Elle sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine, ce n'est que maintenant qu'elle fut frappée par les cheveux roses de cette homme, comme dans les peintures qu'elle avait vu de son fiancée. Perturbée, elle ne put rester muette face à ses doutes :

« Est-ce que je peux me permettre de vous demander de décliner votre identité ?

— Si je devais énumérer l'entièreté des titres qu'on m'attribue, demain serait vite arrivée. »

Il rigola, et finit par enlever son masque. Lucy laissa échapper un hoquet de surprise, elle le reconnut tout de suite ! Elle se releva d'un bond le faisant reculer d'un léger pas. En remarquant sa brusquerie, elle se rassit avec le plus de délicatesse possible, tentant de faire oublier son manque de manière. Lucy était gênée au point qu'elle n'osait pas le regarder dans les yeux. Pourtant, elle avait des questions pleins la tête et toutes ses inquiétudes lui revinrent, lui laissant un air inquiet sur son visage. Un peu surpris par les réactions étranges de sa fiancée, il déclina finalement son identité :

« Natsu de la dynastie Dragneel, Prince héritier du royaume de Fiore et Duc de Crocus, pour faire court. »

Les battements du cœur de Lucy frappaient jusque dans ses oreilles, elle n'arrivait pas à croire qu'il était là. C'était impensable, n'est-ce pas ? Ils étaient seulement censés se rencontrer le jour du mariage. Ne voulant laisser un blanc s'installer, Lucy ne trouva rien d'autre à dire que de décliner elle-même son identité, quand bien même il savait parfaitement qui elle était. Il rigola gentiment et Lucy fut réellement choquée par la sympathie qu'il dégageait naturellement, il lui semblait si chaleureux.

Il s'assit à côté d'elle sur le banc du parc. Elle se sentit encore plus gênée en le voyant si proche, oubliant la proximité qu'ils avaient partagée en dansant plutôt dans la soirée.

« Je sais que je ne n'étais pas censé vous rencontrez maintenant. Rassurez-vous, personne ne sait que je suis ici,. Sinon, Sa Majesté mon père, en ferait une nouvelle syncope. »

Lucy comprit qu'elle avait en face d'elle, un homme qui semblait vouloir transgresser les règles imposées par le souverain. Elle se souvint de la conversation qu'elle avait eu avec le Roi concernant les agissements du Prince.

« Seulement vous m'aviez écrit, et je n'ai pas trouvé le temps de vous répondre. Aussi, il m'était dur de trouver quelconque inspiration. Je préférais vous voir, ce bal tombait à pic. La robe n'était qu'un moyen pour moi de vous reconnaître parmi la foule. Vous plait-elle ? »

Elle répondit positivement presque dans un chuchotement. Elle avait du mal à analyser toutes les informations qu'il lui avait donné. D'abord, il avait cherché à lui répondre, et rien que cela, réchauffa le cœur de la jeune princesse. Elle trouva son intention adorable, parce que même s'il n'avait pas réussi, il avait tenté. Quant à la robe, elle trouvait cela assez amusant. En sommes, il avait dépensé une fortune juste dans le but qu'ils puissent passer un moment pour discuter sans que personnes ne le sachent.

« Je ne sais pas ce que Sa Majesté mon père vous a dit hier, mais ne l'écoutez pas. C'est un malade qui pisse partout et radote des inepties. »

Lucy tourna brusque sa tête vers lui, vraiment consternée par ce qu'il venait de dire sur son propre père, le Roi qui plus est ! D'un autre coté, elle fut plus ou moins rassurée. Il cherchait à la mettre à l'aise, contrairement au Roi qui l'avait descendu. Son fiancé semblait moins froid et tranchant, ce n'était pas plus mal.

« Je voulais aussi vous prévenir... Beaucoup de personnes, même dans la famille royale, n'ont pas apprécié ces fiançailles et n'apprécieront pas notre mariage. »

Lucy baissa les yeux. A vrai dire, elle se doutait déjà que certain n'allaient pas aimer son arrivée en tant que Princesse Héritière. Elle, la fille du souverain d'un pays qui n'était pas plus grand qu'un marquisat et dont la lignée n'était pas totalement noble. Pourtant, savoir qu'elle aurait même des ennemis dans la famille royale la contrariait. Le Roi lui même semblait être mitigé par ce mariage. Au final, seul son fiancé semblait assumer son choix et en être satisfait.

« Pourquoi m'avoir choisi moi parmi les vingt-huit autres prétendantes, Mon Prince ? »

Lucy avait finalement osé poser la question qui la tourmentait depuis sa conversation avec le Roi. Il la regarda fixement, cherchant dans le regard chocolat de sa fiancée quoi répondre. Au fond de lui même, il ne savait pas vraiment pourquoi il l'avait choisi elle, et pas une autre.

« Dans ces vingt-neuf femmes, je devais bien en connaître une vingtaine, au moins de vue. Aucune d'elles n'avaient suscité mon intérêt. Quant aux restantes, j'ai demandé à ce qu'on m'apporte leur représentation et les principales choses qu'on savait d'elles. Dans cette liste réduite, vous étiez sans doute la plus douce mais surtout on m'a rapporté que vous aviez beaucoup d'amour pour les animaux. »

Lucy libéra sa respiration qu'elle avait retint sans vraiment s'en rendre compte le temps de son monologue. Elle fut heureuse d'entendre qu'elle n'avait pas été choisi juste pour faire enrager le Roi. Curieusement c'était sa passion pour les boules de poils qui l'avait démarquée des autres.

« Merci pour votre réponse. Je suis très honorée de devenir votre épouse. »

D'un coup, il se leva du banc et s'agenouilla devant Lucy, et lui attrapa une main qu'il serra entre les siennes. Elle rougit violemment, et regarda à droite à gauche comme pour vérifier que personne ne les observait.

Il la regarda droit dans les yeux, un air très sérieux sur le visage. La jeune princesse sentait qu'il allait lui demander quelque chose, et elle ne savait vraiment pas ce que c'était, mais son imagination s'envolait.

« Ecoutez, je ne vous demande pas de m'aimer. Ces choses là viennent et s'en vont beaucoup trop facilement. Seulement j'ai besoin d'une amie, une amie précieuse et sur qui je peux compter. Pourriez-vous l'être ? »

Lucy resta sans voix. Elle ne s'y attendait pas, et malgré elle, elle fut un peu déçue. Néanmoins, la demande de son fiancé lui paraissait pleine de bon sens. Être des amis. Plus elle réfléchissait et moins cela la surprenait, après tout, le Roi lui avait dit que son fils avait perdu sa première fiancée. L'amour passionnel devait sûrement lui rappeler des souffrances que Lucy pouvaient identifier à celles qu'elle avait ressenti en perdant sa mère.

Alors la jeune princesse lui répondit :

« Oui, faisons ce serment là devant l'évêque la semaine prochaine. Soyez mon ami, Mon Prince, je vous offre volontiers ma loyauté. »

Le prince se releva gardant la main de Lucy dans les siennes. Elle suivit le mouvement et se releva avec lui. Il lui proposa de retourner au bal, non sans s'assurer qu'elle se sentait mieux. Pourtant elle n'avait pas spécialement envie de retourner danser, elle avait envie de rester là. Peut-être parce qu'elle avait l'impression qu'elle vivait un moment particulier. Elle ressentait une sensation d'intimité et à la fois de transgression. Il était son fiancé et pourtant ils n'avaient pas le droit de se voir.

Seulement, il remit son masque, et Lucy se rendit compte qu'ils n'étaient plus vraiment les seuls dans le parc, d'autres personnes étaient venues pour se rafraîchir. Elle ramassa son masque, laissé plutôt sur le banc, et cacha ses yeux à nouveau. Il valait mieux en effet qu'ils camouflent leur identité ; heureusement, il faisait nuit, peu d'importance leur était accordé.

Il lui tendit son bras et elle le saisit. C'était assez étrange, Lucy se disait que bientôt toute sa vie appartiendrait à cet homme dont elle ne connaissait rien. Au moins, elle était déjà un peu plus sereine de l'avoir vu avant le mariage. Lucy n'arrivait pas à chasser l'idée qu'elle allait peut être vivre un mariage heureux, et qu'avec le temps, ils finiraient par s'aimer. Elle le trouvait assez bel homme, mais certain trait de caractère qu'elle avait semblé voir chez lui, lui indiquait que, peut-être, cela serait compliqué de vivre ensemble.

Lucy n'aimait pas vraiment les personnes irrespectueuses, et ce prince semblait n'en avoir rien à faire des convenances. Elle qui avait passé sa vie à se faire taper les doigts pour chaque écart, la vie de son fiancé lui paraissait trop facile. Elle devait se tromper. Après tout, elle ne connaissait rien. Tout comme il ne connaissait rien d'elle.

Ils feraient avec, apprendraient à se connaître et à supporter leur caractère respectif, même si Lucy savait très clairement qu'une Reine se devait d'être la plus conforme aux attentes de son Roi, tandis que celui-ci pouvait bien se passer des envies et avis de la Reine. Elle ne voulait pas penser à cela pour le moment. Il avait l'air d'un homme à l'écoute, alors pourquoi tout de suite supposer le pire ?

Ils marchèrent jusqu'à la résidence, et retournèrent dans la salle de réception. Très vite Lucy voulu danser à nouveau avec son fiancée. Il roula des yeux, en réalité les danses et les amusements de ce genre n'étaient pas sa tasse de thé. Il accepta néanmoins, après tout, il venait à peine de la rencontrer. Il n'allait pas déjà commencer à la contrarier. Cela arriverait très vite de toute manière.

Elle le tira parmi les couples qui dansaient et ils s'y mêlèrent. Lucy se serait crue une inconnue parmi la foule, sans le retour de Levy. Sa dame de compagnie l'avait cherchée partout jusqu'à la trouver dehors un peu plutôt. Levy n'avait pu voir qui était l'homme qui accompagnait sa princesse, mais cela ne lui paraissait pas très bon que Lucy passe autant de temps avec un homme. Cela sentait les ennuis. Elle savait Lucy très rêveuse sur les passions amoureuses, et Levy avait toujours craint que son ami ne se laisse aller dans les bras du premier venu qui lui promettrait un peu d'amour. Elle craignait que ses doutes se réalisent.

Ainsi Levy surveillait de près sa princesse, prête à intervenir aux moindres faux pas de cet homme, ou d'une faiblesse de Lucy. La dame de compagnie cherchait la Duchesse de Magnolia et la Comtesse de Foss dans la salle, elle remarqua bien vite près du service à boisson la Comtesse, qui riait aux éclats entourés d'hommes et de femmes qui, pour Levy agissaient de façon grossière. Cela devait bien être le cinquième verre que la Comtesse ingurgitait, et toutes les boissons ne semblaient pas dénuées de liqueur, bien au contraire. Dire que devrait Levy quitter ce pays après le mariage de Lucy, la laissant entre les mains de cette débauchée de Comtesse.

Quant à la Duchesse de Magnolia, elle dansait depuis des heures durant aux bras de nombreux partenaires. Levy s'en amusa se demandant si elle n'avait pas danser avec tous les hommes présents à la réception. La seule chose que Levy reprochait à cette dame de compagnie c'est qu'elle ne portait aucun intérêt à ce que faisait la princesse.

Levy n'arrêtait pas d'imaginer un scénario où Lucy trop naïve se ferait soûler et embarquer dans des situations terribles. Les dames de compagnie étaient là pour s'assurer que rien n'allait arriver à la princesse. Même si Levy osait croire que ce genre de comportement malsain ne pouvait avoir lieu dans ce genre de réception peuplé de gentilshommes, un malheur arrivait si vite. En tant que Première Dame, Levy prenait son rôle très à cœur, et elle considérait que c'était aux dames de compagnie de veiller à ce qu'il n'arrive rien à Lucy. Seulement la Comtesse et la Duchesse semblaient réellement se moquer de ce que faisait leur future Princesse Héritière. Inadmissible.

Levy devrait en toucherait deux mots à ces femmes. Certes, elle n'était pas de leur rang, mais elle était celle à qui le Roi de Stella avait confié Lucy. Levy devait s'assurer que la jeune princesse serait laissée dans des mains de confiance et visiblement, il y avait de quoi s'inquiéter.

La soirée continua de se dérouler sans la moindre encombre. Lucy n'avait pas quitté son fiancé d'un seul pouce. Elle continuait de danser avec lui, elle l'accompagnait au bar quand il buvait, se faisant servir aussi. Elle participait aux conversations quand il discutait avec d'autres hommes et femmes qui se reposaient dans les pièces d'à coté. Lucy ne le lâchait pas, elle l'observait, essayant de déduire quels étaient ses loisirs, ses passions, les choses qu'il n'aimait pas. Malheureusement, le cadre de cette fête ne lui permettait pas de déduire grand chose.

Notamment parce qu'il ne semblait pas le plus naturel du monde, il avait l'air de se contenir. Peut être qu'il commençait à fatiguer lui aussi. Lucy ne savait pas par quel miracle elle tenait encore debout. En tout cas, elle se sentait extrêmement bien. C'était en partie de cette manière que plus jeune elle avait imaginé ces fêtes de bal en compagnie d'un fiancé ou d'un mari. Danser ensemble, partager des conversations avec des personnes d'importance, et surtout briller de mille feux, sublimée par l'affection que lui porterait son partenaire. La troisième option n'était peut être pas tout à fait vrai, mais la fatigue lui faisait croire que si.

Elle appréciait énormément la présence de cet homme à ses cotés. Lui non plus ne la lâchait pas, quand ils marchaient d'une pièce à l'autre, ou quand ils dansaient, dès qu'il la sentait ralentir, il ralentissait aussi pour ne pas la forcer. Elle appréciait cette attention subtile.

Lucy passa tout le reste de sa soirée dans les nuages. Parfois elle craignait s'être endormie dans un coin de la résidence, et que sa rencontre avec son fiancé n'était un doux rêve mais la douleur dans ses pieds lui rappelait qu'elle ne dormait pas. Elle avait pourtant bien envie de se coucher, son corps fatiguait bien plus qu'elle ne l'admettait. Seulement cela voulait dire qu'il repartirait, et elle refusait l'idée de quitter son bras.