On arrive à la moitié de l'histoire. Un dernier chapitre transition et ensuite, pour notre plus grand bonheur, la fic méritera enfin d'être classée [Hermione G., Severus S.]. Encore un petit moment en revanche pour mesurer son rating "M", mais ça viendra bien assez tôt... Merci encore pour vos retours, n'hésitez pas !

Chapitre 14 - Double fond

Hermione avait vu juste : cette septième année à Poudlard était de loin la plus épuisante qu'elle ait connue. Elle partageait son temps entre la bibliothèque et les salles de cours, trouvant rarement le moyen d'échanger avec Ginny qui, d'ailleurs, ne se retenait pas de la taquiner à voix basse sur son rôle de remplaçante de Lily Potter.

Elle trouva néanmoins quelques heures pour se pencher avec Harry sur un historique de la potion Tue-Loup et l'aida à monter un état des lieux de la recherche au sujet des particularités de la lycanthropie chez les enfants, ce qui ne fut pas difficile tant la bibliographie était maigre.

Leurs cours de Défenses contre les Forces du Mal se passaient au mieux et, évidemment, la partie pratique menée par Harry était franchement la plus prisée par les élèves. Ron leur écrivait souvent de courtes lettres, dans lesquelles il dissimulait parfois l'une des dernières créations des Farces pour Sorciers Facétieux. L'une d'elle, nommée "Feu Fred l'affreux" permettait de prendre l'apparence d'un fantôme pour quelques heures. Elle fit sensation à l'approche d'Halloween et Rusard, bien que poursuivant son inquisition sans relâche, ne parvint pas à confisquer toutes les pilules : Poudlard fut bientôt envahi d'ectoplasmes. "Bienvenue chez moi ! Bienvenue chez moi, mes amis !" rugissait Fred, jaillissant des armures et tapisseries. Délestée de sa fonction de préfète en chef à laquelle elle avait renoncé en début d'année, Hermione prit le parti de ne pas s'en offusquer et de seulement se laisser divertir : après tout une classe d'élève transparents ne pouvait rien cacher.

Le soir d'Halloween ne fut pas bien différent des autres. Attablée d'abord à la bibliothèque puis, quand l'ambiance se fit plus calme, dans la salle commune de Gryffondor, Hermione griffonnait inexorablement des notes sur un grand cahier. Elle analysait, cette fois-ci, le conte de la Fontaine de Bonne Fortune. Sa traduction commençait à la satisfaire. La cheminée crépitait faiblement, usant ses dernières forces. Quand Ginny monta se coucher, Hermione s'allongea dans le sofa qui faisait face à l'âtre et entreprit de relire, une dernière fois, le conte. Sir Sanchance s'apprêtait à tenter de transpercer le ver aveugle de son épée quand...

- Hermione !

Elle sursauta et regarda par réflexe par-dessus le dossier du canapé.

- Fred, c'est toi ? Ça n'est pas drôle du tout, tança-t-elle.

- Non, là, dans la cheminée, c'est moi, c'est Harry.

- Harry ? s'exclama-t-elle, surprise. Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Elle s'agenouilla devant les flammes.

- Tu es seule ?

- Oui, il n'y a plus personne ici. Mais pourquoi est-ce que tu n'es pas... dans ton dortoir ?

- Je suis à Godric's Hollow, je suis chez mes parents.

- Mais comment est-ce que tu...

- J'ai transplané dans l'après-midi, mon cours de botanique a sauté, et j'ai tenté la poudre de cheminette pour te prévenir, on dirait que la cheminée est reliée à la salle commune. Une chance, j'aurais pu tomber sur McGonagall en pyjama.

Il pouffa.

- Il faut que tu viennes. Tu as de la poudre ?

- Non, enfin, oui, mais... Comment être sûr qu'on pourra revenir ensuite ?

- Dans le pire des cas, c'est samedi, demain, nous transplanerons à Pré-au-Lard. Plus besoin d'autorisation pour sortir de Poudlard maintenant que nous sommes majeurs, tu te souviens ?

Hermione hésita.

- Harry. Est-ce que tu peux me dire les trois odeurs que je sens en présence de l'amortentia ?

- Euh, oui, enfin. Bien sûr : herbe fraîche coupée, parchemin neuf, récur'chaudron comme chez Mrs Weasley.

- Bon... D'accord, j'arrive.

Après être montée dans le dortoir et avoir récupéré, à pas de loup, un restant de poudre dans sa valise, elle se campa devant la cheminée :

- Godric's Hollow, maison de Lily et James Potter, lança-t-elle distinctement.

La sensation d'oppression de la poudre de cheminette était en fait proche de celle du transplanage d'escorte et le voyage fut bien moins impressionnant que ceux qu'elle avait expérimentés pendant ses premières années à Poudlard. Après de longues secondes de tournoiements désagréables, elle atterrit brutalement sur un sol tiède et carrelé.

- Ah, te voilà !

Hermione se redressa en époussetant sa robe et en profita pour détailler la pièce : un salon, ample, haut sous plafond, meublé sans que l'on puisse savoir si l'on était chez une famille de sorciers ou de moldus, s'étendait devant elle.

- Regarde, lança Harry, laissant voleter devant lui un balai-jouet. C'est celui que m'avait offert Sirius !

- Est-ce que tu as trouvé quelque chose ? Je veux dire, autre chose...

- Non, en fait... je t'ai attendu, je ne savais pas quoi chercher. Je me suis dit que tu aurais une idée...

- Franchement, Harry, on aurait pu en rediscuter avant de débarquer ici...

- Je sais. Seulement... cela fera bientôt vingt ans qu'ils sont morts. Je n'ai pas pu résister à l'envie de venir, maintenant que Voldemort a disparu et que nous sommes à peu près en sécurité. J'ai du mal à croire que... qu'il y a presque vingt ans, ils vivaient dans cette maison, insouciants et... et moi aussi.

Son regard suivit le balai-jouet, l'air soudain affligé. Hermione le regarda parcourir la pièce, tenant toujours le balai d'une poigne ramollie, passant sa main sur le cuir des fauteuils, faisant mine de regarder par une fenêtre aux volets fermés. Il se dirigea ensuite vers un meuble qui semblait vouloir s'effondrer tant il était rempli de cassettes audio. Sûrement celles de Lily, songea-t-elle. Harry enfonça de son index le bouton "ON" du vieux poste qui trônait-là et un léger bruit leur parvint : une cassette était restée à l'intérieur. Il se saisit alors de la boîte cristal posée devant lui et en observa la couverture, la partageant avec Hermione, qui s'était avancée.

- Les Windgardium Leviosa, lut-il, perplexe. Tu connais ?

- Je crois avoir lu quelque chose sur eux dans un vieux magasine, à la bibliothèque. Il me semble que c'est un des seuls groupes mixtes de l'histoire, ils rassemblaient sorciers et Moldus. C'est pour cette raison qu'ils ont pu aussi sortir des cassettes destinés aux non sorciers...

Harry sembla hésiter, puis lança finalement la lecture. Le son grésillant d'une guitare électrique, lent, résonnant, emplit la pièce, bientôt rejoint par une lente ligne de basse, le tout était d'une telle mélancolie que Harry s'écroula sur la chaise qui se trouvait là. Hermione fut saisie : James et Lily avaient-ils dansé sur ces notes ? Ou peut-être s'étaient-ils embrassés ? Un poids tomba dans son estomac : elle gardait en elle le ressenti de Rogue, celui qu'elle aussi avait éprouvé en se perdant dans les yeux de Lily. Le morceau prit fin, "when you're all alone, I'll reach for you, when you're feeling low, I'll be there too". Harry eut un reniflement qui se voulait discret et se leva, essuyant ses yeux d'un revers de manche.

- Tu te rends compte, commença-t-il, la voix éraillée, c'est peut-être une des dernières chansons qu'ils ont écoutées.

Hermione ne répondit pas. Elle aussi était trop bouleversée pour penser à autre chose que James et Lily habitant cet espace, y vivant, ordinairement. La musique cessa brutalement : Harry avait éteint l'appareil.

- Bon, je vais aller à la cave, se reprit-il. Tu veux bien fouiller les bureaux ? Il y aura trop de choses là-haut... trop de choses qui seront exactement comme elles étaient quand... quand ils sont morts. Je ne veux pas refaire face à ça... A la cave, ce sera... différent. On peut se dire qu'on recherche quelque chose d'ancien, un vieux médaillon, une vieille montre, un vieux grimoire, quelque chose comme ça, OK ?

Elle accepta et se dirigea vers les escaliers après avoir lancé un "Lumos". De petits cadres au format photographique étaient accrochées tout le long de la montée : des images moldues, sorcières, parsemées des amis et de la famille de James et Lily, par-ci, Harry, par-là, une classe aux élèves saluant le photographe, un chien, une partie de Quidditch, un anniversaire... A l'étage, un couloir desservait six pièces : elle mit de côté les toilettes et la salle d'eau et poussa la porte d'un petit bureau aux murs tapissés d'affiches des Frelons de Wimbourne : le bureau de James.

- Accio grimoire, tenta-t-elle, infructueusement.

Évidemment, il aurait été étonnant que la manœuvre soit si aisée. Elle parcourut la bibliothèque saturée de livres tous récents et vida la corbeille à papier, remplie de parchemins inintéressants. La Gazette du Sorcier, datée du 31 octobre 1981 était posée, là, sur une chaise, ouverte à la page du courrier des lecteurs. Hermione ne trouva rien de possiblement satisfaisant ni dans les tiroirs, ni dans la théière, ni sous le calendrier, ni dans les diverses boîtes d'archives rangées en force ça et là. Elle explora rapidement la chambre de Harry, qui ne contenait que très peu de meubles, écartant rapidement les vêtements d'enfants et soulevant le tapis. La chambre de James et Lily était également sobre et, après avoir fouillé les tables de nuit et le placard elle poussa, bredouille, la porte de la dernière pièce. "You've been locked here forever and you just can't say goodbye" : la rengaine des Wingardium Leviosa courrait dans sa tête sans qu'elle ne parvienne à s'en débarrasser. Là, tout était bien plus ordonné que dans les quartiers de James. Les murs, blancs, n'étaient pas décorés. Dans l'angle opposé à la porte, Hermione aperçut une ancienne machine à coudre moldue de laquelle pendait un lai de tissu bleu clair, tel une longue larme. Elle souleva le sous-main, retourna la corbeille, ouvrit les portes de tous les placards : rien. Vidant les tiroirs, elle termina par celui situé immédiatement sous le bureau. Il était vide. Remarquant un court morceau de ruban plaqué dans l'angle inférieur, elle le souleva : un double fond. Là, elle trouva une plume autoencreuse et un parchemin. Il semblait avoir été froissé en boule, puis lissé de nouveau, comme si Lily avait longuement hésité sur son sort. Tremblante, Hermione s'en saisit et commença à lire :

Godric's Hollow, 28.10.1981

Très cher Severus,

Je parviens enfin à t'écrire, ça n'a pas été facile. Je ne savais pas quoi te dire et, si j'avais demandé l'avis de James, je suis sûre qu'il m'aurait conseillée de laisser tomber. Je n'arrive toujours pas à croire que tu ais pris la marque. J'imagine, aussi, que ça puisse avoir un rapport avec mon mariage et la naissance de Harry, mais comme je n'en suis pas sûre, je me contente d'imaginer. Je ne te crois pas capable d'adhérer à la Magie Noire, de soutenir Qui-Tu-Sais. Tu as toujours été mon ami, je ne suis pas prête, finalement, à renoncer à cette amitié, même si tu perds le sens des réalités.

Sache que, si tu choisis de revenir à la raison, nous serons là pour toi.

Avec toute mon affection,

Lily

Sous la lettre tachée d'encre, une photographie, émulsion retournée contre le fond du tiroir : Rogue et Lily, à peut-être treize ou quatorze ans, devant chez Zonko, à de Pré-au-Lard. Hermione observa la mine radieuse de Lily, qui ne quittait pas du regard l'objectif, puis Rogue, pantois, un sourire effacé apparaissant sur ses lèvres minces à chaque fois qu'il détournait les yeux du photographe pour les poser sur sa camarade. Se saisissant finalement de la plume, elle glissa le tout dans son sac à dos.

- Tu as quelque chose ? lança Harry depuis le rez-de-chaussée, la faisant sursauter.

- Non, rien, mentit-elle avant de le rejoindre.

- Je suis sûr qu'il y a des objets liés aux Peverell ici. C'est frustrant de ne pouvoir demander à personne ! pesta-t-il, balayant la pièce du regard, comme s'il avait espéré un instant y trouver ses parents et leur demander simplement la solution à tous ses problèmes. On pourrait peut-être aller faire un tour chez Bathilda...

Hermione n'eut pas le temps d'être terrorisée par l'idée : soudain, des pas heurtèrent le perron. Harry et Hermione échangèrent un regard effaré et tournèrent le visage vers la porte d'entrée. La serrure cliqueta légèrement.

- Finite ! lança Hermione vers la cheminée, dont le petit feu froid crépitant s'éteignit.

- Vite, viens sous la cape, murmura Harry.

Hermione se jeta près de lui et se laissa recouvrir de la cape d'invisibilité avant que la porte ne s'ouvre lentement. Une silhouette haute et encapuchonnée se glissa dans la pièce obscure. L'extrémité d'une baguette s'éclaira faiblement et le visiteur s'effondra un instant dans l'un des fauteuils. Posant un objet apparemment lourd mais de petite taille sur la table basse, il étira, depuis ce qui devait être le haut de sa tempe gauche, un long filet bleuâtre, qu'il disposa dans ce qui se révéla être une sorte de Pensine de voyage. Il tapota le bord du récipient et une silhouette s'en éleva. "Dumbledore !" se retint de s'exclamer Hermione.

- ... et puis nous le savons, James ... était héritier des ..., il a sûrement plus d'informations sur Ignotus que nous l'imaginons. Et si ... le Barde n'est en fait, comme je l'ai toujours pensé, qu'Ignotus lui-même, il doit forcément y avoir des manuscrits chez les Potter... qu'est-ce que... j'ai l'impression qu'il y a quelqu'un derrière la porte !

Le souvenir était flou, entrecoupé d'oublis. Un coup de baguette le lança de nouveau à l'identique et, l'inconnu s'en approchant, Harry et Hermione le reconnurent sans hésitation, ses traits faiblement éclairés par le bleu de la Pensine : Rogue.

Hermione réprima une exclamation et Harry frissonna à côté d'elle, les doigts crispés sur sa baguette. Soudain, Rogue se leva, glissant la Pensine dans la poche de sa cape. Il monta à l'étage. Ses pas étaient rapides, secs, presque silencieux. Tous deux devinèrent qu'il avait parcourut les mêmes espaces qu'Hermione, obtenant aussi peu de résultats qu'elle. Il reparut un instant pour se glisser dans l'escalier qui menait à la cave. A son retour, il marqua une brève pause dans le salon, comme s'il espérait que la chose qu'il cherchait apparaître sous ses yeux, lançant sûrement toute une cohorte d'incantations informulées visant à révéler les objets ensorcelés dissimulés. Finalement, il quitta la maison comme il y était entré : sans un bruit. Harry et Hermione le suivirent des yeux jusqu'à ce que la porte se referme et qu'un sortilège en fasse frémir la serrure. Le claquement léger de ses talons s'éloigna et le portail grinça légèrement.

- James Potter était héritier des Peverell... Beedle le Barde ne serait en fait qu'Ignotus... ça fait sens, même si Lovegood en doute, s'exclama Harry, comblant les vides du souvenir de Rogue.

- Harry, regarde !

Sous la dernière étagère, glissé là comme une grosse cale, luisait la tranche d'un gros volume relié. Hermione se débarrassa de la cape et... le livre disparut. Harry parut tout aussi stupéfait qu'elle.

- Reviens, lança-t-il.

Replaçant la cape sur leurs bustes, ils avancèrent prudemment. Passant une main sous le tissu, Harry se saisit du livre et le fit glisser sous la cape. Il se volatilisa de nouveau.

- Je sais, lança Hermione, ôtant l'étoffe de leurs épaules. Il faut le regarder à travers la cape.

C'était la solution : Harry posa le livre à terre et Hermione y jeta la cape. Une grosse reliure au cuir épais apparut sous leurs yeux, scintillant légèrement.

- C'est en runes anciennes, je n'y comprends rien, maugréa Harry.

- Histoires de... sorciers... non, de sorcières. Histoires de sorcières et de sorciers, lut Hermione à mi voix. Les trois... Les trois frères. Jeu des trois frères... non, Jeu des trois coups. C'est ça : Histoire de sorcières et de sorciers, les trois frères, jeu des trois coups.