Le lendemain matin, Stiles s'éveilla avec le soleil.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il sursauta en apercevant une silhouette assise dans son fauteuil. C'était Derek.
- Nom d'un chien, tu m'as fait peur ! Qu'est-ce que tu fous là ? chuchota-t-il avec colère, si tant est que ce soit possible, en remontant la couette jusqu'au menton.
- Je t'emmène au lycée.
- Quoi ? Mais pourquoi ?
Le brun ne prit même pas la peine de répondre, ce qui fit soupirer Stiles.
- Très bien, je vois que t'es pas loquace ce matin… Enfin, comme d'habitude en fait.
Stiles s'habilla en vitesse, gêné par Derek qui ne détourna pas le regard. Il embarqua quelque cookies en guise de petit déjeuner, remerciant le ciel que son père soit déjà parti au travail, ce qui lui évitait bien d'expliquer la présence d'un Derek maussade, mais très sexy au demeurant. Il sortit dans la cour pour voir la Camaro noire garée sur le bas-côté, et leva les yeux au ciel avant de s'installer sur le siège passager.
Ce n'est qu'une fois dans la voiture qu'il remarqua les cernes et le teint pâle de Derek, ce qui le fit grimaçer.
- Je peux savoir ce qui te prend ? Et pourquoi t'as l'air de ne pas avoir dormi depuis une semaine ?
Derek démarra la voiture sans répondre et s'engagea sur la route.
- Allô Derek, ici Stiles, tu sais, l'hyperactif qui se pose beaucoup de questions en ce moment !
Le brun inspira lentement.
- J'avais simplement envie de t'emmener au lycée.
Stiles était estomaqué.
- Tu te moques de moi… ?
- Pas du tout.
- Mais qu'est-ce que t'as à la fin, merde !? Tu joues à quoi ? Un jour t'es sympa, le lendemain t'es froid, t'es odieux avec Isaac et en prime, on dirait que tu te nourris de tue-loup depuis trois jours, vu ton visage ! explosa Stiles après un silence.
Derek pila avant de se garer au bord de la route. Il semblait aux prises avec un dilemme intérieur.
- Stiles… ne cherche pas à comprendre. Tout ce que je fais, je le fais pour te protéger, dit-il en regardant au loin.
- Me protéger de quoi ? cria Stiles, un peu plus fort qu'il ne l'aurait pensé. Arrête un peu avec tes airs mystérieux de héros incompris et mal aimé !
Bon, il avait dit ça pour le provoquer, mais cela n'eut pas l'effet escompté. Derek resta calme, même si son regard se fit un peu plus las.
- Tu ne te rends pas compte à quel point tu es… vulnérable, fit le brun en se pinçant l'arrête du nez.
Stiles se laissa retomber sur le siège. Sympa…
- Je vais faire comme si je n'avais rien entendu. Mais t'as intérêt à tout m'expliquer rapidement, menaça le plus petit.
Derek reprit la route, l'air torturé.
Lorsque Stiles sortit de la voiture sur le parking du lycée, tous les regards se tournèrent vers eux, ce qui l'agaça profondément. Pourtant, cette journée aurait pu bien commencer.
Ils se séparèrent sans un mot, Derek se dirigeant vers la bibliothèque.
Scott rejoignit son ami, ébahi, suivit par Lydia, Malia et Liam.
- Euh, j'ai loupé un épisode ? demanda le brun.
- Mmmh, je… j'étais en panne et… Derek passait par là et… voilà, mentit Stiles de façon peu crédible.
Lydia riait sous cape.
- Et la vraie version ?
Stiles était embarrassé.
- Il m'a pas laissé le choix, il était dans ma chambre à mon réveil… trop flippant…
- Trop mignon, il t'a veillé toute la nuit ! s'esclaffa Lydia.
- J'espère pas, fit Stiles, pâle comme un linge.
Heureusement qu'Isaac ne m'a pas vu arriver avec Derek. Je pense pas qu'il l'aurait bien pris…
Mais Isaac était en retard, et fit irruption au début du cours d'histoire sous le regard mauvais du professeur. Il était plutôt pâle, lui aussi, et n'avait pas l'air dans son assiette.
Pourquoi tout le monde autour de moi a l'air d'avoir un pied dans la tombe, aujourd'hui ?
Isaac s'installa au fond de la classe. Stiles l'interrogea du regard, et le châtain lui renvoya un faible sourire.
À la pause, Stiles rejoignit son petit ami à la machine à café.
- Ça va ? T'as pas l'air bien aujourd'hui.
- Ouais, euh, j'ai pas dormi, j'ai chopé une de ces migraines…, dit Isaac.
- Tu devrais aller à l'infirmerie. Ou aller voir Lydia, je crois qu'elle a des médicaments contre la migraine…
- C'est gentil, mais les cachets ne font pas effet sur moi, fit le châtain en se retournant.
Malgré sa petite mine, il restait toujours aussi beau. Il se pencha pour embrasser Stiles devant tout le monde, ce qui le fit rougir, bien évidemment. Mais il ne remarqua pas les traces rouges laissées par les ongles d'Isaac dans les paumes de ses propres mains.
Le soir même, lors de l'entraînement, Stiles était bien décidé à se défouler sans penser à ce qui tournait en boucle dans sa tête depuis quelques semaines : Derek, le wendigo et le chaman, Isaac.
Le coach était extrêmement content de sa performance ce soir-là, et Scott était quand à lui enthousiaste de voir son ami enfin sourire et profiter.
- Bon les gars, annonça le coach. Le match, c'est vendredi, et j'espère bien que vous allez plumer ces petites poules mouillées !
Le vestiaire s'emplit des cris des garçons, mais Stiles avait de nouveau un pli inquiet sur le front. J'espère que rien ne va arriver vendredi…
Stiles était l'un des derniers à se changer, et Scott lui dit au revoir rapidement, trop pressé de retrouver Malia pour leurs soit-disant révisions du soir. Stiles racommodait sa crosse lorsqu'il entendit un faible gémissement provenant des douches. Il se leva et s'approcha.
C'était Isaac, en mauvaise posture, se tenant contre le carrelage, le visage déformé par la douleur.
- Isaac ? Qu'est-ce que tu fais là, je croyais que tu étais rentré ?
- J'ai mal… putain qu'est-ce qui m'arrive ? gémit-il avant de presque s'effondrer au sol.
Stiles accourut à ses côtés.
- On va aller voir Deaton, ok ? Ça va aller, il faut que tu te reposes. C'est bientôt la pleine lune, elle a l'air grosse, ça doit être ça qui te fait mal, babilla-t-il d'une voix tremblante.
Isaac avait l'air ailleurs. Il se tenait la tête dans les mains, s'arrachant presque les cheveux avant de commencer à cracher du sang.
- Merde, merde, siffla Stiles en cherchant fébrilement son portable pour appeler Scott ou Deaton.
Il n'en eut pas l'occasion. Isaac leva des yeux d'un blanc luminescent vers lui, et retroussa ses lèvres en un sourire effrayant, composé de deux rangées de dents extrêmement aiguisés. Un cri mourut dans sa gorge.
Nom de Dieu, c'est pas possible, le wendigo ne peut pas être Isaac !Stiles resta figé un instant avant de se relever rapidement et de tenter de fuir, mais Isaac était plus rapide, et il le plaqua contre le sol carrelé.
- Isaac, c'est moi, Stiles ! Ne me bouffe pas ! cria-t-il d'une voix suraigüe, dans une dernière tentative de sauver sa peau.
Le châtain ferma les yeux, desserra sa prise pour quelques instants, avant de les rouvrir et de s'approcher du cou de Stiles, complètement à sa merci.
Mon copain va me manger, je vais mourir bouffé par mon petit-ami ! Stiles serra fortement les paupières, attendant la douleur.
À ce moment-là, un grognement agressif fit se retourner Isaac. C'était un loup noir, que Stiles reconnut immédiatement comme Derek. Le loup sauta sur Isaac et l'envoya valser contre le mur, avantde le mordre violemment à l'épaule, ce qui eut pour effet de le calmer et de lui rendre ses esprits.
Stiles était pantelant, il tenta de se relever, mais ses jambes semblaient être en coton. Isaac était prostré dans un coin des douches, la respiration sifflante. Derek se changea à nouveau en homme, le visage toujours un peu pâle et cerné, attrapa le short de Stiles qui traînait par là pour l'enfiler, et porta un regard méprisant sur Isaac.
- Je savais que quelque chose clochait avec toi, fit-il entre ses dents. Depuis combien de temps ?
- De… depuis quelques jours, gémit Isaac.
Stiles était encore sous le choc.
- Tu aurais dû m'en parler dès le début et t'enfermer, dit Derek d'une voix implacable.
- Je pensais… je pensais que je pouvais résister…, fit la voix faible d'Isaac.
- Tu es faible ! rugit le brun.
- Attendez, comment c'est possible ? s'indigna Stiles. On ne peut pas faire changer un loup-garou en wendigo non ?
- Normalement non, souffla Derek.
- Isaac, tu… ne risque pas de te retransformer en cannibale là ?
- Je l'ai mordu. La puissance de son alpha est plus forte. Il restera lui-même pour quelques heures encore, déclara Derek. On file chez Deaton maintenant.
Isaac passa devant et courut presque jusqu'à la voiture de Derek, l'air penaud et tourmenté.
Derek se retourna pour le suivre, lorsque la voix de Stiles le fit se stopper.
- Derek… ton tatouage… tu l'as fait retirer ?
En effet, la couleur habituellement noire du triskel sur le dos de Derek était d'un gris faiblard, presque estompé par endroit, et la peau de l'alpha semblait presque boursouflée autour.
- Non, répondit Derek d'un ton sec. T'occupes.
- Encore quelque chose que tu devras m'expliquer, soupira Stiles. Et rapidement.
La voix de Stiles était ferme. Il avait le pressentiment que cette histoire de tatouage n'augurait rien de bon pour le brun.
