CHAPITRE 6

La salle où les élèves prenaient leur repas était l'une des plus spacieuses avec la salle de bal. Elle était d'une telle longueur qu'il fallait un certain nombre d'enjambées avant d'en parvenir à l'autre extrémité. Comme dans la salle de bal, le plafond était joliment orné et d'harmonieuses dorures y serpentaient. De grandes fenêtres laissaient entrer une lumière encore vive à cette époque de l'année. Orientée ouest, cette grande salle permettait d'observer de magnifiques couchers de soleils, quand les jours se raccourcissaient. Ensuite, quand le temps était mauvais ou qu'il faisait déjà noir, c'était les imposants luminaires en cristal qui prenaient le relais. Dans tous les cas, c'était une pièce pleine de grâce qui n'était pas sans rappeler le style de Versailles. Comme à Versailles, de larges peinture tapissaient les murs. La seule différence avec le château de Versailles, c'était qu'ici, les personnages bougeaient et discutaient entre eux.

Quand on passait la porte d'entrée de cette grande salle, on se trouvait donc face à dix rangées de tables d'une longueur inhabituelle. Ces tables étaient recouvertes de belles nappes blanches et la table était dressée comme pour les grandes occasions. C'était le repas traditionnel de la rentrée que l'équipe éducative partageait avec les élèves.

Habituellement, le personnel mangeait dans une pièce qui leur était spécialement dédiée. Pour les grands événements, tel que celui de la rentrée, une exception était cependant faite et une longue table verticale était installée pour eux au fond de la pièce.

Quand Ewen et ses amis arrivèrent dans la salle, les tables étaient déjà bien remplies. Comme le voulait la tradition pour la rentrée, les premières années se trouvaient en bout de table, tout au fond de la pièce, au plus près des équipes éducatives. Quant aux autres élèves, ils faisaient comme ils le souhaitaient. Ewen et ses amis aimaient bien se mettre le plus près possible de la porte. D'une, ça leur évitait de traverser toute la salle. De deux, ils pouvaient voir qui entrait et qui sortait à leur guise, et ça, ils aimaient plutôt bien. Ils trouvèrent facilement des places et attendirent impatiemment l'apparition des plats. Malheureusement, comme c'était le repas de rentrée, il leur fallait attendre que la directrice prononce son discours. Et justement, celle-ci venait de faire son entrée dans la salle.

Ceux qui étaient placés de ce côté de la salle se levèrent comme des ressorts de leur chaise, et le mouvement se répercuta comme une vague jusqu'à l'autre bout de la salle. C'était l'attitude de respect que les élèves devaient adopter dès que leur directrice entrait dans une pièce. Madame Maxime en imposait tellement que personne ne rechignait à se plier à la tradition, même Ewen et Nicolas qui étaient si peu adeptes des règles imposées.

Madame Maxime traversa lentement la salle, ses talons claquant bruyamment sur le sol dans le silence respectueux que les élèves avaient instaurés, mais les enjambées de la directrice étaient grandes et elle ne tarda pas à atteindre la table du personnel.

La place du milieu de table lui était réservée, là où elle pouvait avoir un œil sur toute la salle. Elle se plaça derrière sa chaise, tandis que les professeurs et les autres membres du personnel patientaient debout eux aussi. Finalement, la directrice remercia la salle d'un hochement de tête et incita tout le monde à prendre place. Elle fut bientôt la seule à rester debout et, de par sa grande taille, chacun pouvait parfaitement la voir, quand bien même on se trouvait de l'autre côté de la salle.

– Mes chers collègues, mes chers élèves, commença-t-elle d'une voix forte qui traversa la salle entière. Nous voilà tous réunis ce soir pour partager un repas. Pour certains d'entre vous, aujourd'hui est votre premier jour entre ces murs. Je ne peux que vous souhaiter à nouveau la bienvenue. Aujourd'hui, nous fêtons votre arrivée parmi nous, et nous fêtons également le retour de tous les autres. Demain sera le grand jour, celui où nous allons finalement reprendre toutes nos activités. Nous allons réellement entamer cette nouvelle année qui promet d'être intéressante, car chaque nouvelle année l'est toujours. J'espère une nouvelle fois que vous pourrez tous vous épanouir ici, aux côtés des autres élèves, et aux côtés de tout notre personnel éducatif qui est dévoué à vous faire partager ses connaissances et compétences. Sachez qu'ici, dans cette académie, nous souhaitons que chacun puisse se sentir chez soi. Il est très important que personne ne se sente mis à l'écart. Ainsi, en cas de problème, n'oubliez pas que vous pouvez tout à fait en parler au personnel qui se fera une joie de vous aider. Vous pouvez notamment en parler aux assistants d'éducation de vos Tours. Par ailleurs, tout à l'heure, vous l'aurez sûrement remarqué, mais les noms de vos délégués de Tours ont été affichés dans vos salles communes. Ces élèves de cinquièmes, sixièmes et septièmes années ont été désignés par l'équipe éducative après concertation, et nous avons estimés qu'ils étaient les élèves qui sauraient le mieux vous représenter, mais également vous aider si vous en avez le besoin. Vos délégués sont donc des personnes ressources qui pourront également vous orienter vers les bons interlocuteurs. Ne les oubliez donc pas. Par ailleurs, je souhaitais remercier tous ces délégués pour la mission qu'ils acceptent d'accomplir tout au long de l'année. Nous vous vouons une parfaite confiance et espérons que vous en avez conscience. Sur ces paroles, je vais achever ce discours, car je devine que vous mourrez tous d'envie de découvrir le festin que nos équipes en cuisine vont ont préparé. Je vous souhaite d'ores et déjà une bonne rentrée pour demain matin, mais je n'éprouve aucun doute : elle se passera très bien. En attendant, je souhaite un très bon appétit à tout le monde.

La salle entière souhaita à son tour un bon appétit tandis que Madame Maxime se laissait glisser sur son siège. A l'instant même où elle fut installée, les plats apparurent par magie sur les tables, excitant les papilles de tout le monde. Chacun se servit alors et le ballet des couverts commença.

Nicolas, affamé, avait déjà la bouche pleine alors même qu'il venait seulement de remplir son assiette. Ewen et Paco levèrent les yeux au ciel devant l'estomac sur pattes qu'était leur ami. Quant à Val, Ewen la repéra quelques places plus loin et la vit grimacer de dégout en jetant un œil vers Nicolas. Finalement, Ewen se fit la réflexion que même si elle éprouvait quelque chose pour son ami, cela finirait vite par lui passer.

Le repas passa relativement vite et tous étaient repus quand il fut terminé pour de bon. Les élèves de premières années commençaient déjà à stresser pour leur premier jour tandis qu'ils se dirigeaient vers leurs Tours respectives. Ewen et Nicolas se moquaient d'eux, mais Paco, lui, ressentait le même stress que s'il s'était agi de sa première année. Ses amis en avaient conscience, comme toujours, c'est pourquoi ils avaient déjà prévu de lui changer les idées avant qu'ils aillent dormir.

Ewen poussa la porte qui menait à leur Tour et tous les trois pénétrèrent dans leur salle commune. C'était une pièce ronde équipée de tables, de chaises, mais également de sofas un peu plus confortables. Il y avait également de larges panneaux d'informations sur lesquels étaient affichés, comme Val l'avait dit aux garçons, la liste des délégués désignés pour cette année. Dans un coin de la salle, on trouvait par ailleurs une petite pièce qui constituait le bureau de Yasmine Stohl, l'assistante d'éducation. Cette dernière, comme ses collègues dans leurs Tours respectives, bénéficiait également d'une chambre et d'une salle de bain au même étage que les dortoirs de premières années, ce qui incitait d'autant plus ceux-ci à se tenir à carreau.

La salle commune était décorée dans des tons bleus clairs qui évoquaient bien évidemment la fleur représentative de leur tour : la laitue du plumier. Celle-ci était d'ailleurs représentée en grandeur démultipliée sur le plafond de la salle : sa tige serpentait tout autour de la salle tandis qu'on voyait ses bourgeons éclore un peu partout.

Cependant, ce n'était là qu'une partie de la salle commune. Un escalier permettait effectivement d'accéder à la deuxième partie de cette salle, un étage plus haut. Elle était plutôt semblable à la partie du rez-de-chaussée, à la différence près que cette salle là était uniquement prévue pour la détente. On y trouvait uniquement des canapés et des poufs, le tout dans une ambiance cocooning particulièrement appréciée de tous. Pour couronner le tout, des flammes magiques d'une douce couleur bleuâtre brûlaient dans le foyer d'une cheminée, apportant une impression de chaleur supplémentaire à l'endroit.

C'est dans cette pièce qu'Ewen et Nicolas emmenèrent naturellement Paco. En cet instant, il avait effectivement plus besoin de se détendre que de travailler.

– Je reviens ! annonça alors Ewen tout en se dirigeant vers le sas des dortoirs.

C'était un sas magique, comme celui qui menait de l'ancienne gare moldule jusqu'au palais de Beauxbâtons. La différence, c'était que dans les Tours, il était utilisé en guise de ce qu'on pouvait appeler un ascenseur sorcier. Il suffisait de penser à un numéro pour que le sas vous emmène à l'étage voulu. Ainsi, pour Ewen et ses comparses de cinquième année, il suffisait de penser au chiffre cinq pour parvenir jusqu'au palier de leurs dortoirs. Sinon, il y avait bien les classiques escaliers, mais pour les élèves qui se trouvaient notamment au septième étage, la facilité était bien souvent préférée.

Ewen parvint donc très facilement jusqu'au palier des cinquièmes années et s'empressa de rejoindre son dortoir. Il se lança ensuite à la recherche de ce qu'il était venu chercher, non sans mal car il était loin d'avoir fini de tout ranger. Le jeune homme n'aurait en revanche avoué cela devant Nicolas sous aucun prétexte. Néanmoins, avec un peu d'efforts, il trouva finalement ce qu'il voulait et redescendit rapidement retrouver ses amis.

En les rejoignant, il posa la boîte qu'il avait dans les mains sur les genoux de Paco qui haussa un sourcil.

– C'est quoi, ça ?

– Désolé, il n'y a aucun papier cadeau, je n'en avais pas sous la main. Mais c'est de notre part à Nicolas et à moi.

– Pour quelle occasion ? s'étonna Paco.

– Pour ton anniversaire, pardi ! répondit Nicolas.

Paco semblait perdu.

– Vous m'avez déjà envoyé des cadeaux il y a quelques semaines...

– Mais ça, c'est un cadeau de notre part qu'on souhaitait t'offrir en main propre, expliqua Ewen.

– Bon, tu ouvres ? s'impatienta Nicolas.

– Ouais, ouais, j'ouvre, marmonna Paco. Mais les gars, merci, hein. C'est hyper sympa.

– Attend avant de nous remercier, tu n'as pas encore ouvert et tu nous connais... fit malicieusement remarquer Ewen.

– Maintenant, j'ai effectivement un peu peur ! admit Paco.

– Mais ouvre à la fin ! s'emporta Nicolas.

– C'est bon, j'ouvre. Pas besoin de s'énerver.

Paco entreprit d'ouvrir la boite, sans savoir à quoi s'attendre. Si vraiment c'était un cadeau typique d'Ewen et Nicolas, alors ça ne signifiait rien de bon. Ces deux là adoraient lui faire des farces. C'est pourquoi ce fut avec surprise qu'il découvrit… un livre. En reconnaissant la couverture, il leva de grands yeux surpris.

– Mais… les gars… c'est… bégaya-t-il.

– Le livre dont tu nous bassiné les oreilles pendant des semaines et des semaines, oui ! compléta Nicolas.

– Et comme on est les meilleurs des amis, on s'est dit qu'on allait te l'offrir pour que tu cesses d'en parler une bonne fois pour toutes.

– Vous êtes les meilleurs ! s'exclama Paco en les prenant dans les bras sans pudeur.

En jetant des regards un peu gênés vers les autres élèves qui se trouvaient dans la salle commune, les deux garçons repoussèrent doucement leur ami. Ils n'étaient pas vraiment adeptes de ce genre de démonstrations de joie. Au fond, ils étaient néanmoins émus de voir combien leur cadeau ravissait leur ami. Voir un grand sourire s'étirer sur les lèvres de Paco leur montrait qu'ils avaient réussi leur mission : éclipser un moment son stress et son inquiétude.

– Vous savez que ce bouquin de potion c'est un graal pour tout sorcier ! s'enthousiasma Paco sans se formaliser. Il paraît qu'on y apprend à préparer plein de potions totalement inédites, et puis il y a toutes sortes de conseils pour ne plus jamais louper une seule potion ! Et…

– On est contents que ça te plaise mais calme toi un peu, Paco, l'interrompit Nicolas. Tiens ! Voilà Val, qu'est-ce que tu dis de lui en parler à elle ? Entre intellos…

– Qu'est-ce que tu racontes, Nicolas ? rétorqua celle-ci en entendant son prénom.

Val était en compagnie de sa meilleure amie, Livia. Si Val était le pendant féminin de Paco, en bonne élève exemplaire, Livia était plutôt celui d'Ewen et Nicolas. Livia était une comique qui ne prenait que très peu au sérieux les cours. Elle, ce qu'elle adorait, c'était s'amuser à mélanger l'art classique et la magie.

– Je dis que Paco devrait parler de son bouquin d'intello avec toi, au lieu d'avec nous.

– Pour une fois, tu n'as pas tort, remarqua-t-elle en jetant un regard ironique à Nicolas. C'est perdre son temps que de tenter de t'expliquer quoi que ce soit !

– Et tu le fais pourtant ! s'esclaffa le jeune homme.

– Je dois être bien folle.

– Pourtant, tu adores ça ! fit remarquer Livia derrière elle.

Val se tourna vers elle avec indignation.

– Ben quoi, c'est vrai ! s'amusa sa meilleure amie. Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Ewen éclata bruyamment de rire et Nicolas savait bien à quoi il pensait en l'instant. Il faillit mettre au clair les choses une bonne fois pour toutes, en présence de Val, mais celle-ci était déjà en train de s'éclipser en compagnie de Livia. C'était trop tard pour aujourd'hui, mais il était plus que temps d'en finir avec cette histoire.

– Tu te trompes, fit néanmoins remarquer Nicolas à son ami.

– Tu penses vraiment ?

– Oh que oui !

– Tu ne veux pas aller te nettoyer les yeux ? Il me semble que tu ne voies pas bien clair.

– Je vois très clair, ne t'inquiètes pas pour mes yeux.

– Bah, si tu veux te voiler la face, ce n'est pas mon problème.

– Exactement ! Maintenant lâches l'affaire ou je ramène le sujet Martha sur le tapis.

– Certainement pas ! s'offusqua Ewen.

– C'est bien ce que je pensais.

– Vous devriez faire comme moi, vous savez, intervint Paco qui était en train de feuilleter son nouveau livre.

– Faire comme toi, c'est-à-dire ? s'étonna Ewen.

– Ne pas vous préoccuper des filles !

– Ah mais je ne m'en préoccupe pas, figure toi ! répondit Nicolas. C'est Ewen qui me prête inlassablement une histoire d'amour avec Val.

– Et Yasmine, alors ? rétorqua Paco en jetant un œil vers le bureau de l'assistante d'éducation.

– Ah, mais Yasmine, c'est une déesse. Je n'y peux rien !

Paco secoua la tête en se mettant à rire.

– En tout cas, il vaut mieux de bons bouquins. Ils causent beaucoup moins de soucis !

A ça, Ewen et Nicolas ne répondirent rien, se contentant de partager un regard exaspéré. Un jour, quand l'amour tomberait sur Paco, ses deux amis comptaient bien être aux premières loges pour lui répéter cette exacte phrase, et ils s'amuseraient beaucoup à le faire. Encore fallait-il que cet intello lève les yeux de ses bouquins… ou qu'une fille fasse le premier pas !