Konbanwa !

Et me revoilà avec un septième chapitre, bien plus long que les autres. J'avoue qu'il fût un peu laborieux à l'écriture, mais j'espère tout de même qu'il vous plaira !

Encore une fois, n'hésitez pas à me partager votre avis, n'oubliez pas que vos réactions sont le moteur de notre écriture !

Je vous laisse à votre lecture.

Votre dévouée Hana.

Chapitre 7.

D'amour en abhorration.

A l'aube d'un nouveau jour, deux yeux aussi obscures qu'une nuit dépourvue de lune, scrutèrent l'horizon face à eux, pourtant aveugles de la beauté qui les entourait. Quelques mèches ébènes effleurant sa peau d'albâtre au grès de la légère brise qui lui embrassait le visage. Des pupilles si sombres, que l'on ne pouvait apercevoir l'étendue du paysage qui se dressait dans un camaïeu de pourpre, d'or et d'azur dans leur reflet, tant ce tableau s'étirant à perte de vue était absorbé par l'infinité de leur gouffre. Seules les ténèbres semblaient maîtres de ce regard glacial. Qui se risquerait à s'y plonger, se retrouverait inexorablement aspiré dans cette infinité obscure de haine sans issue, tournoyant pour l'éternité jusqu'à en perdre l'esprit.

La vengeance, seule lumière aux tréfonds de ces prunelles destructrices. Tel un brasier ardent, ravageur de sa fureur se reflétant sur un morceau de miroir brisé, faisant écho au malheureux qui oserait y jeter un œil, renvoyant l'image de la prochaine victime de cette furie incontrôlable.

Brisée, voilà ce qu'était son âme, aussi tempétueuse que le dieu Susanoo* lui-même, rependant sa folie sur terre au grès de son vent meurtrier. La solitude rampant derrière lui inlassablement telle la grande faucheuse venant chercher son butin.

La tête baissée, les paupières closes, il ne pouvait empêcher le déferlement d'images, de souvenirs de son passé lui frapper l'esprit. Des corps inertes, du sang, des larmes. Les siennes, celles de ses parents et enfin, dans un éternel retour en arrière auquel il ne pouvait échapper, contre sa volonté, une lune de sang, aussi pourpre que les larmes dévalant les joues de son frère aîné.

Lui, héro dans l'ombre, mais considéré comme le pire des traîtres à sa nation. Lui, représentant le courage et le sacrifice ultime. Sans reconnaissance aucune. Condamné au déshonneur et aux tourments qui l'accompagneraient dans l'au-delà immuable.

Le jeune homme au teint blafard, la tête toujours basse, aveugle du monde qui l'entourait, porta ses mains à ses tempes, permettant de les masser de la pulpe de ses doigts. Recherchant dans un espoir futile, la félicité de la migraine qui lui envahissait le crâne.

Ce sont tous des traîtres. Je te vengerais et restaurerais la grandeur et la puissance de notre clan. Pardonnes-moi Aniki… Aniki… Voudras-tu t'entraîner une dernière fois avec moi ? Lorsque tout sera fini. Pardon... pardonnes-moi Aniki...

A ces dernières pensées, il ne put brider la boule de culpabilité qui lui comprimait la gorge. Avec cette sensation, plus réelle que son esprit, d'une pichenette complice si familière mais pourtant si lointaine sur son front.

L'éphèbe rouvrit ses paupières, surprit de voir le paysage qui s'étendait face à lui dans des reflets plus brouillés les uns des autres, aux couleurs presque indiscernables. Il sentit contre son grès, un liquide cristallin couler le long de ses joues. D'un mouvement rageur, il effaça ces infimes traces de son humanité perdue du revers de sa manche.

Une jeune femme à la chevelure aussi flamboyantes que les flammes de l'Enfer, s'approcha de lui. D'un délicat mouvement de bras, elle effleura l'épaule du jeune homme taciturne, de la pulpe de ses doigts pâles. Ressentant sa haine transpirer à travers tous les pores de sa peau, elle voulut lui adresser un mot de soutien et de réconfort. Voulant une fois de plus lui témoigner de sa fidélité indéfectible. En vain.

L'énigmatique vengeur claqua la douce main de sa coéquipière d'un mouvement furieux du dos de sa dextre, plongeant ses profonds onyx reflétant le sang de sa lignée qui tournoyait comme un reflet derrière ses iris, dans les prunelles de la malheureuse.

N'insistant pas, la rousse sentit l'océan envahir ses orbites. Baissant le regard au sol, elle expira un profond soupire, témoin de toute l'agonie de son âme pour cet homme.

La bousculant avec son épaule, il descendit de son perchoir sans un mot pour elle. Elle regarda alors son large dos, l'emblème de son clan délicatement brodé sur son haori immaculé. Elle regarda l'éventail de sa vie s'éloigner inexorablement d'elle.

Sera-t-elle condamnée à ne pouvoir qu'observer de loin ce blason l'écrasant de toute sa noirceur et de tout ce qu'il représentait ? Le clan maudit.

La jeune femme ne souhaitait pourtant qu'une chose, pouvoir se tenir à ses côtés d'égal à égal. Mais l'homme n'avait qu'un seul objectif et elle n'en faisait définitivement pas partie.

Tout ce qu'elle pouvait faire, était de l'aider dans sa quête. Alors quitte à n'observer que de loin son ombre monstrueuse l'engloutir, elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour accomplir sa folie. Elle raserait le monde pour lui.

Elle l'entendit au loin s'adresser de sa profonde voix froide à leur coéquipier à l'humeur pouvant être aussi colérique qu'il pouvait être tendre.

- « Bien, allons capturer ce démon de malheur. »

Il regarda autour de lui de ses yeux de nacre, lunaires, ceux dont on disait qu'ils voyaient tout. Son clan était si fier de cet héritage divin. Rien ne pouvait échapper à leur perception aiguisée. Et pourtant… Il ne put s'empêcher de penser qu'ils étaient tous bien aveugles. Vivre en autarcie n'a jamais permit à qui que ce soit de voir. Cependant, de part sa naissance, il ne pouvait que survivre face à son destin.

La sueur ruisselant le long de son délicat visage à la peau d'ivoire, une goûte parcourant sa mâchoire carrée, il releva la tête vers le soleil et sa chaleur écrasante malgré la saison, essuyant son front de son avant-bras bandé, la brise soulevant ses longs cheveux luisant aux rayons de lumière. Un soupire passa la barrière de ses lèvres, fermant un instant ses paupières. Le brun ramena alors son attention sur son environnement.

Des muscles roulant sous des peaux semblables à la sienne. Des fronts bandés comme le sien. Des expirations sifflantes sous l'effort. Des êtres égaux à lui, la tête baissée par le poids du sceau sur leur front, plus lourd que leur vie, travaillaient de concert pour restaurer la fierté du complexe Hyûga.

Son regard balayant le chantier et ses alentours, il ne put qu'apercevoir, avec une certaine boule acide pesant au creux de son estomac l'injustice. Ces fronts lisses, libres et altiers qui prenaient le thé à l'ombre des indestructibles ginkgo qui bordaient ce qui était autrefois la cour intérieure. Sirotant leur orgueil au fond de leur tasse. Alors qu'eux-mêmes, êtres inférieurs à leur propre famille, se tuaient, le dos fourbu à la tâche.

Si seulement il était né au sein de la branche principale. Lui, le prodige de son clan gaspillait son talent inné à ces basses besognes, grignotant encore un peu plus sa fierté à mesure que ses yeux scrutateurs s'attardaient sur les dirigeants du clan. Tous, Bunke ou Sôke devraient participer à cet effort. Ne faisaient-ils pas tous partis de la même famille ? Ne faisaient-ils pas tous partis de ce même village ? Pourquoi l'un des génies de sa génération devrait rester dans l'ombre de préceptes aussi vieux que leur monde. Sous prétexte de ne pas avoir le bon sang coulant au travers de ses veines bleuies.

Son clan se plaisait à dire qu'il existait pour la protection de Konoha, presque comme une mission sacrée, ou plutôt un cadeau dont il faisait grâce au village. Les membres de la Sôke étaient fiers de ce rôle prépondérant qui leur apportait une place de choix au sein de la bourgade ainsi qu'un statut plus noble que les autres clans. Mais le jeune homme savait que tout n'était que prétexte. Ambitions et désir de grandeur déguisées sous des kimonos de soie pure, d'étoffes et de bijoux de la plus grande facture, comme uniforme d'honnêteté leur poing souple comme arme, bouclier pour et contre le village et ses habitants. Voilà où était la réalité. Son clan servait les intérêts de la feuille, tant que celle-ci n'interférait pas dans leurs sombres affaires. Voilà ce qu'il protégeait réellement. Des secrets héréditaires, plus obscures les uns que les autres. Il en avait été un témoin direct, son père offert en sacrifice.

Il le lui avait dit, rien n'est plus important que la famille. Son rôle était de protéger la branche principale du clan. Enfant, le jeune homme qu'il était aujourd'hui avait été fier de cette attribution. Fier de protéger la précieuse et délicate hime, l'héritière. Dans l'innocence pure, il avait prit cette responsabilité à cœur, comme une mission de premier ordre pour le futur shinobi qu'il serait. Ô fier ça oui il l'avait été, galvanisant son rêve d'enfant. Cette vision candide qu'il avait alors de sa famille. Même après la géhenne de la pose de l'oiseau en cage sur son front juvénile encore immaculé. Pour l'amour de son clan, pour le regard toujours couvant de son père, et surtout pour les prunelles de sa jeune cousine, se dérobant toujours sous le poids des autres, il était resté fort et imperturbable dans sa tâche.

Le jeune homme se souvenait de ce matin de juin. Le soleil brillait à l'extérieur, la chaleur n'étant cependant pas étouffante. Il se souvenait de ce jour comme d'une belle journée d'été, où la brise était agréable, toutes les fleurs de la saison écloses, et le chant des oiseaux qui babillaient joyeusement. Un entraînement de plus dans le dojo du domaine familiale avec sa merveilleuse cousine, son père, son oncle et les anciens.

Puis il avait vu son père se rouler au sol pantelant, hurlant de douleur. Ses yeux s'écarquillant, les veines du Byakugan se gonflant à l'extrême puis lui rongeant le cerveau comme de l'acide, prêtes à exploser. Ses deux mains s'agripper avec force autour de sa tête, dans un vain espoir d'apaisement. Une terrifiante lueur verte mortifère sur son front. L'écume à la commissure de ses lèvres coulant le long de son menton pour se rependre sur le parquet impeccable couleur de miel du dojo. Le résultat de sa tentative d'insubordination. Le résultat de la malédiction que tous ceux comme son père portaient sur leur figure, toujours cachée sous des bandages. Que lui portait.

Ses yeux naïfs avaient vu son oncle soumettre avec force son propre jumeau, sans une once d'hésitation et de remord. Il avait vu le regard froid, impétueux et colérique du patriarche et la haine pour la première fois dans les yeux de son père et dans son petit cœur bien trop jeune.

C'était donc à cela que servait la Bunke ? Le sceau sur leurs fronts n'était là que pour les asservir, les avilissant chaque jour. Esclaves de la divine Sôke. Voilà quelle était son utilité. Il serait l'esclave de cette petite fille faible, dont même son propre père ne semblait s'intéresser.

A quatre ans, ce jour là, il comprit où était réellement sa place. Il comprit qu'il n'était qu'un oisillon prisonnier de la merci de ses maîtres. Ils avaient le droit de vie ou de mort sur lui.

Il n'était plus le fidèle protecteur de la délicate fillette d'un hiver plus jeune que lui. Elle n'était plus ce joyaux, cet être si cher à son jeune cœur qu'il lui aurait offert sa vie. Mais cette vie était désormais détenue au creux de ces paumes de ses monstrueuses petites mains infantiles, si impuissantes mais pourtant ayant le pouvoir de l'écraser d'un simple mouvement de doigt. Ce n'était plus un présent qu'il lui faisait, elle pouvait tout lui prendre. Arracher, détruire, annihiler, lui, le prodige de son clan qu'il était déjà à son si jeune âge. Elle, la timidité, l'incompétence même, avait ce pouvoir sur lui, le pouvoir de lui retirer toute lueur de vie, d'espoir.

Le garçonnet comprit alors quel était son destin. Et pour la première fois de sa vie, comprit aussi ce qu'était la haine et le désir de vengeance qu'il ne pourrait jamais assouvir.

Pendant longtemps, il s'était laissé ronger par cette haine envers son propre clan. A un très jeune âge, il s'était mit à haïr, haïr tout ce qui l'entourait, haïr sa propre famille, haïr ce qu'il était. Ce destin qui lui paraissait immuable.

Le gong de fin de journée de chantier ramena le jeune prodige au moment présent. Les rayons de lumière se faisaient plus doux, jusqu'à découvrir un soleil s'abaissant peu à peu face à l'horizon teinté de délicats dégradés de bleu encore clair, de mauve, d'orangé en passant même au rose pâle se fondant dans les quelques nuages s'étirant sur la toile infinie des cieux. L'étoile du voyageur brillant déjà au regard des naufragés.

Tout comme ses semblables, le jeune homme s'attela à ranger ses outils avec tout autant de lassitude et laisser leur lieux de travail pour encore plusieurs semaines, aussi propre qu'il se fût, pour ne reprendre que plus ardemment le lendemain.

Restant seul au milieu de ce qui était la cour intérieure du domaine de son clan, se rappelant à ses souvenirs juvéniles où sa tante, la matriarche du clan, s'attelait avec plaisir à entretenir ce jardin traditionnel qui lui tenait tant à cœur.

Il se souvint alors de la douceur et de la gentillesse qui caractérisaient cette femme qu'il avait apprit à aimer comme sa défunte mère qu'il n'avait jamais connu. Prenant de concert son dernier souffle de vie en même temps que son premier cris.

Elle accordait une attention toute particulière à la nature, voulant faire de sa prison dorée, un havre de paix pour toutes plantes. Chaque jour, elle prenait soin de toutes ces pouces, arbres, arbustes et fleurs qu'elle avait elle-même fait germer. Une partie à des fins purement décoratifs, l'autre pour son autre passion. La fabrication d'onguents et autres tisanes de sa préparation pour tous maux de l'homme. Chaque brindille était coupée et récoltée avec délicatesse, comme une prière aux kami*. Chaque bouton de fleur, choyé et nourrit comme une brebis allaitant son chevreau. Chaque arborescence, témoin de ses confidences tantôt douces, tantôt amères, mais toujours solitaires.

Il se souvint avec nostalgie de sa patience, lorsque, l'enfant curieux qu'il était, lui posait mille questions. Prenant toujours le temps de répondre à chacune d'entre elles, sa timide jeune cousine qui semblait à cette époque inséparable à son Nii-san, démontrant tout autant d'intérêt pour ce « miracle des fées » comme ils aimaient l'appeler, ne manquant jamais de faire doucement rire la matriarche, l'éclat joyeux de ses prunelles se reflétant dans celles jumelles de sa fille Hinata.

A ces pensées bien trop lointaines à son goût, il ne put que conclure que finalement, sa jeune hime était le portrait craché de sa mère. Aussi douce, généreuse qu'elle, respirant la bienveillance, toujours à s'inquiéter de son entourage. Il n'était alors pas surprit que la même passion animait aujourd'hui la jeune femme. La confection de nombreux remèdes grâce aux plantes médicinales qu'elle continuait de cultiver avec amour depuis le décès de sa chère mère. Alimentant ses propres essais et expériences, plus ou moins fructueux au fil des années. Se perfectionnant toujours plus dans cet art, jusqu'en devenir un véritable génie reconnu uniquement dans sa médiocrité au sein de sa propre famille.

Certes elle n'avait pas le défit se reflétant au fond de ses rétines comme sa mère, force de caractère dans son paroxysme qui avait réussi à charmer son époux malgré un mariage arrangé et surtout garder sa place de matriarche du clan face à ces anciens toujours autant gangrenés par le souhait du maintien d'une tradition qui n'avait plus lieux d'être, crachant leur venin. Mais finalement, elle n'était que la continuité de celle-ci, non pas l'héritière d'Hiashi son père dans toute sa froideur et son austérité, mais la digne descendante de la bonté et de la douceur de sa mère. Comment avait-il put passer à côté de cela pendant toutes ces années ? La haine est bien trop aveuglante, bien plus que la fierté de leur clan. Bien plus que son propre orgueil.

Fermant son cœur à ce passé révolu et à ses regrets, il se dirigea vers l'intérieur de la seul bâtisse encore sur pied du domaine, la maison principale qui avait, par on ne savait quel miracle, réussi à résister à la destruction de Pain. Foulant le parquet parfaitement lustré, antonyme à tout le reste de leur complexe, d'un pas mesuré vers sa chambre pour pouvoir changer ses bandages à ses mains afin de pouvoir enfin commencer son entraînement.

Le jeune homme se dirigea vers sa table de chevet proche de son futon couvert par un simple drap de chanvre posé à même le sol, où, au fond de son unique tiroir, se trouvait bandages et autres onguents de la confection méticuleuse de sa cousine. Il prit un premier petit pot en terre cuite qui contenait cette fameuse pommade translucide aux reflets verdâtres miracle. Il en appliqua sur ses paumes rugueuses, puis s'attela avec un soin particulier à enrouler les bandages autour de ses avant-bras jusqu'à ses mains, entourant chaque tête de métacarpe du tissu tressé. Une fois cette tâche accomplie, il ne prit même pas la peine de se changer, ni de se rincer le visage. Le brun aux longs cheveux lisses toujours coiffés en catogan bas, se dirigea au contraire directement vers ce qui fût la deuxième cour de la demeure, là où il avait toujours aimé s'entraîner. Outre ses exercices quotidiens, cela avait aussi l'avantage d'extérioriser au mieux toutes ses frustrations qui ne cessaient de s'accumuler au cours de ses journées, plus encore depuis la destruction de leur village.

Ses pieds ancrés au sol en terre battue, il prit une profonde respiration fermant ses paupières, la fraîcheur du crépuscule bien installé emplissant ses poumons. Au bout de son expiration, son regard franc et déterminé, dos au muk yan jong*, il lança son avant-bras droit dans un mouvement vif pour le frapper de toute sa puissance. Tournant sur lui-même pour asséner un autre coup de sa paume ouverte gauche fendant l'air, enchaînant tout aussi rapidement avec un coup de pied latéral. D'un bond en arrière, il lança quelques shuriken, glissant au sol pour se rapprocher, se relevant pour mieux frapper le mannequin de bois de sa plante de pied dirigée vers le ciel.

Le jeune shinobi poursuivit de nombreux enchaînements du même acabit, toujours plus puissants malgré le manque de chakra dans ses coups qui n'auraient qu'augmenté sa puissance et donc pulvérisé le pauvre mannequin de bois qui lui faisait face, bien que les quelques malheureux coups de taijutsu qu'il pratiquait faisaient jaillir divers éclats de bois. Coup de paume droite, gauche, se retourner, coup de coude droit, s'accroupir, appuyé sur l'une de ses jambes tout en tournant sur lui même pour porter un coup de pied bas. Il continua pendant de longues minutes à échanger coups sur coups avec son adversaire inanimé.

La lune dessinant un mince croissant était déjà haut dans le ciel constellé d'étoiles plus scintillantes les unes des autres. Une perle d'eau dévalant sa tempe, pour rejoindre le creux de sa délicate clavicule d'ivoire. Une parmi tant d'autres, souffrantes du rythme échevelé dont leur propriétaire prenait le plus grand soin, le souffle de plus en plus erratique.

- « Neji-kun ! »

A l'entente de cet appellation, le nommé stoppa net son prochain mouvement, son regard gris se dirigeant vers la voix enfantine. Il put apercevoir sans surprise le mince sourire emplis d'éclats orner le visage de sa plus jeune cousine.

- « Hanabi-sama » Répondit le jeune homme, inclinant sa tête vers le sol, le souffle toujours court.

- « Voudrais-tu une tasse de thé ? Je viens d'en préparer ! » Répondit la fillette sans se départir de sa risette.

Se rapprochant de l'engawa* où se tenait sa jeune cousine, le prodige se saisit de la tasse de céramique qu'elle lui tendait. Il en huma avec plaisir les vapeurs qui émanaient de le petite coupe, avant de tremper ses lèvres pour savourer sa boisson. Le jeune homme sentit avec satisfaction le liquide brûlant lui réchauffer l'intérieur de son corps. Il s'assit sur le bord des lattes de bois, aux côtés de Hanabi, prenant le temps de doucement reprendre sa respiration.

Éclairés uniquement par la lueur du croissant de lune, les deux âmes se laissèrent emporter dans la contemplation des cieux, le silence de la nuitée entre-coupé uniquement par leur douce respiration et chants des insectes nocturnes.

- « Dis Neji-kun… Serons-nous toujours là demain ? » Glissa le jeune fille, comme une confidence.

Surprit, le jeune homme tourna vivement la tête vers sa cousine qui contemplait toujours les étoiles, le regard bien trop lointain pour une fillette de son âge.

- « Que voulez-vous dire Hanabi-sama ? »

- « La guerre… Serons-nous toujours là à son crépuscule ? »

Il ne put que voir l'angoisse au fond des prunelles de sa jeune cousine. Détournant le regard vers le ciel, il poursuivit.

- « Je serais toujours là pour vous protéger. » Tenta-t-il de la rassurer.

- « Hn... » Souffla-t-elle. Puis, reprenant son expression joviale, elle s'exclama avec enthousiasme. « Je m'entraînerais toujours plus dur pour t'aider ! Moi aussi je protégerais le clan Hyûga ! »

Neji ne répondit que par un hochement de tête, un rictus sur les lèvres, partagé entre l'amusement et l'amertume à l'entente de ces mots. Elle était encore si jeune et avait toujours ce même regard naïf que lui enfant sur leur famille. Elle n'avait jamais été à l'académie des ninjas comme sa sœur ou lui. N'avait que très peu côtoyé les autres villageois ou vu le monde extérieur. Elle était le pur produit de la fierté et de l'orgueil divin des Hyûga. Il ne partagea cependant pas ses pensées, n'étant après tout pas de la même caste. Et malgré toute l'affection qu'il pouvait porter à cet enfant, il ne connaissait que trop bien sa place.

- « J'ai vu Hinata sortir du bureau tout à l'heure. Otou-sama avait l'air furieux. Je crois que l'Hokage lui a attribué une mission qui ne lui convient guère. »

A ces révélations, le jeune homme ne put s'empêcher de repenser aux événements de la veille. Sa cousine rentrant de mission dans un état déplorable, son regard si étrange sur ses propres mains ensanglantées. Il fit rapidement le lien avec les rumeurs qu'il avait entendu au cours de la journée. Un inconnu avait été ramené dans un état proche de la mort à Konoha. Il ne put que redouter l'objet de cette mission.

- « Si c'est un ordre de notre Hokage, elle se doit de s'y plier. » Répondit-il tout simplement, cachant son trouble, mais ne pouvant contenir les battements de son cœur qui s'emballèrent.

Fin chapitre 7.

Susanoo = Dieu des tempêtes.

Muk yan jong = Mannequin de bois chinois servant aux entraînements d'arts martiaux.

Kami = Dieux japonais.

Engawa = Bande de sol suspendue généralement en bois, se situant devant les fenêtres des pièces de la maison traditionnelle japonaise, formant comme une sorte de couloir extérieur.