[Musique : La même que le chapitre précédent pour ma part. Mais je peux aussi vous proposer :
« Vocalise » de Wojciech Kilar (Film La Neuvième Porte), version avec Anna Maria Pioterczak ]
Severus Snape s'était effondré sur le sol de la Tour d'Astronomie et revivait son souvenir avec difficultés. Il haletait et gémissait, dans la transe du monde onirique.
Hermione n'avait cessé de chanter ses complaintes. Elle devait tenir pour qu'il se souvienne, qu'importe le temps que cela prendrait. Si elle s'arrêtait, son souvenir serait incomplet.
Elle n'avait pas prévu que quelqu'un serait encore éveillé, à cette heure. Même Rusard avait tendance à piquer du nez à ce moment de la nuit, alors elle avait toujours profité de cette interlude pour libérer sa voix, ses émotions… son âme.
Lui était non seulement débout, mais venu jusqu'ici. Cela ne l'étonnait même pas, bien qu'elle se demandait combien cela pouvait signifier.
Elle tendit sa main et frôla sa joue. Son esprit revivait des souvenirs et son retour dans la réalité sera difficile. Elle aimerait tellement tout lui dire… mais elle ne le pouvait pas. Il devait se souvenir.
Sa voix faibli, elle la raviva.
Souvenir, partie 2 :
Il prit une inspiration et grogna. Un courant d'air frais s'était faufilé sous ses draps. Ses cheveux noirs tombaient sur son visage et le chatouillaient. Il tira ses couvertures contre lui et en apprécia la texture. Il n'avait pas aussi bien dormit depuis… il ne se souvenait plus. Il se sentait tellement bien que pour une fois depuis des années, il ne se leva pas. On était samedi, il reporterait ses obligations à plus tard. Il avait envie de se reposer… et il avait envie de profiter de cette douce chaleur bienfaisante encore un moment. Il en avait besoin, c'était si serein, si agréable. Il inspira à nouveau, humant un parfum suave qui le fit serrer sa prise sur sa literie et se rendormit.
Quelques heures plus tard, un rayon lumineux et chaud caressa son visage. Il fronça les sourcils. Trop lumineux et trop chaud. Il se sentait lourd mais entièrement reposé. La potion Revitalisante était censée donner de l'énergie, pas faire dormir. Et la potion pouvait-elle le rendre d'humeur si… sensuelle ?
Potions… pensa-t-il.
Il ouvrit les yeux qui s'écarquillèrent, ses obsidiennes brillèrent et finirent de le réveiller comme il faut.
Il n'osa plus bouger.
Couché sur son flan gauche, il chercha à savoir où était le reste de ses membres… entremêlés au corps de sa patiente. Comment était-ce arrivé ? Il ne s'était pourtant pas couché sous la couverture hier et était resté éloigné d'elle. Pas longtemps, s'il en juge par les fourmillements éparses qui le picotaient. Les manches étaient remontées et sa chemise ouverte… était-ce bien leur peaux qui se touchaient ?
Par Merlin… !
Son bras gauche supportait la nuque de la jeune femme, faisait le tour de son épaule, omoplate, sa main finissait… englobant son sein ?! Il réprima un grognement contre ses bas instincts masculins, à quel point il se trahissait dans son sommeil. Il injuria Merlin, Morgane et tous leur descendants.
Son bras droit entourait littéralement la taille de son élève, sa main entre leurs ventres, et la serrait avec force, le collant à lui.
Sa jambe droite était entre ses cuisses féminines et il ne voulait vraiment pas en deviner davantage. Il sentait suffisamment qu'il n'y avait pas un seul centimètre qui séparait leur corps et mordit l'intérieur de sa joue. C'était le matin et il semblait un peu trop en forme… en formes. Il fut affligé de son comportement déplacé et inconvenable. Il était son professeur ! Mais si elle se réveillait maintenant ? Il était fichu. Elle crierait au scandale et quand elle s'apercevrait qu'en sus de leur proximité nocturne, son excitation matinale gonflait contre elle, elle lui lancerait un mortel Avada Kedavra.
Ou pire. Elle lui ferait un procès et il serait renvoyé. Il n'avait vraiment pas besoin de ça !
Il dégagea très lentement le bras de sa taille, se forçant vainement à ignorer sa minceur, la fermeté de sa peau de velours si douce, aux courbes si sensuelles et avantageuses, aux… Il proféra mentalement des injures Moldues et se força à imaginer sa collègue, Dolorès Ombrage. Cela fonctionna et son membre honteusement durcit commença à désenfler.
Il voulu dégager ce corps doux et chaud mais réalisa qu'elle avait entouré ses épaules et sa nuque de ses fins bras. Par Merlin… l'adolescente à la peau de pêche l'enlaçait aussi pendant son sommeil. Elle l'encerclait lui, le désagréable homme sarcastique de vingt ans son aîné, de sa poigne pleine de tendresse et d'innocence. Il aurait voulu lui beugler dessus pour son comportement outrageux mais il serra ses lèvres à la place. L'image de Ombrage ayant définitivement disparue, son dilemme matinal reprenait de plus belle.
Il n'était qu'un homme et était obligé de reconnaître ne pas être indifférent à cette satanée Miss Granger. Il aurait peut-être dû la laisser sauter finalement. Il se fustigea de ses propres pensées indignes, sachant qu'il en serait le premier affecté.
Il posa une main rassurante sur le flan de la jeune femme, priant tous les dieux qu'elle ne se réveille pas tandis qu'il défaisait ses bras délicats de son encolure. Elle sembla profondément endormie, heureusement pour lui, il l'installa confortablement sur le dos et ralluma l'âtre d'un mouvement de la main. Il voulu vérifier l'étrange empreinte malfaisante qui marquait son sternum mais dans la clarté du jour et sans l'urgence de vie ou de mort, la vision de sa poitrine lui fit monter le rouge aux joues.
Il jeta la couverture sur elle, fuit dans la hâte plus silencieuse le salon et s'enferma dans la salle de bain en retenant tout juste la porte qu'il avait voulu claquer. Il prit une douche salvatrice. Les descendants de Merlin ou Morgane en prirent encore pour leur grade, jusqu'à ce qu'il parvienne à satisfaire ses besoin primaires.
Une fois les idées remis en place et une tenue descente, son habituelle redingote en bonne et due forme, il reprit son sérieux caustique. Depuis sa chambre il appela son elfe Winky.
- « Que puis-je faire pour Maître Snape, Maître ? » couina la petite créature. « Le Maître va-t-il mieux ? Et Miss Granger ? »
- « Je vais bien. » répondit-il sérieusement. « Elle en revanche, je ne suis pas sûr de son état réel. Hier… ma baguette est tombé de la Tour d'Astronomie. Penses-tu être capable de la retrouver dans la neige ? »
- « J'y vais de ce pas, maître » dit l'elfe en claquant des doigts.
Pourvu qu'elle ne soit pas cassée… pensa-t-il.
Il se dit qu'il était vraiment idiot de ne pas lui avoir demandé hier soir plutôt que d'agir sur un coup de tête alors qu'ils étaient blessés tous les deux.
Un pop revient quelques minutes et lui tendit son bien magique le plus précieux. Apparemment la neige avait amortit le choc et le bois était à peine rayé. Il se sentait vraiment chanceux aujourd'hui. Il demanda une rapide collation à l'elfe qui revint très rapidement. Il piocha tout juste quelques morceaux, but un thé noir, puis quitta la cuisine pour rejoindre le salon.
En un mouvement de baguette fluide, il transporta le matelas et sa patiente dans sa chambre dont il avait tiré les rideaux, pour plus d'obscurité, la déposa sur le lit auparavant réchauffé d'un léger sort. Il la couvrit, fit disparaître le matelas de fortune et alluma un feu de cheminée qui rendit rapidement la pièce plus agréable.
Il lança des sorts de diagnostiques sur la sorcière inconsciente. Elle n'avait rien, si ce n'est son poignet en bonne guérison et ce mal qui rongeait son abdomen.
Severus se sentait un peu gêné de découvrir à nouveau son élève et il songea à appeler Pomfresh. Mais il avait besoin de savoir. La malédictions étaient son domaine autant que les potions, même si ce maudit Lupin le dépassait, il était hors de question qu'il voit le corps de sa protégée. Protégée ? Il grimaça et inspira.
Son visage était fatigué mais paisible. Ses cheveux étaient étalés tout autour, comme la crinière sauvage et indisciplinée qui la rendait si reconnaissable. L'adolescente devenait belle. Il baissa lentement les draps et couvertures jusqu'au ventre de l'adolescente. Qui aurait cru qu'Hermione Granger camouflait un corps aussi voluptueux sous ses tenues informes. Il chassa ses pensées et se détourna de sa poitrine dressée qu'il recouvrit d'un linge afin de préserver sa santé mentale.
Il examina la marque sous toutes les coutures, lança des sorts de détection en tous genres, alla même chercher des potions, lotions, élixirs et onguents pendants des heures. Cette chose ne réagissait à rien du tout. Sauf quand il posait le bout de ses doigts dessus, elle lui paraissait glaciale.
Il finit par rhabiller l'étudiante de sa chemise de nuit d'un coup de baguette et la couvrit pour la énième fois.
Une fois dans sa bibliothèque personnelle, il fit un tas de plusieurs ouvrages plus ou moins anciens traitant de malédictions, maléfices, empoisonnements, marquages, et autres traces qui pourrait correspondre.
En début d'après-midi, Hermione se réveilla et mit du temps à comprendre pourquoi elle était allongé dans un immense lit à baldaquin aux tentures vertes émeraude. Elle se sentait si faible qu'elle ne protesta pas quand le Maître des Potions l'aida à avaler des breuvages infectes mais bienfaiteurs. Son poignet était encore un peu douloureux.. mais c'était la preuve que son professeur avait voulu réellement qu'elle vive et cela, valait toutes les douleurs. Snape voulut en savoir plus sur cette marque, il dû prendre sur lui face à l'épuisement de son élève qui se rendormit. Il reprit ses recherches.
Au soir, il revint pour un contrôle de santé et pâlit. La jeune femme devenait froide à nouveau.
Il envoya un Patronus à Dumbledore qui par chance était dans son bureau, à Pourdlard. Quelques minutes plus tard, la cheminée du salon laissa apparaître le Directeur et l'infirmière.
Il les conduit directement dans sa chambre et leur raconta tout ce qu'il s'était passé depuis la vieille. Enfin tout ou presque, mieux valait omettre certains détails, comme la promesse qu'il lui avait jurée et le fait d'avoir passé la nuit avec elle. Pomfresh était déjà en train de lui casser les oreilles pour ne pas l'avoir fait venir avant, il n'avait pas besoin de subir d'autres types de discours.
Cela dura des jours. Et de longues nuits pendant lesquels il ne dormait presque plus. Il avait passé le dimanche à éplucher tous les bouquins de cette maudite école, en vain. Il l'avait veillée toute la nuit et avait finit par s'endormir à moitié sur le lit, serrant sa main fraîche. C'est ainsi que Albus Dumbledore les avait retrouvés le lendemain, lundi matin.
Les jours passaient mais aucune amélioration n'était visible. Petit à petit, ce qu'il voyait comme un maléfice devint un défi à relever.
Pendant les journées Pomfresh la visitait régulièrement et l'alimentait difficilement, alors qu'il balançait ses cours à ces cornichons incompétents. Maintenant que Granger n'était plus en classe, seul Mister Nott et quelques Serdaigle étaient presque du niveau. Il ne supportait déjà pas d'être le professeur d'idiots pareils, mais savoir que sa Miss-je-sais-tout était mourante à quelques portes de là le rendait encore plus hargneux et s'acharner sur les gosses ne le rendait même plus de meilleure humeur. Il devenait si agressif que ses collègues l'éviter, encore plus que d'habitude. Sans compter que Potter et Weasley harcelaient le directeur pour savoir où était 'leur Mione', surnom qui le faisait grincer des dents, et que le dit-directeur avait finit par leur avouer son état fragile… dans les appartements de Severus. Et cela, c'était après que Minerva ait été mise au courant d'un problème de santé soit disant de Magie noire, de son élève favorite. Elle considérait scandaleux de la laisser avec lui. Il les avait devant la porte à la moindre occasion,et était à deux doigts de les balancer dans le Lac.
- « Qu'elle... heure... est-il... professeur ? » dit-elle avec plusieurs souffles.
- « Il est presque vingt-deux heures, Miss Granger. » répondit Snape d'une voix calme.
- « Hermione... »
- « Pardon ? » s'étonna-t-il.
- « Je vais… mourir… Professeur. » elle inspira en suffocant. « Je le sais… Froid… Alors… Appelez-moi… Hermione. »
Il eut un temps d'arrêt, comme si son cerveau s'était déconnecté. Il ignorait ce qui le choquait le plus. Était-ce qu'elle veuille cette familiarité, si personnelle, si intime, du prénom ? A lui, qui n'était que le détestable professeur qui l'avait rabaissée toute sa scolarité ? Ou était-ce sa résignation, de mourir ? Elle s'était réellement battue toute la semaine, il l'avait sentit dans ses actes et ses pensées. Il savait qu'elle avait voulu se donner la mort pour ne pas rester alitée, agonisante, cette vision faisant souffrir ses proches. Pourtant, elle avait tenu bon et il avait fait honneur à sa promesse. Il revenait et la soutenait, chaque jour, chaque nuit. Il cherchait, expérimentait. Mais qu'elle meure ? Non…
- « Non. » assura-t-il à voix basse. « Non, je ne vous laisserais pas mourir, Miss Granger. »
Il ne l'avait toujours pas appelée par son prénom. Mais c'était la dernière phrase qu'elle avait réussit à prononcer. Depuis, il devait deviner ou lire dans ses pensées. Le défi devint peu à peu, une obsession.
Espérant qu'elle capte la moindre parcelle de chaleur, il finit par corriger les devoirs sur le lit, assit contre elle puis il dormit avec elle chaque nuit. Au petit matin, c'était le seul moment où elle retrouvait presque une température normale, où ses lèvres étaient à nouveau roses et pulpeuses, ses ongles beiges, ses yeux alertes et brillants. Elle se sentait mieux grâce à sa chaleur humaine, cela le faisait se sentir mieux lui aussi. L'obsession devint un besoin.
Puis les heures passaient, la refroidissant au fur et à mesure et le soir venu, elle était au bord de l'hypothermie. Il le savait et comptait chaque heure, chaque minute et ne prenait plus aucune heure de colle.. Il ne l'aurait avoué à personne, mais la retrouver rigide et glacée à son retour l'effrayait vraiment. Ce n'était qu'une élève. Il avait vu beaucoup de morts et en verrait d'autres. Il avait tué et tuerait encore. Elle… secouait en lui en sentiment de protection au-delà de ses habitudes. Sa vie… la vie qui coulait en elle lui semblait si précieuse depuis cette là, à la Tour d'Astronomie. Le besoin devint la peur.
Il se souvint de ce dicton qui avait hanté sa vie : « On se rend compte de ce qu'on a perdu quand il est trop tard ». Il était trop tard pour Evans et pour tant d'autres. Il était hors de question qu'il soit trop tard pour Hermione Granger. Il avait testé toutes les potions existantes, avait touché à la magie noire, en avait inventé de nouvelles, mais rien ne fonctionnait. Pomfresh lui avait dit de se préparer au pire. Mais il ne pouvait pas. Il avait juré, juré de ne pas lâcher sa main. Alors si sa maigre chaleur pouvait aider son corps à passer la nuit à chaque fois, il n'hésitait pas.
Cependant ce soir là, le quatorzième jour… La peur le mena au désespoir.
Albus Dumbledore s'était dépêché d'atteindre les appartement de son jeune disciple Severus Snape. Il avait dépassé le siècle de vie, alors le petit 37 ans du professeur lui donnait juste l'image d'un adolescent qui avait trop vécu et trop endurer. Et qui semblait trop assumer à nouveau. Quand il entra dans le salon dépeuplé, il se dirigea d'instinct vers la chambre du Maître des Potions.
La scène le toucha de plein fouet et il douta que cette fois son espion s'en remette.
Il calcula déjà, dans ses stratagèmes complexes, de ne plus inclure Severus dans la lutte contre le Seigneur des Ténèbres. A la façon qu'il avait de regarder la jeune condamnée, il ne pourrait plus compter sur lui après son trépas. Harry Potter et son acolyte Ronald Weasley ne s'en remettraient pas non plus. Pourrait-il mettre cela sur le dos de Voldemort, qui pour une fois n'y était pour rien ? Il fallait bien gagner cette Guerre… Une tristesse pointa en lui. Cette élève était douée et généreuse, ce serait une grande perte pour le monde magique.
Severus était assis en tailleur à même le tapis, devant l'âtre où la chaleur du feu devait être suffisante… pourtant la jeune femme était mal en point. Allongée sur ses cuisses, il la maintenait contre lui dans une étreinte où l'émotion ondulait. Ses jambes trop minces, trop pâles, dépassaient d'une robe de nuit blanche, d'un drap défait qui la couvrait vaguement, et de la cape de Severus au blason Serpentard. Elle avait passé une main dans la nuque de son professeur mais peinait à garder les yeux ouverts. Il était penché au dessus d'elle, ses cheveux corbeaux tombant autour de leur visages, ils semblaient communiquer par Légilimencie. Quand le contact fut rompu, il se tourna lentement vers Dumbledore.
- « Albus… Appelez Remus Lupin et dites-lui de rappliquer immédiatement. J'ai tout tenté, tout testé, rien ne fonctionne. » déclara-t-il d'une voix enrouée par les nuits blanches.
- « Je doute qu'il en sache beaucoup plus que toi, jeune homme » répondit le vieil homme fourbu.
- « Non mais ses sens Lycanthropes détecteront peut-être quelque chose… Il faut essayer. » exigea-t-il d'un ton qui se voulait indiscutable.
- « Bien, essayons. »
- « Albus. » tonna le Serpentard, contemplant à nouveau sa Miss-je-sais-tout si faible. « Faites venir Potter et Weasley. Il faut que… il faut... qu'ils lui fasse leurs adieux... » murmura-t-il, un nœud dans la gorge.
Le vieux sorcier se rapprocha et posa une main réconfortante sur son épaule. Il ignorait à quel moment son ancien élève s'était attaché à ce point à son élève plus jeune. A quel moment cela s'était-il produit ? Il aurait dû le remarquer, il s'était trop détourné de son disciple. Cet homme restait un mystère, ses capacités d'Occlumens étaient suffisamment bonnes pour préserver ses pensées, même de lui.
- « Remus trouvera peut-être quelque chose. » dit-il au Maître des Potions. « Ne perds pas espoir. Je vais faire vite. »
- Miss Granger, j'ai fais mander vos amis…
- Ils vont me voir… ainsi ? Non…
- Ils ont besoin de savoir et vous, de les voir.
- Professeur… Je ne peux même pas…
- Je le ferais… Je le ferais, pour vous.
Une larme perla au coin des yeux à l'ambre fatiguée, qu'il essuya doucement de son pouce. Ses doigts longs et habiles s'attardèrent sur sa joue qu'il caressa puis se perdirent dans les cheveux sauvages. Il reprit sa posture d'origine et se fit aussi rassurant que possible.
Quand Albus revint une trentaine de minutes plus tard avec les deux jeunes sorciers, Severus n'avait pas bougé. Harry Potter s'apprêta à hurler sur le Mangemort qui l'avait empêché de voir sa meilleure amie et l'avait maintenu dans l'ignorance de son état. Sa bouche resta ouverte, cependant sa colère mourut dans sa gorge, de choc.
Les Maîtres des Potions était mal habillé, par terre devant la cheminée, tenant le corps flasque de leur amie blafarde. Le Légilimens communiait encore avec elle, leurs regards connectés.
- « Hermione... » hoqueta Potter.
Elle papillonna des paupières et tourna son regard vers le brun, mettant courtement fin à l'échange d'esprit avec son professeur. Il fixa tour à tour ses deux amis. La fine main quitta la nuque de Severus et se leva vers eux. Mais elle retomba lourdement, ses doigts répondant à peine. Il reprit sa main gracile dans la sienne, entrelaçant presque ses grands et longs doigts aux petites jointures féminines. Ils se reconnectèrent à nouveau, pendant plusieurs secondes.
- « Je vais servir d'intermédiaire. » commença Snape de sa voie grave et enrouée, sans quitter la mourante des yeux. Les deux adolescent voulurent protester avec hargne contre leur détesté professeur mais il les coupa avant. « Elle est trop faible pour parler alors je le ferais à sa place. Elle dit… qu'elle aime Potter comme un frère et qu'il ne doit jamais laisser tomber, insiste que Weasley et Potter ne se quittent jamais.»
Il s'arrêta quelques secondes et sembla échanger un long discours avec elle. Harry et Ron en profitèrent pour s'approcher et prendre l'autre main de leur amie. Ils sursautèrent à son contact frileux.
- « Un des objets que vous cherchez est dans la Salle sur Demande... » il s'interrompit et se tourna vivement vers le garçon. « Qu'est-ce que vous cherchez Potter ? » cracha-t-il.
- « Professeur » grogna le rouquin, mauvais. « Qu'est-ce que vous avez fait à Hermione ?! » hurla-t-il en tirant sa baguette.
Les iris noirs s'électrisèrent et l'instant d'après, Weasley fut projeté à l'autre bout de la pièce d'un informulé. Harry s'écarta de l'homme soudainement dangereux et voulu défendre son ami, mais leurs baguettes finirent dans les mains de Dumbledore qui prit calmement la parole tandis que le roux se relevait en geignant.
- « Monsieur Weasley, c'est le professeur Snape qui a sauvé Miss Granger une première fois, il y a une quinzaine de jours. »
- « Professeurs. » interrogea le brun, de plus en pus anxieux. « C'est quoi cette histoire ? Qu'est-ce qu'il y a eut, il a 15 jours ? Quand est-ce qu'elle va guérir ? Pourquoi sommes-nous là ce soir ? »
Un long silence plana, puis une voix si grave qu'on aurait pu ne pas l'entendre résonna.
- « Elle ne va pas guérir, Potter. » répondit Snape, rauque. « Elle est atteinte d'un mal inconnu. Elle… gèle. J'ai tout testé et n'ai trouvé aucun remède, même en magie noire. Si vous êtes là ce soir, c'est pour la voir une dernière fois. Je doute qu'elle passe la nuit... » dressa l'homme ténébreux, l'émotion trahissant sa voix.
- « Non... » sanglota-t-il Potter. « Non ! Il doit bien y avoir quelque chose à faire ?! Ce n'est pas possible ! Professeur Dumbledore ?! »
- « Vous dites n'importe quoi ! C'est vous qui lui avez fait ça, espèce de Traître ! » enragea Weasley.
- « Professeur ! »
- « Fermez-la, avortons ! » gronda Snape.
- « Ne criez pas, Harry, Ronald. Miss Granger est faible… pensez à elle. » énonça le vieux sorcier. « Severus a pensé que Remus pourrait peut-être trouver quelque chose et il ne devrait pas tarder à arriver. »
- « Vous parlez beaucoup, mais qu'est-ce qui a été fait pendant tout ce temps ?! »
- « Sortez d'ici... » menaça Snape, à bout de nerfs.
- « Vous nous avez empêché de la voir ! »
Les cris perdurèrent encore et une larme coula sur la joue de Hermione. Le regard de Severus se chargea d'une colère noire et avant qu'il n'arrive un malheur, Dumbledore dû faire sortir de force les deux adolescents furieux. Leurs cris étant trop pénibles pour la jeune femme, le potionniste jeta un sort de silence sur la pièce et l'étreignit plus encore. Elle était si froide…
Il la releva encore un peu et baissa son nez crochu dans son cou, inspira son léger parfum. Il ferma les yeux et dans une incantation antique, partagea sa chaleur autant que possible.
- « Je ne vous laisserais pas partir, Miss Granger. » lui murmura-t-il à l'oreille. « Je ferais tout pour que vous vous en sortiez… Si Lupin ne trouve rien, alors j'agirais. Ce sera mon dernier recours et ce n'est pas quelque chose que le Ministère autorise mais vous vivrez. N'essayez pas de savoir ce que je vais faire… ayez juste confiance en moi, si vous le pouvez. »
La petite main faible remonta lentement le buste de l'homme recroquevillé et après un effort certain, agrippa sa nuque. Ce toucher fit picoter sa colonne vertébrale. On avait rarement eut ce genre de geste tendre ou affectueux vers lui. Elle s'accrochait de plus en plus souvent à lui mais il sursautait à chaque fois. Il soutint son bras et la serra davantage en la berçant. Il continua de lui murmurer des paroles réconfortantes, la voix brisée, rappelant la promesse qu'il avait faite et tous les gens qui comptaient sur elle. Il lui parla des cours, des ragots, de la saison. Il lui parla de la magie, des potions, des miracles qu'on pouvait faire en associant les deux.
La porte s'était lentement ouverte mais aucun des deux ne s'en était rendu compte.
Note d'auteur : Oui, l'interlude est parti loin. C'était censé faire un petit d'un chapitre.. résultat, j'ai dû le scinder en 3 parties pour ne pas vous couler sous un pavé. Il y a plus de 12 000 mots ! Je me suis stoppée sinon je vous aurais plaqué tout le passé en une seule fois et retourner dans le présent serait trop difficile.
Je ne pensais pas être autant inspirée ni pour ce morceau, ni sur cette musique. J'ai même rajouter des éléments par plaisir et me suis rendue compte le lendemain que ça coïncidait grave avec le scénario. J'adore quand les personnages n'en font qu'à leur tête et que leur contrôle m'échappe. C'est toujours fascinant.
Enfin, ils se rapprochent doucement...
Bref. J'espère que le changement ne vous bouscule pas trop ? Ce chapitre se situe toujours dans le "Souvenir" et ce sera le cas aussi pour le suivant -qui sera le dernier, après on retournera dans le "présent".
4.444 mots au précédent chapitre... 4.666 ici ! J'adore ce genre de conneries avec les chiffres. xD
Réponses aux Coms' :
Katymyny : En effet, il n'y a pas de Retourneur de Temps. Il y a beaucoup de fictions qui en traitent -trop souvent, pour mettre HG avec un homme version jeune... ce que je trouve dommage-.
Oui honnêtement même en dépression, je pense qu'Hermione est du genre à ce battre. C'est une des raisons qui me fait aimer le personnage, sa ténacité. Donc pour elle se suicider, ce serait qu'il n'y aurait vraiment AUCUN espoir. Hm.. j'espère que tu vas aimer la suite et connaître ta réaction. A demain j'espère !
Zeugma412 : Angoissante, terrible, avec de la beauté. Ce sont des mots forts que tu m'envoies. Je le prends pour compliment !
C'est ce que je voulais offrir comme sensation. Des sentiments beaux mais lourds. Cette entre deux, entre deux mondes, entre amour et haine, bonheur et tristesse, faiblesse et force... pour toute ma fiction. Contrairement aux autres, plus aventure ou sombre, celle-ci c'est la balance de l'existence, cet équilibre précaire dans chaque moment. Je trouve Severus parfait pour cette vision, je ne sais pas pourquoi mais il m'inspire beaucoup.
Dark Coquelicot : Tu le trouve dur aussi ? Cela va perdurer jusqu'à la troisième partie, moralement du moins. Tu as entièrement raison, des choses vont s'éclaircir pour le présent avec cette vision du passé. En réalité, vous -lecteurs- découvrez presque les choses en même temps que Snape. Au fur et à mesure qu'elles se déroulent... ou qu'il se souvient, alors même qu'il ignorait avoir oublié quoi que se soit.
Merci ! Je suis rassurée si la musique convient ! *rougis*
Bon appétit ! XD
Câlins mes Dragons !
