23h11

Resserrant les pans de la couverture sur son buste, Regina se laisse gagner par un autre frisson, qu'elle décide de freiner en finissant son verre. Kelly étant particulièrement enchantée de passer du temps avec elle ce soir, elle a naturellement proposé aux trois autres femmes de finir la soirée sur le toit de l'immeuble de la journaliste. La résidence dans laquelle vit Regina possède effectivement une terrasse panoramique exceptionnelle sur le toit, où sont disposés quelques foyers extérieurs et chaises, pour les personnes souhaitant profiter de la vue, même en plein hiver. Justement, la brunette s'est installée sur une chaise longue à côté de celle d'Emma, après avoir pris soin de placer une couverture sur ses épaules pour lutter contre le vent glacial. De leur côté, Kelly et Victoria ont rejoint l'extrémité du toit, conférant une vue sans pareil sur les buildings du centre-ville. Fidèle à leurs habitudes, elles tentent depuis quelques minutes de prendre un cliché parfait d'elles-mêmes, afin de le poster sur les réseaux sociaux. Toutefois, la quantité d'alcool qu'elles ont toutes deux ingéré n'aide évidemment pas à ce que leurs photos soient nettes ni réellement époustouflantes. Les deux femmes rient donc de bon coeur depuis quelques instants, essayant désespérément de lutter contre le stabilisateur optique de leurs téléphones et leurs faibles capacités motrices. De son côté, la tatoueuse finit son quatrième verre de vin, regrettant déjà d'avoir renié ses principes sur l'alcool, puisque son esprit fonctionne au ralenti depuis plus d'une heure. À sa gauche, Regina dépose enfin son propre verre près du feu, comme pour signifier qu'elle en a assez bu pour ce soir.

« Je suis Lion, au fait, » indique la brunette d'une voix timide, à l'adresse de la blonde.

« De… de quoi ? » sourcille l'intéressée, apparemment peu au fait de son environnement immédiat.

« Mon signe astrologique, » précise Regina en se tournant vers elle. « Je pensais que tu le savais, puisque tu as donné ma date de naissance à l'infirmière de l'hôpital.

-Euhm… ouais… En fait je me souviens de la date, mais je n'ai aucune idée des périodes exactes pour les signes, comme je l'ai dit plus tôt… Désolée…

-Ce n'est pas grave, ce n'est pas comme si c'était important non plus.

-J'imagine… » soupire Emma, essayant de garder le contrôle sur son esprit, et ses paroles. « Je pense que… je vais regretter cette soirée demain matin…

-Parce que tu as bu plus qu'à l'ordinaire ?

-Entre autre, » réplique la blonde en essayant de se redresser tant bien que mal sur la chaise.

« Pourquoi tu ne bois jamais plus d'un verre, au fait ? » demande la journaliste d'une voix trainante, espérant détourner son attention de la tatoueuse.

« Parce qu'au début de ma vingtaine je sortais presque tous les soirs, je buvais à m'en rendre malade et je n'ai pas toujours été un exemple à suivre, si j'ose dire, » lâche la blonde, tentant de se concentrer sur ce qu'elle raconte et non sur son interlocutrice. « Alors quand j'ai eu 27 ans, j'ai décidé que mon destin ne serait pas celui de bien des artistes dans ce monde et j'ai choisi de ralentir ma consommation. Donc maintenant, j'essaie de m'en tenir à un seul verre quand je passe du temps avec d'autres personnes, voire pas d'alcool du tout si je conduis. Ma résolution ne vient pas d'une histoire tragique ou d'un problème de dépendance... plutôt d'une série de moments que je préférerais oublier tant ils sont embarrassants.

-On a tous été saouls au moins une fois dans notre vie, » pouffe la brunette qui essaie d'imaginer une jeune Emma sortant tous les soirs et multipliant certainement les conquêtes. « Il n'y a rien d'embarrassant à ça. »

Toutefois, la tatoueuse pivote sur sa chaise, s'asseyant en tailleur, face à Regina, comme pour prendre une attitude plus sérieuse.

« Un soir, j'ai été dans un club très populaire du centre-ville, qui s'appelle le Unity.

-Un club gay, si je ne m'abuse, » glousse Regina.

« Exact, » sourit la blonde. « Et j'ai pris plusieurs bières, j'étais un peu ivre, mais rien de bien embarrassant… Jusqu'à ce qu'un homme que j'avais croisé quelques fois ne vienne me voir, m'invite à danser -en toute amitié parce qu'il était très visiblement gay- et ne me présente à une fille. Cette inconnue, dont je n'ai jamais été capable de retenir le nom, m'a offert quelques shooters, que j'ai accepté sans me soucier de leurs conséquences. Ensuite, on s'est embrassées pendant plusieurs minutes, avant de danser très sensuellement ensemble. À ce stade, je préfère préciser que j'ai eu un parfait black-out et que certains instants de la soirée se sont complètement effacés de ma mémoire. Enfin bref. Elle s'est pris la tête avec Elsa pour une raison que j'ignore, ce qui a amené mon esprit complètement désinhibé à aller embrasser langoureusement une autre fille que je ne connaissais pas… Et finalement ma première prétendante m'a fait une scène et m'a vidé le contenu de son verre dessus et… à partir de là, mon dernier souvenir de la soirée, c'est moi, gisant sur le trottoir glacé devant le club, espérant qu'un taxi vienne rapidement pour me ramener chez moi. Un moment très embarrassant en somme... que je te raconte pour une raison qui m'échappe totalement.

-Tu pourras blâmer le vin, pour ce partage d'histoire gênante, » s'amuse la brunette, qui décide finalement de se servir un nouveau verre. Par réflexe, elle en propose un à la tatoueuse, qui refuse d'un vif signe de tête.

« On va arrêter pour ce soir, je n'ai pas envie de faire des choses que je pourrais regretter, » répond-elle en détournant le regard. Curieuse, Regina repose la bouteille à terre, avant de prendre une gorgée de son nouveau verre de vin.

« Quel genre de choses ? » demande-t-elle sans quitter des yeux la jeune femme.

Cette fois, la blonde approche délicatement sa main de celle de Regina et la serre pendant quelques secondes avant de la relâcher, entrelaçant leurs doigts en un geste tendre. À cet instant, le coeur de la brunette rate presque un battement, tandis qu'elle se fige de surprise. Emma se lève alors et indique qu'elle devrait rentrer se reposer, précisant qu'elle a plusieurs rendez-vous le lendemain. Encore troublée par son geste, la brunette la suit en titubant, la rattrapant rapidement par le bras, tentant de la retenir.

« Emma tu devrais… rester… tu peux dormir sur mon divan et j'ai… je te prêterai des vêtements propres et…

-Ce n'est vraiment pas une bonne idée, » rétorque la blonde, se reculant légèrement.

« Tu ne vas certainement pas repartir en voiture et les métros ne fonctionnent plus à partir de minuit…

-Je comptais prendre un taxi, en fait, » admet l'intéressée, comme pour elle-même. « Mais je suis vraiment fatiguée, de toute manière. Vaut mieux que je rentre.

-Tu peux descendre à mon appartement et prendre ma chambre, si tu veux, » bredouille Regina, réalisant immédiatement l'ambiguïté de sa proposition. « Je dormirai sur le divan… je m'en fous un peu, à vrai dire… mais je serai rassurée si tu restes…

-Je t'enverrai un message pour t'assurer que je suis rentrée, d'accord ? » lance Emma d'une voix plus ferme avant de reprendre possession de son avant-bras. De son côté, la journaliste se contente de hocher la tête, ne préférant pas insister. Après lui avoir fait promettre d'être prudente, elle regarde la tatoueuse s'éloigner vers la porte qui mène à l'ascenseur de l'immeuble, peu certaine de comprendre ce qui vient de se produire.

Quatre jours plus tard, 17h03

Rallumant les lumières du séjour, Regina se dirige rapidement vers le salon pour attraper son paquet de cigarettes. Elle en allume une sans hésiter, inspirant vite la première bouffée cancérigène. Très vite, elle a l'impression que la fumée toxique permet à son esprit de se détendre et de lui faire oublier les dernières minutes. Après plusieurs jours d'hésitation, elle a accepté de revoir Emma pour essayer de communiquer avec Henry. De toute évidence, la séance ne s'est certainement pas passée comme elle l'aurait pensé. Elle s'attendait à ce que de nombreuses choses étranges se produisent dans son appartement mais rien de surnaturel n'est apparu. Pendant une trentaine de minutes, elle a seulement pu entendre ce que son enfant tentait désespérément de lui dire depuis quatre longues années. À travers Emma, le garçon a notamment pu indiquer à Regina qu'il était profondément désolé pour ce qui s'est produit et, surtout, que l'accident n'a jamais été dû à la journaliste. De plus, Henry en a profité pour lui dire qu'elle devrait être heureuse, même sans sa présence, et s'autoriser à retrouver le bonheur dans les années futures, malgré le fait qu'il lui semble avoir perdu la seule chose qui la raccrochait au présent. De toute évidence, ces confessions ont mené Regina aux sanglots, avant que l'enfant ne lui explique qu'il veillerait toujours sur elle depuis là où il serait. Toutefois, la brunette a rapidement séché ses larmes après la séance, ne souhaitant pas, encore une fois, baisser autant sa garde devant la tatoueuse. Justement, elle fait les quelques pas qui la sépare du bar et attrape son habituel verre de whisky par réflexe, espérant que l'alcool fera vite effet sur son esprit. Néanmoins, Emma la rejoint en toute hâte, saisissant sa main pour l'empêcher de se servir un verre.

« Tu devrais peut-être ralentir sur ça, » déclare la tatoueuse d'une voix douce.

« Pas ce soir, certainement pas ce soir, » grogne une Regina dont le coeur est assailli de sentiments contradictoires.

Depuis la soirée avec Emma et ses amies, elle se sent incroyablement frustrée de n'avoir pas obtenu plus d'explication de la blonde quant à son geste. Plus encore, il lui semble ressentir une certaine rancœur avec elle, puisqu'elle a passé le reste de la soirée avec ses deux amies, à boire en espérant finir vite endormie dans son lit, sans aucun souvenir de ce qui s'était produit. De toute évidence, son esprit n'a pas été des plus cléments puisque l'image de la jeune femme saisissant sa main hante son esprit depuis, ne lui laissant presque aucun repos. D'ailleurs, elle ne peut s'empêcher de s'interroger sur la tatoueuse, se demandant si elle ressent, également, le même trouble à son égard. Mais comme le lui a très clairement indiqué Emma, justement, elle a peut-être simplement agi à cause de l'alcool, et certainement pas parce qu'elle a la moindre attirance pour la journaliste. C'est donc un regard des plus sombres que Regina adresse à la blonde, tandis que celle-ci lui répète qu'elle ne devrait pas, encore une fois, se noyer dans l'alcool.

« Je ne vois pas en quoi ça te concerne, » lâche-t-elle froidement, essayant de se défaire de son emprise.

« Tu es mon amie et je m'inquiète pour toi, » soupire Emma, comme une évidence. « À chaque fois qu'on se voit tu bois… bien plus que nécessaire. Et je pense que tu fais ça parce que tu ne veux pas te heurter à ta douleur.

-Va te faire foutre, » lance Regina plus vite qu'elle ne l'aurait voulu.

« Donc, on en revient aux insultes ? » ironise la blonde.

« Non… » bredouille la journaliste, embarrassée. « Désolée je… j'ai vraiment envie de boire parce que ce que je viens de vivre fait incroyablement mal… c'est une assez bonne raison, il me semble ?

-La douleur ne partira pas sous prétexte que tu es trop ivre pour réaliser qu'elle est là.

-Si tu sors encore ce genre de phrases philosophiques à la con, je te mets à la porte, » grince la brunette, laissant libre cours à sa frustration.

« Ce n'est pas de la philosophie, mais du bon sens, » rectifie Emma en caressant tendrement la main de la brune, comme pour la persuader par son geste.

« Ne fais pas ça, non plus, surtout pas, » ordonne alors Regina d'une voix plus sèche.

Haussant les épaules, Emma relâche sa main délicatement, sans pour autant se déplacer, empêchant la brunette de mener à bien son projet initial.

« Mon point, c'est que tu devrais simplement faire attention à toi. Et je sais qu'on n'arrête pas ce genre de choses en claquant des doigts mais j'aimerais t'aider à ralentir et à prendre soin de toi, » tranche la blonde.

« Je ne vois pas en quoi ça te concerne, Emma, et franchement, si j'avais besoin d'une personne qui joue à la mère avec moi, j'aurais appelé Kelly, » lâche la brunette, sarcastique.

« Donc on en revient aux querelles et aux insultes, » soupire l'intéressée en croisant les bras sur sa poitrine.

« Prends ça comme tu le souhaites, mais laisse-moi faire ce que je veux, » précise la journaliste en la bousculant légèrement pour se servir enfin un verre de whisky. De son côté, la tatoueuse l'observe d'un regard sombre, regrettant d'avoir cédé aussi facilement.

« Ok, fais ce que tu veux, alors, » lâche-t-elle en haussant les épaules. « Mets en danger ta santé mentale et physique, puisque tu y tiens autant.

-Depuis quand t'es devenue ma mère, exactement ? » ricane la brunette, réalisant qu'elle laisse enfin sortir toute la colère et la frustration qu'elle ressent depuis plusieurs semaines. De toute évidence, ce n'est pas tant à Emma qu'elle en veut qu'aux autres personnes dans son existence. Mais ce soir, sa rage est apparemment tournée vers la tatoueuse, bien qu'elle essaye simplement de lui venir en aide.

« Je te l'ai dit, » reprend la blonde avec assurance. « Ce n'est pas parce que les autres ne prennent pas soin de toi que c'est le cas de tout le monde, Regina. Et fais ce que tu veux avec cette phrase, mais tu sais autant que moi qu'elle est exacte.

-Ouais, c'est sûrement pour ça, d'ailleurs, » réplique l'intéressée en levant son verre, comme pour confirmer ses paroles.

« Mais si tu en as conscience, pourquoi est-ce que tu agis ainsi, bon sang ?! » s'énerve son amie, ne comprenant toujours pas pourquoi la discussion a pris une telle tournure. « Ça, ça ne t'aidera jamais à te sentir mieux, ni à te mener vers des relations plus saines.

-Emma Swan, je te rappelle que tu es médium, pas coach de vie. Alors gardes tes conseils pour le jour où tu lanceras un Instagram sur le développement personnel, » déclare Regina d'un ton cynique.

Cette fois, la blonde serre ses poings de rage, enfonçant ses ongles dans ses paumes. Réalisant qu'elle n'obtiendra rien de la brunette de cette manière, elle choisit d'utiliser une autre méthode pour essayer de calmer les tensions entre elles.

« Ok, qu'est-ce qui ne va pas ? » demande-t-elle d'une voix calme, presque rassurante.

« De quoi tu parles ? » siffle la brune, se redressant pourtant, comme un réflexe de défense.

« Je suis persuadée que tu n'es sur la défensive que lorsque tu es blessée ou que tu as peur de l'être, » précise Emma d'un air assuré. « Alors dis-moi ce qui ne va pas.

-Rien du tout ! » tempête la journaliste. « Je déteste simplement le fait qu'on m'interdise de faire quelque chose dans mon propre appartement. Et je ne comprends pas pourquoi tu as apparemment décidé de te faire protectrice de ma santé depuis genre… aujourd'hui.

-Come on, ça fait trois fois que je t'explique pourquoi je suis inquiète pour toi, Regina ! » s'agace la tatoueuse. « Mais ok, très bien, je baisse les armes, t'as gagné.

-Quoi ?

-Parce que c'est toujours pareil avec les enfants dans ton genre, Regina, » poursuit Emma, apparemment assez irritée par leur querelle. « Tu fais ce qui te chante, peu importe les conséquences, peu importe si ça inquiète ou blesse les personnes autour de toi, parce que tu es absolument certaine que personne ne se soucie de toi. Et en plus, tu te dis que si tu brises des liens sur ton passage, tu pourras t'en vouloir tranquillement et continuer dans ton petit cercle vicieux, sans jamais te questionner sur ce qui aurait pu se produire ou le bonheur que tu aurais pu avoir. Mais tu sais quoi ? Il existe des gens comme moi sur Terre. Des gens qui s'inquiètent pour les personnes comme toi et qui les pardonnent d'avance de leurs erreurs, peu importe leur gravité. Alors ce soir, je te l'annonce en primeur : t'as gagné, je baisse les bras. Fais ce que tu veux, bois et fume ce que tu veux, je m'en fous. Mais saches que t'es déjà pardonnée et que je reviendrai demain, pour essayer encore. Parce que t'as peut-être abandonné la partie pour toi, mais moi non. »

Après avoir lancé un dernier regard méprisant à la brunette, Emma récupère vite son sac, sa veste, et quitte l'appartement de Regina sans même lui laisser le temps de répondre. Rejoignant le hall de l'immeuble, elle remet sa veste rapidement, poussant un long soupir d'exaspération. Avant de sortir, elle prend son téléphone, pour se donner bonne conscience, et va dans son application de messagerie. Elle pianote un texto en toute hâte, indiquant à Alexandra que Regina ne devrait peut-être pas être seule toute la soirée, puisqu'elle a déjà commencé à boire. Cependant, la sportive lui répond, quelques secondes plus tard, qu'elle ne pourra pas rejoindre sa petite amie puisqu'elle a une réunion avec son équipe. Une réunion un fucking samedi, mais bien sûr, songe Emma en la maudissant de son manque de maturité -et sans doute de fidélité. Jurant après la situation, la joueuse de hockey et Regina, elle rebrousse chemin et monte dans l'ascenseur, appuyant fermement sur le bouton menant à l'étage de la brunette. Elle traverse le couloir qu'elle connait par coeur, vire à gauche et donne quelques coups dans la porte de la journaliste, espérant qu'elle daignera au moins lui répondre. Au bout de quelques secondes, elle entend justement des pas se rapprocher de la porte, mais personne n'actionne la poignée.

« Ok, je me doute que t'es en colère contre moi pour ce que j'ai dit, mais je n'ai pas envie de te laisser toute seule. Alors… je vais rester là et si t'as besoin de moi, t'as juste à me le dire, » explique-t-elle en s'asseyant à terre, dos à la porte. Tandis qu'elle ramène ses genoux contre son buste, il lui semble entendre Regina faire de même, de l'autre côté de la paroi. La soirée risque d'être longue…

Deux heures plus tard

Sentant son téléphone vibrer dans sa poche de jeans, Emma l'en extirpe d'un geste vif, lisant rapidement le message qu'elle vient de recevoir.

Je suis désolée pour ce soir et pour mon comportement totalement immature… Je pense que je ne suis pas prête encore à parler de toutes les choses qui me poussent à vouloir les oublier. Mais pour ce soir, je vais me coucher et tu n'as pas à t'en faire pour moi. J'ai à peine fini le verre que j'avais commencé quand tu étais là. En tout cas, merci d'être restée et, surtout, de t'inquiéter. Je crois simplement que je ne me fais pas à cette nouveauté.

Bonne soirée, fais attention sur la route.

Après l'avoir remerciée pour son message, la tatoueuse se lève et prend, une fois de plus, le chemin de la sortie. Dépassant le hall de l'immeuble, elle ferme la porte derrière elle, respirant enfin l'air frais de l'extérieur. D'ailleurs, le sol a commencé à se recouvrir d'une fine couche de neige blanche, presque féérique. Tandis qu'elle avance, ravie d'entendre le craquement familier de la glace sous ses pas, la jeune femme enfonce ses mains dans ses poches, encore en colère contre Regina. Il est évident que la journaliste n'a aucune réelle rancœur envers elle, et qu'elle a simplement dirigé une colère plus latente envers la seule personne qui a osé la provoquer, Emma. Néanmoins, la blonde n'aime pas se faire marcher sur les pieds, ni se disputer avec les personnes qu'elle apprécie. Si elle ne souhaite toujours pas se mêler de la vie sentimentale de Regina, elle commence à songer qu'il serait mieux pour elle d'établir une certaine distance entre elles deux. Au moins, cela lui permettrait peut-être de se protéger et éviter de nouveaux conflits avec la brunette qui occupe toutes ses pensées.

18 décembre, 18h29

Ajustant le col de sa veste bleu roi, Emma observe son reflet dans le miroir, pivotant bientôt sur elle-même pour s'assurer que sa tenue est parfaite. Derrière elle, une Elsa dans une magnifique robe de bal bleue pâle s'arrête, détaillant à son tour les vêtements de sa meilleure amie.

« Tu es magnifique, très chère, » dit-elle d'une voix assurée. « J'aurais certainement préféré que tu mettes un jumpsuit, comme je te l'avais conseillé, mais tu es vraiment magnifique, alors je cède. Les smokings, ça te va vraiment bien, » ajoute-t-elle tandis que la tatoueuse remonte les manches de son blazer sur ses avant-bras, comme à son habitude.

« Par contre, le nœud papillon c'est non, » répond Emma en retirant une poussière imaginaire sur le col de son chemisier.

« Les nœuds papillons, c'est hyper cool, » proteste la mécanicienne d'une voix pleurnicharde. « Mais puisque tu as accepté de m'accompagner, je cède pour ça aussi. Au moins, j'aurais une cavalière à ma hauteur, cette année.

-Tu m'en diras tant, » pouffe la blonde en repensant aux dernières conquêtes d'Elsa, les années précédentes.

Comme chaque année, l'entreprise dans laquelle travaille la mécanicienne organise une soirée pour célébrer Noël et le temps des fêtes. Toutefois, n'ayant ni petite amie, ni copain, la jeune femme aux cheveux argent a préféré inviter sa meilleure amie pour être sa cavalière, ne désirant pas être la seule personne solitaire devant ses collègues, pour la plupart mariés ou fiancés. Justement, Elsa se maquille désormais dans la chambre de la jeune femme, assise en tailleur sur son lit, se souciant peu du fait qu'elles risquent d'être en retard. Néanmoins, Emma lui rappelle de se dépêcher, quand elle entend quelques coups résonner à la porte de son appartement.

« T'attends quelqu'un ? » demande une Elsa au sourcil arqué, tentant d'appliquer soigneusement du mascara sur ses cils.

« Non, » lâche son amie, espérant qu'il ne s'agisse pas d'une personne souhaitant encore lui vendre quelque chose. Elle se dirige alors vers la porte et ouvre machinalement, se demandant si elles parviendront à arriver à temps à la soirée de l'entreprise d'Elsa. Cependant, la tatoueuse se surprend en reconnaissant immédiatement un visage familier devant elle, déglutissant de surprise.

Depuis qu'elle s'est querellée avec Regina, la jeune femme a effectivement pris soin de prendre quelques distances, se contentant de communiquer avec elle par messages réguliers. De son côté, la brunette lui a proposé deux fois de venir passer la soirée chez elle, sans succès. Toutefois, elle se tient désormais dans l'entrée de la blonde, vêtue d'une superbe robe rouge, s'arrêtant aux genoux. Ses cheveux coiffés de manière parfaite, comme à l'ordinaire, elle arbore également un maquillage brillant, en accord avec la période plutôt festive de l'année.

« Euhm… salut… » bredouille Emma, surprise par cette visite aussi spontanée qu'étrange.

« Salut euhm… Je voulais encore m'excuser pour l'autre soir. Je sais que tu m'as dit que c'était pardonné et tout mais je sais aussi que tu m'en veux encore. J'ai été incroyablement immature et conne et j'ai voulu t'éloigner de moi alors que… c'est la dernière chose que je souhaite.

-Ce n'est vraiment pas grave, » ment la blonde, espérant qu'elles changent rapidement de sujet. « J'avais simplement besoin de temps pour réfléchir, je pense. »

À ces mots, la journaliste acquiesce, avant de porter un regard plus attentif sur sa tenue. Détaillant rapidement le smoking bleu roi de la tatoueuse, elle fixe son regard au sien, songeant qu'elle a peut-être encore un comportement inapproprié.

« Tu… tu es vraiment superbe, » admet-elle, son coeur battant à ses tempes. « Et tu es certainement en train de te préparer pour aller quelque part en fait…. Désolée euhm… J'aurais dû me douter que ce n'était pas le bon moment enfin… » bredouille-t-elle en commençant à faire volte face, avant qu'Emma ne la rattrape par le poignet.

« Qu'est-ce que tu fais ici, Regina ? » demande-t-elle d'une voix calme.

Contre toute attente, la journaliste s'accoude au cadre de porte et détourne le regard, affichant une moue particulièrement hésitante.

« J'en sais rien… en fait, » avoue-t-elle avant de se racler la gorge. « Dans une trentaine de minutes je dois être à Richmond, dans la maison des parents d'Alex, pour les rencontrer pour la première fois. Mais… je suis ici, à la place, et je vais certainement être fucking en retard et c'est terriblement impoli d'arriver en retard pour un tel repas, » explique-t-elle, comme pour elle-même. « Et apparemment je m'en fous éperdument puisque je suis ici… avec toi. »

Surprise par cet aveu, Emma redresse ses épaules et croise les bras sur sa poitrine, ne sachant pas quoi répondre. Encore une fois, elle a l'impression d'être au bord d'un véritable précipice avec la journaliste, avec une envie irrépressible de sauter. Mais une fois de plus, la jeune femme préfère apparemment rester sur les rochers, au sommet de la falaise, où elle s'est délibérément coincée.

« Je ne devrais pas être là, parce que je n'ai aucune raison d'être là, et que c'est complètement stupide, et immature. Et… vraiment pas bon pour ma relation, » poursuit Regina, qui ne daigne toujours pas regarder la tatoueuse. « Mais quand je suis entrée dans ma voiture j'ai ressenti le besoin de te voir et j'ai simplement couru jusqu'ici… Pour une raison que je me sens incapable d'expliquer. »

Sentant son coeur accélérer son rythme dans sa poitrine, la blonde se sent toujours à court de mots, le souffle coupé. Dans sa gorge, il lui semble que de nombreuses phrases se bousculent, sans jamais aucun espoir de quitter ses lèvres. Justement une main familière vient s'abattre sur son épaule, tandis qu'Elsa la rejoint, ne cachant pas sa surprise de voir la brunette chez sa meilleure amie.

« Eh bien, eh bien ! » éructe la mécanicienne en adressant un sourire ravi à la journaliste. « Et moi qui croyais que t'étais coincée avec je ne sais quel vendeur de shakers protéinés dont tu n'arrivais pas à te débarrasser, » ajoute-t-elle à l'égard d'une Emma à la mâchoire serrée et aux poings fermement enfoncés dans ses poches.

« Euhm ouais euhm… salut… » bredouille Regina dont les joues ont viré au rouge. « J'étais juste venue pour prendre des nouvelles d'Emma parce qu'on ne s'est pas trop vues dernièrement et…

-Et elle ne t'a pas dit qu'elle avait autre chose de prévu ce soir ? » sourcille la mécanicienne, espérant la faire revenir sur son mensonge. « D'ailleurs, j'ai l'impression que toi aussi…

-Ouais euhm… j'ai un repas important avec des amies, » ment la journaliste. « Mais je voulais juste passer pour… voir que tout allait bien, » répète-t-elle, embarrassée par le manque d'assurance dans sa voix.

Face à elle, Elsa lui adresse un rictus amusé, avant d'indiquer à sa meilleure amie qu'elles devraient se dépêcher. Elle rebrousse alors chemin vers la chambre d'Emma, souhaitant laisser un peu d'intimité aux deux femmes qui demeurent, pourtant, assez silencieuses.

« Je ne l'ai vue qu'une fois auparavant et je n'avais pas remarqué mais… elle est magnifique, » ne peut s'empêcher d'admettre Regina, avant de ramener enfin son attention sur la tatoueuse.

« Elsa est effectivement très belle, » répond simplement la blonde en haussant les épaules.

« Tu mérites… une fille comme ça dans ta vie, » bredouille la journaliste. « Une fille canon, intelligente, drôle, qui a confiance en elle…

-Elsa est plus comme une sœur pour moi, » précise la tatoueuse. « Je ne la verrai jamais de cette manière.

-Toujours est-il que tu mérites… quelqu'un comme ça. Quelqu'un de génial.

-Pourquoi tu me dis ça, maintenant ?

-Je n'en ai aucune idée, » soupire Regina, sentant un poids s'installer dans sa poitrine, tandis qu'elle tente de freiner les pensées intrusives qu'elle a depuis qu'Emma a ouvert la porte. « Mais désolée d'être passée et de vous avoir mises en retard… En fait, moi aussi je devrais y aller parce que je suis déjà en retard et ça craint pas mal… » articule-t-elle en cherchant vivement les clés dans son sac à main. Alors qu'elle fait de nouveau volte face, en souhaitant une bonne soirée à Emma, la blonde la rattrape par le poignet, d'un geste délicat, mais témoignant de sa détermination.

« Regina ?

-Oui ?

- ... Fais attention sur la route, » lâche la tatoueuse sans réellement réfléchir à ce qu'elle dit. « Il va neiger ce soir et les routes seront sûrement glissantes.

-Oh euh… merci… Merci, je serai prudente, » acquiesce la brune avant de reprendre possession de son bras. Après avoir salué de nouveau la tatoueuse, elle s'éloigne dans le couloir, le coeur serré et de petites larmes perlant au coin de ses yeux. De son côté, Emma referme la porte derrière son amie, songeant qu'elle devrait peut-être prendre plus d'un verre si elle veut oublier ce qui vient de se produire...