme si je devais fuir quelque chose ou quelqu'un. Je suis adulte, et elle l'est également, alors tant que je ne me comporte pas étrangement, cela devrait aller. Pour elle, comme pour moi. La nuit ne fait que commencer, et pourtant... je me sens déjà éprouvée à seulement me tenir à ses côtés. Je me vois mal aller séduire tout autre femme sous ses yeux, et pas uniquement parce qu'elle est mon élève...
—C'était la première fois que je suivais quelqu'un ainsi.
Je manque de m'étouffer, me fais violence pour ne pas recracher la gorgée de ce mélange de houblon et de malte sur le comptoir. Elle le remarque, comme... toutes les autres personnes présentes ici.
—Nous étions d'accord, Edelgard... Il ne s'est rien passé.
Elle termine presque cul-sec le fond de son verre, absente. J'espère ne pas l'avoir vexée en lui rappelant simplement de ce que nous avions convenu. Elle ne dit mot de plus et j'attaque déjà ma seconde pinte. Si j'espère rentrer chez moi en un seul morceau, je vais d'ailleurs devoir m'arrêter là. J'ai chaud... l'alcool me monte à la tête tout comme le fait son odeur et... Milles questions m'envahissent sans trouver de réponses.
—Vous étiez... si sûre de vous.
Elle lève les yeux, s'étonne de ma remarque mais je n'ose la regarder. Je sais qu'il suffit d'une seule minute d'inattention pour voir mes limites balayées. Je sais l'effet qu'elle a sur moi, je sais ce dont son corps est capable, et la sensation de le sentir contre le mien. Les images de notre nuit passée ensembles viennent me torturer en apparaissant devant mes yeux chaque fois que je les ferme. C'est étrange, je n'ai aucune ressouvenance des autres...
—Je suis toujours sûre de moi.
Sa voix est ferme et j'imagine comme son quotidien doit être pesant de vivre ainsi, moi qui ne vis que de liberté, de légèreté, au gré de mes envies... Avec l'avenir qui l'attend, je crois que n'importe qui aurait envie de noyer ses pensées dans un verre bien que, je n'ai pas besoin de cela pour en avoir régulièrement envie.
—Ne vous méprenez pas, Professeure, elle laisse échapper. Je n'aurais pas suivi la première venue mais...
Ses doigts jouent sur le rebord du verre que ses yeux ne quittent plus. Quand je pense à ses lèvres qui y étaient encore posées il y a quelques minutes à peine... Les miennes s'embrasent et je sens déjà les flamme torturer mon bas-ventre.
—Vous m'avez donné le courage de lâcher prise.
Ma pinte claque sur le comptoir de bois et j'ai l'impression que le son résonne profondément en moi, s'engouffre par mes oreilles, perce mes tympans pour assassiner mes pensées. Il vibre dans chaque cellule de mon corps.
—Alors... Recommencez ?
Cette fois, c'est moi qui brise mes propres règles.
/
Faiblesse humaine. Ha, je n'ai pas su résister à la tentation et la seule chose à laquelle je pense est d'arriver chez moi maintenant que les bras d'Edelgard m'enserrent la taille, et me carbonisent accessoirement. Il faut dire que mon casque parfaitement placé sur ma tête n'est pas l'accessoire le plus pratique lorsque l'on manque d'oxygène, et je n'ai qu'une envie, l'ôter. Ainsi que tout le reste.
Une part de moi essaye de me raisonner, mais... Il est déjà trop tard lorsque s'ouvre la porte de mon appartement que mon élève, désormais, connait déjà. Elle n'attend pas une quelconque autorisation pour entrer, elle sait ce que j'attends d'elle tout comme je sais ce qu'elle attend de moi. Je ne suis sans doute qu'une petite distraction dans sa vie bien remplie, et pourtant, elle aurait pu aller voir n'importe qui d'autre. Ou peut-être n'est-elle simplement pas comme cela, comme elle a tenté de me le faire comprendre un peu plus tôt... Ha. Je réfléchis trop, je n'aurais peut-être pas du boire si rapidement. Si ma première erreur fut de lui proposer de m'accompagner chez moi, prendre la route dans cet état fut la seconde. Et... Je m'apprête à en commettre un nombre... qu'il serait indécent de seulement prononcer.
—Edelgard ?
Je l'appelle, elle se retourne, elle me sourit. Ses yeux luisent de nouveau, débordent de confiance, mais je me demande cette fois si celle-ci est sincère ou bien si elle porte juste un masque. Elle me fascine d'une certaine manière, car ses pensées m'échappent. D'habitude, je ne vois que le désir grandissant et brûlant dans les yeux de mes partenaires, mais même la première fois, il y avait plus que cela avec elle. Une sorte de... Curiosité, mêlé à de la tendresse je crois, que je retrouve encore aujourd'hui. J'ai l'impression qu'elle est perdue et mes mains attrapant les siennes pour la tirer vers moi semblent soudain prises de cette noble mission qu'est celle de la guider. Après tout, elle est mon élève, je suis son professeur... Il y a tant de choses que je peux lui apprendre...
Ses lèvres m'attirent comme le seraient des aimants mais au lieu de les saisir, mes doigts glissent sur la limite de son pantalon pour le déboutonner. Elle n'a pas l'air surprise, et se laisse faire. Nous savons toutes les deux ce que je m'apprête à faire, ce sont des gestes qu'elle connait déjà. La dernière fois, j'avais attraper son haut de la même manière après l'avoir embrassée fougueusement pendant de longues minutes, mais, je ne l'observais pas ainsi. Je prends mon temps cette fois quand je découvre son ventre parfaitement plat et je me souviens de la sensation qui l'accompagne lorsqu'il vient combler le creux formé dans le bas de mon dos. Je ne me souviens même plus comment étaient ses sous-vêtements tant je les lui ai ôté rapidement, alors que les dentelles sombres tentent de séduire mes yeux ce soir. Mes mains redescendent pour attraper son pantalon sur lequel elles se referment, avant que je ne la tire brusquement vers moi.
Ses lèvres s'agitent à quelques centimètres à peine des miennes, assez pour que nos souffles se mêlent mais je me refuse de réduire l'espace entre nous. Même dans ces circonstances, une petite voix me somme de m'arrêter, et de lui demander de partir mais... Je n'en fais rien. Mes mains sont déjà sur ses fesses, sur son pantalon cendré pour le moment, s'impatientant. Ses doigts trouvent très rapidement le chemin dans ce dédale d'émotions environnant, dans cette atmosphère paradoxale où les désirs se mêlent à la raison. Il est trop tard. Nous avons beau nous dire que nous pouvons toujours changer d'avis - car je suis persuadée que les même pensées la traversent - l'attraction que l'on ressent nous somme du contraire.
—Ôtez le moi, Edelgard.
Sa tête bascule sur le côté, ses yeux s'amarrent dans les miens et ses lèvres s'étirent au fur et à mesure qu'elle déboutonne ma chemise. Je me demande où ma veste est-elle tombée.
—Eh bien, Professeure... Je vous trouve bien autoritaire.
Pourtant, elle s'exécute, jusqu'à ce que le tissu blanc retombe sur mes épaules sans pour ôtant me quitter, laissant apparaître mon soutien gorge de jais. Elle s'étonne de la couleur, ma chemise est épaisse, fort heureusement, loin de moi l'envie que mes sous-vêtements se distinguent par dessous ma tenue. Je suis professeur, j'ai un certain rôle à tenir.
—Si cela suffit à vous ébranler, vous n'avez encore rien vu, je souffle devant son visage.
Ses doigts m'attrapent la taille, me griffent au passage, et l'expression de mon visage trahit le plaisir que j'y trouve. Non pas pour la douleur que je ressens, loin d'être... désagréable, mais pour ce contact que j'ai l'impression d'espérer depuis des jours. Elle me tire vers moi, sa voix murmurant devant mes lèvres entrouvertes.
—Ne soyez pas si sûre de vous... Il me semble ne pas être la seule ici, à être... ébranlée, comme vous venez de le dire.
Mes jambes tremblent... Elle a raison. Je ne tiens plus, je n'en peux plus, et dépose âprement mes lèvres sur cette bouche qui me nargue, qui me défie, qui hante mes jours ainsi que mes nuits. Ma langue investie presque aussitôt sa bouche sans demander la moindre permission et s'en suit un duel acharné pour savoir qui mènera la danse. Elle ne se laisse pas faire, bien au contraire, et se débat très sensuellement. Nos langues tournent dans ma bouche, puis dans la sienne, langoureusement frénétiquement, glissent gaiement sur cet excès de salive que notre avidité provoque. Je la nargue, la quitte, mord sa lèvre supérieur avant de reprendre mes pas. Et de nouveau, le rythme s'emballe.
Ses mains sur ma taille me font frémir, particulièrement lorsque ses doigts glissent sur ma poitrine, l'extrémité s'aventurant à peine sous l'épaisseur de tissu qui recouvre mes seins, assez pour les sentir effleurer mes tétons qui se dressent sous l'excitation qui m'excède. Je n'arrive plus à réfléchir, plus maintenant que mon corps se plaque tout entier contre le sien jusqu'à l'immobiliser contre le mur derrière nous, ma langue refusant de quitter sa bouche. L'une de mes mains attrape la sienne pour la placer au dessus de sa tête, quand l'autre fait glisser ses doigts de mes seins jusqu'à mon nombril, pour les arrêter à la limite de mon pantalon. Mon visage s'éloigne, j'ai besoin de respirer une seconde, peut-être deux, le temps nécessaire à mes yeux pour retrouver la teinte parme dans laquelle j'ai envie de me noyer. Je la fixe, et observe la moindre réaction, le plus petit changement d'expression de son visage lorsque je descend sa main dans mon pantalon pour lui faire découvrir l'effet qu'elle a sur moi. Mes doigts guident les siens sur des caresses que j'initie de mon plein gré, je me surprends autant qu'elle parait l'être, et j'imagine que mes joues sont aussi vives que les siennes.
—Vous avez raison, Edelgard, je dois vous l'accorder... je soupire difficilement. Constatez par vous-même à quel point... Vous m'ébranlez...
Ses mouvements prennent le pas sur les miens, elle se fait... plus pressante, plus sûre, animée par mon souffle qui soulève ses cheveux irrégulièrement. Je ne vais pas me retenir de geindre alors que ses doigts qui m'émoustillent et glissent très aisément entre mes cuisses humides me font littéralement fondre. J'ai envie d'elle. J'ai envie de la sentir en moi, j'ai envie de sentir ses doigts aller-et-venir et me faire perdre la tête. Au moins autant que j'ai envie de la prendre moi-même.
J'ôte ma main de mon propre pantalon pour la laisser continuer cet exercice de manière autonome et en profite pour retirer son pull vermeil. Ma bouche trouve immédiatement son cou, et vient déposer un baiser sur le souvenir d'une marque qui a aujourd'hui disparue. Quel dommage... je trouvais ces petites tâches rougeâtres exquises mais... il me suffit de recommencer.
—Professeure... elle soupire.
—Je reconnais que cela à un côté fort excitant, Edelgard... Mais... je souffle. Ce n'est pas ce que j'ai envie d'entendre.
—Et qu'avez-vous envie d'entendre... elle chuchote chaudement. Répondez-moi, Byleth...
J'ignore si c'est mon prénom, sa voix, ou bien sa confiance excessive qui me brûle, m'incendie, m'embrase, dépose des braises sur mon oreille qui siffle. Ses dents m'achève et mes mains s'agrippent sur ses flocons de neige qui s'enroulent autour de ma peau. Mes doigts se resserrent un peu plus dans la chevelure laiteuse, font basculer sa tête sur le côté pour que mes crocs puissent venir goûter plus franchement la saveur de la peau diaphane de son cou. Elle hurle presque lorsque ma langue l'accule, lorsque mes canines s'égarent, et ses doigts ralentissent entre mes cuisses. Je ne sais plus quoi faire, la laisser agir, ou la prendre à mon tour, lui infliger les tortures qu'elle m'inflige. Je ne sais plus quoi faire. Je ne sais plus quoi penser. Car ma réflexion est devenue cendre depuis longtemps. Des cendres qui s'envolent sur le vent guidé par nos souffles.
—Je suppose qu'il est inutile de préciser que...
—Il ne se passe rien, elle répond.
Je souris, attrape sa main que je ramène devant mon visage avant de déposer mes lèvres dans l'intérieur de son poignet sur ses joues qui rougissent. Ma langue sort de ma bouche pour apprécier sa peau, glisse dans l'intérieur de sa paume puis le long de ses doigts dont je prend l'extrémité dans ma bouche que afin de langoureusement les embrasser. Edelgard en frémit... Elle est... tellement sensible, surtout lorsque je tourne ainsi autour de ses doigts que je recouvre de tout mon désir pour elle.
Je recule, elle s'avance, sa tête se lovant dans le creux de mon cou et tout son corps tremble lorsque je glisse mes mains sous son pantalon pour caresser ses fesses. Ce n'est d'ailleurs que maintenant que je remarque que mon attitude a fait cesser ses gestes. Et... au vu de ce que je m'apprête à lui faire, cela n'est pas plus mal ainsi.
Je ressors de là, fatiguée d'attendre plus longtemps, et la soulève pour la coller contre mon bassin afin de la porter jusqu'à ma chambre. Je la jette presque aussitôt sur mon lit avant de moi-même me jeter sur elle pour posséder sa bouche en l'embrassant passionnément. Ses abdominaux se contractent et son ventre se soulève lorsque mes mains vont défaire les dentelles couvrant sa poitrine qui pointe vers moi. Je m'empresse d'aller y goûter et je l'entends gémir lorsque ma bouche se ferme sur ses petites montagnes de chaire rosée. Elle est tellement belle, je pourrais faire ça toute la nuit. Mon genoux presse contre son entrejambe, ses cuisses se referment sur moi. Je n'ai qu'une seule envie, c'est de voir par moi-même à quel point elle a envie de moi, à quel point son désir relâche ses larmes particulières.
Je me redresse le temps de faire glisser mon pantalon sur mes jambes, me repenche de nouveau sur elle pour enfouir mon nez dans ses cheveux blancs, me débarrassant définitivement du tissu d'un très agile mouvement de jambes. J'ai envie de sentir mon corps nu frotter contre le sien, m'accaparer son odeur, sa chaleur, sa saveur... Elle gémit lorsque mes dents se referment sur le lobe de son oreille, et que ma langue glisse sur la partie supérieure. Ou bien... peut-être gémit-elle sur mes doigt qui viennent de s'aventurer dans son pantalon et rencontrent maintenant la douceur de son aine.
—Edelgard... je murmure. Vous êtes trempée...
—Taisez-vous...
Tant de confiance, mais aussitôt envolée lorsqu'il s'agit d'elle se mouvant sous mes doigts. Et j'y trouve un plaisir incomparable. Elle est si fière mais... Il n'y a rien de honteux à autant prendre son pieds.
—Même la nuit précédente, je soupire. Vous ne l'étiez pas autant...
Elle rougit, si cela est encore possible. Je me demande si sa peau peut prendre la couleur du pull qui est resté dans le couloir et j'ai réellement envie de tenter l'expérience. Je descend un peu plus mes doigts sur le nectar qui s'écoule d'Edelgard, avant de glisser lentement, très lentement en elle. Son vagin se resserre et se contracte sur mes membres lorsque je caresse la partie interne de son sexe. Je n'ai aucun mal à trouver la zone la plus érogène et prend plaisir à y exercer régulièrement une délicate pression lors de mes va-et-vient, pour finir par plaquer mes doigts dessus lorsque je m'enfonce et me retire. Son corps se cambre un peu plus à chaque fois, et ses cuisses endolorissent presque mon poignet tant elles s'y serrent. Je me demande si... Je ressors mes doigts de son intimité, recouverts de ce liquide qui me donne envie d'aller un peu plus loin et resserre mon annulaire près de mon index et de mon majeur avant de m'approcher de nouveau d'elle.
—Arrêtez-moi si cela devient difficile...
Je m'enfonce de nouveau en elle avec bien plus de délicatesse que précédemment pour ne pas lui faire mal. Ses mains s'agrippent dans mon dos et tout son corps, minuscule à cet instant, se serre contre le mien. J'y vais doucement, dans un premier temps pas trop profondément pour lui permettre de se détendre. La place que j'occupe en elle, plus importante, peut aussi devenir douloureuse bien que cela ne soit pas ici l'effet recherché. Non, je veux seulement qu'elle me sente... Qu'elle ne sente plus que moi, mon emprunte, mon emprise, ma présence sur et en elle.
Nos corps unis basculent sur le côté et Edelgard se retrouve presque entièrement blottie dans mes bras. L'une de ses mains quittent mon dos, glisse sur mes côtes, sur mes hanches, jusqu'à se poser sur mon poignet qu'elle enserre délicatement. Elle me guide, je la laisse faire lorsque je comprend qu'elle me permet d'y aller plus franchement. Je sens ses muscles se détendre, me faire de la place, et retrouve le rythme des caresses que je lui infligeais précédemment.
—Byleth... Je... V- Vous...
Je ralentis de nouveau en écartant un peu ses cuisses avec les miennes pour me mouvoir plus facilement. Ses yeux sont perlés, sa respiration si... difficile. Malgré cela, j'ignore comment arrêter, j'ignore si elle le veut. La seule chose qui m'obsède est le son qui s'échappe de sa bouche tremblante.
—Au vu de la situation, Edelgard... Je crois que nous pouvons de nouveau nous tutoyer...
Elle sourit, peste, et m'embrasse en basculant sur moi. Lorsque je ferme les yeux pour apprécier la saveur de sa langue, un épais voile de coton m'entoure. Elle fait glisser son pantalon et je me redresse à peine pour lui faciliter la tâche. Dans l'action, mes doigts ont quittés son intimité mais une fois sa culotte au sol, elle n'attend pas que j'en retrouve le chemin et attrape ma main qu'elle dirige de nouveau vers sa vulve. Je ne me fais pas prier, d'autant plus que la vue qu'elle m'offre... à genoux au dessus de mon bassin, le sien s'enfonçant généreusement sur mes doigts, m'emporte sur une autre planète. Elle se soulève, s'abaisse, décrits des gestes d'avant en arrière pour s'essayer à des mouvements jusqu'à trouver les meilleurs va-et-vient. Alors je la laisse faire, remuant à peine mes doigts en elle, presque immobile. Sa main posée sur mon ventre sur laquelle elle prend appuie, le bras tendu, brûle ma peau comme si elle y avait déposé des braises. Ha... J'ai envie d'elle, moi aussi... Mais le plaisir que je ressens à la voir ainsi s'offrir à moi prend le dessus sur tout le reste.
—Edelgard... Tu es... Tellement belle.
—Est-ce pour cela que... elle essaie d'articuler. Que tu es venue à moi... ?
C'est vrai. Ce soir là, elle est la première chose que j'ai vue en entrant dans ce bar. Et elle a tout balayé. Aujourd'hui, ce n'est pas seulement sa beauté qui m'appelle, mais tout ce qu'elle dégage. Je ne parle pas uniquement de sa chaleur, de son odeur, mais de la puissance qui émane d'elle, assez pour briser tous les interdits que je m'étais fixée. Ne serait-ce qu'à la seule façon que je m'autorise à souffler son prénom dans cette incendiaire obscurité.
Et puis... elle s'arrête, se lève juste assez pour se dégager de mes doigts. Mon regard l'interroge mais elle n'y prête absolument aucune attention puisque ses lèvres se dirigent sur mon ventre pour remonter lentement sur mes seins. Ses cuisses basculent sur le côté et me permettent de nouveau de bouger bien que... elle ne m'ait jamais vraiment privé de ma capacité à me mouvoir. Ha... Ses lèvres sont si douces lorsqu'elles effleurent ma peau... si tendres... si chaudes... Au moins autant que l'est sa langue qui trace des symboles imaginaires de toute forme sur mon épiderme qui s'embrase. Une de mes mains passe presque mécaniquement dans ses cheveux, l'autre trouve sa jambe le long de laquelle elle remonte, et puis bientôt sa cuisse... La tentation est tellement forte... Que je l'attrape, remonte sur ses fesses pour la saisir par la taille et la faire pivoter.
Son bassin se retrouve au dessus de ma tête et son corps frémit lorsque mon souffle chatouille son sexe encore chaud. Je suis tellement absorbée par la vision qui s'offre devant mes yeux grands ouverts que je ne pense même pas au fait qu'elle aussi, dispose de la même. Ce n'est que lorsque sa respiration brûlante fait se soulever mes cuisses en de très légers spasmes sous l'excitation que je réalise vraiment la position dans laquelle on se trouve, mise à nue, à la merci l'une de l'autre. Et... lorsque sa langue glisse sur mon clitoris que je lui présente presque, ma bouche rejoint le sien. Mes mains ne tardent pas à trouver ses fesses que j'empoigne pour accentuer ce... contact. J'embrasse bien plus franchement sa vulve, fait rouler son clitoris sous des coups de langue bien précis, rapides, car je sais déjà ne pas pouvoir tenir longtemps. C'est embarrassant, en quelques sortes, mais c'est également là la parfaite occasion de pouvoir jouir mutuellement. Je veux que son plaisir fasse écho au mien jusqu'à demain encore.
Mon bassin ondule sur le même rythme que la danse de ma langue sur son intimité que je découvre d'une très savoureuse façon, bien que cela ne soit pas la première fois. Le goût du désir qu'elle ressent pour moi prend entièrement possession de mon palais... C'est aussi salé que des larmes. Est-ce donc cela, la saveur d'Edelgard ? Rien que d'y penser... Je craque littéralement. Je commence à remuer bien rapidement pour essayer d'accentuer la pression de sa bouche sur ma vulve. A force de me concentrer sur la sienne, j'en oublie presque qu'elle aussi... Ha... Non, l'oxygène dont elle me prive sous l'intensité de ses mouvements ne peut définitivement pas me faire penser à autre chose qu'à ses assauts certains. J'imagine sa bouche, s'ouvrir et se refermer sur mon clitoris... Sa langue passer délicatement, sensuellement, âprement entre mes lèvres. Mon ventre se contracte, cette expérience est un délice... La sensation est si bonne que... Je me demande comment elle peut seulement exister.
Je souffle son nom entre ses jambes et accélère. Elle comprend devoir en faire autant si l'on veut espérer caresser le ciel au même moment de la même manière. Je crois que nous n'avons jamais été si proches du but. Je l'aide du mieux que je peux en remuant mon bassin, ma position étant bien plus pratique que la sienne. Ses jambes tremblent lorsque mes doigts y glissent, elle est fébrile et ne tient plus. Encore quelques minutes... Edelgard... Juste quelques minutes, assez pour te goûter... Je glisse de son clitoris jusqu'à l'entrée de son vagin que je découvre d'une merveilleuse façon. La saveur aussi, n'est pas la même, et lorsque ma langue pénètre à l'intérieur, en caresse l'entrée, le souffle d'Edelgard refroidit et je l'entends crier.
—By... Byleth...
Mon propre prénom meurt entre mes cuisses quand elle m'embrasse de nouveau. Je me me sens toute chose, n'existe déjà plus, et il ne suffit que de quelques secondes pour que tout ce plaisir implose. Je ne peux plus le contenir, je ne peux plus le retenir. Ma voix s'échappe de ma bouche, la parole me fuit, mais ce qui me rassure, est d'entendre cette mélodie. Nos notes qui se mêlent, se rejoignent, et s'élèvent. Je jouis... Je jouis comme jamais je n'ai jouis, avec elle, El avec moi. Il n'y a point mot pour décrire cela, cette intensité, cette puissance. Une détonation dans l'air, la colère d'un orage, puis le calme après la tempête.
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C'est la première fois qu'une femme ne quitte pas ma chambre après l'amour. Encore un accord tacite qui cette fois, ne saurait être troublé. A quoi bon, de toute manière, puisque nous nous retrouverons demain. Autant passer la nuit ensembles, surtout que celle-ci ne fait que commencer...
—Edelgard... je murmure.
J'attire son attention, sa tête penche vers moi, mes yeux longeant ses côtes que je détaille, une à une, alors qu'elle est allongée sur le ventre à mes côtés.
—N'espère pas gagner mes faveurs ainsi.
Elle plisse les yeux, s'offusque, s'indigne. Ce n'est pas désagréable, au contraire plutôt plaisant.
—Rassure-toi, je n'ai aucunement l'intention de te flatter pour arrondir mes notes.
Elle s'approche, ses bras passent de part et d'autre de mes épaules, ses seins se posent délicatement sur les miens.
—Bien qu'il demeure encore certains domaines où il me faut m'exercer...
Sa langue vient caresser mes lèvres. Je tremble déjà. Je capture sa bouche, fait taire cette fierté en étouffant sa voix, et la fait basculer.
—S'il ne s'agit que de cela, il se peut que j'ai deux ou trois choses à te montrer...
Quelle ironie, il aura fallu que mes règles se brisent pour accepter telle emprise. Car je ne peux plus le nier.
Nul besoin de contrat dans cet obscurité.
