Après avoir marché des jours et des jours, s'arrêtant parfois dans une ferme abandonnée, parfois au cœur de la forêt peu dense qui interrompait les champs, ils tombaient sur deux cadres de vélos en état acceptable dont Daryl remplaçait les roues collés aux bétons par d'autres trouvées dans un boutique de sport qui avaient conservé leurs formes. Les quelques moments perdus à chercher leur chemin et à fouiller des bâtiments vides furent rattraper en quelques coups de pédales. Carl n'était pas très confiant en enfourchant son véhicule mais une fois son équilibre trouvé, il commençait à en apprécier la praticité, surtout sur les immenses routes goudronnées. De temps en temps, il esquissait un sourire franc en prenant un peu de vitesse.

Ils arrivaient bientôt aux abords d'un grand complexe en verre et métal, cerclé de vide et de mort. Les quelques âmes ayant réussi à rejoindre le centre avant sa fermeture avaient fini par se retrouver coincé entre la horde au-dehors et les infectés à l'intérieur. L'épidémie avait frappé tôt dans cette partie du pays lorsque personne ne savait de quoi il en retournait, comment supprimer la menace ni où elle se nichait. Ceux restés à l'extérieur créaient un brouhaha continu qui attirait ceux de l'intérieur vers les vitres renforcés par une structure de métal, faisait un nouveau boucan qui excitait ceux de l'extérieur et ainsi de suite, sans fin. Le reste des habitants de la petite ville, à l'inverse, avait soit fui, sous la forme de vivant ou de mort, soit rejoint les marcheurs du centre commerciale. Ainsi ils trouvaient de multiples trésors derrières des portes en lambeaux sorties de leurs gonds, de quoi alléger l'atmosphère.

T'imagine qui devait vivre ici avant, qu'est-ce qu'ils sont devenus à ton avis ?

Il posait des questions plus pour remplir le silence qu'autre chose alors qu'il attrapait de nouveau vêtements dans les placards d'une chambre de jeune homme qui devait avoir quelques années de moins que lui en abandonnant son foyer. Quoique... En attrapant un t-shirt XL, où on aurait pu le faire entrer deux ou trois fois, il abandonnait le projet.

Daryl n'était pas doué pour la conversation, du coup, le jeune homme passait le plus clair de son temps à l'assaillir de questions, quitte à se faire réprimander quand le chasseur tentait de se concentrer quelques secondes. Ce n'était jamais méchant, au contraire, il y avait un certain amusement dans la voix de Daryl quand il se plaignait de sa curiosité.

Nan, je m'en fous. Soit ils se sont fait bouffer, soit ils ont fui et ils ne repasseront jamais dans le coin de leur vie. Dans les deux cas, ça ne change rien à ma vie.

Oh soit pas aussi cynique !

Cynique ? Tu sais ce que ça veut dire au moins ?

Bon, c'est vrai que le gamin utilisait parfois des mots qu'il avait entendu sans savoir la définition exacte, et une fois ou deux, il les avaient un peu mal compris, mais il y avait des limites à son illettrisme. Il préférait ne pas répondre aux moqueries et changeait de pièce. C'était une seconde chambre, celle d'une petite fille rose et violette, avec un lit de princesse et des poupées dans tous les coins, il avait grandis dans univers opposé à celui-ci mais tout autant décoré, avec des chevaliers et des dragons-dinosaures. Il s'en souvenait peu en réalité, mais il aimait bien faire courir ses doigts sur les bibelots avant de revenir dans la réalité. La journée était bien installée et il était temps de s'attaquer à leur objectif.

Ils sortaient de l'appartement ou ils avaient passé la nuit, et se retrouvait face au monstre de béton qu'ils observaient depuis ses derniers jours, dont l'un des côtés réservé aux bureau et protégé par des grilles, était facilement accessible depuis la sortie de leur bâtiment. Cependant, même si cette partie semblait majoritairement vide les une surprise pouvaient toujours les attendre dans une arrière-boutique.

C'est par la porte réservée au personnel qu'il s'introduisait en un coup de pied de biche bien placé avant de coincer la porte avec attention. Ils se retrouvaient dans un long couloir interrompus par des portes lourdes, fermées pour la plupart, inondé d'un silence plutôt rassurant. Ils avançaient prudemment de bureau en bureau, frappant doucement sur les planches de bois avant de tendre l'oreille, s'assurant que tout était bien vide. Ils montaient un étage dans le petit escalier interdit au public, plongé dans le noir complet et se retrouvait dans le même couloir, sur le même sol plastiqué, avec les mêmes murs blancs et bleus, les mêmes portes.

Il n'y avait rien dans cet aile privée que des paquets de biscuits laissés ouverts par des employés. Par contre, en passant par l'espace commerciale du centre, ils pouvaient rejoindre l'espace de stockage et avec un peu de chance, des denrées sèches, lyophilisées et conservée en parfait état. Pour ça, il devait aussi se frotter à la menace des marcheurs. Daryl était un peu mal à l'aise avec les grands espaces qu'ils auraient à traversés et le manque de cachette qu'offraient les boutiques aux entrées dépourvues de portes, ou même de quatrième mur...

Je peux faire diversion et les ramener vers les autres dans le hall pendant que tu rejoins l'autre côté si tu veux, proposait Carl face à la mine froncé du chasseur.

Nan, tu risques de te faire prendre en sandwich, ça vaut pas le coup. On reste ensemble et on y va doucement. Aucun bruit.

Appuyant bien ses derniers mots d'un regard paternaliste, le gamin répondait en zippant sa bouche du pouce et de l'index avant de jeter la clef loin derrière lui, s'attirant un nouveau regard, plus fatigué qu'amusé...

OoOoO

Le réveil était glacial. Les hommes avaient passés la nuit dans les courants d'air et la merde d'un entrepôt ou moisissaient d'anciens troncs de bois et planches non-traitées qui attendaient encore d'être envoyée à travers tout le pays. Ils se levaient d'humeur massacrante, prêt à rendre le coup de traitre qui s'était planté dans le dos du groupe entier en découvrant la mort de leur frère. Le deuil fut rapide et la haine avait remplacé la pitié pour ce pauvre Dan. Pour Joe, c'était la tristesse qui le murait dans un mutisme qui mettait ses ouailles en plus à cran. Il avait perdu deux fils, le premier bouffait le chiendent par la racine, et le second avait fui, piétinant tout ce qu'ils avaient construit. Il aurait préféré qu'on lui crache à la gueule, il aurait pu pardonner ce geste incompréhensible si on lui avait laissé une excuse, une raison, au fond de lui, il voulait croire que ce n'était pas sa faute. Alors pourquoi Daryl n'avait-il pas eu la même confiance que celle qu'il vouait à cet enfant perdu sans son frère qui le suivait comme une ombre. Il était déçu, et une fois cette confiance en morceaux, il ne pourrait jamais la rendre à quiconque, Daryl ou autre.

Il s'était levé à l'aube, en fait, il n'avait pas fermé l'œil de la nuit, ressassant les événements qui l'avait mené à ce désastre. Ils auraient dut égorger le gosse à l'instant où il avait senti son influence perverse sur les hommes, ce plaisir qu'il prenait à séduire, jouant de ses charmes enfantins.

T'inquiète pas Joe, on va leur faire payer.

Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il lui ait passé à l'esprit, comment cette petite pute l'a retourné contre nous !

Excédé, il envoyé un coup de pied dans le mur, faisant vibrer un instant les planches marronnasses. Len baissant les yeux modestement, un air trop compatissant au visage.

Peut-être qu'il avait juste besoin d'une excuse pour s'en aller, il m'a déjà attaqué plusieurs fois… J'ai peur en pensant à ce qu'il pourrait faire à se pauvre enfant.

Y'a aucune raison qu'il s'en soit pris à Dan juste comme ça, ils s'entendaient plutôt bien !

Une nouvelle dispute risquait d'éclater et ce n'était ce que Joe désirait, pour l'instant le groupe devait rester soudé sur la même longueur d'onde. Peu importe si leur motivation étaient différentes, tant qu'ils tranchaient la gorge de leur opposant. Non, en fait, la mort était trop douce pour eux, ils ne s'en sortiraient pas aussi facilement. Il s'imaginait déjà chaque lente étape de leur mise à mort, les coups, les reproches, les regards sanglant, leurs tripes mises à l'aire libre, avant de les laisser là, le cerveau intacte.

On est parti dans quarante minutes ! Tout le monde sait ce qu'il a à faire !

Ils acquiesçaient, rassemblant leur bordel et cachant les preuves de leur passage avant de reprendre la route. Ils croisaient parfois un mort qui s'était perdu ou un rapace guettant des charognes, les plus déterminés menaient la marche Len boitant maladroitement sur sa béquille quelques centimètres trop petite. Harvey fermait la marche, pestant contre cette situation délicate. Il avait fait campagne, essayant de trouver milles excuses au seul compagnon qu'il avait considéré comme un ami, le gosse aussi il l'appréciait. Ce n'était pas une mauvaise graine. Il aurait peut-être voulu partir avec eux en réalité. Il ne savait plus, ça lui donnait mauvaise mine. Ils savaient bien ou Daryl irait se terrer, aussi, alors que le centre commercial s'élevait au-dessus de petit immeuble, ils glissaient dans les rues, à l'attente du moment parfait.

Lou faisait le guet, essayant d'apercevoir les mouvements à l'intérieur du bâtiment, plus facile à dire qu'à faire. Sa vue était loin d'être globale, et la plupart des pièces étaient rendue invisible par des stores vénitiens ou juste la poussière sur la vitre. Il dut avouer son impuissance sur la nouvelle fréquence du groupe, il fut décidé qu'il attendrait le soir pour se frayer un chemin jusqu'à leur cible. Tous se préparaient à attendre les quelques heures qui les séparaient du crépuscule, certains partaient faire un tour dans les environs, Len désassembla son arme pour la nettoyer, Lou sortait de son sac de quoi grignoter, Billy s'amusait à faire rebondir une balle de tennis sur les murs, y laissant de petites tâches grises. Joe avait les yeux figés sur son objectif, il réfléchissait, longtemps, avant de sortir un vieux livre de mythe et légende peu connus.

Le temps passa plus vite qu'ils ne l'auraient voulu. Ils s'étaient regroupés avant de partir en trois groupes, un pour l'entrée des employés, le deuxième pour la sortie sud, à l'opposé de la principale et le dernier, plus petite, restait en retrait pour surveiller les environs, légèrement paranos à l'idée que les deux puissent se faire la malle en douce.

Ils progressaient dans un silence méthodique, ils savaient être efficaces quand ça importait. L'endroit étaient désert, un mort ou deux derrière des portes fermées à clef sans plus. La plus grande partie du rez-de-chaussée était consacrée à l'espace commerciale et en quelques minutes ils se dirigeaient vers les étages. Même constat, ils finirent par se rejoindre dans l'une des boutiques les plus excentrées, de ce qu'ils en savaient, les deux étaient sans doute en train de piller les ressources, n'étant partis qu'avec le strict minimum.

Joe ? soufflait Tony, jetant un œil à l'angle d'un virage un peu en avant du reste du groupe. Je les ais en visuel.

La surprise les fit frissonner de plaisir, c'était enfin le moment tant attendu de prendre leur revanche. Ils salivaient à l'écoute des murmures de leurs proies qui discutaient sereinement sans qu'ils ne puissent déterminer de quoi.

En position.

Sur l'ordre du chef, ils enlevaient le cran de sureté de leurs armes, pour ceux qui avaient la chance d'avoir mis la main sur un automatique, et raffermissaient leur prise sur le manche. Ils se déplaçaient avec lenteur, refermant le piège autour de leurs proies, retenant leurs respirations avant d'enfin confronter leur cible. Même si Daryl commençait sérieusement à s'agiter, jetant des regards un peu partout, il ne parvint pas à déterminer l'origine de ses angoisses. Ils l'observaient par bref coup d'œil vigilant, craignant avant tout d'être repéré, jusqu'à ce que l'assaut soit donné. Sous le sifflement discret, ils se précipitaient hors de leurs cachettes, pointant leurs armes sur le même point, entre les deux yeux du chasseur. Seul dans le hall dénudé. Après une seconde pour comprendre la situation, toutes les paires d'yeux se mirent à chercher le gosse dans tous les sens. Toutes sauf une. Les yeux de Joe restaient figés dans la rétine de sa pupille, débordant de ressentiment qui fit frissonner le plus jeune de malaise. L'intersection offrait deux autres issues qu'ils n'avaient pas pu couvrir, d'un geste de la mâchoire, ils envoyaient deux hommes les explorer, certains de finir par coincer Carl dans un cul de sac. Les autres gardaient toute leur attention portée sur leur ancien camarade, le toisant avec un mélange de déception et d'appréciation. Ils étaient du genre à aimer le sang, et Daryl représentait une proie délicieuse, la chasse leur donnait un peu de divertissement dans ces temps des plus ennuyeux.

Vous étiez pas très discret, si je peux me permettre, fanfaronnait-il pas trop fort, les mains en évidence mais un grand sourire aux lèvres.

On t'a quand même choppé ! rétorquait Tony en s'approchant encore un peu, baisant son arme vers le cœur de sa victime.

Ouais, on verra ça.

Il ne semblait pas comprendre dans quel genre de merde il s'était foutu… Espérait-il que ces anciens camarades n'osent pas s'en prendre à lui ? S'aurait été naïf de sa part.

J'ai vraiment envie de croire qu'il y a une bonne raison pour laquelle toi et le gosse avez tué l'un des notre. Alors, si tu veux t'expliquer, on t'écoutera.

Je lui aie tranché la gorge y'a rien d'autre à dire.

Ils se perdaient dans leur regard, essayant de déchiffrer les pensées qui filaient à toute allure, jugeant les mots, l'expression, les mensonges et la vérité. Ils restaient de longues minutes dans la même position, dialoguant à travers de subtiles nuances dans leurs pupilles.

T'avait une raison de le faire, j'en suis sûr.

C'était un porc, je lui faisais pas confiance, c'est tout.

Il n'en tirerait pas plus. Le chef ordonnait qu'on le ligote avant de s'intéresser à la logistique, allant trouver dans le dédalle des boutiques une fenêtre qui donnait sur le côté du parking réservé pour prévenir le reste de la bande. En revenant dans la pièce principale, les hommes avaient déjà commencé à s'installer dans une boutique en retrait et Daryl gisait au sol, enroulé dans de la corde.

Désolé Joe, on n'a pas trouvé l'a pas trouvé, soit il se cache, soit il a réussi à sortir.

D'accord, on va faire des tours de garde, par deux, et commencer à bloquer les escaliers, je voudrais pas que les marcheurs nous remontent.

Tous se pliaient aux ordres, investissant les lieux comme ils en avaient l'habitude.