— Je suis fier de toi, Alexander ! fit Robert en avançant d'un pas vers son fils afin de le serrer dans ses bras.
Le jeune homme eut un mouvement de recul non feint et porta sur son père un regard dur et noir.
Alec avait emprunté un portail quelques heures plus tôt et, après avoir suivi toute une série de protocoles et répondu à quelques questions, l'épée Mortelle était enfin en sécurité, ici, à Alicante.
Après les épreuves de la veille et une nuit sans fermer l'œil, il était véritablement exténué et n'avait qu'une hâte : retourner auprès de Madzie et Magnus et, pourquoi pas, dormir un peu.
Maintenant que les fantômes de son passé étaient revenus le hanter, il ne se sentait plus capable de prétendre que rien n'était arrivé. Il ne pouvait plus côtoyer cet homme qui aurait dû être un père et qui n'avait été rien d'autre qu'un bourreau.
— Je t'interdis de m'approcher, avertit l'aîné des Lightwood en reculant d'un pas.
Son géniteur sembla surpris et fronça les sourcils tandis que son fils s'écartait du centre du couloir pour venir s'adosser à une colonne de pierre.
— Alexand…
— Je ne veux rien avoir à faire avec toi ! Co… Comment peux-tu agir comme si rien n'était arrivé ? Comme si tu ne m'avais rien fait ? Après ce que tu as fait à maman ?
La voix de l'archer était faible et chevrotante.
Il aurait voulu hurler toute sa colère, ne pas bégayer, ne pas être faible devant lui.
Il se passa une main lasse sur les yeux pour chasser les images parasites qui venaient le hanter à l'évocation de ces douloureux souvenirs.
Aussi inattendu qu'inapproprié, le rire de son père lui répondit. Alec releva la tête et le dévisagea, incrédule, tandis que le son joyeux rebondissait autour d'eux en un écho sinistre.
— Tu as rompu ta part du contrat en affichant tes penchants au grand jour, je n'avais plus aucune raison de cacher ma liaison. Tout ce qui arrive est entièrement ta faute alors ne viens pas me faire la leçon !
— Cacher ta… Tu veux dire que tu n'as jamais arrêté de tromper maman ?
— Par l'ange, rit son père de plus belle. Quelle naïveté ! Tu croyais vraiment qu'un gosse allait me dicter ma conduite ? Oh, je t'en prie ne me regarde pas comme ça… C'est ce qui se passe dans les mariages sans amour. J'ai fait mon devoir, contrairement à…
Le brun ne put se contenir davantage. Son poing s'écrasa sur la pommette de son interlocuteur, l'envoyant au sol sous le choc et la surprise.
Le cœur battant à tout rompre de colère et le sang pulsant douloureusement à ses tempes, le shadowhunter posa sur l'homme à terre un regard sombre tout en massant ses phalanges douloureuses.
— Alexander ?!
La voix de la matriarche des Lightwood mit fin au duel de regards auxquels se livraient les deux hommes.
Alec ferma les yeux et prit une profonde inspiration pour se donner du courage.
Il devait définitivement mettre cet épisode de sa vie derrière lui. Affronter son père était une des étapes vers la rédemption. Avouer la vérité à sa mère en était une autre.
Il ne se sentait pas prêt. Il ne le serrait de toute façon sûrement jamais. Mais Maryse méritait de connaître la vérité.
Son regard se posa à nouveau sur l'homme misérable toujours à terre. Il en avait fini avec lui.
— Tiens-toi loin de nous. Si tu t'approches à nouveau de Max, Izzy ou maman… si nos chemins se croisent à nouveau… saches que je me ferais un plaisir et un devoir de te rendre au centuple ce que tu m'as fait endurer !
Il attrapa ensuite la main de sa mère avec une douceur affectueuse, et l'entraina à sa suite en direction de l'appartement qu'elle occupait seule avec Max dans l'une des tours de verre de la citadelle.
— Il y a quelque chose que je dois t'avouer, maman !
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— Et pour les murs ?
— Rose, répondit Madzie avec un sourire éblouissant.
Les deux sorciers jouaient de leurs magies depuis le départ du nephilim afin de mettre la chambre d'ami, anciennement occupée par Jace, au goût de la petite métisse.
Le blondinet s'en était enfin retourné à l'Institut suite à la mystérieuse disparition d'Aldertree.
D'ailleurs, le loft s'était vidé d'un seul coup.
Catarina était la première à s'être éclipsée juste après avoir soigné Magnus. Ses patients de l'hôpital n'attendaient pas !
Jace était venu remettre à son ancien colocataire son précieux grimoire récupéré après la fouille de Valentin. Tandis qu'il récupérait ses affaires personnelles, Dot prenait le chemin de son appartement. Après des semaines de captivité, elle avait grand besoin de retrouver des repères familiers.
Enfin, Alexander avait accompagné son frère d'armes jusqu'à l'Institut où un portail l'attendait pour Idris.
Sans la présence de la merveilleuse petite Madzie, le logement aurait semblé incroyablement morne.
Lui qui n'avait jamais pu avoir d'enfant de par sa nature de sorcier, était ravi de pouvoir prendre soin de la petite fille.
Bien sûr, adopter un chérubin à ce stade de leur relation était un peu précipité. Mais le destin avait mis Madzie sur leur route et ni Alexander ni lui ne se sentait capable d'abandonner la petite sorcière.
Décidément, ils ne faisaient rien dans l'ordre.
Alexander l'avait embrassé au vu et au su de tous avant même leur premier rendez-vous, et aujourd'hui, après seulement quelques semaines de relation, ils prenaient la décision commune de prendre sous leurs ailes une petite fille.
Qu'importe ! Sur tous les points, leur couple était anticonformiste.
Elle serait leur rayon de soleil.
Magnus reporta son attention sur la chambre. Le lit double avait laissé place à un lit d'enfant muni d'une parure licorne multicolore que la petite fille semblait apprécier particulièrement.
Ses vêtements et ses jouets avaient été invoqués depuis l'appartement d'Iris et avaient trouvé leur place dans l'armoire, la bibliothèque et le coffre à jouets.
Un ciel de lit, des cadres, des étoiles… Le moindre désir de l'enfant avait su être comblé.
L'indonésien expliqua une dernière fois à sa jeune élève comment changer la couleur du mur avant de la laisser s'en charger.
Madzie était jeune, mais volontaire et déjà puissante pour son jeune âge ce qui était un avantage non-négligeable dans le plan de Magnus.
— Dis-moi, Sucre d'orge, j'ai un service à te demander…
Il était hors de question pour le sorcier de se servir de Madzie comme Valentin l'avait fait. Il prendrait le temps nécessaire pour lui expliquer chaque point et chaque conséquence de son projet afin qu'elle décide en son âme et conscience.
Encore quelques préparatifs et leur voyage serait prêt.
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— Ne pleure pas, maman, s'il te plaît !
— Quelle mère indigne je fais, sanglota la femme en réponse. Je n'ai rien vu… Rien ! Mon bébé… Pourras-tu jamais me pardonner ?
Jamais Alec n'aurait imaginé voir un jour sa mère dans un tel état. Si s'être confié avait été difficile, devoir affronter ce déferlement de peine et de douleur l'était davantage encore.
— Il n'y a rien à pardonner, maman, chuchota-t-il d'une voix apaisante. Dis-moi plutôt comment va Max ?
La femme se redressa et renifla avant d'essuyer ses yeux rougis et boursouflés d'un revers de main avant de prendre une grande inspiration.
— Mieux, répondit-elle d'une voix cassée. Mais tu connais Max, il me fait beaucoup penser à toi au même âge… Il garde tout pour lui, il ne se confie pas ! Ce que lui… Ce que vous a fait Aldertree…
Elle étouffa un nouveau sanglot.
— Toujours aucunes traces de lui ?
— Non. Une équipe est à sa recherche, mais il semble s'être volatilisé.
Elle semblait heureuse de la situation. Comment l'en blâmer ?
— Cependant… le Haut-Conseil a décidé de convoquer Magnus demain.
— Quoi ? Pourquoi, n'ai-je pas été informé ? s'emporta aussitôt le nephilim la boule au ventre.
— Il est le dernier à l'avoir vu, c'est une décision logique, répondit-elle calmement.
Elle prit un air plus sérieux et plongea ses yeux dans ceux de son fils.
— Alexander, il faut que tu comprennes toute l'ampleur de la situation. L'épée est de nouveau en la possession de l'Enclave. Ne te fais pas d'illusion, Magnus sera interrogé sous son contrôle…
Le jeune homme fronça les sourcils, incertain.
— Tu penses que Magnus a quelque chose à se reprocher ?
— Vu ce que Victor vous a fait à tous les deux, il semble difficile de penser le contraire !
— Tu l'accuses sans…
— Je ne suis pas l'ennemi, Alexander ! coupa Maryse d'une voix calme, mais autoritaire.
Elle posa ses deux mains sur celles de son ainé et plongea cette fois un regard doux et maternel sur lui, laissant son visage se parer d'un sourire lumineux.
— Si tant est que Magnus ait réglé son compte à Victor, j'en serai ravie. Mais… J'ai compris. J'ai enfin compris que tu l'aimes et il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'il t'aime en retour. Après tout ce que tu as traversé dans ta vie, Alexander, tu mérites d'être heureux ! Mon fils ! Mon bébé ! Peu importe ce que vous déciderez ensemble, sache que tu as ma bénédiction et que je ne cesserai jamais de t'aimer.
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— C'est l'heure d'aller se coucher, Sucre d'orge.
La nuit était tombée sur Brooklyn et Alexander n'avait toujours pas pointé le bout de son charmant, petit nez.
Les deux sorciers avaient passé une agréable après-midi ensemble à faire un peu de magie.
Magnus avait fini la potion pour qu'Isabelle souffre moins de son sevrage au Yin Fen et Madzie avait joué les petites livreuses en invoquant un portail pour se rendre à l'Institut.
Pendant ce temps, le plus grand sorcier de Brooklyn en titre avait terminé ses derniers préparatifs.
Ils auraient pu tous les trois partir le soir même si le nephilim ne s'était pas fait tant désiré.
Malheureusement, la petite métisse était jeune et fatigue et magie ne faisait pas bon ménage.
— Je veux une histoire ! Alec m'avait promis une histoire ! bouda la sorcière, emmitouflée sous la couverture.
— Je ne sais pas quand il rentrera, mon ange ! Il a dû être retenu. Il se fera pardonner sois-en sûre.
L'indonésien s'installa sur le matelas et caressa les cheveux de l'enfant avec un sourire attendri.
— Tu veux que je te raconte une histoire ?
En réponse, l'enfant hocha la tête avec enthousiasme.
— Très bien, alors : il était une fois, un prince beau et intelligent et très riche... Il était malheureux de ne pas trouver l'amour et y avait même renoncé. Jusqu'au jour où son chemin croisa celui d'un autre prince…
— Eh ! C'est pas comme ça d'habitude… Elle est où la princesse ? rouspéta la métisse en croisant les bras.
— Oh, tu sais, Sucre d'orge, l'amour… Ce n'est pas une question de prince ou de princesse… Les princes peuvent tomber amoureux d'autres princes, et les princesses d'autres princesses… L'amour n'a pas de limite… Ni de genre, ni d'origine, ni de couleur de peau, de taille, de poids, de couleur de cheveux ou d'yeux… On aime… Sans règle, sans loi… Juste avec le cœur ! conclut l'homme en pointant son index en direction de celui de la petite fille.
— Elle est belle ton histoire, sourit Madzie avec un sourire avant de se pencher pour un bisou. Bonne nuit ! entonna-t-elle en serrant sa peluche licorne contre elle.
— Bonne nuit, Sucre d'orge, répondit Magnus en réponse en déposant un baiser sur le front de la petite sorcière avant de quitter la chambre avec un dernier regard ému.
La porte fermait Magnus se retourna pour tomber nez à nez avec Alexander qui venait d'arriver.
— J'arrive trop tard ? comprit le nephilim en déposant un chaste baiser sur les lèvres de son amant.
— De peu. Elle t'a réclamé, tu sais ?
Le shadowhunter ne cacha pas sa déception et poussa un long soupir en se massant la nuque. Dans le même mouvement il alla déposer sa veste à l'entrée qu'il n'avait même pas pris la peine de retirer dans sa hâte de rejoindre sa jeune protégée.
— Tu t'es déjà bien attaché à elle, n'est-ce pas ?
— Plus que je ne le devrais, confirma le nephilim. Magnus… Je… J'ai… besoin d'un verre !
Le maître des lieux haussa un sourcil. Alexander ne buvait jamais, l'heure était grave !
— Martini Mondays ? Gin ou Vodka ?
— Gin !
Tandis qu'il préparait les deux cocktails, le shadowhunter se laissa tomber dans le sofa comme s'il portait le poids du monde sur ses épaules.
— J'ai… croisé mon père…
Le sorcier se retourna aussitôt à cette annonce. Son compagnon semblait affecté, ce qui n'était pas étonnant. Leurs yeux se croisèrent et ils s'observèrent un instant, incertain l'un comme l'autre.
— Est-ce qu'il…
Alec se hâta de le rassurer d'un hochement de tête négatif et Magnus put à nouveau respirer librement.
— Il se peut que mon poing ait rencontré son visage un peu violemment.
L'indonésien se retourna une fois de plus, les yeux ronds et les lèvres relevées en un sourire éblouissant, mais incrédule.
À ce rythme-là, il n'arriverait jamais à terminer la préparation de leurs boissons, mais qu'importe.
— Vraiment ? C'est… inattendu !
— Libérateur, je dirais. Et il y a autre chose : j'ai parlé à ma mère.
Le magicien rejoignit son compagnon et s'installa à coté de lui avant de lui tendre son verre. Il posa sa main libre sur la cuisse de son amant dans un geste qui se voulait rassurant.
— Ça fait beaucoup pour une seule journée. Comment tu te sens ?
— Je…
Alec ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Comment se sentait-il ? Il n'avait pas vraiment eu le temps de se poser la question. Les événements s'étaient enchaînés les uns après les autres et il s'était contenté de suivre le mouvement.
— Bien, je suppose. Je ne veux plus que ce secret pèse sur ma vie, je veux passer à autre chose… avec toi !
Le sourire de Magnus s'élargit davantage et sa main dévia vers la nuque de son compagnon qu'il caressa tendrement sans rompre le contact visuel.
— Rien ne nous séparera, Alexander, je t'en fais le serment.
Leurs lèvres se trouvèrent naturellement, comme pour sceller la promesse. Un frisson de bien-être s'empara du plus vieux tandis que le cœur du plus jeune s'emballait malgré lui.
C'était un baiser tendre et doux au délicat goût d'amour et de bonheur.
Quand ils rompirent cet instant de félicité, ils trinquèrent et sirotèrent leur boisson un instant dans le silence.
Magnus ne put s'empêcher un sourire d'amusement face à la grimace de son petit ami. À croire qu'il ne s'habituerait jamais à l'alcool. C'était… mignon !
Ce fut Alec qui rompit le moment, après un temps d'hésitation.
— Il faut que je te pose une question, Magnus… Je veux que tu y répondes sincèrement.
Ses yeux s'étaient faits sérieux, et l'ambiance devint aussitôt plus lourde.
Sensible à ce brusque changement d'atmosphère, le sorcier posa son verre sur la table basse avant de se tourner vers son compagnon.
— Je t'écoute.
— Est-ce que… Je…
— Tu peux tout me dire, Alexander, l'encouragea le sorcier avec un sourire étincelant.
— Sais-tu quelque chose à propos de la disparition d'Aldertree ? lâcha finalement le nephilim après quelques secondes d'hésitation supplémentaire.
Le sorcier se mordit la lèvre en réponse et affronta le regard de son amant sans sourciller avant de prendre une profonde inspiration.
— Je suis désolé de ne pas te l'avoir dit, Alexander. Je ne voulais pas que tu te retrouves en porte-à-faux avec l'Enclave.
Alexander ne s'était pas attendu à un aveu. Il n'avait jamais remis en doute la parole de son amant malgré les insinuations de sa mère. Et pourtant, s'il devait être honnête avec lui-même… pourquoi avait-il posé la question dans ce cas ?
— Qu'est-ce que tu as fait ? s'enquit-il avec un calme qu'il était loin de ressentir, submergé malgré lui par une multitude de sentiments intenses et contradictoires.
— Alexander, je… je ne veux pas que tu me voies comme un monstre, avoua le sorcier avec une sincérité bouleversante.
— Dis-le-moi ! insista le chasseur en emprisonnant les mains de Magnus dans les siennes.
Le plus âgé ferma les yeux et déglutit difficilement. A la lueur de la journée passée, sa sentence lui semblait bien plus cruelle encore.
— Je l'ai livré à une meute de loups-garous.
Il osa relever son regard vers celui de son amant afin d'affronter sa réaction. Ses propres yeux étaient emplis de tristesse et de doute.
Alexander quant à lui, ne sembla pas réagir.
— Soit il est mort, soit il se transformera lors de la prochaine pleine lune, se sentit obligé de préciser le sorcier pour faire réagir l'archer.
Celui-ci hocha doucement la tête comme pour intégrer l'information avant de reporter son regard dans les abysses chocolat du sorcier.
— Merci…
— Merci ? répondit le magicien déconcerté.
— Oui… de m'avoir dit la vérité… d'avoir fait ça pour moi ! Magnus, ne doute jamais plus de moi, d'accord ?
Un courant électrique traversa le corps du propriétaire des lieux. Le regret de ne pas avoir été parfaitement honnête avec son compagnon se mêla au soulagement et à la joie. Il ferma les yeux l'espace d'un instant se laissant envahir par ce sentiment bienfaiteur et tout son corps se détendit.
Alexander profita de ce moment pour prendre possession de ses lèvres avec ferveur et passion.
D'abord prit de court, le sorcier ne tarda pas à répondre à l'étreinte de son amant. Son corps bascula en arrière et bien vite le corps du nephilim le domina. Magnus fut incapable de contenir un gémissement de plaisir et de douleur lorsque son amant lui mordilla la lèvre pour en quémander l'accès.
Bien vite, leurs langues se trouvèrent et se bataillèrent un moment dans une lutte de domination. Elles se caressèrent sensuellement les faisant tout deux gémir de plaisir. Naturellement, instinctivement, les mains se logèrent dans la nuque du plus jeune pour approfondir le baiser et rapprocher leurs corps allongés l'un sur l'autre.
Enfin, ils se retrouvaient et se perdaient tous deux dans cette étreinte rassurante et familière qui avait un délicieux goût de retrouvailles après les péripéties des dernières quarante-huit heures.
Les mains d'Alexander se firent plus entreprenantes tandis qu'elles glissaient sur le torse de Magnus, sous son T-shirt, faisant frissonner le sorcier de plaisir et d'anticipation.
Un éclat de magie le transperça et il sut que ses yeux dorés étaient de retour. Cette fois, il ne se cacherait plus…
Le souffle court, ils se détachèrent presque à regret. Les yeux félins rencontrèrent ceux noircis de désir du nephilim. L'atmosphère était chargée d'électricité. Alec semblait incapable de détourner son regard de celui de son amant et il se léchait les lèvres inconsciemment tandis qu'une tornade de désir inextinguible prenait possession de lui.
Ne pouvant se contenir davantage, le chasseur fondit à nouveau sur sa proie tandis que ses hanches commençaient une danse lascive contre celles de son amant.
Le sorcier se laissa aller à la volupté dans un gémissement plus que suggestif quand soudain un éclair de lucidité le coupa net dans son élan, le faisant brutalement redescendre sur terre.
— Attends… haleta Magnus entre deux baisers fougueux. Madzie….
Alexander grogna, mais se leva sans rompre le contact avant d'attraper son amant par le col pour le faire reculer jusqu'à la chambre qu'il ne leur fallut pas longtemps pour atteindre vu l'empressement du shadowhunter.
La porte se referma sur eux, leur offrant l'intimité nécessaire à leurs ébats. Ravi, l'archer poussa son amant gentiment sur le lit afin de reprendre la position qu'il avait abandonnée quelques minutes plus tôt.
Magnus ne put refréner un gémissement de douleur à son plus grand désarroi. Un rapide coup d'œil à son compagnon lui confirma qu'il n'était pas passé inaperçu auprès de celui-ci.
La magie du moment venait de voler en mille éclats et le sorcier se mordit la lèvre de frustration.
— Je t'ai fait mal ?
— Non, ça va. Viens… J'en ai très envie, Alexander !
Mais le plus jeune ne se laissa pas émouvoir. Ses joues ne se tintèrent même pas de rouge comme elles le faisaient habituellement aux mots du sorcier.
Avec une infinie lenteur qui mit le sorcier au supplice, il s'approcha de lui.
Pourtant, quand les longues mains de son amant se posèrent sur son corps, toute sa frustration s'envola. Il laissa sa tête partir en arrière afin de reposer à nouveau contre le lit moelleux et se laissa aller aux douces caresses de son amant.
Elles étaient douces et sensuelles, agréables et tendres.
Lentement, Alexander caressa chaque muscle abdominal, s'attardant sur ses flancs sensibles, tout en prenant soin de remonter le tissu qui recouvrait son torse avec une lenteur calculée.
Magnus se cambra pour l'aider dans la manœuvre et bientôt les lèvres du chasseur vinrent accompagner ses doigts fins.
Le sorcier ne put retenir une exclamation de plaisir et son souffle se fit plus profond tandis que des myriades de papillons semblaient tournoyer dans son ventre lui provoquant de délicieuses sensations de chaleur au plus profond de son être.
La bouche d'Alec se posa finalement au milieu de son ventre, un peu au-dessus du nombril et il se concentra sur cette zone pour l'embrasser avec douceur…
Magnus ouvrit brutalement les yeux quand il comprit les attentions de son compagnon, et son cœur se contracta d'une pointe de joie douloureuse.
— Arrête chaton ! murmura Magnus avec des intonations profondes. Je vais bien, rassura-t-il encore une fois en se redressant forçant son amant à suivre le mouvement.
Le nephilim se détacha de la blessure provoquée par Aldertree et ses yeux se plongèrent dans ceux de son compagnon qui put y lire une profonde tristesse.
— C'est de ma faute s'il t'a fait du mal !
Sa voix était tremblante d'émotions trop vives en la circonstance, ce qui fit plisser les sourcils du plus âgé qui l'attira dans une étreinte réconfortante.
— Bien sûr que non, répliqua le sorcier en l'entrainant avec lui sur le lit.
Dans les bras l'un de l'autre, ils laissèrent les battements de leurs cœurs reprendre un rythme un peu plus normal.
— Tu aurais pu mourir ?
Le sorcier émit un petit rire malgré lui.
— J'ai beau être immortel… Oui. Ça aurait pu arriver mais je vais bien. Tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement, shadowhunter ! ajouta l'homme en souriant afin de détendre l'atmosphère. Et toi, comment te sens-tu ?
— Mieux. Je suis encore courbaturé et je me sens encore… faible, mais je vais mieux d'heure en heure.
Ses doigts commencèrent à tracer des arabesques à travers le T-shirt de son amant, distraitement. Magnus sentit la langueur prendre possession de son corps. Il était si bien, contre le corps de son compagnon et si fatigué.
Les yeux aux reflets extraordinaires du nephilim se plongèrent dans les siennes et le sorcier lutta pour ne pas sombrer dans les limbes du sommeil face à l'urgence qu'il pouvait lire dans ces magnifiques prunelles.
— Magnus, tu seras interrogé demain par le Haut-Conseil. Je ne suis pas censé le savoir… Il faut qu'on trouve un plan ! Je ne peux pas te perdre !
La détresse dans la voix d'Alec plus que la menace de l'Enclave finit de réveiller le sorcier.
— J'ai quelque chose à t'avouer moi aussi…
