Aramis est un homme d'Église, et un homme secret. Il scrute, observe, manipule, parle, élabore, suggère, s'énerve, décide, et surtout il prie.
Il prie pour ses choix, décisions, fautes. Pour la vie qu'il a détruite en tout état de cause il y a six ans.
Il prie pour se repentir, pour réfléchir, pour décider.
Il a enfermé Philippe au nom de la Couronne, pour éviter la guerre civile. Il a mis Louis au pouvoir, et le regrette tous les jours. Lorsque ce dernier lui demande de tuer le chef des Jésuites, qui n'est autre que lui-même, il décide qu'il est temps de réparer sa faute.
Il décide de libérer Philippe de la Bastille, avec l'aide de ses amis. Il sait qu'ils lui en veulent de ce qu'il a fait au jeune homme, surtout Athos, qui est son opposé moral, et qui les prend toujours en fonction des autres.
Aramis les prend quoiqu'elles lui en coûtent.
Il est arrogant, prétentieux, cruel parfois. Il a choisi d'être un Homme d'Église et de sonder l'âme des autres, mais qui sonde la sienne ? Il prend les décisions qu'il croit être les meilleures, mais Athos est là pour lui rappeler que tout le monde peut se tromper. Athos qui refuse qu'il le sonde, et qui choisirait un autre confesseur que lui s'il priait.
Aramis a des projets, des plans. Il souhaite les voir réussir coûte que coûte, quitte à traumatiser un jeune homme tout juste sorti de la Bastille à qui on demande de devenir roi de France. Aramis souhaite qu'il lui pardonne, mais Aramis ne sait pas prendre soin des autres.
Alors Aramis se fâche contre Porthos et sa futilité et s'irrite contre Athos et sa fougue. Pas contre d'Artagnan, dont il ressent l'âme troublée. Son ami a des raisons d'agir qu'il ne veut pas dévoiler, et Aramis connaît ça mieux que quiconque. Quoiqu'il dise, il est bouffé par la culpabilité de ses actions.
Aramis est exigeant, et demande à Athos de faire de Philippe un roi en si peu de temps que c'en est impossible. D'ailleurs, Philippe finit démasqué, et ils sont forcés de prendre la fuite sans lui, et d'aller le chercher à la Bastille, où il tient étonnamment bien le coup. Le masque ne me porte pas, qu'il dit. Peut-on en dire autant de lui ?
Il fait croire au monde qu'il sait, mais au fond il a peur. Peur de Louis et sa cruauté, peur de la réaction de ses amis face à ses actes, peur que son plan échoue.
Il n'avait pas prévu qu'il dégénère à ce point, mais l'assume jusqu'au bout. Il a aussi un certain courage, dans le fond. Il se bat contre les hommes de Louis, lors du combat final, et son cœur se brise lorsqu'il perd d'Artagnan. Leur ami les a finalement choisis, et le plus courageux d'entre eux tombe, comme un dommage collatéral. Il sauve son fils, et le royaume, et il n'aura même pas la chance de vivre pour le voir se relever. Le plan a réussi, mais à quel prix ?
Philippe est sur le trône, Louis est en cellule, et Aramis et ses amis sont conseillers royaux.
Aramis a fait de durs choix, et au moins, il peut se dire qu'à la fin, ils n'ont pas servis à rien.
Si il continue de culpabiliser, il sait qu'il peut toujours prier pour tenter d'un jour, être pardonné.
