Chapitre 15
En cavale
Après que le jeune Malefoy ainsi que l'auror eurent refermé la porte derrière eux, Gawain Robards et Albus Dumbledore se retrouvèrent seuls pour la seconde fois consécutive. Leur première conversation officieuse avait eu lieu au même endroit quelques jours plus tôt, avant le procès de Lucius Malefoy. Gawain ignorait encore à ce moment-là la tournure qu'allait prendre leur échange, et le secret que lui livrerait le directeur. C'est pourquoi, en ce nouvel instant privilégié avec le sorcier, il craignait de ne devoir réentendre des histoires qu'il aurait à cacher au Ministère de la Magie.
« En êtes-vous sûr, Dumbledore ? » Demanda-t-il avidement.
« Je vous l'ai dit. Si les preuves que j'avais accumulé la dernière fois n'était pas suffisantes, elles sont aujourd'hui plus que solides. »
« Ne devrais-je pas en informer les autres aurors ? J'ai avec moi plusieurs hommes de confiance… »
« Il en est hors de question. Mademoiselle Granger est en grand danger et vulnérable si, comme nous le pensons, elle est en fuite. »
« C'est cela que je ne comprends pas, professeur. Pourquoi s'enfuir en sachant que son geôlier est mort ? »
« Mademoiselle Granger sait que si elle était identifiée maintenant, sa réapparition ferait grand bruit, et elle arriverait sans mal jusqu'aux oreilles de personnes mal intentionnées. Si je ne m'abuse, elle ignore toujours que ses parents sont au Terrier, chez monsieur et madame Weasley. Voilà pourquoi elle est partie, Gawain : pour protéger ceux qui lui sont chers. »
« Et le jeune Malefoy alors ? Le croyez-vous quand il affirme qu'il ne sait pas qui elle est ? »
« Oh, j'aurais bien envie de le croire, car il est très convaincant ! Mais la peur se lit facilement dans les yeux de ce jeune homme : n'avez-vous pas remarqué comme il s'agitait lorsque vous lui parliez d'elle ? »
L'auror réfléchit un instant. Non, il n'avait absolument rien vu d'anormal dans le comportement du garçon.
« Peut-être », reprit Dumbledore, « que je m'avance en affirmant ce qui va suivre, mais Drago Malefoy a passé beaucoup de temps dans la salle-sur-demande, là où vous avez trouvé des traces de vie. Nul ne sait si mademoiselle Granger et lui sont devenus proches, cependant, il est possible qu'Hermione ait aussi décidé de partir pour le protéger des griffes de Voldemort. »
« Comment pourrait-elle le protéger ? Et pourquoi subirait-il les conséquences de la fuite d'une captive dont il n'avait pas la responsabilité ? »
« De la même manière qu'elle protège ses parents : en échappant à une révélation publique qui mettrait Drago aux premières loges. Quant à lui, nous ne savons pas quelle part de responsabilité il a auprès d'elle. Voldemort pourrait vouloir le punir comme il a puni son père. »
Vue sous cet angle, la situation paraissait un peu plus évidente. Ce n'était pas de gaieté de cœur qu'Hermione s'en était allée, seulement par sécurité. En réalité, la chasse à l'homme qu'il avait organisé dans l'école en pensant la trouver et la mettre à l'abri l'avait plus fragilisé qu'aidé. Elle avait dû fuir, on ne savait comment, pour se cacher. Et tant que les aurors resteraient à Poudlard, elle ne reviendrait pas. Peut-être même qu'elle était partie pour de bon.
« Vous avez dit que vous aviez d'autres éléments de preuves concernant son identité. Pourrais-je savoir lesquels ? »
« Bien entendu. »
Dumbledore se leva et contourna son bureau. D'un geste de la main, il fit venir à lui un morceau de tissu en pointe rapiécé dans lequel plusieurs trous formaient des yeux et une bouche. C'était le choixpeaux magique. Le directeur le posa sur le bureau, face à Gawain, et l'ouverture qui lui servait de bouche se fendit.
« Vous vous demandez ce que je pourrais bien dire pour vous convaincre que la jeune fille dont vous parlez est Hermione Granger. Sachez, monsieur l'auror, que j'ai été désigné il y a plus de mille comme seul juge de l'âme des élèves de cette école. Je me souviens de vous, lorsque je vous ai envoyé à Serpentard, et si vous me mettiez aujourd'hui sur votre tête, je saurais reconnaitre en vous les mêmes qualités qu'à votre première année. Il en serait de même pour chacun des sorciers de ce pays. C'est de cette façon que j'ai reconnu miss Granger lors de sa répartition, le jour de la rentrée. »
« Quoi ? » S'écria Robards, « vous l'avez reconnu ? Dumbledore, vous étiez au courant depuis tout ce temps ? »
« Bien sûr », répondit-il en replaçant le choixpeaux sur la bibliothèque, « il m'a aussitôt averti qu'une intruse se cachait parmi nous. Ah ! Ne me regardez pas comme ça, il fallait que je sache si je pouvais vous faire confiance avant tout. Je dois avouer que j'ai eu des doutes, à l'annonce de la mort de miss Granger, car il me semblait incohérent que Voldemort ne s'en serve pas comme appât. J'ai partagé ces doutes avec un ami bien placé qui me confirma alors que la jeune fille en question n'était pas morte. Seul le dessin de Vous-Savez-Qui la concernant m'était inconnu, et le choixpeaux m'a beaucoup aidé à construire des théories parfois plus farfelues les unes que les autres. »
« Qui est cet ami ? »
« Je ne peux vous le révéler pour des raisons évidentes, comme vous pouvez vous en douter. »
Gawain s'assit sur le fauteuil face à Dumbledore et prit sa tête entre ses mains.
« Ainsi donc Hermione Granger n'est pas morte. Dans ce cas, qui est dans son cercueil ? Et comment a-t-on pu ignorer qu'il ne s'agissait pas d'elle à l'autopsie. »
« Voldemort a des fidèles partout, même dans vos rangs. Je ne serais pas étonné qu'un mangemort ou deux se cache à Sainte-Mangouste ou au Ministère de la magie. » Dit-il en ricanant.
« Que pouvons-nous faire pour retrouver miss Granger ? »
« Je crains que nous ne puissions pas lui venir en aide dans l'immédiat. Organiser une battue géante à Poudlard était imprudent, bien que vos intentions aient été louables. Le meilleur moyen pour que cette jeune fille soit en sécurité serait qu'elle revienne ici, mais tant que vos hommes garderont ces murs, elle restera à l'écart. Je ne sais de quelle façon elle parvient à communiquer avec l'extérieur. Mademoiselle Granger a toujours été brillante, et je ne doute pas qu'elle ait trouvé une issue pour s'échapper, une issue qui doit fonctionner dans les deux sens. Ordonnez aux aurors de quitter les lieux, faites savoir à la Gazette que vos investigations n'ont rien donnée. Ainsi, peut-être que miss Granger aura vent de ces nouvelles et reviendra d'elle-même s'abriter à Poudlard. »
« Et le garçon ? »
« Il est sous ma protection, et je ne permettrai pas que vous le rendiez plus vulnérable qu'il ne l'est déjà en l'exposant aux mêmes dangers que son père. » Le directeur avait pris un ton ferme. « J'ai besoin que vous me disiez honnêtement si vous avez partagé mes soupçons avec l'un de vos collègues. »
« Non, jamais », répondit Gawainen hochant frénétiquement la tête.
« Qu'il en soit ainsi jusqu'à ce que les adolescents aient été écartés de toute menace. Je vous fais confiance, la vie de ces jeunes gens est entre vos mains désormais. »
L'auror hocha la tête et sortit du bureau directorial, bien moins rassuré qu'il l'aurait espéré en arrivant.
« … »
A travers les rues faiblement éclairées du chemin de traverse, Hermione avança sur la pointe des pieds, tel un chat, sa crinière brune camouflée sous sa capuche. A cette heure avancée de la nuit, personne ne rôdait, les lampadaires grésillant sous la pluie n'illuminant que trop peu les allées pour s'y promener comme en plein jour. Cela faisait près de deux heures qu'elle s'était enfuie de Poudlard, et elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle y était parvenue. Certes, sa première escapade chez Barjow et Beurk lui avait prouvé qu'il était possible de sortir de l'école, mais désormais, le fait de se promener en pleine nuit, cachée, la faisait se sentir comme une fugitive en cavale. Etait-ce cela qu'avait ressenti Sirius pendant ses deux années de fuite ? Au détour d'une ruelle, elle aperçut au loin un bar encore ouvert, et plusieurs hommes trinquaient haut et fort leur chope de bière-au-beurre. « Parfait », se dit-elle. A pas de loup, elle s'avança jusqu'à la table des sorciers et d'un coup de baguette, subtilisa quelques cheveux à l'un d'entre eux, trop ivre pour sentir quoi que ce soit. S'arrêtant à la rue suivante, elle se déroba à la lumière d'une bougie qui éclairait mollement la devanture d'une boutique et sortit de son sac de perles une petite flasque argentée dans laquelle elle glissa un des cheveux qu'elle venait de voler. Elle rangea le reste dans un autre flacon puis but une longue gorgée du polynectar. En quelques secondes seulement, et après une palpitation douloureuse au niveau de sa peau, ses doigts trouvèrent un nez busqué et une bouche charnue. Son corps était bien trop à l'étroit dans ses vêtements menus, et elle enfila un costume trois pièces d'époque qu'elle avait trouvée dans la salle-sur-demande quelques jours auparavant. Sous une cape de sorcier, on ne remarquerait pas son aspect démodé et, au pire, on la prendrait simplement pour une originale. Arrivée au chaudron baveur encore éclairé – elle remercia Merlin de ne pas avoir à dormir dans la rue –, Tom l'accueillit en courbant l'échine et lui proposa une chambre.
« Combien de temps comptez-vous rester monsieur ? »
« Je n'ai pas encore arrêté de date », répondit-elle dans une imitation chétive de la voix de Rogue.
En entrant dans sa chambre, elle s'écroula sur son lit sans prendre le temps de se déshabiller et s'endormit à poings fermés. Le lendemain matin, ce furent des coups frappés sur la porte qui la réveillèrent. Ouvrant un œil fatigué, elle remarqua qu'elle avait retrouvé son apparence et qu'à présent, elle flottait dans ses vêtements. Elle avala une nouvelle goulée de polynectar, elle alla ouvrir.
« Oui ? »
C'était Tom qui lui apportait son petit-déjeuner.
« Voilà pour vous monsieur. Le ménage sera fait dans une heure ! »
Remerciant le barman d'un signe de tête, elle referma la porte et attrapa sa montre. Maintenant qu'elle était en sécurité, il fallait prévenir Drago. Elle n'avait pas voulu le lui dire la veille, de peur que les aurors n'interceptent son message. Mais à cette heure-ci, il devrait être hors d'atteinte. D'un coup de baguette, elle tapota le cadran de l'horloge et y fit apparaître quelques mots : « chaudron baveur, en sécurité ». Les lettres teintées de rouge grésillèrent, puis les aiguilles reprirent leur chemin habituel. L'utilisation de la magie devait rester exceptionnel, même avec un déguisement. Hermione savait que lancer ce simple sortilège ne lui amènerait pas d'ennuis, au même titre qu'un « lumos », cependant, elle ne souhaitait pas prendre de risques inutiles. Le chaudron baveur était pour l'instant le lieu le plus sûr, mais si elle ne pouvait pas retourner à Poudlard aujourd'hui, il lui faudrait trouver une meilleure cachette.
« … »
A l'heure du dîner, les élèves réunis dans la grande salle mangeaient bruyamment, leurs couverts tintant contre leurs assiettes et leurs rires s'envolant jusqu'au plafond magique semblable au ciel, chargé de nuages gris. Harry, Ron et Ginny, assis à la table des Gryffondors, n'échappaient pas à la règle et, pour la première fois depuis plusieurs semaines, discutaient légèrement de leurs cours. Ginny, qui devait passer ses BUSE en fin d'année, croulait sous la masse de travail que lui imposaient ses professeurs et Ron et Harry, bien que n'ayant aucun diplôme particulier à obtenir, succombaient également face à la montagne de devoirs qui les attendaient dans la tour de Gryffondor. En plus de ses obligations scolaires, Harry suivait occasionnellement des cours particuliers avec Dumbledore : durant leurs rencontres, le directeur l'emmenait dans la pensine – un récipient en pierre rond à l'intérieur duquel il est possible de voir des souvenirs – afin de reconstituer le plus fidèlement possible la vie de Lord Voldemort. Jusqu'ici, il avait pu voir le souvenir de Bob Ogden, un employé du ministère qui rencontra la mère, le père, le grand-père et l'oncle de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, celui de Caractacus Beurk, le gérant du magasin Barjow et Beurk, un autre de la première visite de Dumbledore à l'orphelinat où résidait le jeune Tom Jedusor, et enfin, ceux de Morfin Gaunt et d'Horace Slughorn. D'après le directeur, ce dernier était le plus capital d'entre tous et pourtant, il était aussi le seul trafiqué. C'est pourquoi il lui avait demandé, après leur troisième séance, de tout faire pour que le professeur de potions lui fournisse le véritable souvenir qu'il s'obstinait désespérément à cacher. Harry, le ventre plein et les yeux fatigués, tourna la tête vers la table des professeurs. Slughorn était assis entre Rogue et le professeur Sinistra et semblait en grande discussion avec celle-ci. Au centre, Dumbledore parlait avec animation à sa collègue de métamorphose. Il remarqua alors qu'à sa gauche se tenait Gawain Robards, l'auror qu'il avait rencontré deux fois en l'espace de deux jours. Il donna un coup de coude à Ron et désigna le sorcier du doigt.
« Eh bien », dit Ron en regardant à son tour la table des professeurs, « on dirait qu'il a décidé de retourner à l'école ! »
« Ne sois pas idiot », répliqua sa sœur, « s'il est là, ce n'est pas pour rien. C'est lui qui organise les rondes et qui est chef du bureau des aurors ! »
« Oui, mais il n'avait encore jamais mangé avec le reste des professeurs. »
Tandis que les derniers restes de gâteaux disparaissaient des assiettes, Dumbledore se leva et se mit face à son pupitre. Aussitôt, les murmures s'éteignirent et tous les visages se tournèrent vers lui.
« Bonsoir à tous. Je m'adresse à vous ce soir car comme vous le savez, nous vivons des temps particulièrement troublés. »
Lavande Brown, assise à côté des Weasley et de Harry, fondit en larmes et Ron passa son bras autour de ses épaules en espérant calmer ses pleurs.
« Monsieur Robards (le concerné le rejoignit) est le responsable des aurors et c'est lui qui a été chargé de mettre Poudlard sous surveillance à la suite de déclarations inquiétantes. Cependant, après de nombreuses recherches intensives et rondes ininterrompues, nous pouvons nous affirmer qu'aucun mangemort ni aucune menace ne se cache entre les murs de ce château. »
Un léger bourdonnement parcouru la grande salle puis cessa instantanément quand Gawain Robards prit la parole.
« Comme vient de le dire votre directeur, il n'y a pas de danger immédiat à Poudlard. C'est pourquoi j'ai décidé que les aurors postés dans ce château repartiront dès ce soir. Vous n'aurez plus à subir notre présence jusqu'à nouvel ordre. J'aimerais néanmoins attirer votre attention sur une chose : si vous observez le moindre comportement suspect ou sortant de l'ordinaire, prévenez tout de suite un de vos professeurs ou tout autre sorcier compétent. Vous n'êtes pas à l'abris d'une quelconque menace, et nous ne savons toujours pas comment cet individu s'y est pris pour sortir de Poudlard. »
« C'est peut-être un animagus ! » S'écria un peu trop fort une 3ème année de Poufsouffle.
Quelques élèves tournèrent la tête vers elle, intrigués, et Harry fut surpris de voir qu'à la table derrière celle de Poufsouffle, chez les Serpentards, Drago Malefoy regardait fixement l'auror en chef. Sa jambe semblait trépigner d'impatience et quand Dumbledore eut fini son discours et souhaita bonne nuit aux élèves, il fila plus vite qu'un éclair de feu en direction du hall d'entrée. Tentant de le rattraper, il s'échappa à son tour de la foule qui s'écoulait peu à peu mais le Serpentard avait disparu. Lorsque Ginny et Ron l'eurent rejoint, il s'empressa de leur raconter ce qu'il venait de voir.
« Tu penses qu'il est reparti dans la salle-sur-demande ? » Demanda Ron.
« Oui, si les aurors doivent partir, il ne serait pas étonnant qu'il y retourne. »
« Mais ils ont pourtant dit qu'ils n'avaient rien trouvé là-bas. Et je ne suis pas sûre qu'il ait envie de batifoler alors que son père vient de mourir », répondit Ginny d'un ton sec.
« Ne me dis pas que tu as de la peine pour lui ? »
« Je n'ai pas de peine pour son père. Toujours est-il que je ne peux pas me réjouir de la mort de quelqu'un quand je sais que celle-ci rend d'autres trop malheureux. »
« On s'en moque », s'énerva Ron, « ce n'est que Malefoy ! »
« Heureusement qu'Hermione n'est plus là pour entendre ça ! » Rétorqua-t-elle sur le même ton, « imagine un peu ce qu'elle dirait si elle savait que son meilleur ami s'enchantait qu'un élève de Poudlard perde son père de cette manière ! »
« N'utilise pas la mémoire d'Hermione pour défendre cette vermine ! »
Autour d'eux, des élèves s'étaient retournés et commençaient à tendre une oreille intéressée.
« On ferait mieux de ne pas parler de ça ici », intervint finalement Harry en grinçant des dents. « Mais Ginny, Ron a raison, je ne comprends vraiment pas pourquoi tu te ranges du côté de Malefoy. »
La rouquine soupira et laissa retomber ses bras dans un claquement sonore le long de son corps.
« Si nous commençons à nous réjouir de la mort de nos ennemis », reprit-elle en chuchotant cette fois-ci, « alors nous ne valons pas mieux qu'eux ! »
Ron se renfrogna et Harry resta silencieux. Il est vrai que la mort de Malefoy l'avait en partie soulagé, car il ne voyait en lui que le bourreau d'Hermione, mais à présent, il n'était pas sûr que ce sentiment soit le bienvenu. Qu'aurait-elle dit s'il lui avait partagé cette pensée ? Probablement la même chose que Ginny. Ils arrivèrent devant le tableau de la Grosse Dame et passèrent le pas de la porte. Dans la tour de Gryffondor, le joyeux tumulte des élèves assagit un peu les tensions entre Ron et Ginny, et tous trois allèrent s'asseoir dans les gros fauteuils moelleux, près du feu de la cheminée. Ron sortit un parchemin et commença à rédiger son devoir de potion sur la troisième loi de Golpalott, Ginny pointa sa baguette sur un Coquecigrue tout excité en essayant de le transformer en jumelles de théâtre, et Harry attendit qu'une idée brillante vienne l'éclairer sur le moyen de demander à Slughorn de bien vouloir lui confier son souvenir. Pendant que chacun s'affairait à sa tâche, un petit tapotement sur le carreau le plus proche fit émerger Harry de sa léthargie et il vit Hedwige posée sur le rebord de la fenêtre, une lettre à la patte.
« Hedwige ! » S'écria-t-il.
Il ouvrit la fenêtre et le volatile au plumage blanc alla se poser gracieusement sur la table, à côté de Coq, dont l'aile gauche ressemblait étrangement à la lunette de jumelles, qui sautilla tout autour en émettant des hululements excités.
« C'est Sirius », confia-t-il aux Weasley qui le regardaient avec avidité.
Harry, n'osant pas partager à son meilleur ami et à sa petite-amie ses soupçons sur l'identité de la fausse Helena Sillister, s'était empressé d'écrire une lettre à son parrain en lui confiant ses doutes.
« Harry,
Je sais que tu es toujours malheureux de la mort de ton amie, et je suis bien placé pour savoir qu'on ne se remet jamais d'une telle perte. Cependant, je ne pense pas que s'eut été Hermione qui se cachait dans le corps de cette fille. J'ai fait part de ton idée à Dumbledore, et j'attends toujours sa réponse. Quant à Malefoy, je ne le connais pas personnellement, mais je connaissais son père. S'il a hérité de ses qualités, il doit être très doué dans l'art de la dissimulation et du mensonge : il en sait probablement plus que ce qu'il dit sur le doublon, d'autant plus que d'après ce que tu m'as raconté en début d'année sur leur dispute, ils avaient l'air de se connaitre plus que comme de simples « coéquipiers ». Garde un œil sur lui mais ne va pas te fourrer dans les ennuis. L'important est que tu suives tes cours ainsi que ceux de Dumbledore. Tiens-moi au courant si de nouvelles choses se passent,
Sirius. »
« Alors », s'empressa de demander Ron, « qu'est-ce qu'il dit ? »
« Que je dois garder Malefoy à l'œil », répondit Harry un peu déçu.
Il aurait espéré que Sirius manifeste un peu plus d'intérêt à la théorie qu'il lui avait formulé en long, en large, et en travers.
« Il a raison. Malefoy est un mangemort, et même si Rogue et McGonagall ne tiennent pas compte de ce que tu as dit sur ce collier ensorcelé, je suis persuadé qu'il est dans le coup ! »
« … »
Drago se rua à travers les couloirs du château jusqu'au septième étage. Quelques aurors persistaient à garder çà et là les longues allées et certains discutaient entre eux de la décision prise par leur chef.
« De quoi il discutait à ton avis avec Dumbledore l'autre jour dans son bureau ? »
« Aucune idée », répondit un petit sorcier au cheveux ras, « j'n'ai pas eu le droit de rester avec eux. »
« Il ne ferait quand même pas des cachotteries au Ministère, hein Dave ? »
« 'Pense pas. Il est réglo, Robards. »
Les sorciers disparurent dans les escaliers et Drago pu enfin accéder à la salle-sur-demande, pour la première fois en trois jours. Une fois qu'il fut caché à l'intérieur, il sortit sa montre à gousset et tapota sa baguette sur le cadran.
« La voie est libre. »
Le métal chauffa un court instant et les lettres se déplacèrent dans la lunette. Le message était parti. L'excitation du garçon retomba un peu, et il savoura l'odeur qui se dégageait de la pièce maintenant sens-dessus-dessous. Il prit alors les coussins qui étaient tombés par terre, les retapa et les replaça sur les canapés. Puis, il ramassa les livres et les rangea dans la bibliothèque. En fait, il était en train de ranger la « chambre » d'Hermione et préparait son retour du mieux qu'il pouvait. Quand il eut fini, il s'assit sur le lit en fer forgé et attendit. Une heure. Deux heures. Il regarda sa montre. Il n'y avait pas de réponse. Finalement, il s'endormit aux alentours de quatre heures du matin, le regard toujours rivé sur le cadran. Le rêve qu'il fit cette nuit-là l'emmena dans une douceur longtemps oubliée. Il jouait dans le jardin d'hiver du manoir avec son premier balai, le chevauchant avec agilité sous les yeux aimants de sa mère. Son père était là également, une tasse de thé à la main, un sourire aux lèvres. Dehors, il faisait beau et les rayons du soleil pénétraient le toit de verre pour venir réchauffer ses étreintes avec sa mère. La main douce qui lui caressait les cheveux paraissait si réelle qu'il en ressentit une quiétude absolue en ouvrant les yeux. Penchée au-dessus de lui, Hermione lui effleurait le visage délicatement en souriant.
« Tu es enfin réveillé. »
Le garçon se releva vivement, résolument sorti du sommeil.
« Quand est-ce que tu es arrivée ? »
« Il y a quelques minutes. Je n'ai reçu ton message que tôt ce matin, ou tard hier soir, je ne sais plus trop. Je n'avais presque plus de polynectar alors j'ai dû attendre qu'il n'y ait plus personne dans les rues pour rentrer chez Barjow et Beurk. »
« Tu avais du polynectar ? »
Hermione rougit jusqu'aux oreilles.
« J'ai commencé à le préparer lorsque tu m'as enfermée ici, en espérant m'en servir une fois que j'aurais pris la fuite. »
Drago fronça les sourcils.
« Tu voulais t'enfuir ? »
« J'ai eu ce désir irréalisable quand j'étais folle de rage contre toi. J'ai gardé le polynectar car il peut toujours s'avérer utile, et j'ai eu raison. »
Le Serpentard s'assit face à elle et la scruta attentivement. Elle ne semblait pas porter de blessures et avait juste l'air particulièrement exténuée.
« Où est-ce que tu es allée ? »
« Au Chaudron Baveur la première nuit, puis j'ai trouvé une maison abandonnée à Londres. J'y suis restée ces deux derniers jours, mais un plancher n'est pas très confortable comparé aux lits de Poudlard. »
Il y eut un silence gêné, durant lequel aucun n'osa regarder l'autre, puis Hermione finit par demander :
« Et ici ? Pourquoi les aurors ont-ils décidé de partir soudainement ? »
« Leur chef a déclaré qu'il n'y avait plus aucun danger. Ils m'ont interrogé le soir-même où tu es partie. »
« A quel propos ? »
« Ils voulaient m'apprendre la mort de mon père. »
« Je n'ai pas eu l'occasion de te dire à que j'étais désolée… » Dit précipitamment Hermione, qui venait de se rappeler qu'elle n'avait jamais présenté ses condoléances.
Drago eut envie, durant un instant, de lui rétorquer qu'il n'avait pas besoin de sa pitié, car elle n'était pas la première à le lui dire, puis il se rappela qu'en revanche, elle avait été la première à le découvrir et à le consoler, et avec qui il avait partagé des échanges pour le moins… Aqueux. Il rougit de honte en repensant aux sanglots qu'il s'était autorisé à verser devant elle et elle lui prit la main.
« Qu'est-ce qu'ils t'ont dit d'autre ? »
« Ils m'ont demandé si nous avions été proches, si je te connaissais. »
Il hésita une seconde. Devait-il lui parler de la théorie des aurors ?
« Ils m'ont également posé une question qui m'a laissé penser qu'ils en savent peut-être plus que ce qu'ils veulent bien faire croire. »
« Dis-moi », ajouta-t-elle en se rapprochant de lui, la main toujours serrée sur la sienne.
« Ils m'ont demandé si Helena… Si tu pouvais être un otage, et pas un mangemort comme ils le pensent depuis le début. »
« C'est vrai que la question est assez équivoque, mais ça ne veut pas dire qu'ils savent quelque chose. Ils sont sûrement en train d'explorer toutes les pistes afin d'être certains de ne rien oublier. S'ils étaient sûrs que je sois un otage, jamais ils n'auraient envoyé autant d'aurors à mes trousses ! »
Le corps de Drago se détendit, et il répondit plus chaleureusement au contact de la jeune femme.
« Quand aura lieu l'enterrement ? » Interrogea Hermione d'une petite voix.
« Je n'en sais rien. Il faut que les mages légistes parviennent à finir leur travail et ensuite nous saurons. Cela ne devrait pas prendre plus d'une semaine. »
« Je t'aurais bien proposé de t'accompagner mais… »
« Ma mère ne t'accepterait jamais. »
« J'allais dire « je ne suis pas censée être vivante ». Pourquoi ne m'accepterait-elle pas ? »
Elle avait dit cela sur un ton brusque et dégagé sa main de la même manière.
« Tu es trop… »
« Moldu ? »
« J'allais dire franche. »
« Ma franchise serait-elle plus embarrassante que le statut de mon sang à ses yeux ? »
« Dans l'immédiat, sûrement. »
Hermione détourna les yeux et son regard s'encra sur une vielle annonce publicitaire de Bertie Crochue accrochée un peu plus loin sur le mur.
« Et toi ? » Demanda-t-elle.
« Et moi quoi ? »
« Est-ce que le statut de son sang te dérange ? »
Drago réfléchit un instant. Le statut de son sang l'avait toujours dérangé, et il ne s'était jamais caché de le lui dire. Mais aujourd'hui, tout était différent. Il repensa alors à leur relation et au comportement qu'il avait eu avec elle, même lorsqu'elle était encore Helena Sillister. Si au début il ne s'était pas privé de lui faire quelques remarques, il avait par la suite, en revanche, cessé de lui asséner toutes sortes d'insultes concernant son sang. C'était presque comme s'il avait oublié qu'elle n'appartenait pas au même rang, et qu'il s'était mis à la considérer comme n'importe quel autre semblable. Oh, bien sûr qu'il s'était tout de même senti supérieur en tout point, car c'était ce qu'il ressentait toujours avec tout le monde. Cependant, en dépit de leur haine mutuelle, il avait fini par la traiter en tant qu'égale sans s'en apercevoir. A tel point qu'il ne l'avait pas repoussée lorsqu'elle l'avait embrassé et, pire, il avait répondu à son baiser avec tant d'ardeur qu'il avait cru qu'ils finiraient par se jeter plus encore dans les bras l'un de l'autre.
« Plus maintenant. »
Hermione sentit un étrange pincement au cœur, tiraillée entre l'envie de lui mettre sa main dans la figure comme en troisième année et le désir de capturer ses lèvres entre les siennes. Un sentiment de déception l'emplit soudain, tandis que Drago s'apprêtait à partir.
« Où vas-tu ? »
« J'ai cours dans quelques minutes et je ne suis pas présentable », répondit-il hâtivement.
« Il y a une baignoire un peu plus loin. »
Elle pointa du doigt un chemin étroit. Le garçon l'en remercia et disparut à l'endroit indiqué. Résistant à la tentation d'aller jeter un coup d'œil, elle resta sagement à sa place, profitant du confort enfin retrouvé de Poudlard et s'endormit sur son lit.
« … »
La matinée brumeuse de ce début de février donnait une atmosphère lourde à la campagne anglaise. On ne voyait pas plus loin qu'un ou deux mètres à la ronde, et le bout de la vaste allée menant au manoir des Malefoy, sur laquelle les paons albinos dardaient leur plumage blanc, était invisible aux yeux des humains. Les volatiles immaculés s'écartèrent rapidement au passage d'un homme grand au visage pâle et aux yeux rouges en forme de fente, comme ceux d'un serpent. Lord Voldemort avançait prestement, suivit de près par une sorcière aux paupières lourdes et aux cheveux noirs épais et bouclés. Aucune réunion n'était prévue aujourd'hui, et il n'y aurait au manoir que Narcissa Malefoy, la veuve éplorée du mangemort Lucius Malefoy, et deux autres fidèles qui avaient quémandé une rencontre brève avec le Seigneur des Ténèbres. En le voyant entrer dans la demeure, madame Malefoy, le teint livide et les yeux rougis, ainsi que les autres invités, firent une révérence silencieuse et se dirigèrent derrière l'hôte vers la salle à manger où une longue table de bois trônait sur le tapis ottoman.
« Je n'ai pas le temps de m'assoir, alors je vous prierais de bien vouloir me dire au plus vite la raison pour laquelle vous m'avez appelé. »
Narcissa, sentant qu'elle n'était plus d'aucune utilité, tournait les talons vers la sortie quand la voix de Corban Yaxley retentit.
« Oui, Maître », répondit-il d'une voix aimable, « je tenais à vous parler car j'ai aperçu Jugson il y a quelques jours sur le chemin de traverse, en pleine nuit, alors qu'il était censé s'occuper d'un couple de moldu au nord du pays. Je l'ai suivi jusqu'à ce qu'il entre chez Barjow et Beurk et lorsque j'ai regardé à l'intérieur de la boutique, ce n'était plus lui dans ses vêtements, mais la sang-de-bourbe Hermione Granger, l'amie de Potter. »
Il s'arrêta un instant, guettant la réaction de Voldemort et, voyant qu'il ne répondait rien, il continua.
« J'ai pensé que vous souhaiteriez le savoir, Maître. Le jeune Malefoy est censé la surveiller, alors que fait-elle… »
Voldemort leva une main impatiente.
« Je te remercie Yaxley. »
Le concerné s'inclina et sortit de la pièce.
« Narcissa. »
La voix sifflante du sorcier avait fendu l'air comme un coup de couteau et Narcissa Malefoy releva les yeux.
« Oui, Maître ? »
« Drago m'est-il réellement fidèle, ou a-t-il hérité du sang de traitre de son père ? »
« Je vous assure, mon Seigneur, que mon fils est dévoué corps et âme à votre cause. Il pourra vous le confirmer lui-même, j'espère, si vous nous faites l'honneur d'assister aux funérailles de mon défunt mari. »
« Bien entendu, je ne raterais cela pour rien au monde. »
Il avait dit cela dans un ricanement qui fit frissonner la nuque de Narcissa, et elle garda le regard encré sur le sol, tentant au mieux de cacher les larmes qui commençaient à jaillir aux coins de ses yeux. Bellatrix lui lançait des coups d'œil inquiets.
« Maître », intervint-elle, « Drago est un bon garçon qui fera ce qu'on lui dit. D'après ce que ma sœur m'a rapporté, sa mission est en bonne voie et l'école sera à vous d'ici peu de temps. »
« Vraiment ? » Demanda-t-il d'un ton faussement intéressé. « Dans ce cas, pourquoi Dumbledore est-il toujours en vie ? »
Ni l'une ni l'autre ne répondit et Voldemort quitta la pièce en trainant des pieds tandis que Narcissa Malefoy restait statique, le dos courbé, les yeux fixés sur le parterre. Immobile, elle attendit que le bruit du transplanage retentisse au dehors pour enfin céder à ses sanglots et s'écrouler sur la pierre.
« … »
Ici s'achève ce quinzième chapitre qui, comme vous l'aurez remarqué, mentionne une cavale relativement courte... Je tenais à m'excuser d'avoir posté de chapitre en retard mais fanfiction semble avoir le plus grand mal à fonctionner en ce moment ! Par ailleurs, j'ai énormément de travail personnel qui me prends beaucoup de temps. Si cela vous intéresse, je m'essaye aussi au montage vidéo sur youtube (toujours en rapport avec le type Dramione bien sûr !) donc si vous avez envie de jeter un coup d'œil à ma dernière vidéo, c'est ici : watch?v=3HODi8D1hiE.
Je vous remercie pour vos retour et vos favoris, et vous promets de poster bientôt le seizième chapitre, qui devrait, normalement, être un peu plus rythmé que celui-ci !
