Bonsoir! Ouf... Je viens de terminer ce chapitre. Au début, j'ai brodé un peu, vraiment, pensant que, sinon, le chapitre ne serait pas assez long. Et voilà, vous avez devant vous le chapitre le plus long de l'histoire, pour l'instant!

Merci à vous qui me soutenez! Bonne lecture, et bon courage à ceux qui sont confinés!


Morgane Potter : l'enfant oubliée

Chapitre 6

- Et Morgane ? Elle a survécu, aussi, fit remarquer Harry.

Cette simple phrase suffit pour montrer l'injustice et la fermeture d'esprit qui faisaient rage dans le monde des Sorciers. Bien sûr que Morgane avait survécu à l'attaque du Seigneur des Ténèbres, et personne ne savait ce qu'il s'était réellement passé cette nuit-là. Les médias tels que La Gazette du Sorcier avaient tout simplement présumé que c'était Harry Potter qui s'était trouvé au bout de la baguette de Voldemort lorsque celui-ci avait prononcé l'incantation mortelle, et que c'est ainsi qu'il avait acquis cette cicatrice sur le front. Un reporter avait-il eu vent de la Prophétie qui liait Harry et Voldemort, pour faire ainsi abstraction de Morgane dans l'histoire ?

Car oui, contrairement à son frère, Morgane avait été tout bonnement oubliée par l'Histoire. Tous les enfants ayant grandi dans le monde des sorciers connaissaient Harry Potter, le héros qui avait mis fin au règne de terreur du mauvais sorcier. Çà et là, on croyait le connaître. On avait même écrit des tonnes de livres à son sujet, chaque écrivain ou expert tentant de faire valoir sa théorie des événements du 31 octobre 1981 comme la meilleure. Des enfants s'imaginaient déjà que le grand Harry Potter était leur meilleur ami, ou au contraire leur ennemi juré. Toutes ses personnes ne savaient même pas où il grandissait.

Ils ne savaient pas que Harry, juste Harry, était un petit garçon comme les autres, et qu'il avait une sœur qu'il adorait.

Severus soupira, mentalement fourbu. C'était à lui qu'avait incombé la tâche d'expliquer aux enfants ce qu'il s'était passé cette fameuse nuit durant laquelle leurs parents étaient morts. C'était encore plus difficile qu'il ne l'aurait imaginé, de voir ces deux visages enfantins choqués par la vérité terrible, après tous les mensonges affreux avec lesquels ils avaient grandi.

- Harry, l'Histoire officielle ne garde que ce qu'elle veut bien garder, expliqua le Maître des Potions avec précaution. Seulement une poignée de personnes, qui étaient proches de la famille Potter, savent la vérité. Le reste a été déformé par le bouche-à-oreille, par les médias. Morgane n'est pas célèbre dans notre monde, parce que ce sont des gens tout à fait ignorants qui ont répandu les rumeurs.

- Mais c'est injuste ! s'exclama Harry.

- Harry, Morgane, vous devez savoir mieux que beaucoup de personnes ceci : la vie est très souvent injuste. Aussi, quand vous serez à Poudlard, soyez sur vos gardes, tous les deux. Harry, parce que beaucoup de personnes te vénèrent ou bien te détestent. Et, ne crois surtout pas que la deuxième catégorie de personnes est forcément plus dangereuse que la première ! Quand une personne idolâtre une célébrité, elle peut faire preuve de beaucoup d'intrépidité et de stupidité afin d'attirer l'attention sur elle. Quant à toi, Morgane, il est possible que certains individus n'acceptent pas la vérité, et qu'ils te considèrent comme un imposteur. Là encore, des situations inattendues peuvent surgir à cause de comportements fanatiques. Dans tous les cas, je serai là si vous avez besoin de moi. Et cela nous amène à l'autre sujet que je voulais aborder avec vous, si vous n'êtes pas trop fatigués ?

Les deux enfants secouèrent la tête avec véhémence. Après tout, ils avaient dormi presque toute la journée ! Sans oublier de mentionner la curiosité qui les rongeait tous les deux. Ils avaient remarqué l'attitude différente de l'homme à leur égard il avait dû se produire quelque chose pendant qu'ils étaient inconscients.

- Lily, votre mère, était ma meilleure amie lorsque nous étions à l'école.

Les jumeaux ouvrirent des yeux ronds, avides d'entendre la suite.

- Nous nous sommes même rencontrés avant d'aller à Poudlard, poursuivit l'adulte. Elle et sa famille n'habitaient pas très loin de cette maison, où j'ai grandi. Lily est née de parents Moldus, c'est-à-dire non-magiques… Il existe des cas où deux parents non-magiques peuvent donner naissance à une sorcière ou un sorcier. C'était le cas de Lily Evans. Lorsque je l'ai rencontrée pour la première fois, elle ne savait rien du monde magique, peut-être à part les histoires dont sont friands les Moldus à son sujet. Elle ne savait rien de la magie, mais elle la maîtrisait à merveille… Je l'ai donc rencontrée pour la première fois sur une aire de jeux pour enfants, j'avais neuf ans… Elle s'amusait à se balancer sur une balançoire, et à s'en élancer pour atteindre une hauteur que jamais une petite fille Moldue n'aurait pu atteindre. J'étais un petit garçon timide, et je n'ai pas osé aller lui parler tout de suite… J'ai continué à l'observer à distance, jusqu'au jour où elle s'amusait à faire apparaître des fleurs dans sa main, les montrant ensuite à sa grande sœur, Pétunia.

Les deux enfants grimacèrent à l'entente de ce nom qu'ils ne connaissaient que trop bien.

- Elle l'a traitée de monstre, de tarée, continua Severus d'une voix morose.

Il remarqua aussitôt dans les yeux de ses deux charges qu'ils n'étaient guère surpris de cette déclaration. Il reprit son conte :

- Lily s'est mise à pleurer, et Pétunia est rentrée à la maison. J'ai enfin osé vaincre ma timidité et je l'ai approchée. Je lui ai dit de ne pas pleurer, parce qu'elle n'était pas un monstre, qu'au contraire elle était extrêmement spéciale. Je lui ai donc annoncé qu'elle était une sorcière. Elle ne l'a pas très bien pris au début… Elle a cru que je l'insultais. Mais je lui ai montré ce que je pouvais faire, et elle a fini par me croire, et c'est à ce moment que nous sommes devenus amis. Meilleurs amis. Je lui ai raconté tout ce que je pouvais du monde des sorciers : ma mère étant une sorcière, elle m'avait enseigné tout ce qu'un petit sorcier doit savoir, et j'ai fait de mon mieux pour transmettre cette connaissance à ma nouvelle amie. Enfin, durant l'été 1971, nous avons reçu nos lettres d'admission à Poudlard. Là-bas, en dépit du fait que nous n'avons pas été envoyés dans la même maison – dans la même classe, si vous préférez – nous sommes restés amis. Malheureusement, lors de notre cinquième année d'étude à Poudlard, j'ai fait quelques mauvais choix… Et c'est cela qui nous a éloignés, Lily et moi, jusqu'à ce que nous perdions définitivement contact. Elle s'est mariée avec James Potter et a fondé sa famille de son côté. Avant sa mort, j'avais déjà commencé à tout faire pour réparer mes erreurs, mais je n'ai pas pu aller lui parler… Quand elle a été tuée par le Seigneur des Ténèbres, j'ai beaucoup souffert. A cause de mes erreurs passées, les gens qui m'entouraient ne me faisaient pas confiance. Ce n'est qu'aujourd'hui que l'une de ces personnes est passée outre cette méfiance pour me faire parvenir cette lettre de Lily, qu'elle avait laissé pour moi quelques jours avant sa mort, pour m'informer qu'elle ne m'avait jamais oublié, et qu'elle m'avait nommé le parrain de sa fille, Morgane.


Ce soir-là, quelques heures plus tard, les jumeaux peinaient à s'endormir dans la deuxième chambre de la petite maison qu'habitait Severus Snape. Celui-ci avait conjuré pour eux deux lits, mais dès lors qu'il était sorti de la chambre après leur avoir souhaité une bonne nuit, Morgane et Harry s'était retrouvés sur le même lit, étroitement enlacés comme à leur habitude. Ils tentaient, presque en vain, de calmer les émotions fortes qui les animaient depuis l'histoire que leur avait raconté Severus. Car oui, il les avait autorisés à l'appeler Severus, et même « Oncle Severus » s'ils étaient à l'aise avec le principe. Ce qui n'était pas facile, quand la seule personne qu'ils avaient nommé « Oncle » jusqu'à désormais, s'avérait être un homme obèse au visage rougeaud, qui n'avait jamais eu la moindre once d'amour pour ses neveux.

- C'est étrange, pensa Harry à l'intention de sa sœur. Maintenant que quelqu'un est là pour nous… Vraiment pour nous, je veux dire… ça me fait peur.

- Moi aussi Harry, répondit sa jumelle. Je n'ai pas peur de lui, même s'il est assez imposant… Mais…

Elle ne termina pas sa pensée. Elle savait que Harry pensait exactement la même chose qu'elle, même s'il l'éprouvait à un moindre degré. Harry était fort, solide, et avec la volonté qu'il avait, il pourrait s'en sortir sans adulte dans la vie. Oh, il serait certainement blessé moralement si l'adulte chargé de sa protection l'abandonnait, et ce pour la deuxième fois, mais il s'en remettrait dans toute la splendeur de sa résilience. À Morgane, de son côté, cette qualité faisait défaut. Si ce Severus Snape, qu'elle ne connaissait que depuis quelques heures, venait à trahir la confiance qu'elle avait si rapidement placé en lui elle serait incapable de l'oublier et aller de l'avant. Pour une jeune fille qui allait avoir onze ans dans seulement quelques heures, elle se connaissait incroyablement bien. Son mutisme lui avait permis de – ou plutôt l'avait obligée, à se retirer en elle-même, à faire abstraction de la présence des autres, outre Harry. Cette introspection forcée avait eu pour conséquence que Morgane savait exactement qui elle était, ce qu'elle valait, ce dont elle était capable ou non. Elle avait conscience de l'évolution de sa pensée, de son corps, à chaque minute de sa vie.

A ce moment présent, elle savait qu'elle était terrifiée que Severus l'abandonne. Déjà, les Dursley les avaient laissés son frère et elle sur le parking d'un hôtel en compagnie d'un homme qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, et un trou béant et atrocement douloureux, même si immatériel, s'était formé dans sa poitrine, au niveau de son cœur. Si c'était cela, l'effet provoqué, lorsqu'on se faisait abandonner par des gens te détestant ouvertement, alors qu'est-ce que ce serait, de se faire abandonner par quelqu'un qu'on avait jugé digne de confiance et peut-être même d'amour ?

Elle savait qu'elle se posait trop de questions, et pas forcément les bonnes, mais elle était émotionnellement perdue, tout comme Harry, d'ailleurs. Après avoir détestés pendant une décennie par une famille qui n'avait jamais voulu d'eux, ils réalisaient désormais qu'il y avait des personnes, parmi elles Severus, qui avaient la volonté de veiller sur eux. Le concept leur était tellement étranger !

Les deux enfants plongèrent presque simultanément dans un sommeil agité, aux premières heures de la journée, sans même s'être rendus compte qu'ils avaient désormais onze ans !

C'est ainsi que Severus les trouva le lendemain matin. Il ressentit un pincement au cœur à voir les deux enfants dans les bras l'un de l'autre, dans une position que toute autre personne aurait trouvé inconfortable au possible. Les jumeaux étaient vraiment inséparables, dans tous les sens du terme.

Il resta là, les bras ballants, indécis, à regarder ses filleuls dormir profondément.

Il ne voulait pas qu'ils se réveillent trop tard, après tout, il était déjà neuf heures, et il ne souhaitait pas que leur horloge biologique soit déréglée plus que de raison. Il ne souhaitait pas non plus les pourrir-gâter… Mais bon, aujourd'hui était leur onzième anniversaire, un grand jour dans la vie de tout sorcier. Et ils n'avaient certainement pas l'air d'avoir un jour connu une célébration à leur égard. Si Lily – et James accessoirement – avaient été vivants, ils auraient fait de cette journée un événement inoubliable pour leur progéniture. N'ayant pas eu assez de temps pour organiser quoi que ce soit, le Maître des Potions avisa qu'un petit-déjeuner d'anniversaire servi au lit ne serait probablement pas de trop pour fêter l'occasion… si ?

Il souffla, presque découragé par la tâche, pourtant simple, qu'il allait devoir réaliser. Franchement, on aurait pu croire, qu'après toutes ces années à la tête de la maison Serpentard, Severus saurait davantage s'y prendre avec les enfants ! Mais ici et maintenant, l'enjeu était de taille. Il devait se montrer à la hauteur, car la confiance placée en lui par ces deux enfants serait indispensable s'il devait aider à les élever, à les éduquer.

Il descendit avec réticence dans la cuisine pour rassembler les ingrédients nécessaires à la concoction d'un petit-déjeuner de fête. C'est un quart d'heure plus tard qu'il fit de nouveau irruption dans la chambre, portant cette fois-ci un grand plateau chargé de victuailles à l'aspect appétissant.

- Allez, debout ! aboya-t-il, ne sachant comment procéder pour réveiller deux enfants profitant d'une grasse matinée.

Les deux sursautèrent, mais ne prirent pas immédiatement conscience de l'endroit où il se trouvaient, car Harry grogna quelque chose qui ressemblait bizarrement à « Oui, Tante Pétunia… ».

- Harry, si tu penses que tu as le droit de me confondre avec ton abominable tante, tu te fourvoies complètement ! fit remarquer Severus, désabusé.

Cette remarque eut pour effet de finir de réveiller les jumeaux, qui se redressèrent sur leur lit. Lorsqu'ils posèrent leur regard sur Severus et sur ce qu'il avait dans les mains, leurs yeux s'agrandirent de manière presque comique.

- Joyeux anniversaire, les enfants, souhaita Severus, légèrement mal à l'aise dans cette situation.

- Merci Monsieur ! s'exclama Harry en sautant du lit, suivit de près par sa sœur, qui sourit en guise de remerciement.

Le « Monsieur » en question haussa un sourcil significatif, et Harry se corrigea :

- Je voulais dire… Merci, Severus !

Aucun d'eux ne sachant vraiment comment agir en telle situation, ils restèrent tous trois debout, les bras ballants, avant que Severus ne prenne la main.

- Je n'ai pas apporté ce plateau pour qu'il puisse être admiré, commenta le Maître des Potions. Installez-vous sur le lit.

- Sur le lit ? demanda Harry en fronçant les sourcils.

- Vous n'êtes peut-être pas familiers avec le concept, mais certains jours, notamment les jours importants comme celui-ci, on s'autorise la folie de permettre à la ou aux personne(s) célébrée(s) de manger le petit-déjeuner au lit.

Lentement, Harry et Morgane se retirèrent vers le lit, comme apeurés que tout cela ne soit qu'une mauvaise blague. Severus les suivit et déposa le plateau sur la table de chevet qu'il déplaça légèrement pour en faciliter l'accès pour les deux enfants sur le lit.

- Mangez ce que vous voulez, les invita-t-il en s'apprêtant à sortir de la pièce pour les laisser manger tranquillement.

- Mais… et toi ? Tu ne manges pas avec nous ? On peut te faire de la place… proposa Harry.

Severus hésita, incrédule que les enfants aient envie de manger avec lui. Il avait déjà pris son petit-déjeuner deux heures auparavant… « J'imagine que je peux bien reprendre une tasse de café en leur compagnie, » pensa-t-il.

Avec un sourire, il s'assit sur la chaise de bureau déjà présente dans la pièce et conjura un mug rempli de café fumant. Apaisés, les enfants entamèrent le plateau, les yeux verts scintillants d'avidité.

- Severus ?

- Oui, Harry ?

- Pourrais-tu nous raconter un peu la vie à Poudlard ? C'est vraiment tout nouveau pour nous…

Severus sourit, satisfait de remarquer que les enfants, du moins Harry, étaient ouverts avec lui au point de lui poser des questions. C'était un bon signe dans l'effort d'obtenir leur confiance inébranlable. Après tout, ils n'avaient certainement pas été habitués à avoir foi dans les adultes responsables d'eux.

- Volontiers, répondit l'homme. Tout d'abord, au début de l'année, les élèves de première année sont répartis dans quatre maisons…

Et c'est ainsi que se déroula une grande partie de la matinée : Severus décrivant la vie à Poudlard, les enfants buvant ses paroles, fascinés. Il s'efforça de parler des maisons de manière la plus objective possible, ne souhaitant pas influencer leur opinion avant la rentrée. Il y avait déjà assez de rivalité, plus malveillante qu'amicale, entre certaines maisons il ne voulait pas empirer les choses en manipulant, même inconsciemment, le Sauveur du monde des Sorciers et sa sœur.

Il leur parla des cours, passant un peu plus de temps sur celui des potions – s'il ne pouvait pas faire l'éloge de Serpentard, il pouvait au moins faire celui de sa propre matière – du règlement – il ne souhaitait pas voir une bande de gamins gambader la nuit dans le château car on avait oublié de les prévenir des conséquences de leurs actions ! – de Quidditch – avec plus de retenue que pour les autres sujets – de Pré-au-Lard – là où les jumeaux ne pourraient se rendre avec leurs camarades qu'à partir de la troisième année, à leur grand dépit – des activités extrascolaires qu'ils pourraient choisir de Hagrid de la Forêt Interdite – qui était aussi interdite que son nom le proclamait…

- Et aujourd'hui nous allons visiter un autre endroit culte du monde des Sorciers : le Chemin de Traverse, expliqua Severus.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry, excité au même titre que sa sœur.

- Vous verrez bien… répondit-il avec un sourire en coin.


Morgane et Harry échangèrent un regard incrédule. Tout cela avait soudain l'air d'une mauvaise blague. Ils avaient pris le train pour aller jusqu'à Londres avec Severus, le trajet avait duré deux heures mais, heureusement, le Maître des Potions leur avait réservé un compartiment particulier, ne souhaitant pas être dérangé par des gens bruyants au cours de leur trajet. Excités de voir la capitale anglaise pour la première fois de leur vie, les jumeaux avaient bavardé silencieusement une bonne partie du trajet, alors que Severus lisait un livre sur les potions magiques.

Arrivé à Londres, Severus les avait emmenés dans un endroit à l'écart de la foule pour poser un charme sur le visage de Harry qui changerait momentanément son apparence et effacerait sa cicatrice beaucoup trop célèbre. Désormais, Harry était roux comme sa sœur : ainsi, personne ne se poserait trop de questions, et même, avec un peu de chance, on se contenterait de les prendre pour d'autres Weasley…

Et désormais, juste après que Severus les eut entraînés dans un bar miteux, le Chaudron Baveur, ils se trouvaient là, dans l'arrière-cour du bar en question, devant un mur de briques. Severus sourit face à leur mine déconfite.

- Retenez bien le geste que je fais, dit-il en brandissant sa baguette ébène.

Il tapota trois fois la cinquième brique au-dessus de la poubelle la plus à droite, et, dans un bruit semblable à un grondement de tonnerre, les briques se mirent à rouler pour former une arche. Cette arche était l'entrée d'une rue pavée qui serpentait à perte de vue, avec des deux côtés des boutiques et des échoppes, desquelles s'échappait une ambiance particulière : une ambiance de magie. La rue étroite était bondée de monde, des sorciers habillés de toutes les façons possibles inimaginables. Aussi personne ne porta attention sur les vêtements quatre fois trop grands que portaient les deux pré-adolescents.

Ceux-ci étaient si stupéfaits que Severus aurait aimé prendre une photo, tant c'en était comique.

- Bienvenue sur le Chemin de Traverse, déclara-t-il en leur faisant signe d'avancer. Ici, vous pouvez vous procurer tout ce dont vous avez besoin pour l'école, et d'autres bricoles magiques.

- Mais… Morgane et moi, on n'a pas d'argent… bredouilla Harry.

- Ne vous en faites donc pas pour cela, rétorqua gentiment Severus. Avez-vous votre liste de fournitures avec vous ?

Morgane porta la main à la poche de son pantalon et en sortit sa lettre d'admission et la liste qui allait avec. Harry n'avait toujours pas reçu sa lettre, pour finir, et il espérait que cela ne poserait pas de problème quand il devrait aller à Poudlard. Il posa la question à Severus, qui lui assura que la vice-directrice était au courant des circonstances, et qu'elle avait eu confirmation de leur inscription dans l'école.

- Venez maintenant ! pressa-t-il.

Il n'avait pas particulièrement envie de subir la foule plus qu'il ne le devait, d'autant plus qu'une bonne proportion de celle-ci était constituée de ses propres élèves, anciens et actuels, et que les regards que l'on dirigeait vers lui n'étaient pas vraiment bienveillants.

Il dirigea donc ses filleuls vers la boutique de Madame Guipure. Il n'appréciait pas particulièrement la gérante, mais les enfants avaient besoin de vêtements de toute urgence, des sous-vêtements aux capes d'hiver. Cela reviendrait à cher, il en avait conscience, mais avec un salaire de Maître des Potions doublé à celui de professeur d'une école prestigieuse, cela ne posait pas problème.

Ils entrèrent dans la boutique, déclenchant à l'ouverture de la porte le tintement d'une clochette, qui fit grincer des dents Severus. Pour une entrée discrète, c'était raté… Par chance, il conclut après un rapide coup d'œil qu'ils étaient presque seuls dans le petit établissement, à part quelques dames qui arpentaient les rayons dans l'espoir de trouver leur bonheur avant de le faire ajuster par la gérante ou par ses assistantes.

- Justement, l'une des assistantes, se prénommant Laurette selon l'insigne qu'elle portait à la poitrine, s'avança vers eux.

- Deux lots pour Poudlard, commanda Severus en désignant vaguement les enfants d'un geste de la main. Et avec cela, une garde-robe informelle complète pour chacun d'eux.

- Complète ? répéta la jeune femme, abasourdie.

- Peut-être devriez-vous dégagez les cheveux de vos oreilles pour mieux entendre, madame, commenta-t-il d'un ton dédaigneux. Oui, j'ai bien dit une garde-robe complète, je vous laisse les conseiller sur ce que porte un sorcier ou une sorcière de onze ans de nos jours.

Les essayages un peu moins d'une heure, durant laquelle Severus s'absenta pour visiter l'apothicaire. Il avait besoin de remplir ses stocks avant le début de la rentrée, et il appréciait que les enfants soient occupés ailleurs où il n'avait pas besoin d'être : ainsi, il ne serait pas pressé de quitter l'échoppe à cause de leur impatience. Cela dit, il devait avouer que, du peu qu'il les avait fréquentés, Harry et Morgane ne réagissaient pas vraiment comme les autres enfants. Ils étaient beaucoup plus discrets et attentifs, presque adultes dans leur manière de se tenir.

Mais il avait remarqué le regard apeuré, presque paniqué, lorsqu'il avait informé les enfants qu'il allait s'absenter un moment, et les rejoindre plus tard. Bien sûr, il savait qu'il ne serait pas facile pour eux de le voir partir, s'étant faits abandonner par leur famille la veille, mais ils devaient apprendre à lui faire confiance. Il avait quitté la boutique de Madame Guipure sans un regard derrière lui et s'était rendu chez l'apothicaire, où il choisissait désormais les plantes et les insectes les plus conformes aux potions qu'il souhaitait préparer.

Pendant ce temps-là, de retour chez Madame Guipure, Harry et Morgane se faisaient mesurer par les deux assistantes qui s'étaient mises à leur services. Les lots pour Poudlard n'avaient pas pris beaucoup de temps, ils avaient seulement eu à s'asseoir sur un tabouret en attendant que les choses se fassent. Pendant ce temps, un jeune garçon d'à peu près leur âge était entré dans la boutique. Ses cheveux blonds, presque blancs, étaient consciencieusement laqués vers l'arrière, et la robe de sorcier qu'il portait prouvait ostensiblement sa richesse – ou du moins celle de ses parents.

- C'est pour Poudlard, mon garçon ?

Celui-ci acquiesça poliment à la question de Madame Guipure, qui venait d'en finir avec son client précédent.

- Installe-toi sur ce tabouret, ordonna-t-elle en désignant un tabouret dans l'espace où se trouvaient les jumeaux.

Le garçon s'avança d'un pas assuré et s'assit élégamment sur le tabouret qu'on lui avait assigné.

- Salut, vous allez à Poudlard, vous aussi ?

Sa voix, malgré la salutation et la question amicale, avait une teinte noble et légèrement condescendante. Cela n'empêcha pas Harry de répondre par l'affirmative, et Morgane de hocher la tête.

- *Mon père est en train de m'acheter mes livres dans le magasin d'à côté et ma mère est allée me chercher une baguette magique à l'autre bout de la rue, dit le garçon d'une voix traînante. Ensuite, je compte les emmener faire tour du côté des balais de course. Je ne vois pas pourquoi élèves de première année n'auraient pas le droit d'avoir leur propre balai. J'arriverai bien à convaincre mon père de m'en acheter un et je m'arrangerai pour le faire passer en douce au collège.*

Harry ne put s'empêcher de penser à Dudley en voyant ce garçon, qui, bien que plus élégant, avait l'air pourri-gâté jusqu'à la moelle. Il ne lui inspirait pas la moindre confiance. Morgane, elle, se contenta de lever les yeux au ciel pendant son monologue. L'autre ne sembla pas le remarquer, trop absorbé par… par lui-même, en fait.

- Vous avez des balais ? s'enquit le blond.

- Non.

- Vous jouez au Quidditch ?

Harry fut tenté de répondre « non » de suite, mais Morgane lui souffla : « Dis-lui plutôt que sans balai, ce serait un peu compliqué de jouer, il est un peu idiot… »

- Sans balais, ce serait un peu compliqué, non ? rétorqua donc Harry.

Le garçon eut pendant un instant l'air désemparé, puis se reprit :

- Vous auriez pu en emprunter, fit-il remarquer.

- Nous ne nous abaisserons jamais à monter le balai d'une autre personne, c'est absolument dégradant, commenta Morgane.

- Tu veux que je lui dise ça ? Harry demanda à sa sœur.

- Vas-y, rentre dans son jeu, ce sera tellement amusant !

Harry, qui était le porte-parole de Morgane, accepta le challenge.

- Monter le balai d'une autre personne, dit-il avec un dédain déguisé. Je préfère encore attendre de pouvoir acheter mon propre balai, même si cela signifie qu'en attendant je ne peux pas voler.

- Tu as raison. Après tout, tout le monde ne peut pas être aussi riche que ma famille. Tu as des valeurs, félicitations. C'est très rare, aujourd'hui, les sorciers avec des valeurs. Autrement, vous savez dans quelle maison vous serez ?

Merci Severus, pensèrent les jumeaux en chœur.

- Là, cela ne fait aucun doute : valeurs traditionalistes, tu l'auras dans la poche si tu lui dis qu'on sera à Serpentard.

- Ce n'est pas la maison qui m'attire le plus, d'après les descriptions de Severus, surtout si celui-là il y va !

- On s'en fiche ! C'est juste pour nous amuser, ici et maintenant !

- Très bien…

L'échange interne n'avait duré qu'une seconde, ou guère plus, et Harry sembla répondre tout à fait spontanément au garçon :

- Serpentard, quoi d'autre ?

- Super ! Moi, toute ma famille a toujours été à Serpentard, je suis sûr d'y aller aussi ! Après, j'imagine que Serdaigle, ce n'est pas mal non plus, mais mon père me tuerait si je me retrouvais à Gryffondor, ou à Poufsouffle !

- Ouais, ce serait la misère ! renchérit Harry.

- Regarde-le, il est tout content ! se moqua Morgane.

Elle parle pas, ta sœur ? demanda tout à coup le garçon en désignant Morgane d'un signe du menton.

- C'est un problème, de ne pas avoir envie de parler ?

Il avait presque dit : « C'est un problème de ne pas avoir envie de TE parler ? » mais il s'était retenu. Le garçon haussa les épaules, laissant tomber le sujet.

- Au fait, comment vous vous appelez ?

La conversation fut interrompue par l'une des assistantes qui invita les jumeaux à la rejoindre dans une autre pièce pour choisir les articles qu'ils voulaient avoir.

- On se voit à Poudlard, donc, fit Harry en guise d'au revoir, faisant exprès de ne pas répondre à la question posée.

Une demi-heure plus tard, Severus les rejoignit alors qu'ils décidaient des derniers articles. Les jumeaux ne s'étaient qu'à peine rendus compte de la tension accumulée dans leur épaule jusqu'à ce qu'ils le virent apparaître, revenu pour eux, tout simplement. Ils durent réprimer un soupir de soulagement, ne souhaitant pas avoir l'air idiot devant le Professeur.

- Tout s'est bien passé ? demanda celui-ci.

Les jumeaux acquiescèrent en souriant. Severus prit les nombreux sacs contenant les vêtements, choisit une tenue au hasard pour chacun des enfants et leur ordonna d'aller se changer dans les toilettes pendant qu'il payait et envoyait les sacs chez lui d'un coup de baguette. Bien que surpris, ils obéirent sans rien dire.

Lorsqu'ils réapparurent, la transformation était saisissante. Les guenilles qui leur avaient servi de vêtements jusqu'à désormais furent rapidement mis à la poubelle, permettant aux enfants d'apprécier pleinement les nouveaux achats. Ils ne se souvenaient pas avoir eu un jour des vêtements intacts à leur taille, et l'effet produit était tout simplement incroyable !

Ils sortirent de la boutique avant de se diriger vers la librairie. Là-bas, il y avait davantage de monde, et ils ne réussirent à se frayer un chemin jusqu'au comptoir que grâce aux regards noirs avec lesquels Severus fusillait chaque obstacle, humain ou non. Ils commandèrent chacun un lot Poudlard Première année, auquel Severus ajouta une copie de : Une Histoire de Poudlard Bien préparer ses ingrédients pour des potions plus efficaces Comment bien composer ses dissertations – ces deux derniers titres pour son propre bénéfice, commenta-t-il – Le guide des Nés-Moldus, utile pour tout connaître de la société des sorciers, même si Harry et Morgane n'étaient pas des Nés-moldus en tant que tels. Les jumeaux n'avaient jamais eu autant envie de se plonger dans la lecture d'un livre. Tout semblait tellement intéressant !

Après la librairie, ils allèrent acheter les fioles et les chaudrons pour les potions – où le conseil de Severus fut très apprécié – le télescope pour l'astronomie, et d'autres petites choses qui, selon le Maître des Potions, leur faciliteraient la vie à Poudlard.

Puis ce fut au tour de la baguette magique, un moment très attendu par Harry comme par Morgane. Ils entrèrent dans une petite échoppe dont l'enseigne inscrivait fièrement : Ollivander – Fabricants de baguettes depuis 382 avant J.C.

- Les baguettes magiques existent depuis si longtemps ? s'étonna Morgane.

Harry répéta la question à Severus, qui expliqua que les sorciers ne s'étaient pas toujours servis de baguettes pour faire de la magie, mais qu'il y avait eu une sorte de révolution vers 400 avant J.C., après laquelle les sorciers avaient continué l'usage de la magie avec des médiums, pour moins se fatiguer. En effet, un acte magique sans baguette puise sa source uniquement dans l'énergie du sorcier, tandis que la baguette permet à la magie de puiser son énergie non seulement dans le sorcier, mais également et majoritairement dans les éléments, comme le feu, l'eau, la terre et l'air. Cela dit, beaucoup de sorciers aujourd'hui continuent l'usage de la magie sans baguette, ne souhaitant pas être trop dépendants de ce médium.

- Il est toujours utile de savoir lancer un sort sans baguette, dans les moments d'urgence, assura Severus. Cela peut vous sauver la vie. Mais apprenez d'abord la magie avec une baguette, c'est assez compliqué comme cela.

- C'est vraiment si difficile ? s'enquit Harry.

- Tu vas rester sept ans dans une école pour apprendre à gérer et utiliser ta magie, Harry. Tu ne vas pas te tourner les pouces, crois-moi !

Harry acquiesça, contrit, et entra dans la boutique sur le signe de Severus, suivi de sa sœur. L'intérieur de l'établissement était assez impressionnant, à la fois très étroit et grandiose, les étagères débordant de petites boîtes longues renfermant sans aucun doute les fameuses baguettes. Le silence qui régnait était austère, comme dans une église.

- Bonjour, claironna une voix douce.

Harry et Morgane sursautèrent, n'ayant pas entendu le gérant de la boutique, Ollivander, s'approcher du comptoir. Severus sourit intérieurement face à l'effet que produisait toujours le vendeur de baguettes sur ses clients. Lui-même se souvenait du jour où il avait acheté sa baguette, avec Lily…

- Severus Snape ! 34,5 centimètres, ébène, ventricule de dragon, particulièrement portée sur la création de sorts. Une baguette très puissante… Elle vous sert encore convenablement, je pense ?

- Oui, répondit simplement Severus en serrant les dents.

Ce n'était pas pour lui qu'on était là, enfin ! Ollivander avait toujours le don d'orienter la conversation sur les gens qui n'étaient pas ses clients actuels.

- Et les jumeaux Potter… Je m'attendais à votre visite, bien entendu !

Severus dégaina aussitôt sa baguette, alarmé qu'Ollivander fût parvenu à identifier Harry malgré le charme qu'il avait posé sur le garçon un peu plus tôt.

- Severus, enfin, fit le vendeur de baguettes sans se départir de sa voix de velours. Le charme remplit toutes ses fonctions, mais même la magie a ses limites, et un simple sort pour changer l'apparence ne peut cacher les auras. Mr et Miss Potter ici portent la marque indélébile de leurs parents dans leur aura, et je suis capable de la déceler, et pas seulement dans l'apparence physique. Je me souviens comme si c'était hier que vous, Severus, et Lily êtes entrés dans cette boutique. L'empreinte de Lily est très présente dans l'aura de ses enfants, mais cela n'est guère surprenant...

Severus était abasourdi, même si son visage resta de marbre. L'homme pouvait voir les auras ! C'était un don très peu répandu dans le monde des sorciers. C'était peut-être pour cette raison que les Ollivander avaient toujours été très réputés dans leur secteur : en fonction des propriétés des baguettes qu'ils fabriquaient, ils pouvaient voir à quel sorcier telle baguette pourrait convenir. Cela se tenait.

- La première baguette de Miss Evans mesurait 25,6 centimètres, souple et rapide, bois de saule. Excellente baguette pour les enchantements. Mr Potter Senior, en revanche, *avait préféré une baguette d'acajou, 27,5 centimètres. Flexible. Un peu plus puissante remarquablement efficace pour les métamorphoses. Enfin, quand je dis que votre père l'avait préférée... en réalité, c'est bien entendu la baguette qui choisit son maître.*

Ollivander s'était approché des enfants, le visage si proche du leur qu'ils se touchaient presque. Severus, heureusement, s'éclaircit la gorge.

- Peut-être pourrions-nous commencer à procéder, Mr Ollivander.

- Bien sûr, bien sûr ! Commençons donc ! Miss Potter, Mr Potter, de quelle main tenez-vous votre baguette ?

Les deux enfants levèrent la main droite. Le vendeur prit énormément de mesures, qui ne paraissaient pas toutes vraisemblables à Harry et Morgane pour l'achat d'une baguette, comme la mesure de l'épaule jusqu'au pied, ou de l'aisselle au genou. Mais ils le laissèrent faire sans protester. Finalement, Ollivander tendit une baguette à Harry – bois de hêtre et contient du ventricule de dragon, 22,5 centimètres –, lui indiquant de la tester, puis de la passer à Morgane si elle ne convenait pas. Ils en essayèrent ainsi une dizaine, l'un après l'autre, mais aucune ne semblait convenir.

Jusqu'à ce que la énième baguette se présente (bois de houx et plume de phénix, 27,5 centimètres). *Harry prit la baguette et sentit aussitôt une étrange chaleur se répandre dans ses doigts, Il la leva au-dessus de sa tête, puis l'abaissa en la faisant siffler dans l'air. Une gerbe d'étincelles rouge et or jaillit alors de l'extrémité de la baguette, projetant sur les murs des lueurs mouvantes.*

- Très bien, Mr Potter…!

Avant qu'Ollivander ne puisse poursuivre ce qu'il avait à dire, Harry tendit la baguette à Morgane, par pure habitude après toutes celles qu'ils avaient essayé l'un après l'autre. A son tour, Morgane sentit une douce chaleur se répandre dans ses doigts, et des étincelles rouges apparurent lorsqu'elle réalisa le geste.

- Comment est-ce possible… ?

C'était un Ollivander absolument stupéfait qu'ils avaient devant eux, désormais. Severus s'était levé de la chaise où il lisait un livre en attendant la transaction, s'approchant des enfants par derrière.

- En quatre-vingts ans de carrière… murmura Ollivander. Même mes prédécesseurs n'ont jamais rencontré un cas pareil ! Et ce n'est pas la seule chose étrange, avec cette baguette en particulier !

- Expliquez, commanda sèchement Severus.

- Comme vous le savez, Professeur Snape, une baguette ne peut choisir qu'un seul sorcier, ou une seule sorcière. Ce qui vient de se produire est absolument inédit ! D'autant plus que cette baguette n'est pas une baguette ordinaire, surtout au vu de l'histoire des jumeaux Potter… La plume de phénix qui a fourni cette baguette… a également fourni une autre baguette que j'ai vendue. 33,75 centimètres, bois d'if… La baguette de Vous-Savez-Qui !

Ollivander semblait avoir perdu l'envie de jouer son rôle théâtral. Il avait soudainement pâli, et se tenait au comptoir d'une main, comme pour ne pas tomber à la renverse. Les trois clients frissonnèrent à l'entente de cette information. Ce fut Severus qui reprit son sang-froid le plus rapidement.

- Sans tenir compte de la source de la baguette, cela pose un problème avant tout pratique. Y a-t-il quelque chose que vous puissiez faire pour que les enfants aient chacun leur baguette ?

- Bien entendu, je peux essayer de reproduire la baguette quasiment à l'identique… fit Ollivander tout en réfléchissant. Si ce phénix en particulier accepte de me donner une plume supplémentaire, bien sûr. Et trouver du houx de la même région que le houx avec lequel j'ai fabriqué cette baguette. Laissez-moi un mois. D'ici la rentrée, elle devrait être prête. Je peux me rendre directement à Poudlard pour vous la remettre en main propre, à l'un ou à l'autre, selon ce que vous décidez.

- Et trouver une autre baguette ? Après tout, quand un sorcier casse une baguette, il peut en acquérir une nouvelle sans trop de problème…

- Une très bonne question. En vérité, Professeur, un lien particulier se crée entre la baguette et son sorcier, jusqu'à ce que ce lien soit rompu, soit par un attaquant adverse qui vous désarme et vous prend la baguette, soit lorsque la baguette se brise.

- Et créer une baguette à l'identique ? Je ne vois pas en quoi cela réglerait le problème, même si les deux sont très semblables.

- Très juste, très juste… Il s'agirait alors de créer une sorte de leurre, pour, en quelque sorte, que les deux baguettes n'agissent que comme une seule. Après tout, c'est le problème ici : les jumeaux sont trop complémentaires. Il faut que leurs baguettes le soient également.

Le vendeur ajouta après un moment :

Je n'ai jamais vu un lien aussi fort entre deux frère et sœur, et je dois dire… C'est magnifique. Vous accomplirez de grandes choses, Harry et Morgane Potter, et ces choses, vous les accomplirez ensemble.