Thème du jour : Fondre

Contexte : AU S8


« Je suis une prisonnière. »

Tyrion ne chercha pas à nier et soupira. Les bras croisés, Cersei le dévisageait froidement, les traits toujours marqués par le deuil et le chagrin.

« Oui, » admit-il. « Mais tu admettras qu'il existe de bien pires prisons. »

Daenerys s'était montrée assez miséricordieuse pour ne pas la jeter dans une des cellules du Donjon. Cersei serait confinée dans sa chambre jusqu'à la tenue de son procès, à l'issue duquel on déciderait de ce qui adviendrait de l'ancienne reine des Sept Couronnes.

« J'ai choisi d'aider, » rétorqua t-elle. « J'ai choisi d'envoyer mes armées au Nord au lieu de... »

« Et c'est exactement pour ça que tu es toujours en vie, » coupa t-il. « Mais ceci n'efface pas tes crimes précédents. Le Septuaire... »

« Sors. »

Il soupira et consentit à battre en retraite. Alors qu'il allait passer la porte, elle le rappela.

« Tyrion ? Où... où est son corps ? »

Sa voix s'était légèrement brisée.

« Je l'ai fait rapatrier à Castral Roc, » répondit-il sur le même ton.

Cersei hocha la tête, essuya quelques larmes, et ne dit plus un mot.

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« Combien de temps vais-je rester enfermée ici ? »

Soupir.

« Je ne sais pas, Cersei. Ton procès n'a pas encore débuté. Pour être honnête, ce n'est pas la priorité de Daenerys. »

Elle claqua la langue avec agacement.

« Pourquoi est-ce que je n'ai pas le droit de quitter cette pièce ? »

« Je ne sais pas... peut-être parce que tu es prisonnière ? » ironisa t-il en roulant des yeux.

« Je vais devenir folle à force de tourner en rond. Tu dois me faire sortir d'ici. »

« Je ne dois rien faire du tout, » lui rappela t-il. « Cependant... pour le bien de ta santé mentale, il serait peut-être souhaitable que tu sois autorisée à faire un tour dans les jardins. »

Il lui attrapa alors le bras et l'entraîna vers la porte.

« Sous la surveillance de la Main de la reine, bien entendu. »

Cersei lui jeta un regard furieux.

« Quoi ? Tu ne t'attendais pas à ce que je te permette de te balader seule, quand même ? »

Pas de réponse.

Quand elle mit les pieds dehors pour la première fois depuis des mois, son visage se détendit aussitôt et Tyrion eut l'impression qu'un peu de vie revenait en elle.

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« Pourquoi est-ce que tu viens me rendre visite tous les jours ? »

« Tu veux que j'arrête de venir ? »

« Je n'ai pas dit ça. »

Tyrion soupira.

« J'imagine que tu es tout ce qu'il me reste, maintenant. »

« Et la reine dragon ? »

Sa voix se fit plus hésitante, incertaine.

« Ce... ce n'est pas pareil, » finit-il par admettre. « Elle ne peut pas... comprendre. »

Le fantôme de Jaime vint planer entre eux et ils échangèrent un regard lourd de sens, de douleur et de regrets.

Tyrion et Cersei fondirent en larmes au même moment.

« Il me manque tellement, » pleura t-elle.

Elle ne repoussa pas Tyrion quand il enroula les bras autour d'elle et enfouit le visage dans son cou, elle ne le repoussa pas parce qu'il comprenait là où tous les autres ne faisaient que deviner, il savait parce qu'il était un Lannister, parce que le même sang maudit coulait dans leurs veines, parce qu'il était tout ce qu'il lui restait.

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« C'est fini. »

« Quoi ? »

« Ton procès. C'est terminé. On s'en va. »

« Pour aller où ?

« On rentre à la maison. »

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La neige fondait lorsqu'ils arrivèrent à Castral Roc.

Rien n'avait véritablement changé depuis qu'ils étaient venus pour la dernière fois, rien si ce n'est quelque chose de particulièrement cruel.

Jaime n'était plus là.

En fait, il était enterré dans la crypte familiale, sous le Roc, et ce fut le premier endroit qu'ils visitèrent quand ils retrouvèrent leur maison après toutes ces années.

Leurs larmes coulèrent comme de la neige fondue lorsqu'ils lui dirent adieu.

Le soleil brillait au moment où ils quittèrent la crypte mais la fin de l'hiver ne ramenait pas pour autant l'été dans leur cœur.

« Tu n'as plus ton insigne, » remarqua Cersei.

« J'ai démissionné. »

« Pourquoi ? »

« C'est ici qu'est ma place. Près de Jaime. »

Il leva les yeux vers elle.

« Près de toi. »

Le sourire qu'ils échangèrent fut un timide rayon de soleil.