12 mai 2012 - 9 : 00
Mes yeux se serrent contre la lumière envahissante du soleil qui veut s'infiltrer dans ma chambre. Elle frotte sur les surfaces coquille d'oeuf des murs de ma chambre, rampe le long du tapis bleu marine jusqu'à recouvrir mon corps, m'étouffant de chaleur jaune. Je ferme les yeux et lève mon bras pour couvrir mon visage.
Je n'ai pas besoin de tourner la tête pour savoir que la fille qui s'est endormie hier soir dans mon lit n'y est plus.
La rage monte dans ma poitrine et je me retrouve à devoir prendre des respirations soigneusement calculées pour m'empêcher de retenir tout l'oxygène dans mes poumons.
En suivant les phosphènes derrière mes yeux et en entendant le son étouffé du ventilateur d'Emmett dans la chambre à côté je me concentre sur ma respiration et je me dis que je n'ai aucune raison d'être en colère.
Inspirer.
C'était son erreur.
Expirer.
Mais ce n'est pas vrai.
Inspirer.
Expirer.
Inspirer.
Je ne sais pas pourquoi elle est partie cette fois mais ça me ronge. Les noeuds qui se tordent dans mon ventre me disent d'aller la chercher mais que faire si elle ne veut pas ?
Expirer
Et si elle voulait que je reste loin d'elle ? Comme tout n'est pas assez dur comme ça, elle doit me voir et savoir qu'elle est en train de tuer notre bébé.
Inspirer
Mais que se passerait-il si elle changeait d'avis et qu'elle ne voulait pas que je le sache ? Et si elle faisait le mouvement classique à Brightside et partait jouer le martyr ?
Expirer
Et si elle ne faisait ça que parce qu'elle pense que c'est ce que je veux ?
Inspirer... inspirer... inspirer…
Mes pensées continuent comme ça pendant les quinze minutes suivantes, un cercle vicieux de questions sans réponse, qui provoquent la panique, questions prématurément inconsolables qui me font oublier comment respirer.
Je pense à toutes les choses que j'aurais dû dire mais je ne l'ai pas fait.
Je passe mes doigts dans mes cheveux et essaie de rejouer les événements d'hier soir.
"Juste comme ça."
Mon estomac se retourne, des bulles amères remontant dans ma gorge.
Non. Pas juste comme ça.
Il doit y avoir plus que cela.
Je saute et trouve mes baskets sous le lit. Je mets mes pieds dans les chaussures à trente dollars déjà nouées en cherchant une chemise propre à enfiler. Je prends mes clés sur la commode, il n'y en a plus que deux, celle de la maison et celle de la machine mortelle tachetée de soleil.
Je laisse la porte de ma chambre ouverte et me dirige à l'avant de la maison à grandes enjambées, incapable d'atteindre la porte d'entrée assez rapidement. Je passe les coucous embarrassants et les photos d'enfance que Bella aime tant devant le salon où ma mère dort toujours sur le canapé avec la télévision en sourdine et je n'arrête pas de marcher jusqu'à ce que je sois sorti de la maison et que le soleil aveuglant pleuve sur moi.
C'est samedi, le bal est ce soir.
Je vais la retrouver.
Je dois faire quelque chose.
Je ne sais pas quoi mais je dois faire quelque chose de plus.
J'atteins le break et mes yeux se fixent sur une voiture devant moi. C'est une Impala beige avec le rétroviseur gauche qui pend et la vitre du conducteur est baissée. Le gars à l'intérieur a son bras par la fenêtre avec une cigarette à la main.
Il me voit et je le vois se redressant d'anticipation alors qu'il remet son addiction dans sa bouche avant de la jeter par la vitre.
C'est le frère de Brightside et il est sans aucun doute là pour me botter le cul.
Je reste immobile pendant que Jasper gare vivement sa voiture de merde sur ma pelouse et la portière du conducteur s'ouvre. Avec mes pieds toujours collés au sol et mes défenses défaillantes je regarde curieusement une tête de boucles blondes sales émerger du véhicule.
Avec des lunettes de soleil hors de prix qui protègent ses yeux et un morceau de chewing-gum qui dépasse de son sourire carnassier et illisible, Jasper s'élance vers moi et ne s'arrête pas tant qu'il ne m'a pas coincé contre la portière de ma voiture.
"Tu as mis ma soeur en cloque, péquenaud ?" Je me penche vers lui mais je vois juste un poing blanc serré qui vole vers moi jusqu'à ce qu'il me frappe le visage.
Je ne pense même pas à la douleur fulgurante dans ma mâchoire ou au goût rouillé du sang dans ma bouche, causé par mes dents qui tranchent la chair molle à l'intérieur de ma joue sous l'impact du coup de Jasper.
Non, j'en ai vraiment rien à cirer de ça.
Il m'a appelé 'péquenaud.'
"Tu l'as fait, n'est-ce pas ?" Il serre ses mains autour de mon tee-shirt et l'utilise pour m'éloigner de la voiture avant de me pousser vers elle à nouveau.
Je plante mes paumes à plat contre la voiture derrière moi pour me stabiliser.
"Allez, princesse, bats-toi. Parle. Fait quelque chose. Ne reste pas là à ressembler à une salope."
Il se recule pour un autre coup de poing et je repère mon frère qui court derrière lui. " Holà, holà ! " Emmett tient ses mains en l'air, et Jasper me donne un autre coup sur l'épaule gauche.
Je me redresse alors que mon frère le plaque au sol. Em immobilise Jasper, prêt à l'attaquer. Jasper tente d'éloigner Emmett de lui mais mon frère est cent kilos de muscle et il ne bouge pas.
Mon frère se bat pour moi.
"Emmett." Je m'avance et je l'attrape par l'avant-bras avant qu'il ne puisse frapper Jasper.
"Arrête. "
"Lâche-moi, Shrek !" Jasper rampe à reculons, se libérant d'une mort imminente probable.
"Touche-le encore, enfoiré, je te mets au défi." Emmett se laisse retomber sur ses coudes dans l'herbe, en regardant entre Jasper et moi. "Que se passe-t-il ici ?"
"Le péquenaud a mis ma soeur en cloque." Jasper tend la main dans l'herbe pour ramasser ses lunettes de soleil. Ses Ray-Bans sont brisées. Je me demande combien d'argent a été dépensé pour elles. "Et maintenant elle est dans un train pour Chicago, probablement à racler le fond de porte monnaie pour une putain de bouteille d'eau."
"Quoi ?!" Je crie.
"Il a fait quoi ?" demande Emmett.
"Ouais." Jasper hoche la tête et saute à ses pieds. "Elle a pris l'argent de l'avortement que tu..." - il me pointe du doigt - "... lui a donné, et elle a acheté un billet de train pour Chicago."
Je plisse le front. "Je n'ai pas fait ça."
"Tu as donné de l'argent à Bella pour qu'elle avorte ? " Je ferme les yeux sur la voix tonitruante derrière moi.
"Non, je n'ai pas fait ça." Je secoue la tête et j'ouvre les yeux pour regarder Rosalie. Elle a l'air effondré, déçue.
Ses traits s'adoucissent et elle hoche la tête. Elle s'avance et enroule ses bras autour de moi, en pressant sa joue contre mon épaule. "Je suis désolée, Edward", chuchote-t-elle. "Tu n'es pas seul."
Bella l'est.
"Eh bien, je n'ai aucune idée de comment elle a eu le billet alors." Jasper hausse les épaules tandis que Rose s'éloigne. "C'est ce que Heidi m'a raconté, et..."
J'aspire à travers mes dents.
Putain de Heidi.
"Heidi," dit Rose.
"Heidi,", je dis en serrant les dents.
"Heidi." Jasper se pince les lèvres et me regarde en s'excusant.
Bella a reçu l'argent de Heidi, sa cousine qui la laisse rentrer chez elle avec premier crétin à trois heures du matin dans une ville où elle n'est jamais allée auparavant.
"Qui est cette putain de Heidi ?" demande Emmett.
"Notre cousine,., répond Jasper, en me regardant avec précaution. "Je suis désolé, je ne voulais pas..."
Je lève la main pour le couper. "Comment ça, elle va à Chicago ? Qui est à Chicago ?"
"Quand je n'ai pas pu la joindre, j'ai appelé Heidi, et elle m'a dit que Bella avait pris un train et avait reçu l'argent de toi... Comme si mes parents allaient être d'accord avec ça. Ils étaient plutôt cool avec le fait qu'elle ne répondait pas au téléphone toute la nuit parce qu'elle était avec toi mais ça..."
"Elle n'a reçu aucun appel," je proteste, car je sais que Bella n'a pas décroché son téléphone de la nuit.
Je pense à elle en train d'enlever son short dans l'herbe et je me demande si elle l'a fait tomber.
"Qui est à Chicago ?" Je répète.
"Ma petite-amie," dit Jasper, en hochant la tête. "Elle va voir ma petite-amie, Alice."
