7/ Smauging et tout ce qui s'ensuit
Smaug réfléchissait intensément : en tant que pur génie absolu, il avait créé une invention révolutionnaire. Vraiment du jamais vu. C'était un tout nouveau style vestimentaire, inspiré d'un habit humain mais brillamment renommé et amélioré pour correspondre à un dragon.
Le smauging.
Il hésitait à mettre son smauging pour épater Drogon. Le smauging était en fait constitué de myriade de particules d'or qui s'incrustaient habilement parmi ses écailles pour donner un résultat à couper le souffle : il était tombé amoureux une deuxième fois de son reflet en se voyant vêtu d'un smauging. Mais malheureusement, en revoyant l'intégralité de la série Game of Thrones, il avait constaté à sa grande déception que Drogon ne semblait pas apprécier l'or plus que ça. Allait-il le trouver superficiel en smauging ?
Non, c'était impossible : il remarquerait tout de suite sa personnalité incroyable, verrait immédiatement que sa beauté intérieure n'avait rien à envier à sa beauté extérieure. Il ne pouvait QUE tomber amoureux de lui ! Tout autre scénario était simplement inenvisageable !
Tant d'intelligence, tant de génie en lui… Smaug était satisfait de lui-même, si satisfait qu'il finit par se dire :
« Bah, tant pis pour le rangement et pour le dîner aux chandelles ! Je suis trop parfait pour ce genre de choses ! »
Et il se plongea dans une contemplation éperdument amoureuse de son reflet dans une grande flaque d'or fondu.
« Vous voyez, les amis ? Demain, on aura atteint la Porte du royaume d'Erebor ! discourut joyeusement Babush une fois qu'ils eurent installé un campement pour passer la nuit.
- Depuis quand on est tes amis, le plouc ? fit simplement Penninor en haussant les sourcils.
- Elle a raison, ne nous appelle pas comme ça, renchérit Dianys. Je refuse d'être classée dans la même catégorie que toi.
- Mais… tenta Babush de se défendre.
- Pour une fois, je suis d'accord avec Dianys, le coupa Gulpil. T'es trop confiant, t'as cru qu'on était tes potes ou quoi ? »
Lomya s'abstint de tout commentaire car elle voyait leur chef avec des larmes aux yeux, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être assez d'accord avec eux.
« Bonne nuit », la salua Dianys alors qu'elle s'allongeait sous sa couverture.
La jeune femme lui sourit en retour.
Cette nuit là, personne ne les attaqua. Personne ? Non. Ce n'était qu'une apparence. En réalité, une horde de paramécies les avait pris d'assaut, mais étant microscopiques, elles n'avaient pas été détectées. Elles auraient pu causer des dégâts en les parasitant mais heureusement, par précaution, Lomya avait aspergé leurs couvertures de spray anti-protozoaires, se doutant de l'ordre de grandeur de leur taille en prenant en compte les attaques précédentes.
De toutes manières, le jour suivant fut le Jour Funeste du Destin Fatal : les aventuriers avaient été détectés par un dragon.
Drogon en avait marre de voler : ça faisait des jours qu'il était dans les airs sans moyen de redescendre ! Il savait bien que ce n'était pas chose aisée que de voyager entre les univers fictifs, mais tout de même ! Les auteurs auraient pu être plus prévoyant et créer par exemple des portails ou des choses de ce genre pour lui faciliter la tâche ! Qu'est-ce que ça aurait changé, hein, si Tolkien avait précisé dans son Silmarilion que quelques cabines téléphoniques anglaises des années cinquante avaient été placées de ci, de là par Ilúvatar pour permettre aux gens de voyager aisément entre les univers parallèles de fantasy ?
Non, quoique, des cabines téléphoniques c'était trop petit pour des dragons… à moins qu'elles ne soient plus grandes de l'intérieur, ce qui, à moins de sortir une explication alambiquée à base de dimensions spatio-temporelles quantiques causées par la relativité des cordes à boucles engendrées par le chat de Schrödinger lui-même originaire d'un monde particulièrement improbable où la Terre est plate et portée par quatre éléphants sur une tortue ninja, ne pouvait pas exister, même avec de la magie.
Et puis en plus, il n'avait pas trouvé de rouge à lèvres ! Bon, heureusement, puisqu'il venait de Game of Thrones, il s'était servi du sang d'un humain au préalable écrabouillé entre ses pattes pour se maquiller un peu... mais le sang s'écaillait trop vite à son goût, et puis, maintenant qu'il passait dans un univers moins gore, ça lui paraissait quand même assez dégueulasse d'être tout barbouillé d'hémoglobine !
Bref. En tous cas, il était presque arrivé. Il se demanda ce que pouvait bien faire son futur petit-ami : il devait sûrement être mort de stress, le pauvre, et paniquer à l'idée de lui trouver un repas chic ! Drogon sourit de gêne à cette pensée : s'il avait pu, il aurait rassuré Smaug, lui aurait dit de ne pas s'inquiéter, de ne pas le prendre autant au sérieux… Après tout, ce beau dragon de la Terre du Milieu était connu pour sa timidité et son manque de confiance en soi, il n'était pas sorti depuis des siècles de son repaire certainement à cause de son introversion maladive… Pauvre chou… Drogon espérait qu'il réussirait à le rendre plus ouvert, moins apeuré par autrui !
Pendant ce temps, Smaug flemmardait.
Sa piaule puait toujours le mort (au sens propre), rien n'avait été changé de place et il n'avait toujours pas de dîner aux chandelles… après tout, les chandelles pour un dragon, ce n'était pas un gros problème. Mais le dîner l'était. Et Smaug avait la flemme.
Il était trop parfait pour ce monde qui demandait beaucoup trop d'efforts de sa part.
