Auteur : kitsu34

Origine : Saint seiya (série originale)

Couples : Aucun ou couples variés, au gré des idées.

Disclaimer : Rien à moi dans l'univers de Saint Seiya qui appartient à son auteur. Je ne revendique que le monde de Iéranissia.

Note : un petit texte sur mon interprétation très personnelle de la possession de Saga et des événements de Saint Seiya (interprétation développée dans I Kato Volta, pour ceux que cela intéresse).

Bonne lecture à tous^^.

Iéranissia au quotidien

Chapitre 7 – Destin

Les couloirs de la maternité clignotaient légèrement dans la pénombre crûment trouée par la lumière blanche des néons. L'un d'entre eux devait être en fin de vie. Le pas de l'homme s'allongea. Il devait faire vite, le jour allait se lever et la fenêtre temporelle se fermerait bientôt. Pas question d'attendre la prochaine inflexion du temps, le timing serait beaucoup trop juste. Un tic nerveux agita la paupière et l'œil injecté de sang eut un frémissement. Cette enveloppe corporelle aussi touchait à sa fin, semblait-il.

Il passa devant une porte vitrée et jeta un regard rapide à son apparence. Grand, entre deux âges, légèrement bedonnant et les cheveux presque rasés tellement la coupe était courte. Sans doute un début de calvitie dissimulé… Rien de bien plaisant. Mais rien d'inquiétant non plus, avisa-t-il avec un sombre sourire. La veste blanche, les lunettes à monture d'écailles, le passe magnétique et le stéthoscope faisait un ensemble rassurant. Un médecin… Quoi de plus inoffensif et positif ? Rien de mal ne peut arriver par un homme qui sauve des vies, n'est-ce pas ?

L'homme renversa la tête en arrière et son rire s'éleva dans le couloir désert, à demi dissimulé dans l'ombre. Un rire bas, grinçant et horrible, qui mettait les nerfs à vif, comme le crissement d'une pointe sur une vitre. Mais le ricanement affreux s'éteignit dans une quinte de toux qui plia la silhouette blanche en deux, la main sur la bouche. Quelques gouttes de sang teintèrent les doigts de l'homme. Décidément, il fallait qu'il se dépêche. Il ne tiendrait pas le coup bien longtemps encore.

Saleté d'humains ! Pitoyables insectes indignes et stupides ! Dire qu'il lui fallait emprunter leurs misérables enveloppes fragiles et puantes… Athéna lui paierait cela un jour…

Le médecin se redressa, reprit son souffle et se remit en marche à grandes enjambées pressées. Il devait le trouver, vite. Il tourna dans un couloir et suivi des indications sur de petites pancartes jusqu'à parvenir à une sorte de salle d'attente, avec des chaises en plastique fatiguées sur lesquelles somnolaient quelques personnes. Trois humains, un homme et deux femmes, assis derrière des bureaux, devant des ordinateurs discutaient à voix basses. Ils s'interrompirent en voyant le docteur marcher sur eux. L'une des deux femmes se leva.

« Bonsoir docteur. Je ne savais pas que vous étiez encore là. Un souci ?

- Non, rien de grave. Juste une petite vérification de routine. Avez-vous le dossier de l'accouchement particulier de ce soir ?

- Lequel ? Le grand prématuré, l'hémorragie post partum ou bien la pyélonéphrite ?

- Les jumeaux.

- Ah oui, ils sont à l'étage 2 et la mère se trouve chambre 221. Pourquoi ? L'accouchement s'est bien passé.

- En effet, mais la mère est très jeune et frêle pour le poids de ses fils. Et vu ses conditions de vie, je préfère vérifier que tout va bien, que les enfants n'ont pas de problème et qu'elle ne risque pas une infection post partum.

- Oui, je comprends. C'est le docteur Marianakos qui a fait la césarienne. Voulez-vous que je la contacte ?

- Non ce n'est pas la peine, merci.

- Docteur !

- Quoi ?

- Le dossier de la patiente…

- Oui, bien sûr ! Où avais-je la tête ? Merci. »

Bon sang. Il devait être plus attentif et prudent. Les trois le regardaient d'un drôle d'air. Une nouvelle quinte de toux lui monta aux lèvres et il eut juste le temps de lancer un vague geste de la main et de partir rapidement dans le couloir adjacent. Il toussa longtemps, d'une toux râclante qui lui labourait les poumons et rendait sa respiration sifflante. Il passa une main tremblante sur son front humide de sueur et cracha un long jet de sang et de salive mêlés dans la poubelle accrochée au mur.

Puis quatre à quatre, presque avec urgence, il monta les escaliers jusqu'au niveau supérieur et s'engagea dans le couloir encore plus désert et obscur que celui de l'étage d'en dessous. S'orientant difficilement, il finit par apercevoir apparemment ce qu'il cherchait. Fasciné, soudain, arrêté en plein milieu du corridor sombre, il fixa un long instant la porte vitrée.

De l'autre côté, des berceaux s'alignaient sagement les uns à côté des autres. A l'intérieur, des bébés dormaient à poings fermés.

Un sourire horrible éclaira sinistrement le visage de l'homme.

Il les avait trouvés ! Enfin…

L'oeil injecté de sang se tourna vers la nuit, dehors. Par la fenêtre, on distinguait les étoiles mais pas la lune, dévorée comme chaque mois par la nuit. Un astre luisait particulièrement, projetant une teinte rougeâtre de mauvais augure. Le rictus s'accentua cruellement. La main se posa sur la poignée. Lentement, presque avec délectation, l'homme abaissa sa main et poussa la porte. Elle s'ouvrit en silence. Il entra.

La pièce était baignée d'une lueur douce et une chaleur agréable régnait, à peine troublée par les petites respirations apaisées. L'homme se courba sur chacune des petites silhouettes jusqu'à trouver l'enfant qu'il recherchait. Ou plutôt les enfants. Deux bébés étrangement couchés dans le même berceau, enlacés. Le médecin jeta un regard appréciateur au second berceau, vide, juste à côté, et le rire grinçant et affreux s'éleva à nouveau, cassé et rauque, cette fois. Un mince filet de sang coula au coin de la bouche et la respiration se fit plus douloureuse, comme arrachée du fond des entrailles.

Il les avait trouvés. Juste à temps ! Et ils étaient diablement prometteurs, ces petits. Déjà capables de s'affranchir de la basse contingence matérielle humaine...

La silhouette blanche se pencha sur le berceau et contempla avidement les deux petits visages endormis, couronnés de mèches de cheveux d'or pâle épais et somptueux.

Et ils étaient beaux, en plus. Jetant un coup d'œil à son ventre légèrement proéminent, il poussa un soupir navré qui s'acheva en quinte rauque et déchirante. Il se replia sur lui-même et glissa presque complètement à terre, les poumons en feu et le sang martelant ses tempes. Sa vue se brouillait et s'obscurcissait. Il n'avait plus de temps à perdre.

Dardant son regard injecté de sang, crachant son dernier souffle d'écume rougeâtre avec sa dernière exhalaison, il hésita un instant.

Lequel des deux ?

Il haussa les épaules. Cela n'avait aucune importance. Ils étaient semblables de toute façon. Le regard brun s'illumina brièvement et se teinta d'or sanglant.

Dans le berceau, un gazouillis s'éleva et un des deux petits s'agita dans son sommeil.

L'homme tordu par la souffrance s'agrippa au rebord du berceau et réussit à surplomber à nouveau les deux nouveaux-nés. Il contempla avidement le petit visage qui s'éveillait doucement. Le bébé ouvrit d'immense yeux bleu foncé, comme le fond des océans, parcourus de courants et de vagues profondes. Des yeux qui se rivèrent soudain au regard d'or sombre ensanglanté, avec le grand sérieux dont font preuve les tout petits lors de leur entrée dans la vie.

L'étoile sinistre jeta un éclat rouge qui les baigna, l'homme monstrueux et l'enfant. Une lueur dorée intense sembla irradier du corps torturé au-dessus du berceau et s'étendit dans la pièce, l'illuminant complètement. La radiance cisela les traits purs du bébé, soulignant ses lignes parfaites de lumière, rendant sa peau presque diaphane. Ils se regardèrent, sans bouger, sans émettre le moindre bruit, excepté la respiration de plus en plus sifflante et lente de l'homme dont le regard se figeait.

Puis doucement la silhouette blanche s'affaissa sur elle-même et tomba lentement à terre.

Et il n'y eut plus aucun bruit, à part le battement de l'air agité par les petits poings qui remuaient. Les grands yeux bleu foncé, au regard sérieux, ne cillaient pas, fixant avec intensité un bracelet attaché au minuscule poignet sur lequel était écrit un prénom au feutre bleu.

Alors ce sera toi. Toi, qui t'est réveillé sous mon regard. Toi, qui sera l'instrument de ma vengeance et de ma désolation. Toi, que le Destin a choisi. Saga…

oOoOo