15 ~ Essayer vaut mieux qu'attendre que les choses se fassent.

-Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Demanda Mary-Margaret en s'asseyant dans l'angle de son canapé, ramenant ses jambes sous ses fesses et collant sa tasse de thé contre sa poitrine comme pour se rassurer.

Si Emma n'avait pas été aussi déterminée et impatiente, elle serait probablement partie en voyant l'état de l'institutrice qui semblait clairement malade. Toutefois, la détective avait définitivement atteint ses limites de patience et de défaites et était désormais prête à tout pour enfin découvrir le fin mot de l'histoire et pouvoir enfin se battre avec des armes à sa taille. Désormais assise dans le canapé à angle blanc, Emma réfléchissait quelle carte elle devait abaisser, persuadée que la brunette était le maillon faible du trio et qu'elle savait ce qu'il pouvait bien se tramer dans cette ville

-Me tutoyer, déjà. Proposa la blonde, dans un sourire.

-Bien sûr, toi aussi.

-À vrai dire, je suis ici pour te poser des questions sur la mort de Sidney Glass. J'imagine que David t'en a parlé.

-Oh... Euh... Oui, il m'en a parlé... Mais je ne vois pas vraiment ce que je pourrais dire. Reconnu Mary, inquiète.

-Ne t'en fais pas, c'est juste une enquête de routine et je veux passer chez les personnes qui ont de l'influence et seraient susceptible de pouvoir me parler de Monsieur Glass. Mentit Emma. Et comme tu es institutrice et femme du shérif, j'imagine que tu ne dois pas vivre recluse chez toi.

-D'accord. Acquiesça l'institutrice, incertaine.

Comme de fait, elle se réajusta, sentant une vive douleur dans son ventre et but une gorgée de son thé avant de coller à nouveau sa tasse contre elle, tentant d'apaiser son mal-être.

-Connaissais-tu bien Sydney Glass ?

-Pas vraiment. Enfin, nous avions le même âge alors nous sommes allés à l'école ensemble et puis il est parti faire ses études avec sa copine de l'époque à New York.

-Son ex copine est toujours à Storybrooke.

-Non. Elle est revenue une fois et ensuite, elle est repartie et je n'ai plus jamais eu de nouvelle d'Anna. Sydney a ensuite fondé son propre journal pour faire de la concurrence avec celui qui existait déjà.

-Cela peut-il avoir un lien avec sa mort ?

-Oh, non. Cela date d'il y a un peu moins de vingt ans, mais le journal était assez inutile, racontant simplement des ragots et il a fini par disparaître assez rapidement. Sidney a toujours eu à cœur d'être un journaliste indépendant, qui n'était tenu par personnes et finalement, cette manière de rédiger a été un véritable vent frais pour cette ville où l'ancien journal ne parlait que de cette ville et brossait dans le sens du poil les personnes influentes de Storybrooke. Rien que sa rubrique internationale a énormément plus, les habitants étant ravis de découvrir un peu plus ce monde extérieur et encore plus lorsque Sidney n'a pas hésité à pointer du doigt tous les problèmes de la ville. Au moins partiellement, ça a permis à bon nombre d'habitants d'arrêter de se faire marcher sur les pieds et de se rebeller. Mais je ne pense pas que sa mort ait un quelconque lien avec cela, sinon il serait mort depuis longtemps. Mais en même temps, Sidney avait l'habitude de fouiller partout sans se soucier des conséquences, alors cela a peut-être joué en sa défaveur... Je ne sais pas.

-Et quelles sont ses relations avec Regina Mills ?

-Professionnelles.

-Écoute, je suis ici pour enquêter sur la mort d'une personne alors toutes les informations me sont utiles. Et s'il y a une information qui revient souvent dans cette ville, c'est que Regina et toi êtes très proche alors je suis persuadée que tu en sais plus que tu ne veux le faire croire.

-Tu n'es pas plutôt venu dans le seul but que je dise quelque chose contre Regina afin de t'en servir contre elle ? Releva l'institutrice en attrapant son chat qui venait de sauter sur le canapé, surprenant Emma.

Mary-Margaret déposa sa tasse sur la table après avoir pris une dernière gorgée et attrapa son chat pour le poser sur son ventre, l'animal se mettant automatiquement à ronronner en s'étalant de tout son long tandis que la brunette passait ses doigts entre les oreilles de l'animal.

-Ce que je sais, c'est qu'il y a quelque chose de pas claire ici et que Madame la Maire est au centre des choses et je veux savoir ce que c'est. Tout le monde à l'air d'avoir son avis sur bien des choses et avoir ses secrets. Je sais que David sait ce qu'il se passe et qu'il veut m'en parler, sauf qu'il est tenu par Regina. Ou alors il se méfie de moi, alors je viens à toi pour avoir plus d'informations.

Jamais Mary n'avait osé trahir les secrets de son mari ou de Regina, mais elle devait bien avouer que la jeune détective avait parfaitement raison. Et David lui avait avoué qu'il voulait avoir Emma avec et non contre lui et qu'ils avaient besoin d'aide. Des mois qu'ils ne parvenaient à rien et cela le pesait. Et elle aussi. Elle en avait marre de se réveiller en sursaut parce que ces secrets rappelaient trop de mauvais souvenirs à son mari qui redevenait, l'espace d'un instant, le jeune homme brisé qu'elle avait rencontré. Et elle craignait plus que tout de le voir régresser en s'obstinant à résoudre une affaire qui durait depuis plus de cinq décennies, mettant sa santé physique et mentale en danger. Mais il avait un lien si fort avec Regina qu'elle savait pertinemment qu'il n'avouerait rien tant que la mairesse le lui demanderait. Elle ne doutait pas non plus que Regina entrerait dans une colère sans discernement contre la personne qui oserait libérer son secret et c'est précisément pour cela que David ne tenterait jamais de trahir la mairesse. Parce qu'il avait bien trop besoin d'elle dans sa vie pour supporter de la perdre simplement parce qu'il aura voulu de l'aide quelque part. Mais elle, même si l'idée même de ne plus avoir la confiance de Regina lui brisait le cœur, elle savait qu'elle le vivrait bien mieux que son mari alors peut-être était-ce son devoir. Persuadée qu'ils avaient besoin d'aide, persuadée que rien n'arrivait par hasard et que la blonde ne pouvait être que la sauveuse de cette ville, elle se convint qu'elle prenait la bonne décision en décidant de trahir son mari et celle qu'elle considérait comme sa sœur.

-En réalité, David pense que tu es quelqu'un de confiance, même s'il se méfie de toi. Et je dois avouer que si au départ, j'ai cru que tu allais simplement tenter de connaître Henry, tout ce que Regina a pu me dire me fait plutôt penser que tu as l'intention de récupérer Henry. Releva toutefois la jeune femme, voulant tout de même s'assurer des intentions de la mère biologique.

-Je l'ai dit depuis le début, jamais je ne pourrais me résoudre à retirer un enfant à ses parents. Je sais très bien qu'on n'est pas parent par le sang, mais par nos actes. Et j'ai vu bien trop d'enfants et de parents ressortir brisés et traumatisés par cette histoire d'enlèvement que je ne voulais pas refaire la même erreur. Mais si moi j'ai donné l'impression de vouloir reprendre Henry, tu ne peux pas nier que Regina donne toutes les raisons du monde de la croire capable du pire. Dès que j'ouvre la bouche, elle est sur la défensive et me menace. D'ailleurs, toute la ville semble la décrire comme une femme capable des pires horreurs.

-Et tu apprendras bien rapidement que cette ville préfère se contenter de juger sans comprendre et de croire les ragots déformés de bouche en bouche plutôt que d'aller chercher une preuve à la source. Preuve en est, ils sont persuadés que Regina et David ont une relation ensemble et que je ne suis qu'une pauvre petite femme naïve et esseulée alors que la seule relation qu'ont David et Regina, bien que fusionnelle, est celle d'un frère et d'une sœur.

-C'est bien pour ça que je veux la version de quelqu'un qui la connaît vraiment. Parce que si tout le monde me dépeint cette image de manipulatrice, j'ai l'intime conviction que tous ces ouï-dire sont faux et ne dépeignent qu'un pâle tableau de la réalité.

Jaugeant la jeune femme devant elle, Mary soupira et se leva, traversant la salle d'un pas lent et fatigué. Emma l'observa et se rendit compte que la jeune femme se dirigeait vers ce qu'il semblait être sa chambre. La détective fronça des sourcils et inconsciemment, son regard se dirigea vers les escaliers qui menaient à une mezzanine, ne comprenant pas vraiment pourquoi ils avaient décidé d'installer leur chambre dans la salle commune, abolissant toute forme d'intimité lorsque quelqu'un était présent, alors qu'ils avaient visiblement d'autres pièces à l'étage. Justement, Mary ne loupa pas le regard interrogatif de la détective.

-David est claustrophobe, vraiment claustrophobe. Du coup, on a préféré placer le lit sous cette baie vitrée. Apprit-elle dans un sourire. Je pourrais t'expliquer que David et Regina se sont mis en tête de faire tomber le trafic de Gold qu'il gère depuis aussi longtemps que je me souvienne en récupérant les enfants de l'orphelinat une fois grand pour les faire travailler pour lui et qu'en parallèle, ils travaillent sur des disparitions inquiétantes. Mais en réalité, je ne sais que des bribes de ce que David et Regina ont bien voulu me raconter et je sais qu'il y a bien plus que cela. Tiens, ce n'est peut-être pas une bonne idée, mais David s'est mis à écrire toutes ses découvertes dans ces cahiers au cas où ils oublieraient quelque chose ou s'il... S'il disparaissait. Il me l'a montré quelques jours avant son agression. David disait savoir où se trouvait le camp.

-Et il est où ce camp ?

-Tout le monde sait qu'il ne faut pas dépasser le muret dans la forêt, car c'est dangereux. Le terrain est grand et rempli d'anciennes mines et d'anciens fossés alors personne n'a jamais vraiment su où se trouvait ce camp. Cela fait des mois que Regina et David tentent de le trouver pour prouver tout ce qu'ils avancent, mais à chaque fois, ils les perdent à un moment ou à un autre.

-Et David a dit qu'il savait où c'était ?

-Trois jours avant son agression, il est revenu excité et disait qu'il avait enfin une piste plus que sérieuse. Mais il n'a pas eu le temps d'en dire avant de se faire agresser, lui faisant oublier l'endroit, mais aussi plusieurs autres choses. Il s'est souvenu de la plupart des choses, mais d'autres restent absentes.

-Et Regina ?

-Regina ?

-Henry m'a dit qu'il l'avait vu sortir de la ruelle où David s'est fait agresser ce soir-là, l'abandonnant.

-Elle ne l'a pas abandonné, c'est elle qui a téléphoné aux secours. Mais elle ne pouvait pas rester.

-Pourquoi ?

-Regina est persuadé que le Couvent des Saintes Innocentes, Gold et une troisième personne qui lui est encore inconnu, sont liés et qu'ils travaillent tous ensemble. Ce soir-là, elle était censée être à Boston alors qu'en réalité, elle était dans un entrepôt avec Killian Jones qu'ils venaient de découvrir. Cet entrepôt sert d'embarquement pour les marchandises de Gold.

-Killian Jones est aussi au courant de cette histoire ? S'étonna Emma. Le point commun entre eux tous, c'est le Couvent des Saintes Innocentes, n'est-ce pas ? Comprit Emma en tentant de faire des rapprochements avait tout ce qu'elle savait déjà.

-Oui.

-Regina a probablement raison, tout ce que je découvre me ramène en permanence à elle et au Couvent. Qu'est-ce qu'ils ont vécu là-bas ? Je suis certaine que s'ils n'avaient pas été là-bas, rien de toute cette histoire n'aurait surgit.

-Oui, le Couvent semble être le noyau de tout et c'est pour ça que Regina s'est mise en tête de découvrir les dessous de ce Couvent.

-Et elle a découvert quoi ?

-Pas grave chose, voire rien. Cet endroit est peu leur bête noire et ils sont incapables de s'y confronter. C'est une des raisons pour laquelle ils n'avancent plus sur cette enquête et qu'ils ont besoin d'un œil nouveau.

-Qu'est-ce qu'il se passe dans ce Couvent ?

-Pour en savoir plus, il faudra en parler avec David, Regina ou Killian encore. Je ne parlerais pas de ça à leur place. Refusa la brunette.

Alors qu'habituellement Emma était assez peu patiente et se contentait rarement de quelques informations ici et là, elle accepta d'en rester là, sans vraiment trop comprendre pourquoi. Laissant l'institutrice se reposer, Emma sortit de l'appartement avec un immense sentiment de fierté d'avoir enfin comblé les multiples trous de cette énigme. Tirant son téléphone de sa poche, elle demanda à son collègue de faire des recherches sur ce Couvent et sur ce fameux Gold. Retournant au poste, Emma ne doutait pas vraiment que la mort de Sidney avait un lien avec cette histoire de trafic. Toutefois, elle avait bien compris que la jeune institutrice, si elle avait pu l'éclairer plus que personne ne l'avait encore fait dans cette ville, n'était pas au courant de tout et qu'il lui manquait beaucoup d'informations. Mais elle n'arrivait pas à se dire que tout ce que lui avait raconté l'institutrice était faux, à moins qu'elle-même ait été manipulé par le shérif et la mairesse, ce qu'elle doutait énormément. Choisissant de croire la brunette, elle était désormais totalement perdue quant à la façon d'agir. Elle ne s'attendait pas à en apprendre autant et encore moins ce genre de révélation, encore moins trouver quelqu'un qui disculperait totalement la Portoricaine. C'était d'ailleurs, en dehors de David, la première personne qui ne la dépeignait pas comme un monstre manipulateur et sans cœur, et aussi étonnant que cela puisse paraître, Emma se sentait plus convaincu par cette minorité que par la majorité.

Néanmoins, si ses convictions venaient d'être balayées sans ménagement, elle n'abandonnait pas son idée de confronter la mairesse. De toute façon, elle ne doutait pas un seul instant que quoiqu'il advienne, la mairesse entrerait en défensive, mais elle était convaincue que la jeune brune était la clef.

Arrivant au poste, elle poussa la porte du poste et en voyant David remplir des documents, elle décida qu'elle pouvait toujours commencer par lui. Si l'homme restait particulièrement méfiant envers elle, il restait tout de même le plus calme et le plus à même de lui parler. Restant dans le chambranle de la porte, elle l'observa, se demandant s'il fallait qu'elle joue cartes sur table avec lui et qu'elle lui parle directement des cahiers que sa femme lui avait donné afin de prouver sa confiance ou bien garder ce fait secret, au risque que l'institutrice n'avoue tout à son mari dès qu'ils se verront...

-Emma ? Ça ne va pas ? Demanda justement David qui avait remarqué la présence de la Bostonienne qui sursauta.

Poker. Tapis.

-Si... Pour tout te dire, je réfléchissais à la marche à suivre pour te parler. Renseigna-t-elle en s'avançant vers le bureau, lâchant les trois cahiers sur le bureau du shérif, ignorant son cœur qui battait jusqu'à ses tempes.

-Où...

-Ta femme.

-C'est Mary qui t'a donné ça ? Tu es allé l'interroger ? S'énerva le shérif en se redressant aussitôt, les poings serrés.

-Parce que vous ne m'avez pas laissé le choix. Gronda à son tour la détective, peu disposée à laisser la colère de l'homme surgir. Toute cette ville est bourrée de secrets qui semblent être plus sombres les uns que les autres et personne ne semble vraiment prêt à me dire ce que c'est, en dehors du fait que tout le monde ne cesse de me donner son avis sur tout. Et j'en ai plus que marre d'attendre que quelqu'un se décide à vendre la mèche. Un homme est mort et je suis persuadé qu'il l'est à cause de tous ces secrets et si cela importe peu à qui que ce soit, ce n'est pas mon cas et je suis bien décidé à comprendre ce qu'il se passe.

-Que t'as dit Mary ?

-Que je me trompais, que toi et Regina n'étiez pas ceux qui trafiquaient quelque chose, mais plutôt ceux qui tentaient d'arrêter ce trafic. Un trafic de drogue, mais ça, je l'avais déjà découvert.

-Qu'est-ce que tu as découvert dessus ?

-Pas grand-chose. Simplement que cette drogue s'appellerait mediocris pulvis et que Sidney Glass en avait connaissance. J'ai découvert ça en fouillant chez Madame la maire lorsque j'ai dormi chez elle. Avoua-t-elle, anticipant la question du shérif.

-Cette drogue a des effets plus que dangereux. C'est une poussière verte qui pénètre la peau. Elle provoque des hallucinations, un détachement de la personne... On a aucune idée de la façon dont elle est fabriquée et d'où elle est fabriquée.

-C'est ce que Mary m'a dit. Elle m'a dit que vous n'arriviez pas à trouver le campement, comme c'est possible ?

-Avant d'être une ville, Storybrooke est avant tout une forêt, c'est 90% de forêt en réalité. Il y a plusieurs hectares de terres à parcourir et nous sommes bien trop peu pour le faire et surtout, c'est bien trop dangereux. La forêt est coupée en deux par un muret qui date de la guerre de sécession. Il avait été construit par les habitants comme une limite à ne pas franchir, mais vers laquelle ils envoyaient leurs assaillants. Derrière ce muret, il y a plusieurs mines, des fossés, des crevasses, des falaises instables. Bref, un terrain super dangereux. Et en dehors de la nature impraticable, tout le monde à connaissance de ce campement des enfants perdus et n'importe qui sait qu'allait là-bas est dangereux. J'ai bien essayé de les suivre pour trouver l'emplacement, mais chaque fois, je les perds de vue.

-Mais si tout le monde a connaissance de ce camp, pourquoi personne ne fait quoi que ce soit ?

-Il est géré par Gold qui a une forte influence sur tous les habitants. C'est la personne dont tu dois absolument te méfier dans cette ville, il est calme, mais sournois, fourbe. Il sait comment manipuler n'importe qui à son avantage. Henry le surnomme le Nain Tracassin et ce surnom a été inventé pour lui, si tu veux mon avis. Enfin bref, j'imagine que lorsqu'il a commencé, il a pris soin de mettre dans sa poche toutes les grandes personnalités de cette ville. L'ancien shérif était quelqu'un de bien, mais j'ai découvert qu'avec de bons pots-de-vin, il fermait les yeux et cette affaire a pu s'installer tranquillement et c'est presque entré dans la norme. Chacun reste de leur côté et il n'y a pas de problème.

-Si cela plaît à tout le monde, pourquoi vous essayez de rompre cet équilibre ? Demanda la détective, sarcastique.

-Quand l'ancien shérif est décédé, il y a un peu moins de trois ans, il n'avait plus aucune famille alors je me suis occupé d'emballer toutes ses affaires et je suis tombé sur tout un tas de dossiers passés sous silence de disparitions et autres. En faisant mes recherches, j'ai découvert qu'il était en réalité corrompu et que c'est pour cela que rien n'avait jamais été fait contre ce camp. Mais de toute façon, il aurait pu vouloir faire ce qu'il veut, un shérif contre Gold ne suffit pas, à moins d'avoir un dossier en béton.

-Surtout s'il n'hésite pas à tuer.

-Honnêtement, je serais prêt à parier que la forêt de Storybrooke compte plus de cadavres que son propre cimetière. Dit-il d'un ton pince-sans-rire en refermant le dossier qu'il remplissait. Je suis désolé, mais j'ai promis à Mary de rentrer rapidement. On en reparle demain ?

-Pas de soucis. Elle avait l'air vraiment malade quand je suis allée la voir.

-Dis, maintenant que tu sais que Regina n'est pas quelqu'un malfamée, vas-tu arrêter de tout faire pour lui prendre Henry ?

-Ce n'était pas mon intention de reprendre Henry, je n'ai jamais voulu ça. Dit-elle en appuyant sur ses derniers mots, las de se répéter encore et toujours. Mais si Henry est en danger avec elle, je ne resterai pas sans rien faire. Je suis désolé, mais jusque-là, les seuls qualificatifs qu'on a pu me donner sur elle, c'est qu'elle est froide, hautaine, violente et manipulatrice et jusque-là, elle ne m'a pas vraiment prouvé le contraire.

-Henry est parfaitement en sécurité avec Regina croit moi. D'ailleurs, personne ne peut être plus en sécurité qu'avec Regina et je sais de quoi je parle. Et Regina n'est pas violente, je ne sais pas qui a pu te dire ces conneries. S'agaça-t-il en s'asseyant contre son bureau. Je t'assure que tu ne dois avoir aucun doute sur le fait qu'elle est une bonne mère parce que c'est le cas. Ses relations avec Henry sont mauvaises en ce moment, je te l'accorde, mais Regina aime son fils et si tu lui prends, elle n'y survivra pas.

-Nous n'y sommes pas encore.

-Tu sais, je sais ce que c'est... Débuta le blond en frottant sa main contre le bureau, peu certain de ce qu'il allait vraiment dire et que cela serve à quelque chose.

-Comment ça ?

-Mary est atteinte d'endométriose sur les ovaires, alors à moins d'un miracle, elle ne peut pas porter d'enfant. Mais il y a quatre ans, nous avons essayé d'adopter et un an plus tard, on nous a confié une petite fille du nom de Sophie qui avait été abandonnée à la naissance. Tu n'imagines pas à quel point nous étions heureux d'enfant tenir notre enfant. Seulement, la mère biologique a fini par se rétracter et on nous a repris Sophie. Avoua-t-il la voix tremblante sous les yeux sidérés d'Emma. Ce fut très dur pour moi et encore plus pour Mary qui a eu énormément de mal à remonter la pente, je pense d'ailleurs que sans Regina elle ne l'aurait pas fait, et pourtant nous avons eu peu de temps avec elle. Regina a vécu dix ans avec Henry et il est son ancre, sa raison de vivre depuis des années alors ne brise pas tout, s'il te plaît. Conclu-t-il en la laissant plus perdue que jamais.

Avant de partir, David lâcha à son tour les cahiers sur les jambes de la détective qui eut du mal à les rattraper et partit, non sans se moquait de la Bostonienne. Sortant à nouveau son téléphone, elle constata qu'il n'était que seize heures alors elle envoya un message à Graham lui disant qu'il fallait qu'ils parlent, se demandant s'il ne serait pas mieux de tout raconter à Henry par la même occasion...

OoO

Tirant son frein à main, Regina soupira de contentement, soulagée d'être enfin chez elle. Elle avait l'impression que cette journée avait été interminable. Attrapant son sac et le dossier qui se trouvaient sur le siège passager, un sourire triste se forma sur son visage en avisant ce dossier fait d'une grande feuille rose sur laquelle elle avait grossièrement annoté "Obsèques - Sidney". Si elle pouvait se targuer de toujours avoir un coup d'avance et d'avoir, d'ordinaire, une parfaite maîtrise de tout ce qu'il pouvait bien se passer dans cette ville, elle devait bien avouer que depuis quelques jours, elle ne voyait plus rien arriver. Depuis l'arrivée de cette blonde insupportable en réalité. Et tout ça avait conduit à la mort de Sidney. Elle regrettait.

Elle regrettait de ne pas avoir anticipé sa mort... Mais en même temps, elle avait beau réfléchir, elle n'arrivait pas à comprendre comment et pourquoi, il était mort. Elle s'était très probablement surestimée en pensant pouvoir éviter plus de souffrance à quiconque... Elle aurait pourtant dû s'en douter après l'agression de David, mais il semblerait que Regina Mills n'apprenait jamais de ses erreurs.

Comme de fait, elle sortit de sa voiture, enveloppée de ses pensées fracassantes, songeant au fait qu'elle devait sérieusement revoir ses positions. David avait dit n'avoir rien trouvé chez le journaliste et elle avait eu le même rapport de celui qu'elle payait pour être son espion, sa petite souris. Pourtant, elle connaissait suffisamment Sidney pour savoir qu'il était doué pour cacher les secrets des autres, alors les siens... Et si Gold avait effectivement ordonné la mort de Sidney, alors cela signifiait que même sans que personne ne s'en rende compte, ils avaient découvert quelque chose qui avait fait peur à l'antiquaire et elle comptait bien découvrir quoi.

-Bonsoir. Fit une voix dans la pénombre, faisant sursauter la mairesse qui se tourna immédiatement vers sa droite, reculant d'un pas et ramenant son sac devant elle comme si celui-ci allait la protéger d'une quelconque attaque.

-Miss Swan. Souffla-t-elle, presque soulagée, avant de se ressaisir. Vous êtes sur ma propriété, vous semblez avoir définitivement un problème entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.

-Ouais, je vous renvoie la balle. Rétorqua Emma en s'avançant, les mains à l'arrière de son jean. Vous avez eu une bonne journée ? Parce que moi oui, elle fut particulièrement enrichissante.

-Vous avez découvert quelque chose sur la mort de monsieur Glass ?

-Nop... Plutôt sur vous, je ne sais pas vraiment si c'est vrai, mais j'ai eu la même version de deux personnes qui me semblent plutôt honnêtes.

-Vous devriez faire attention Miss Swan, cette ville aime particulièrement le jeu du téléphone Arabe.

-Oui, j'ai pu le remarquer. Mais cela vient de personnes en qui, je crois, vous avez aussi confiance puisqu'il s'agit des Nolan. S'amusa la détective qui s'arrêta à un mètre de la mairesse, jubilant lorsqu'elle la vit se tendre imperceptiblement et ne rien répondre. Enfin, la balle est dans son camp. Et je dois bien reconnaître que s'ils disent la vérité, moi, j'avais tort sur toute la ligne, vous concernant.

Déstabilisée, Regina ne sut pas vraiment quoi répondre. Elle s'était attendue à ce que la blonde lui reproche d'avoir menti ou même d'avoir manipulé les Nolan. Quoi qu'il en soit, qu'elle l'accable plus encore et ne reconnaisse pas son emportement. Mais non, la blonde acceptait de reconnaître ses torts face à elle alors qu'elle continuait de la mépriser et de faire preuve de toute la froideur dont elle était capable. Apprendre de ses erreurs... Peut-être est-il tant de mettre cette résolution en œuvre, elle aussi.

-Alors nous allons faire un marché parce que je ne supporte pas de faire du surplace, Madame la Maire. Nous allons entrer et vous allez me parler. Vous allez tout me raconter.

-Sinon quoi ?

-Sinon, c'est bien simple, je vous arrête pour obstruction à la justice et pour suspicion de meurtre sur la personne de Sidney Glass.

Le cœur battant, le cerveau échafaudant, la mairesse devait bien admettre ne pas avoir la main dans ce jeu, mais ses démons étaient plus fort qu'elle et elle ne pouvait se résoudre à battre en retraite.

-Je ne sais pas pourquoi Sidney a été tué, donc je ne vous serai pas d'une grande aide.

-Nous savons toutes les deux que vous avez forcément des soupçons sur qui aurait bien pu vouloir le tuer puisque vous avez vous-même montée une espèce d'investigations avec des civils pour faire tomber un trafic qui semble ne pas exister.

-Eh bien, ma chère, si vous avez découvert tout cela, vous devez bien avoir quelques soupçons alors allez plutôt vous jeter dans la gueule du loup et allez parler à Gold. Soupira Regina.

-Ce que je veux, c'est surtout découvrir pourquoi cette ville est terrifiée par un seul homme qui n'est même plus de prime jeunesse. Je veux savoir pourquoi cette ville n'a jamais rien fait contre les disparitions successives de ces dernières décennies.

-Je n'ai pas moi-même la réponse à cette question. Admit la Portoricaine, légèrement surprise par la considération dont faisait preuve cette blonde.

-Et c'est justement pour cela que je veux que vous me racontiez tout afin de comprendre. Je sais qu'il y a des choses que vous n'avez pas dites à David, Mary me l'a dit, et je suis persuadé que c'est la clef manquante.

-Nous en parlerons demain, Miss Swan.

-Quel est le rapport entre toute cette histoire, le Couvent des Innocentes et la personne à qui vous rendez visite chaque semaine à l'hôpital psychiatrique ? Demanda à nouveau Emma, déterminée.

À l'entente de ses mots, la Portoricaine sentit son corps bouillir et, comme si une autre personne venait d'entrer dans son corps, elle n'eut plus qu'une idée en tête, faire taire cette femme. Faisant vivement volte-face, son corps tendu à l'extrême, elle lâcha ses affaires pour s'élancer vers la blonde. Emma la vit à peine arrivée tant la jeune femme fut rapide et crut ne pas pouvoir éviter un coup de la part de la mairesse qu'elle saurait néanmoins maîtriser. Mais avec surprise, rien n'arriva.
Regina avait effectivement eu envie de plaquer la blonde contre l'arbre qui trônait derrière elle et placer son bras tout contre cette gorge qui ne cessait d'émettre des sons qui l'irritait à chaque parole. Mais sa raison l'avait rattrapé bien trop rapidement, et comme un mur invisible qui l'avait percuté, elle s'était arrêtée juste devant la blonde, si brusquement que son corps ne semblait pas réellement avoir compris qu'elle était à l'arrêt tant il tremblait de fureur. Mais ravalant justement toutes ces émotions et cette violence qui ne demandait qu'à sortir avec allégresse, elle déglutit, comme si tout se condensait dans ses cordes vocales.

-Je vous interdis de parler de ça, en ma présence et à qui que ce soit d'autres, Miss Swan. Ma raison a des limites à laquelle il ne faudrait pas porter atteinte. Recommanda-t-elle, d'une voix si froide et basse, qu'elle fit frissonner la détective.

Les yeux dans les yeux, aucune d'elles ne semblaient vouloir se détacher un instant, comme si celle qui se reculerait, abdiquerait. Et aucune des deux n'avaient, pour l'heure, l'intention de déposer les armes.
Toutefois, Regina se redressa lentement, sentant son corps tendu la rappeler à l'ordre. Comprenant que si Emma n'avait plus rien à dire, tout du moins, qu'elle réfléchissait encore à comment gagner cette bataille, Regina en fit de même, mais sa fureur était telle qu'elle n'arrivait pas à ordonner son esprit. Il y avait bien trop de choses qui s'étaient produites aujourd'hui et elle atteignait ses limites. Mais la Bostonienne venait de menacer Peter, consciemment ou inconsciemment, et cela faisait partie des choses qu'elle ne pouvait tolérer. Mais rien ne lui vint, mis à part une pauvre petite insulte sur les bêtises qui avaient jalonné la vie d'Emma Swan et que son insupportable conscience et ses principes lui interdisaient d'utiliser contre la jeune femme.

Seulement, Regina n'eut d'autre choix de rompre le contact visuel avec la Bostonienne lorsque son œil fut appelé par une lumière qui aurait dû éteinte. Son cœur ratant un battement, elle tourna la tête vers la fenêtre qui donnait sur son bureau, brisant le contact avec la détective. Comme de fait, la satisfaction d'avoir gagné disparue rapidement lorsque son regard tomba sur ce qui avait attiré Regina. Les faits étaient simples : une personne, lampe-torche à la main, était dans le bureau de la maire. Le professionnel d'Emma réintégra aussitôt son corps et son esprit, est d'un geste sûr, elle sortit son arme tout en attrapant le bras de Regina.

-Henry et Héloïse sont en haut. Dit-elle en faisant un signe de tête, montrant la lumière allumée. Restez ici ! Ordonna-t-elle.

Sans attendre de réponse, Emma grimpa les marches du perron et ouvrit la porte qu'elle laissa ouverte. Regina resta, pantoise, à attendre dans son allée, se demandant si elle ne devait pas prévenir ses enfants. Pourtant, ses interrogations disparurent rapidement lorsque son attention fut à nouveau attirée par ce qu'il se passait dans son bureau ou plutôt, par l'absence de lumière.

-Shérif Swan ! Je te conseille de ne pas bouger. Somma Emma alors qu'elle se trouvait désormais face à l'homme qui sortait du bureau.

Figé, l'homme cagoulé obtempéra et ne bougea pas.

-Lâche ta lampe et tourne toi contre le mur. Dit-elle d'une voix autoritaire qui n'existait que pour ceux qu'elle appréhendait.

Souriant, elle fut rassurée face à l'obéissance de l'homme qui se retourna aussitôt après avoir posé sa lampe sur le sol. Arme toujours à la main, Emma s'approcha rapidement pour lui passer les menottes, mais dès qu'elle posa la main sur le cambrioleur, celui-ci lui donna un coup de coude directement dans la mâchoire qui lui fit lâcher ses menottes.

Le cœur battant, elle se rendit compte qu'il essayait de lui prendre son arme tandis qu'il la claquait contre le mur. Ignorant l'intense douleur du chambranle de la porte qui semblait venir s'emboîter avec sa colonne vertébrale, elle releva son genou qui vint rencontrer l'entrejambe de l'homme qui se plia en deux et envoya valser la blonde contre la commode, la faisant lâchant son l'arme. Voyant l'homme se relever plus vite qu'elle, elle donna un coup de pied dans son arme pour l'empêcher de la récupérer et lui donna un coup de pied dans le tibia pour l'empêcher d'aller la chercher. L'homme tomba à sa hauteur et elle lui asséna à nouveau un coup-de-poing, le faisant tomber à terre. Tombant, sur le dos, elle crut qu'il était assommé et elle se releva aussitôt, pour récupérer son arme.

-Maman ? Entendit-elle, faisant bondir son cœur.

-Remontez immédi...

Erreur. Elle ne put finir sa phrase que l'homme la poussa pour se jeter sur l'arme. Tombant à terre, la tête la première, Emma ne voulut toutefois pas abandonner. Fortement sonnée, elle se redressa aussitôt, avant de se stopper brusquement en avisant l'homme qui la tenait en joue, aussi essoufflé qu'elle. Regardant autour d'elle, elle tenta de trouver une solution pour se sortir de cette situation.

-Maman. Souffla Henry tandis qu'Héloïse était devant lui, pétrifiée.

-La chambre, maintenant. Ordonna-t-elle d'une voix qui se voulait autoritaire, et qui le fut malgré le tremblement distinctif.

Mais cette fois-ci, c'est l'homme qui commit une erreur en préférant attendre que les enfants remontent dans la chambre pour pouvoir tirer. Sans que personne ne le voit, sa propre main passa devant lui, poussée par Regina. Trop surpris, l'homme lâcha l'arme tandis qu'il essayait de récupérer son équilibre. Plus qu'énervé, il attrapa la Portoricaine par les cheveux et la claqua contre le mur pour s'en débarrasser avant de partir en courant sans demander son reste, quittant le manoir par la porte de sortie sous les yeux d'Emma qui le laissa faire.
Percutée à nouveau par quelque chose, elle sursauta avant d'entourer de ses bras les deux enfants qui se jetèrent sur elle, terrifiés. Les rassurant, son regard fut attiré par Regina qui venait d'allumer la lumière et qui semblait avoir bien plus de mal à se remettre de ses émotions. Dans un sourire de remerciement, elle croisa le regard de la mairesse. Regina aurait pu lui rendre ce sourire. Elle aurait pu sourire si tout ce qu'elle avait en tête n'était pas l'indifférence totale de son fils à cet instant.

-On va bien, ça va aller. Rassura la mère biologique, son regard ne quittant toujours pas celui de la Portoricaine qu'elle vit écarquiller des yeux.

Fronçant des sourcils, Emma se rendit compte que sa propre fille venait d'aller voir la mairesse et qu'elle venait de l'entourer de ses bras.

-Toi aussi, tu vas bien ? Demanda la jeune Bostonienne, les yeux larmoyants.

Surprise et émue, Regina se contenta d'acquiescer et de serrer aussi fort que possible la jeune fille qui réconforta un peu son cœur meurtrit. Emma aurait pu en prendre ombrage, mais au contraire, elle était fière du geste de sa fille sans trop comprendre pourquoi. Et en voyant les yeux de la mairesse si émue, son cœur se rassura un peu quant à la peine de la Portoricaine. Se remettant tous de leurs émotions, Emma et Henry près de la porte d'entrée, Regina et Héloïse près de l'entrée du salon, les deux aînés s'observèrent, songeant que chacune semblait avoir l'amour d'un Swan biologique auquel elles n'auraient pas pensé.

Observant cette femme toujours essoufflée, la détective n'arrivait pas à comprendre comment la brune avait pu oser lui sauver la vie alors même qu'elle, elle brisait la sienne. Pourtant, la réponse était dans les paroles que David avait tenues un peu plus tôt et qu'elle se remémorait.
De son côté, effrayée, Regina tentait tant bien que mal d'oublier tous ses idiots principes de vie qui ne l'avaient jamais amené nulle part et qu'il était peut-être temps d'arrêter de se laisser guider par ses peurs...