Yo !

Merci beaucoup à Lae, Mijoqui et Noé pour les reviews !

Vous aviez des théories, il est temps de les vérifier.

Bonne lecture !

Qu'est-ce qui s'est passé dans la nuit ?

Elle a attendu que les autres dorment, qu'elles ne soient plus que toutes les deux.

Les autres, ça veut dire Nina et Saïx.

Celles qui n'ont rien vu, rien senti, et qui ne se souviennent pas. Ça sent la magie de Xion à plein nez, cette histoire, mais Xion n'est pas là.

Alors Esmeralda entre dans la chambre de Vanitas. Bien sûr qu'il ne dort pas. Il a mis du gel dans ses cheveux pour maintenir ses deux yeux découverts. Celui qui n'est pas visible le reste du temps tire sur le vert, et Esmeralda se doute qu'il sera bientôt jaune. D'ici une ou deux semaines. Peut-être même moins.

« Vanitas. »

Il se redresse sur son lit dans un mouvement qui doit prendre tous ses muscles pour sembler naturel.

« Esméralda. C'est un plaisir de te revoir.

— Un plaisir non-partagé. »

Il sourit, et bondit du lit comme un chat, passe les doigts sur une rangée de livres, attrape un bocal. Le verre est froid sous sa paume. C'est bon, de pouvoir à nouveau toucher.

« Ah bon ? Je croyais que je t'aurais manqué plus que ça. »

Elle fronce les sourcils, et son regard s'assombrit.

« On va discuter ailleurs. Tu vas m'expliquer ce que tu as fait. »

Il ricane, le démon, la dépasse et passe avec lui une odeur caractéristique de souffre, de fumée et de fleurs mortes. Quand il est dans le couloir, il se retourne vers elle, les mains tenues dans le dos.

« Soit. Je t'expliquerai. Je vais chercher du café et des chips. Mais si tu veux savoir, je n'y suis pour rien. Tout est ta faute. »

Sur un dernier sourire il descend les escaliers, et elle serre les dents. Il ne peut que mentir. Elle ne se souvient de rien. Si elle avait pris part active à l'événement, elle devrait au moins avoir des images. Là, c'est le noir total.

Elle sent son cœur s'accélérer quand elle cherche à retrouver une trace des derniers jours dans sa mémoire, et une douleur soudaine, virulente. C'est bon signe. Les souvenirs sont toujours là, enfouis. On les a seulement rendus invisibles, et protégés. Si elle médite suffisamment, ou avec une transe peut-être, elle devrait pouvoir y accéder. Mais elle ne peut pas le faire seule. Il faudrait quelqu'un, pour s'assurer qu'elle ne reste pas coincée.

Elle monte dans la tour d'observation. C'est là qu'elle se sent le mieux, Vanitas saura la trouver là, et effectivement, il ne tarde pas. Les tasses de café lévitent à côté de lui et il a déjà presque englouti un paquet de chips. Il pose les tasses, elle lui fait signe de s'asseoir. Il reste debout. Il marche, sautille, trouve un objet auquel s'accrocher, une poutre à laquelle se suspendre. Les muscles qui se tendent, qui font un peu mal, qui s'activent. C'est bon.

« Alors ? Tu te souviens de tout, toi ?

— De tout, non. Mais ce n'est pas très difficile à reconstituer. En gros, t'as merdé salement et Xion a rattrapé le coup comme elle pouvait. Si j'étais elle, c'est toi que j'aurais effacée. Enfin, j'imagine que c'était plus facile pour elle comme ça.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? Et le garçon dont tu as pris le corps, qu'est-ce qui lui est arrivé ?

— Il est toujours là. Là, il dort, mais pas tout le temps.

— Tu partages, toi ?

— C'est plus simple que de se battre. Et puis … »

Il ne finit pas sa phrase, et Esméralda voit une ombre passer devant ses yeux. Elle tend une main vers lui, mais il l'évite. De toutes les sœurs de ce couvent, Vanitas est celui qui refuse le plus le réconfort. Ce qui le rend absolument ingérable.

L'art de la magie ne vient jamais sans son lot de traumatismes. Sans les couvents, peu de sorcières survivraient.

« Tu penses à Ventus ?

— Laisse tomber. Tu sais pas de quoi tu parles.

— Nina m'a raconté.

— Même Nina ne sait pas tout. Et puis c'est pas le sujet. Tu veux quoi, fouiller dans ma merde ou essayer d'aider nos sœurs ? »

Le langage de Vanitas est moins joli, plus brut quand il laisse tomber sa façade. Apparemment, avant il parlait tout le temps comme ça.

« Aider nos sœurs. Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Où s'arrêtent tes souvenirs ?

— Je me souviens clairement avoir vu Nina entrer dans le cercle. Après ça, je crois que je me souviens d'être au couvent. C'est tout.

— On va reprendre du début, alors.

— Et pourquoi Nina est entrée dans le cercle ? »

Il hausse les épaules, prend une gorgée de café et réalise qu'il a laissé ses cigarettes dans sa chambre. Il les convoque, et admet avec un sourire :

« Oui, ça c'est un peu ma faute. Je lui ai demandé de venir.

— Et je peux savoir pourquoi tu ferais ça ?

— Eh, mon plan à moi n'impliquait de maudire aucune sorcière ! Si on l'avait seulement respecté mais non, il aura fallu que tu t'en mêles …

— Maudire ?

— Tu ne t'es pas lavée aujourd'hui ? Regarde à l'arrière de ton genou. »

Elle remonte sa jupe, et effectivement, y trouve la marque d'un démon. Pas celle de Vanitas. Elle est plus complexe, ciselée et d'un noir qui semble avaler la lumière. Un démon plus puissant, alors. Son cœur s'accélère à nouveau. Une image lui vient et s'efface aussitôt, et elle veut hurler de frustration, mais la douleur qui cisaille sa tête l'en empêche.

« Tu as déboulé dans le cercle comme ça, quelle idée ! Nina était sur le point de me libérer en sacrifiant le corps humain possédé, mais il s'est glissé en toi juste avant.

— Quoi ? Alors c'est avec lui que –

— Beurk, non. Même à demi-morte tu ne manques pas à ce point de jugement. C'est peut-être ce qui fait que je te respecte. Tu étais encore consciente, alors Djali t'a convaincue de la sacrifier pour ouvrir un portail des ténèbres. »

A nouveau la douleur, et Esméralda saute sur ses jambes, appelle mentalement. Le bruit des sabots et Djali est là. Vivante.

« C'est pas possible.

— Elle a la même marque, mais on ne la voit pas à cause des poils. Si tu rasais sa nuque tu verrais. »

Elle passe les mains à l'endroit indiqué, et distingue en effet des tâches et lignes noires, quoiqu'elle ne peut pas deviner le dessin qu'elles forment.

« Et après ?

— Le portail a aspiré le démon, les restes de l'âme du possédé et l'âme de Djali, mais Xion et Saïx ont réussi à le refermer. Pour un temps.

— Saïx ?

— C'est un homme surprenant. Il ne semble pas s'en souvenir, mais je pense que d'une certaine manière, il a déjà traversé un portail que celui-ci.

— Il serait né dans l'autre monde ?

— Hmmm, nan ! J'en doute fortement. Mais poursuivons. Je ne sais pas si c'est d'avoir fait appel à sa malédiction ou de me voir dans le corps de son frère, mais Saïx est devenu incontrôlable. Il a sorti les crocs, il a voulu m'attaquer mais Nina s'est interposée. Comme on n'arrivait pas à le calmer Xion a capturé son esprit et c'est toi qui es devenue folle en voyant Djali. Tu as rouvert le portail pour ramener son âme en échange de celle de Saïx, alors Xion nous a toutes transportées au couvent. Elle nous a enfermées le temps d'aller chercher l'aide de la Reine.

— La Reine ? »

Vanitas soupire. Le visage est doux, pourtant, et Esméralda se demande à quoi il ressemble quand il n'est pas si plein de ténèbres.

« Mais si on t'a déjà expliqué. Chaque promo de l'AIMBS a une Reine. On l'élit en dernière année et les profs lui forgent une couronne en utilisant des bouts des âmes des autres élèves. En échange de notre puissance elle jure de nous protéger pour toujours et à jamais. Plus personne y croit vraiment, mais la Reine c'était un peu la meuf de Xion alors bon.

— C'est une sorcière puissante, quoi.

— C'est ça.

— Alors pourquoi faire si compliqué ? J'ai pas toute la nuit, je te signale que j'ai besoin de sommeil.

— Tu poses une question, je – ts. Laisse tomber. J'aurais dû me douter qu'une errante n'apprécierait pas notre culture à sa juste valeur. Je passerai donc.

— Oui, oui, fais une remarque raciste et passe donc.

— Parfaitement. Avant le retour de Xion, les chiens des Enfers étaient à la porte. Ils avaient l'âme de Djali, les yeux de Nina, et un bout de la mémoire de Saïx. Ils ont dit qu'ils ne partiraient pas sans rien, Nina a passé un contrat pour récupérer Djali, et quand Djali t'a réveillée t'as passé un contrat pour les yeux de Nina. Saïx était trop à l'ouest pour refuser le contrat qu'une démone lui a proposé.

— Et c'était quoi, ces contrats ?

— Je ne sais plus. J'ai des trous de mémoire, mais les contrats semblent basiques donc sans doute des corps ou des âmes.

— C'est pas normal. On devrait s'en souvenir. Un contrat ne s'oublie pas.

— Justement. Quand Xion et Naminé sont arrivées, elles ont rendu les contrats caducs en effaçant leur mémoire. Elles ont dû offrir leurs souvenirs d'elles pour compenser la perte du côté des démons et refermer le portail. C'est tout ce que je sais. Tu comptais retrouver ta mémoire par la transe, je me trompe ? »

Elle déglutit. Ses contrats, même désactivés, ne lui disent rien de bon. S'ils étaient vraiment caducs, ils auraient dû disparaître.

« Et ?

— Ben, si tu fais ça tu te souviendras de ton contrat. Et tu devras l'honorer. Rendre Djali ne suffira pas.

— Je ne la rendrai jamais !

— Eh, c'est toi qui l'as égorgée, pas moi. Tu l'as fait une fois, tu pourrais vouloir tenter à nouveau l'expérience.

— N'ajoute pas un mot.

— Ou quoi ?

— Ou je te lance un maléfice de règles douloureuses. Tu n'as jamais habité de corps comme celui-ci pas vrai ? Crois-moi, tu vas bien t'amuser. Pourquoi toi ?

— Pourquoi moi quoi ?

— Pourquoi Nina et Saïx ont oublié Vanitas aussi ?

— Je l'ignore. Peut-être une question de crédibilité ? Ou alors les souvenirs de Xion et Naminé ne suffisaient pas, et comme je suis le frère de sang de Nina, ça faisait une belle valeur ajoutée.

— Xion ne ferait pas ça.

— Je n'en sais pas plus, d'accord ? Maintenant il faut choisir ce que l'on fait. »

Il écrase sa cigarette et en allume aussitôt une nouvelle. Esméralda croyait qu'il en aurait eu assez, de la fumée. Il faut croire que non.

« Quelles sont les options ?

— C'est facile. On peut respecter le choix de Xion de partir de nos vies en nous sauvant une dernière fois, ou on peut totalement ignorer son sacrifice et forcer Nina et Saïx à se souvenir de tout, contrat inclus.

— Je me demande d'où ça te vient, de toujours présenter l'option que tu préfères comme la pire. Je te suis là-dessus. De quoi est-ce qu'on aura besoin ? Le solstice est dans deux jours, il faudra faire vite.

— Exact. Il nous faut quelque chose de moi, ce qui est facile, quelque chose de Xion, ce qui est plus complexe, et, j'imagine, au moins trois sacrifices ? »

Esméralda grimace. Peut-être qu'elle devrait comprendre qu'étant d'accord avec Vanitas elle fait forcément le mauvais choix. Un couvent de mensonges ou un couvent de ténèbres. Tant pis. Elle a passé sa vie à se faire appeler pécheresse. Elle pince les lèvres, fouille dans sa mémoire. Elle se souvient l'enquête de Saïx.

« Il y a un homme aux cheveux rouges. Un flic.

— Oh. On sacrifie des gens qu'on connaît alors ? On peut sacrifier Kairi ?

— Vanitas ! Ce n'est pas lui le sacrifice. Mais j'ai dans l'idée qu'il pourra nous fournir le nom d'une victime digne des Enfers. »

Vanitas ricane, et c'est aussi jaune que ses yeux véritables. Il ne laissera jamais personne oublier son nom.

(Ni celui de Xion, mais c'est une pensée trop dure à penser, s'il la prononce à voix haute il aurait peur qu'elle ne se réalise.)

.

.

.

Voilà ?

Bon, c'était un peu très très explicatif comme chapitre, donc je sais pas si c'était un vrai plaisir à lire ou pas, en tout cas ça m'a fait du bien de vraiment clarifier les choses.

J'avais vaguement dans l'idée d'écrire un chapitre du côté de Xion et Naminé avant celui-là mais … d'une, maintenir encore le mystère me semblait risqué et épuisant, de deux j'ai aucune foutre idée de ce que Xion fait maintenant à part peut-être pleurer dans les bras de Naminé.

Enfin, j'espère que ça vous aura quand même un peu plu et que vous avez toujours envie d'avoir la suite !

Et pour ceux qui avaient supposé un rêve créé par Vanitas … Franchement, je l'avais envisagé. Mais je préfère cette version. Et puis si Van était que un méchant je l'aurais sans doute tué, et ça aurait presque pas été triste. Faut qu'il soit plus attachant, pour que ce soit vraiment vraiment triste s'il meurt un jour. (En plus franchement, s'il était pas attaché à ses sœurs il serait pas dans un couvent.)

Aussi, le titre de ce chapitre vient d'un début d'histoire que j'avais, qui ne sortira sans doute jamais et qui s'appelait « Qu'est-ce qui s'est passé dans la forêt ? », et j'aimais bien ce titre donc je voulais le balancer ailleurs. Ici, donc.

Des bisous, à la prochaine !

Passez de bonnes fêtes, ou au moins, j'espère, supportables. Prenez soin de vous, et si votre famille est majoritairement composée de connards … Mon conseil c'est de commencer à fumer, ça donne une excellente excuse pour sortir au milieu du repas. Ou d'avoir un chien et d'aller le promener. Ou de boire beaucoup d'alcool. Et si c'est un parent qui fait chier vous pouvez juste lancer, l'air songeur « c'est drôle, j'ai un.e ami.e sur les forums qu'a pas parlé avec ses parents depuis dix ans » (selon le contexte vous pouvez rajouter des (alors que eux non plus ils sont « pas homophobes/transphobes/racistes/sexistes mais … »).

Dans tous les cas, de l'amour sur vous !