Le bruit d'une respiration artificielle emplissait la pièce. Un ordinateur médical laissait échapper des bips réguliers.
La salle était vide de vie, vide de sens et peut-être même vide d'espoir.
Au milieu, un lit d'un blanc pur que seule une chevelure cannelle venait égayer. La silhouette frêle d'une jeune femme se dessinait sous les draps immaculés. Des tuyaux reliant son corps à des machines, semblaient émaner de toutes parts.
Si nous n'avions pas été dans un hôpital, nous aurions pu croire qu'elle était seulement endormie, son visage serein et ses mains détendues.
Soudain, une crispation est venue tâcher le tableau qui se dressait là.
Sa main s'est contractée, ses yeux se froissent en un essai perdu de se fermer plus qu'ils ne l'étaient déjà.
Les bruits des machines se font plus fréquents, plus assourdissants. Comme l'écho d'un coeur qui s'est remis à battre, la vie revenait dans un corps que l'on croyait perdu
Doucement, je me sentais revenir. Revivre, renaître.
La fin d'un calvaire a sonné alors qu'un autre va sûrement prendre vie pour équilibrer la Force. Cette balance qui doit être à hauteur égale de chaque côté, quels que soient les prix à payer. Finir un cauchemar en amène très souvent un nouveau.
Mais là n'est pas mon esprit sur le moment même.
La seule chose à laquelle je pense, c'est de savoir comment vont mes proches.
L'air s'engouffre dans mes poumons, c'est là une sensation que j'avais jadis oubliée.
Lentement, mes yeux s'ouvrent. Mais encore mis clos, la lumière me brûle la rétine. Il est peut-être encore un peu trop tôt pour chercher à voir la pièce.
Je comprends assez facilement que je suis dans l'unité de soin du Temple Jedi. Cependant je n'y ressens aucune présence autre que la mienne. Se pourrait-il qu'ils m'aient oublié?
Là, dans une pièce du fond de l'unité, ils auraient pu attendre mon retour mais voyant le temps s'écouler sans me voir revenir, ils seraient passés à autre chose en me laissant en suspens.
Pour la première fois de ma vie, je suis effrayée. La peur d'être abandonnée sans même être morte emplit mon cœur d'un nuage de tristesse.
Depuis combien de temps suis-je là? Ca fait peut être des années, je ne pourrais leur en vouloir d'avoir continué leurs vies sans regarder derrière eux...Après tout, c'était la seule chose que je souhaitais au moment de ma mort.
En prenant mon temps, que je n'ai pas estimé, j'ai réussi à ouvrir entièrement mes yeux. Désormais, mon regard vert se promène dans la petite pièce stérile.
Sur une chaise, un manteau Jedi avait été laissé à l'abandon. J'ai un vague souvenir de l'avoir déjà vu quelque part.
Je dois très certainement faire pitié à voir. Ma peau était devenue translucide, si pâle que l'on y discerne mes veines bleutées.
J'ouvre la bouche, voulant faire part de mon existence aux médecins. Je ne veux pas me retrouver coincée ici plus longtemps. Mais quand mes lèvres se sont entrouvertes, aucun son n'a su en sortir.
Alors voilà. Moi, Anastasia, maître Jedi de surcroît, me retrouve emprisonnée de ces fils et de cette pièce glacée. Aucun moyen d'en sortir sans aide. Je ne l'aurai jamais admis auparavant, mais je suis trop faible. Je ne sais même pas si je peux tenir debout plus de quelques secondes.
Analysant ma prison, il faut que je trouve un moyen d'avertir un de mes geôliers.
Prise par un élan d'adrénaline, mon regard se pose sur le verre d'une table qui est à moins de 3 mètres de moi.
Concentrant un maximum d'efforts, je tends mon bras perfusé vers ma nouvelle victime.
La Force m'a aidée à sortir de mon sommeil, elle doit maintenant m'aider à sortir de ce lit.
Avec la plus grande volonté de sortir d'ici, le verre se mit à trembler jusqu'à tomber de la table et s'écraser contre le sol.
Explosant en mille morceaux, un fracas accompagne ses éclats.
Je n'ai plus qu'à espérer que quiconque ait entendu mon vacarme.
Toujours immobile, scrutant le plafond toujours plus blanc que le reste de la pièce, un bourdonnement soudain de pas me parvient.
Le bruit se fait de plus en plus proche et quand une tête humaine arrive jusqu'à ma rétine, je me sens soulagée.
-Sophie! s'exclame un médecin. Appelle le docteur Schilt! Vite!
Je pensais que mon sauveur était arrivé, mais la façon dont toute l'unité s'est précipitée me fait regretter d'avoir retiré toutes ces personnes de leurs occupations.
Cette pièce qui avait jusque là été plongée dans un silence apaisant devient soudain un lieu plus bruyant quand champ de bataille.
Tous ces médecins m'entourent pour me soigner, -du moins je suppose-. A vrai dire, je ne sais pas exactement ce qu'ils font. Je n'ai jamais suivi aucun cours de médecine, ce n'est pas une spécialisation qui m'intéressait.
Je n'ai plus en tête que le fait d'avoir cassé un verre.
Cela paraît idiot. S'en faire pour un verre... Mais la drogue avec laquelle ils me shootaient, pour m'éviter de souffrir, me rend inconsciente des réelles priorités.
J'imagine la personne qui a bu dans ce verre tout en me tenant compagnie. Certainement la même personne qui a oublié son manteau… Et puis moi qui ai brisé le verre. Et viendrait ensuite celle qui allait nettoyer mon déluge.
Je devrais me droguer plus souvent, on pense à des choses totalement incohérentes, c'est drôle.
En voilà un qui me tient les paupières pour examiner mes yeux avec une espèce de lampe de poche. Qu'il est bien jeune...Et surtout très imprudent. C'est tellement désagréable de se faire manipuler ainsi. J'en tiendrai deux mots à son chef de service.
-Mademoiselle Kenobi? intima le jeune. Est-ce que vous m'entendez?
Décidément, il n'a pas fini de me faire chier ce petit con.
-Je suis Maître Jedi, petit merdeux…lâchais-je.
J'ai eu la plus grande difficulté du monde à lui sortir cette phrase mais j'en suis extrêmement fière. Voici les premières paroles du Maître Kenobi. Sa tête est hilarante, j'ai même arraché un sourire auprès de ses aînés.
-Par-pardon maître! bégaya le jeune médecin.
-Eh bien, quelle entrée en matière Maître! ria son instituteur.
-Je m'en vais…déclarais-je.
Mon moi le plus profond est convaincu que ce n'est pas possible mais mon moi subjectif a pris le contrôle, -sûr de lui-. Oui, il pensait que je pouvais quitter ces lieux.
Me redressant sur mes avant bras, je fus rapidement mise hors d'état de nuire.
-Pas si vite maître. Vous êtes dans un sale état.
-Il n'y a pas de repos pour un soldat. commençais-je. Je dois retourner à la guerre.
Quelle fut ma surprise quand chacune des personnes dans la pièce se regardaient mutuellement.
Quoi? Pourquoi ces messes-basses?
-Vous ne vous souvenez pas de pourquoi vous êtes ici?
Jusque là, je n'ai pas réfléchi à cette question. C'est vrai… Pourquoi suis-je à l'infirmerie?
-Avons-nous perdu la guerre? Rétorquais-je. Nous n'avons pas la possibilité de la perdre. Ce n'est pas une option. Si elle est perdue, nous le sommes aussi…
Les examens terminés, le médecin a congédié ses collègues, restant seul avec son petit jeune.
-Anastasia, la guerre est finie. Vous êtes plongée dans le coma depuis quatre mois.
Le ciel me tombe sur la tête. J'ai perdu quatre mois de ma vie. Quatre mois…
Mais je n'ai besoin que d'une seule réponse:
-Avons-nous perdu..?
-Non, entama le médecin. La République a gagné la guerre. Les séparatistes ne sont plus qu'un petit groupe inoffensif.
Donc résumé, je viens de rater quatre mois, la guerre est finie, les séparatistes ne sont plus une menace. Attendez… Il me manque une information importante.
-Palpatine...Palpatine était celui qui jouait dans les deux camps. C'était celui qui était à la tête de toutes ces horreurs...Est-il en prison?
-Il est mort.
Bien. Au moins une bonne nouvelle aujourd'hui.
-C'est vous qui l'avez tué!
D'un ton enjoué, le jeune s'est mis à parler. Mais je n'ai pas compris. Je n'ai pas saisi ses paroles immédiatement. C'est comme si mon cerveau voulait censurer cette partie.
Le silence s'est abattu sur la pièce. Une espèce de tension a pris place.
J'essaie de remettre les pièces du puzzle dans l'ordre.
Des images me sont revenues en mémoire progressivement.
-Est-ce que tout va bien? Questionna le médecin.
-Attendez…repris-je. Quoi? C'est moi qui…
Tout devient clair. Tout s'emboite dans mon cerveau.
Pendant mes pensées, je retrace inconsciemment le chemin qu'avait fait son sabre sur moi.
Palpatine m'avait touché à l'abdomen, je l'avais touché à la joue et...
-Une explosion...Oui...Je me souviens...J'avais posé une bombe et l'ai fait exploser alors que j'étais encore là. C'était clairement une opération kamikaze. Mais j'étais la seule à pouvoir le faire.
Je parle plus pour moi même que pour mes interlocuteurs.
-Je n'avais prévenu personne...Obi-Wan a crié et...Boom.
Où est mon frère? Personne ne m'a donné des nouvelles de mes soldats ou de ma famille. C'est un peu la même chose au fond.
-Il vous faut vous reposer maintenant, intima l'Homme. Vous êtes miraculeusement hors de danger.
-Mes hommes? Mon régiment? Ont-ils pu s'échapper?
-Grâce à vous, oui. Mon fils était sous vos ordres, merci de l'avoir sauvé.
Sur ces paroles, ils s'en sont allés avec un regard entendu.
Attendez…
Encore une fois, je me retrouve seule face à moi même.
Même si mes craintes se sont dissipées -en partie-, je ne suis pas tirée d'affaires.
Dans quel état vais-je récupérer mon corps? Pourrais-je toujours bouger, travailler?
En parlant de travail, la guerre est finie. Ai-je encore ma place ici? Aurais-je encore une utilité?
Tout cela me fait peur.
Mais je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir plus que je me suis endormie, accompagnant mon âme au pays des rêves.
