FAREEHA

Tout ce qu'elle voyait était bleu. Cela faisait bien plusieurs minutes qu'elle n'avait pas quitté des yeux ce panorama. Survolant les nuages qui défilaient rapidement en dessous, elle se laissait flotter et s'imaginait sentir le vent froid sur son visage. Puis l'avion perdit en altitude et le ciel disparut sous une épaisse couche immaculée.

Fareeha sentit son corps se soulever, bridée par la ceinture de sécurité qui lui enserrait l'aine. Elle ne put dissimuler un soupir de soulagement. Le vol avait été long et quelque peu éprouvant. Son passager de droite, un homme en costume, sûrement éreinté par le travail ou le décalage horaire, s'était endormi dès le décollage à Toronto. Au cours des cinq heures de vol, il avait partagé ses ronflements et ses geignements avec tous les passagers de l'avion. Quelques minutes auparavant, l'hôtesse venait tout juste de le réveiller afin qu'il puisse mettre sa ceinture en prévision de l'atterrissage. Fareeha, tout comme les autres passagers, aurait préféré qu'elle le fasse bien plus tôt.

Au travers du hublot, elle vit les nuages disparaitre pour laisser place à une grande étendue ocre parsemée en divers endroits de tâches vertes. Plus l'avion amorçait sa descente, plus elle arrivait à distinguer les structures et la ville en contrebas. Cette dernière s'étendait à perte de vue jusqu'à disparaitre à l'horizon sous un ciel azur. Cette vision était si familière et pourtant si lointaine en comparaison des moments passés au Canada.

- Mesdames, Messieurs, nous engageons notre descente vers l'Aéroport International Sphinx. N'enlevez pas vos ceintures et ne vous levez pas de votre siège avant l'arrêt total de l'aéronef. Des navettes et des taxis sont à votre disposition pour rejoindre le Caire ou Gizeh. Pour plus d'informations, des automates conseillers sont à votre disposition au sein de l'aéroport. Nous vous remercions d'avoir choisi Aeolus Airlines et nous espérons vous revoir bientôt sur nos vols.

Fareeha jeta un coup d'œil via le hublot et pu distinguer l'aéroport : une large étendue nivelée qui jurait au beau milieu des habitations qui phagocytaient l'espace autour de la structure. Il y a bien longtemps, cet aéroport se trouvait loin de la ville mais maintenant il était encerclé par les bâtiments et les logements. La zone urbaine du Caire ne connaissait aucune limite, constamment pressée par une population toujours croissante qui poussait les frontières de la ville au plus profond du désert dans les zones arides, loin du Nil. Même enfant, Fareeha se rendait compte que cette ville dévorait peu à peu ce qui l'entourait. Quand elle était devenue suffisamment grande pour comprendre, elle se souvenait de débats houleux retransmis sur l'holonet entre des politiciens égyptiens qui annonçaient que bientôt on raserait les pyramides de Gizeh pour y construire à la place des immeubles. Finalement, les pyramides étaient restées intactes, tout comme le Sphinx. La ville les avait assimilées, et s'était amoncelée autour de ces monuments millénaires, menaçant à tout moment de les dévorer, dès lors que sa faim l'exigerait.

L'avion ralentit peu à peu et Fareeha aperçut les réacteurs de l'aile gauche pivoter d'un cran afin que les propulseurs puissent amorcer une descente progressive. Cette manouvre entraina quelques soubresauts de l'appareil mais une fois les réacteurs des deux ailes orientés vers le bas et l'avion totalement immobilisé, il put poursuivre sa longue descente. Certains, peu habitués à ce mode d'atterrissage, observaient le sol qui se rapprochait petit à petit, comme si l'appareil chutait au ralenti. Fareeha ne s'en inquiéta pas. Elle était une habituée des vols, qu'ils soient civils ou militaires. Elle avait connu des atterrissages bien plus délicats et dans des contextes bien plus risqués où l'aéronef tanguait et tremblait sous les intempéries.

Quelque instants plus tard, ils purent enlever leurs ceintures et quitter leurs places. Fareeha se leva, réajusta sa veste noir en cuir, récupéra son sac dans le bac à bagages et s'inséra dans la file de passagers qui se dirigeait vers la sortie. Elle enfila la bandoulière du sac sur son épaule et le cala dans son dos. Lorsqu'elle arriva à la porte de l'avion, elle décrocha les lunettes de soleil de son col puis, après un pas à l'extérieur, elle huma l'air sec et brûlant de l'Égypte qui lui emplit les poumons. Elle sentait les rayons du soleil sur son visage ainsi qu'un léger vent chaud qui lui caressait la peau. Cette sensation lui rappelait tant de souvenirs. Elle se rendit compte à cet instant précis à quel point ce pays lui avait manqué.

Le Canada était un pays tranquille, apaisé et apaisant, semblable à une rivière qui s'écoulait, troublée uniquement par quelques dénivelées qui altéraient son cours. Cependant cela ne durait toujours qu'un temps car ce dernier retrouvait toujours sa quiétude. Pendant les derniers mois, elle s'était réhabituée à vivre au Canada et sa vie lui paraissait être un long fleuve tranquille. Mais si le Canada était une rivière sereine, alors l'Égypte était un brasier agité. Son retour dans ce pays était chaleureux. Le zéphyr et le soleil avaient ranimé en elle les braises d'un feu endormi. Elle enfila ses lunettes et porta son regard vers le ciel et l'astre solaire, se laissant caresser par ses rayons.

A la suite des autres passagers, elle descendit les escaliers d'embarquement pour rejoindre le terminal de l'aéroport. Certains supportaient moins bien le changement de température. Fareeha vit des personnes sortir des mouchoirs pour s'essuyer le visage, d'autres prenaient des bouteilles d'eau pour s'abreuver ou se mouiller la tête. Devant elle, une femme exhiba un éventail de son sac et s'éventa si fort qu'elle sentit l'air lui passer dans les cheveux. Elle était habituée aux lourdes chaleurs égyptiennes et même des mois après son départ du pays, cela n'avait pas changé.

- Lieutenant !

Elle tourna son attention dans la direction d'où venait cette voix. A une dizaine de mètres plus loin, deux silhouettes en retrait observaient la file de passagers. La plus petite des deux lui adressait un grand signe de la main. En y regardant de plus près, Fareeha reconnut cette dernière et s'empressa de quitter la file pour aller à leur rencontre.

- Professeur Kiritoru, dit-elle en enlevant ses lunettes de soleil. Je suis heureuse de vous revoir.

Arata Kiritoru était resté identique à l'image qu'elle conservait dans ses souvenirs. Un petit homme rondouillard aux traits joviaux dont le visage dégageait une certaine bonhomie. Son large sourire qui s'étendait toujours d'une oreille à l'autre et derrière ses lunettes rondes, on pouvait discerner dans ses yeux la même espièglerie qu'autrefois. Il portait une chemise blanche avec un nœud papillon autour du cou. Elle se souvint qu'il appréciait en mettre et ce qu'importe les circonstances. En plus de cela, il avait un large pantalon marron et portait sa veste sur son bras pour survivre à la chaleur. Les années avaient fait leur œuvre, et les cheveux sombres du professeur avaient perdu en couleur et son front s'était dégarni. Ses rides, cependant, avaient marqué son sourire et sa candeur au plus profond de son visage.

- Et moi donc, cela fait bien longtemps que je ne vous avais pas vu, lieutenant Amari ! Vous avez tellement grandi depuis notre dernière rencontre, s'écria le professeur avec sincérité en lui serrant la main.

Fareeha se rappela qu'à cette époque, il était plus grand qu'elle, d'au moins une tête. Sur elle aussi, les années avaient fait leurs effets. L'adolescence y était aussi pour beaucoup.

- S'il vous plait, Professeur, appelez-moi Fareeha.

Le Professeur Kiritoru, tout d'abord surpris, laissa échapper un petit rire nerveux.

- Vous souhaitez me rendre nostalgique, Fareeha.

Un raclement de gorge lui rappela la présence d'une seconde personne. Même le professeur paraissait avoir oublié l'existence de cette dernière.

- Toutes mes excuses ! s'empressa-t-il d'ajouter. J'en oublie mes manières. Fareeha, je pense que vous connaissez Axelle Rosado, inspectrice générale et responsable des sites Helix Security.

Evidemment que Fareeha l'avait reconnue. Ces dernières semaines, les deux femmes s'étaient entretenues à de nombreuses reprises en holo-conférence. Axelle Rosado avait un visage au teint hâlé et de longs cheveux ondulés qui lui descendaient sur les épaules. Ses yeux noisette pénétrants l'observaient et sur ses lèvres charnues se dessinaient un sourire flatteur que soulignait un grain de beauté placé sur le côté droit de sa bouche. Fareeha n'arrivait pas à lui donner un âge mais elle supposait que Madame Rosado devait avoir quelques années de plus qu'elle.

- Heureuse de pouvoir enfin vous parler face à face, Lieutenant Amari, annonça Rosado en lui tendant sa main.

- De même.

Fareeha remarqua alors l'aéronef placé bien loin derrière eux sur la piste d'atterrissage.

- Je ne m'attendais pas à un tel comité d'accueil, dit-elle. J'aurais très bien pu me rendre sur l'installation par mes propres moyens.

- C'est notre façon de faire à Helix, lui répondit Axelle Rosado. Quant au Professeur Kiritoru, il a grandement insisté pour m'accompagner. Je n'ai pas osé lui refuser.

- J'ai su me montrer très convaincant, renchérit le Professeur en lui faisant un clin d'œil.

- Bien, si nous en avons terminé ici, je vous propose que nous poursuivions cette discussion dans la navette afin de libérer la piste d'atterrissage, reprit Rosado. Je crains que si nous restons ici plus longtemps, la sécurité de l'aéroport risque d'être fortement contrariée et je ne souhaite pas non plus que le professeur Kiritoru tombe dans les pommes.

Fareeha réalisa que le visage du professeur était rouge et luisant. Sur son front, des gouttes de sueur perlèrent, qu'il s'empressa d'essuyer avec un mouchoir sorti de sa poche.

- Vous avez raison, Madame Rosado. L'insolation n'est jamais loin pour ceux qui négligent la force du soleil. Mettons-nous en route, Fareeha, si vous le voulez bien.

- Je vous suis, dit-elle en remettant ses lunettes de soleil sur son nez.

Lorsqu'il lui tourna le dos pour rejoindre l'aéronef, Fareeha put apercevoir la trainée de sueur qui coulait et qui imbibait la chemise du professeur. Kiritoru semblait bien loin de son Japon natal. Quant à Rosado, elle paraissait totalement à l'aise dans cet environnement aride. Habillée simplement d'un chemisier noir et d'un pantalon brun, tout laissait suggérer qu'elle supportait aussi bien la chaleur qu'elle.

- Vous êtes déjà monté dans un Kolibri 3, je présume ? demanda Rosado.

- Oui, l'armée égyptienne en a une dizaine mais ils ne sont pas fréquemment utilisés. En tout cas sur le terrain.

- Ces appareils sont onéreux, reprit Rosado. Je comprends que les militaires égyptiens préfèrent les préserver.

- Et vous l'utilisez comme simple taxi ? demanda Fareeha.

La remarque fit sourire Axelle Rosado.

- Sinon ils prennent la poussière.

Le Kolibri 3 affrété par Helix possédait une carlingue et des ailes noires, contrairement à la couleur claire du modèle de base. Sur ses flancs, on pouvait y distinguer en jaune le H et le S de l'entreprise multinationale. La rampe de largage de l'appareil était déployée, dévoilant la soute du Kolibri près à les accueillir. Précédée par l'inspectrice et le professeur, Fareeha monta la rampe d'un pas assuré. Le compartiment avait été vidé pour ne laisser que le strict nécessaire, dont les sièges avec sangles placés de part et d'autre de l'intérieur de la soute.

- Asseyez-vous, Professeur, fit Rosado d'un ton autoritaire. Je vais vous chercher de quoi vous hydrater.

Le professeur Kiritoru, qui essuyait la sueur qui coulait dans sa nuque, acquiesça sans rien ajouter.

- Installez-vous, Lieutenant Amari. Nous partons immédiatement.

La rampe de largage s'éleva rapidement et se referma derrière eux. Fareeha entendit les moteurs s'allumer et vrombir. Sans tarder, elle alla s'installer sur le siège adjacent au professeur. Elle sentit l'aéronef quitter lentement mais sûrement le sol et lorsqu'elle vit Kiritoru attacher les sangles de sécurité de son siège, elle l'imita. Au même moment, Axelle Rosado ressortit de la cabine de pilotage avec une gourde militaire en métal.

- Buvez Professeur, cela devrait vous soulager.

- Merci beaucoup, Madame. Répondit le Professeur en prenant une longue rasade. Qu'est-ce que je ferais sans vous ?

- Ce que vous avez l'habitude de faire, mais bien moins hydraté.

Cela fit sourire le professeur qui grimaça en refermant le bouchon de la gourde alors que le vaisseau prit enfin son envol.

- Décidément, je ne me ferais jamais au climat de ce pays.

- Vous devriez faire plus attention, déclara Rosado bien moins conciliante. Nous ne pouvons pas nous permettre qu'il vous arrive quelque chose.

- Oui, vous avez raison. Je serais plus prudent à l'avenir.

Fareeha ne pensait pas qu'elle assisterait à ce genre d'échanges en montant dans cet aéronef. Elle regarda par-dessus son épaule où se trouvait un hublot pour observer l'extérieur. Le paysage urbain défila devant ses yeux avec ses habitations plus modestes aux couleurs ocres tandis qu'au loin elle apercevait des buildings aux parois de verre. La ville semblait figée au travers du temps, coincée entre les structures archaïques traditionnelles de l'architecture égyptienne et les bâtiments démesurés et modernes. Ces derniers étaient néanmoins bien plus rares dans la zone urbaine du Caire mais Fareeha distinguait des buildings en chantier qui poussaient peu à peu parmi les dômes et les minarets.

L'Égypte se transformait lentement cependant au détriment des plus pauvres. De nouveaux quartiers voyaient le jour : des quartiers d'affaires et des quartiers touristiques mais ceux-ci remplaçaient des logements et des foyers populaires, poussant les familles à se reloger en périphérie de la cité. Cela ne faisait qu'accentuer les tensions au sein de la ville et cette situation s'aggravait d'année en année. Il y avait tant à faire ici.

- Je vous remercie d'avoir accepté notre invitation, Lieutenant Amari, reprit Axelle Rosado. Ce n'est pas très conventionnel comme démarche mais je veux vraiment que vous sachiez que nous serions très intéressés de vous avoir parmi nous.

Le fait que Fareeha se trouvait ici, prouvait que Rosado avait su se montrer convaincante. Leurs messages et leurs appels en holovideos au cours des derniers mois avaient permis à Fareeha de mieux cerner son interlocutrice. Rosado avait tout d'une chasseuse de têtes chevronnée, charmante et persévérante. Elle lui avait vanté les mérites d'Helix Security International et de ce qu'ils accomplissaient en Égypte : apporter un soutien aux autorités locales pour garantir la sécurité de la zone urbaine du Caire et participer activement au développement de nouvelles technologies.

A la fois hésitante et flattée par sa demande, Fareeha s'était montrée néanmoins intéressée. Rosado avait été très insistante jusqu'à lui proposer de lui payer le voyage d'avion entre le Canada et l'Égypte pour qu'elle puisse venir visiter l'installation avant de se décider.

- Je suis curieuse, répondit-elle évasivement sans trop vouloir s'engager dans de vaines promesses.

Fareeha sentit l'aéronef perdre en vitesse. Il ralentissait progressivement, anticipant leur descente sur le site. Elle entendit les propulseurs pivoter ce qui indiquait que l'appareil passait en mode stationnaire afin de pouvoir atterrir. Après quelques secondes et un sursaut du véhicule, les moteurs se coupèrent et elle ôta sa ceinture. Elle s'attendait à voir la rampe de largage s'ouvrir mais elle resta close.

- Avant de vous laisser entrer sur le site, Lieutenant, j'ai besoin d'éclaircir quelque chose avec vous, déclara Rosado.

- Cela ne pouvait pas se faire avant ? demanda Fareeha, intriguée.

- C'est quelque chose d'assez précis et de délicat. De plus, j'avais besoin d'en parler avec vous, face à face, répondit Rosado avec un sourire aimable.

Fareeha resta impassible mais le visage étonné et circonspect du professeur Kiritoru lui intima l'idée qu'il n'était pas au courant lui non plus de ce dernier contretemps.

Un écran holographique s'échappa de la paume d'Axelle Rosado. Plusieurs interfaces apparurent sur l'écran, que l'agente de Helix parcourut rapidement avec les doigts de son autre main.

- Lieutenant. Vous êtes déjà venu sur ce site alors qu'il était encore sous la tutelle d'Overwatch, n'est-ce pas ?

- Oui, ma mère m'a amenée ici lorsque j'étais enfant.

Finalement, elle avait compris de quoi il s'agissait.

- Est-ce que vous avez des souvenirs de la base ?

Elle se rappela la première fois qu'elle avait tenu une arme. Elle se remémora le rictus du commandant, du rire gras de l'ingénieur, des yeux furieux de sa mère et du sourire charmeur d'un jeune homme.

- Je me souviens bien plus des personnes que du lieu.

- Et que vous a dit votre mère sur cet endroit ?

Elle avait levé les yeux de sa tablette pour observer Fareeha. Le ton d'Axelle Rosado était sec, direct et son regard, inquisiteur.

- Que c'était une base militaire qui avait été construite au cours de la Crise des Omnium, répondit simplement Fareeha.

- Est-ce tout ?

Le professeur Kiritoru s'agita pour enlever sa ceinture.

- Je ne vois pas où vous voulez en venir, observa Fareeha.

- J'en doute pour ma part.

L'insistance de Rosado parut gêner le professeur Kiritoru qui essaya de désamorcer la tension :

- Madame Rosado, je ne pense pas que tout ceci soit nécessaire.

- Au contraire, Professeur, répliqua l'agente de Helix. C'est essentiel même. Je suis responsable de la sécurité de cette installation et je souhaite que le Lieutenant Amari réponde à ma question.

- Et que se passera-t-il si je ne réponds pas ? se renfrogna l'intéressée. Vous me ramenez à l'aéroport et je rentre chez moi ?

- Nous aimerions tous éviter d'en arriver là, déclara Axelle Rosado en laissant apparaitre un large sourire sur ses lèvres. Autrefois, votre mère, sous la tutelle d'Overwatch, a dirigé cette installation et je me demande si elle aurait partagé des informations précises sur cette base avec vous.

L'inspectrice de Helix n'en démordait pas et Fareeha s'agaçait de ce jeu de questions-réponses. Néanmoins, elle savait qu'elle devait se montrer prudente et garder certaines réserves. Le visage de Kiritoru trahissait sa gène et Fareeha voulut mettre fin à cet interrogatoire ridicule.

- Ma mère et moi avons eu des relations compliquées, dit-elle d'un ton las. Mais comme toute relation entre une mère et sa fille, j'ai eu des conversations avec elle qui ne sont jamais sorties de la sphère privée et qui n'en sortiront jamais.

Fareeha vit les joues du Professeur Kiritoru s'empourprer mais ce n'était pas lui qu'elle devait persuader.

- Ma réponse vous convient ? demanda-t-elle.

- Tout à fait, répondit Axelle Rosado avec un air satisfait. Nous sommes sur la même longueur d'onde. Mais avant de poursuivre, une toute dernière chose, Lieutenant.

L'interface holographique de cette dernière dévoila un document marqué d'un logo circulaire que Fareeha reconnut au premier coup d'œil.

- Lorsqu'Overwatch gérait cette base, que ce soit pour ses agents ou certains visiteurs, un contrat de confidentialité avait été mise en place afin de leur interdire de divulguer des informations confidentielles au risque de lourdes sanctions. Dans la continuité d'Overwatch, Helix Security a poursuivi avec cette approche et nous avons par ailleurs récupéré les différents contrats établis avec les anciens agents d'Overwatch. Voici le vôtre.

Sur le document, Fareeha reconnut son nom, son prénom, son lieu de naissance, son âge ainsi que de nombreuses autres informations privées. Le document datait de plus de dix ans et elle ne se rappelait pas du tout l'avoir rempli. Mais la signature apposée sur le document lui paraissait étrangement familière.

- Votre contrat concerne le dernier degré de confidentialité de la base, ajouta Rosado. De ce fait, en tant que visiteur, vous aviez accès à toutes les parties les plus reculées de l'infrastructure mais vous étiez liée par le secret sur ce que vous auriez vu ou entendu.

- Pourtant, je n'ai jamais vu ce document, répondit-elle.

- En effet, à l'époque, c'est votre mère qui l'a rempli pour vous.

Rosado fit apparaitre un contrat de confidentialité parfaitement identique au précédent. En haut du document, Fareeha arriva à discerner un prénom et un nom : Ana Amari.

- Votre mère a signé votre contrat avec sa propre signature. Ce n'est pas vraiment surprenant de sa part. Elle était haut-gradée dans l'organisation et vous étiez une enfant, sous sa responsabilité de surcroit. Pour sa fille, elle a rempli une simple formalité. C'est tout naturel de la part d'une mère et ce n'est pas dommageable.

- Alors pourquoi vous me montrez ça ? s'impatienta Fareeha.

- Tout simplement pour que vous puissiez enfin remplir de vos propres mains votre contrat de confidentialité.

Les informations et la signature d'Ana Amari s'évaporèrent du contrat annoté au nom de Fareeha et un stylet holographique apparut sur le côté de l'interface. Axelle Rosado s'en saisit délicatement et le tendit dans sa direction. Fareeha le récupéra, parcourut et compléta le contrat avant de conclure en y apposant sa signature.

- Pouvons-nous continuer maintenant ? demanda-t-elle.

La rampe de largage du Kolibri 3 s'ouvrit au même moment où l'interface holographique disparaissait de la paume de Rosado.

- Après vous, Lieutenant, annonça cette dernière.

En descendant de la rampe, Fareeha se rendit compte que le hangar dans lequel le Kolibri venait d'atterrir, était vaste, suffisamment vaste pour accueillir cinq autres appareils similaires. De grands néons bleutés l'éclairaient donnant à l'endroit un sentiment de fraicheur, ce qui contrastait avec les teintes chaudes qu'elle pouvait apercevoir via la grande ouverture qui permettait aux aéronefs de sortir de l'infrastructure. L'air étant bien plus frais qu'au dehors, la base était sûrement climatisée. Une dizaine d'individus s'affairait à leurs tâches. Certains observèrent discrètement leur arrivée.

Fareeha suivit le Professeur Kiritoru et Axelle Rosado à travers le hangar jusqu'à un couloir qu'ils empruntèrent pour rejoindre un grand hall où se trouvaient des ascenseurs.

- Prenez ceci, Lieutenant Amari. Sinon vous risquez d'alerter la sécurité de la base.

Axelle Rosado lui tendit un badge sur lequel était inscrit en lettres noires le mot « visiteur » ainsi que son nom en bien plus petit. Le Professeur Kiritoru venait lui-même de sortir le sien de sa poche et de le fixer sur sa veste.

- Evidemment, rien n'est laissé au hasard, répondit Fareeha en l'accrochant à sa ceinture.

- C'est mon métier, Lieutenant. Nous allons d'abord aller à mon bureau.

L'ascenseur les mena aux étages supérieurs de l'installation et lorsque les portes s'ouvrirent, d'anciens souvenirs revinrent à l'esprit de Fareeha. Des bureaux bordaient un long couloir et du côté opposé s'étendait une grande baie vitrée qui donnait sur l'immense complexe.

Fareeha s'attarda quelques instants à observer ce qui se déroulait en contrebas. Des ingénieurs veillaient à l'entretien des véhicules de terrain sous l'œil avisé des équipes de sécurité qui patrouillaient dans le complexe. Un Kolibri 3 à moitié démonté jonchait une partie de l'espace tandis que non loin se déroulait un intensif exercice d'entrainement. Fareeha ne pouvait pas entendre ce que l'instructeur hurlait à ses subordonnées mais elle voyait sa bouche se tordre au rythme des exclamations et des ordres donnés. En regardant autour d'elle, Fareeha réalisa à quel point la structure était immense. Petite, elle s'était déjà fait la remarque que cet endroit était grand, mais aujourd'hui elle se rendait compte qu'elle avait vraiment sous-estimé la taille de la base. Après tout, il s'agissait de l'ancien site d'un vestige antique millénaire.

La pyramide de Khéphren n'avait pas survécu à la Crise des Omnium. Au cours des dernières années du conflit, des titans omniaques avaient pris d'assaut les environs et pour les abattre, l'armée avait dû faire appel à des chasseurs qui avaient bombardé la zone. Les titans furent mis hors d'état de nuire mais le site archéologique de Gizeh avait été gravement endommagé. La pyramide de Khéops et le Sphinx avaient miraculeusement survécu à l'attaque mais l'assaut avait détruit le reste du site historique. La majorité de la nécropole avait disparue. La pyramide de Khéphren avait été éventrée et la chute d'un titan avait fait s'écrouler un flanc de l'édifice. A la fin de la guerre, avec le soutien des Nations Unies, Overwatch avait décidé d'installer une base militaire sur ce site, remplaçant l'ancien pyramide par une infrastructure de la même forme pouvant accueillir une garnison et de l'équipement militaire afin de contrer toute attaque, omniaque ou non. Cette nouvelle pyramide moderne faisait maintenant partie du paysage urbain de Gizeh, comme les autres monuments, mais la plupart des habitants de la ville ignorait ce qui les guettait à l'ombre de la pyramide.

- Fareeha ? Tout va bien ?

La remarque la fit sortir de ses pensées.

- Excusez-moi, j'étais ailleurs.

- Vous avez quelques souvenirs de la base, finalement ? demanda le professeur avec curiosité.

- Quelques bribes…

Des fragments de souvenirs lui revenaient comme des flashs soudains, bien trop fugaces pour s'imprimer dans son esprit. Etonnamment les murs du couloir lui rappelaient quelque chose, mais à la place du logo noir et jaune de la compagnie Helix Security, elle y voyait le cercle épuré d'Overwatch.

Après avoir dépassé plusieurs pièces dédiées uniquement à l'administration de la base, Axelle Rosado les fit entrer dans ce qui semblait être son bureau ou bien sa tour de garde. Trois des quatre murs de la pièce étaient de grandes baies vitrées qui donnaient sur plusieurs parties du complexe. D'une certaine manière, Fareeha supposa que c'était un moyen pour elle de garder l'œil et le contrôle sur tout ce qui se passait dans sa base.

Malgré cela, le lieu restait sobre. Un bureau sans fioriture trônait au fond de la pièce à côté d'une table de commandes holographique alors que, plus proche d'elle, un sofa rouge s'était intercalé entre une commode et une armoire de rangement. L'inspectrice de Helix leur désigna les fauteuils devant son bureau.

- Puis-je vous servir quelque chose à boire ? questionna Rosado.

- Un thé vert pour moi, s'il vous plait, annonça le Professeur en s'installant.

- Je prendrais la même chose, ajouta Fareeha.

Après avoir déposé son sac de voyage au sol, elle prit place sur le fauteuil, vit Rosado passer devant elle pour s'approcher d'un autre meuble et remarqua que s'y trouvaient une vieille cafetière et une bouilloire électrique. Elle aurait aussi aimé tendre le cou pour voir ce qui se déroulait au travers des baies car depuis son siège, cela lui était impossible. Fareeha aurait voulu se lever et aller jeter un coup d'œil mais on l'aurait trouvé bien trop intrusive. La pièce semblait parfaitement insonorisée, car aucun bruit parasite ne provenait de l'extérieur.

Fareeha entendit la porte s'ouvrir dans son dos et regarda par-dessus son épaule pour découvrir que la poignée avait été actionnée par un omniaque bien trop grand pour passer la porte du bureau sans se baisser.

- Qu'est-ce qu'on avait dit sur la règle du « Je frappe avant d'entrer », Okoro ? demanda vivement Rosado.

Le dénommé Okoro, dont le visage consistait en une figure émaciée où trônait un unique orbite rouge sur un corps élancé aux longs membres, baissa la tête pour examiner le seuil de la porte qu'il venait d'ouvrir.

- Techniquement, répondit-il d'un timbre mécanique, je ne suis pas encore entré dans la pièce.

Sous le regard circonspect de tous, Okoro frappa du revers de son poing la porte du bureau et pénétra dans la pièce avant de refermer derrière lui.

- Que se passe-t-il, Okoro ? Il y a un problème ? fit Kiritoru, soucieux.

- La Professeure Touati m'envoie vous chercher pour la batterie de tests du début du mois. Nous n'attendons plus que vous.

- Non ! C'était aujourd'hui ? s'étonna le professeur. Nous ne sommes pas mercredi pourtant.

- La Professeure Touati l'a avancé à aujourd'hui mais comme elle s'en doutait, vous n'avez pas lu son mémo.

- Inutile de te montrer sarcastique, rétorqua Kiritoru se levant d'un bond de son siège. Mesdames, pardonnez-moi mais je suis appelé ailleurs. Je ne devrais pas en avoir pour longtemps.

- Je garde votre thé au chaud.

Le professeur acquiesça et s'échappa de la pièce, escorté par Okoro qui referma délicatement la porte du bureau derrière eux, laissant Fareeha et Axelle Rosado entre elles. Cette dernière tendit une tasse brûlante à Fareeha qui la remercia à mi-voix.

- Vous connaissez le Professeur depuis longtemps ? demanda Rosado en s'installant à son bureau.

- Depuis que je suis enfant.

- Est-ce que vous trouvez qu'il a beaucoup changé depuis ?

- Non, répondit Fareeha en se retenant de rire. C'est toujours le même.

- Il a beau être distrait et parfois pataud, expliqua Rosado en esquissant un sourire, c'est un esprit véritablement brillant.

- C'est bien pour cela que vous l'avez engagé.

Alors que Rosado buvait une gorgée de café, Fareeha constata qu'elle ne la quittait pas des yeux.

- Donc vous êtes au courant ?

Allait-elle continuer longtemps à jouer à ce petit jeu ? Cela l'avait lassé dans la navette et elle ne désirait pas perdre plus de temps avec cela. Fareeha pensa qu'il était temps de mettre fin à cette partie de poker menteur.

- Evidemment, dit-elle d'une voix assurée mais taquine. Mais comme c'est une information confidentielle, je ne me permettrais pas d'en parler avec vous, même si vous êtes la directrice de ce site.

- Bien, bien, soupira Rosado qui paraissait tout aussi agacée par ces échanges de sourds. Je pense qu'il est inutile de conserver ce faux-semblant vis-à-vis d'Anubis.

- Je suis parfaitement d'accord.

- Comment l'avez-vous appris ?

- Ma mère me l'a dit, en me faisant jurer de n'en parler à personne.

- A-t-elle eu raison de le faire ? Vous n'étiez qu'une enfant, rétorqua Rosado en se renfonçant dans son siège.

Une intelligence artificielle aussi puissante qu'Anubis n'était pas à prendre à la légère. C'étaient des intelligences artificielles similaires qui avaient déclenché cette guerre mettant en péril l'Humanité tout entière. Des êtres surpuissants aux capacités titanesques, fabriqués et façonnés par les esprits humains les plus brillants de la planète, qui devaient régir d'immenses infrastructures humaines à une échelle jamais vue. Ces IAs étaient appelés à révolutionner le mode de vie de tous. Ils devaient administrer les villes, les réseaux de transport, la logistique, la communication, la sécurité. Les perspectives étaient infinies. La communauté scientifique les avait qualifiés d' « intelligences artificielles divines », tant leur champ d'action était sans limites.

Or la première tâche qu'on leur assigna fut de gérer les Omnium, les colossales usines qui produisaient sans discontinuité des omniaques. Cela fut une erreur très coûteuse. Par le biais des Omnium, ces IA purent avoir accès à une main d'œuvre, une force de frappe qui leur permirent un soulèvement global des omniaques contre les êtres humains. La guerre s'ensuivit et la neutralisation des Omniums devint la priorité de toutes les armées humaines. Lorsqu'Overwatch arriva à Gizeh, elle avait découvert qu'une IA divine s'y trouvait. L'organisation avait pris des mesures drastiques pour confiner cette intelligence artificielle. Construite par Overwatch, toute la structure en forme pyramidale servait à maintenir l'IA sous sommeil.

Tout ce que Fareeha savait, elle le tenait de sa mère et elle n'avait jamais douté d'elle. Ana Amari n'était pas une menteuse et elle n'aurait certainement pas menti à sa fille. Fareeha avait tenu sa promesse et malgré la disparition de sa mère, elle n'irait pas trahir sa confiance.

- J'étais jeune mais j'ai gardé le secret. Ma mère m'a bien fait comprendre qu'il ne s'agissait pas d'une cachotterie d'enfant mais d'une chose bien plus préoccupante.

- Vous comprenez donc à quel point il est paradoxal d'administrer ce site, ajouta Rosado. Officiellement, nous sommes une structure militaire visant à maintenir l'ordre et la sécurité des zones urbaines du Caire et de ses alentours. Officieusement, nous maintenons cette intelligence artificielle hors d'état de nuire, tout en essayant de l'étudier afin de la neutraliser totalement. Certains membres de la base ne sont même pas au courant de la présence d'Anubis sur le site et donc il faut concilier le secret et la confiance au sein de l'équipe. C'est terriblement délicat à gérer.

Fareeha voulut ajouter qu'il en était de même lorsqu'Overwatch gérait la base mais elle jugea que ce n'était pas forcément bon de le relever. Elle préféra boire son thé, et se brûla la gorge avec.

- L'avantage pour moi, c'est que vous êtes déjà au courant de la situation ambivalente du site, reprit Rosado. Cela me simplifie la tâche et me permet d'aller directement au but.

- Vous voulez m'offrir un poste.

L'agente de Helix acquiesça lentement et actionna un bouton sur une table de commandes à côté de son bureau. Un panneau holographique apparut, séparant les deux femmes.

- Avant d'aborder à nouveau les détails, j'aimerais vous poser une question.

- Je vous en prie, fit Fareeha, toute disposée à répondre.

- Comment voyez-vous votre avenir actuellement ?

Fareeha baissa les yeux, pensive et soucieuse de sa réponse mais Rosado ne lui laisse pas le temps de la formuler :

- Votre contrat de sept ans avec l'armée égyptienne s'est terminé il y a trois mois, si je ne me trompe pas. Cependant, je crois savoir que l'armée vous a sollicité pour le renouveler et que vous avez refusé. Pourquoi cela ?

- J'avais besoin de souffler un peu. Je me suis engagé assez jeune et je voulais prendre un peu de temps pour moi et ma famille. Mon père principalement.

- Au Canada ?

- Oui.

- Dans quelle région ? demanda Rosado.

- La Colombie Britannique, au-dessus de Vancouver.

- Une mère égyptienne et un père canadien. Ce n'est pas commun.

- Cela dépend de votre point de vue, éluda Fareeha.

- Je n'ai pas voulu être indiscrète, Lieutenant, rassura Rosado. Je sais de quoi je parle, mon père est mexicain et ma mère canadienne.

- D'où au Canada ?

- Montréal. Vous y êtes déjà allé ?

- Quelques fois, mais pas assez à mon goût, répondit Fareeha. Je connais surtout Vancouver et ses environs. J'y ai passé mon adolescence et j'y ai fait une partie de mes études avant de m'engager.

Rosado reprit une rasade de café et pianota sur sa table de commandes.

- Je ne connais pas beaucoup le Canada, pour ma part, reprit l'agente de Helix. J'y ai vécu, il y a longtemps, mais mes parents ont déménagé aux Etats-Unis avant le début de la Crise.

Elle marqua une pause et examina à nouveau le panneau holographique. De sa position, Fareeha ne pouvait pas voir ce que l'agente consultait.

- Pourquoi vous être engagée dans l'armée égyptienne ? demanda Rosado en posant son menton sur ses mains. L'armée canadienne ne vous convenait pas ? Cela vous aurait pourtant permis d'être plus proche de votre père.

- Le Canada n'est pas l'Égypte. La situation est plus qu'incertaine en Égypte et c'était dans mon intention de servir un pays qui avait besoin d'aide.

Était-ce aussi ce qu'aurait voulu sa mère ? Elle se rappelait les disputes de ses parents. De sa mère qui désirait un avenir meilleur pour son pays. C'était une époque lointaine. Fareeha était une jeune fille et tout ce qu'elle désirait était de s'engager au sein d'Overwatch, pour protéger les gens dans le besoin. Lorsqu'elle avait demandé à sa mère de l'entrainer aux arts martiaux, celle-ci avait accepté à condition que sa fille retienne que ce qu'elle apprendrait lui servirait à se défendre et à protéger autrui. Sa mère n'aurait cependant jamais accepté que sa fille suive la même voie qu'elle et s'engage dans l'armée mais c'était ce qu'avait désiré Fareeha et aujourd'hui, elle n'avait plus qu'un seul parent pour désapprouver ses choix.

- Ma mère me disait toujours que la Crise n'avait rien apporté de bon à l'Égypte, qu'au contraire, elle lui avait tout pris et que même Overwatch n'avait pas pu faire grand-chose pour arranger la situation. Petite, je voulais faire partie d'Overwatch, c'était un rêve de gamine et mon envie de servir et de protéger ceux qui sont dans le besoin n'a pas changé. C'est pour ça que je me suis engagée.

- J'ai eu accès à vos états de service, ajouta Axelle Rosado en terminant sa tasse. Vos supérieurs font de vous un portrait très élogieux : compétente, disciplinée, rigoureuse, excellente connaissance des tactiques et techniques de combat. Votre carrière militaire semble toute tracée.

- Je vous remercie.

- D'où ma question initiale. Qu'est-ce que vous désireriez pour votre avenir ?

Fareeha essaya de rassembler les éléments de réponse auxquels elle avait songé auparavant mais elle préféra déclarer de but en blanc :

- A vrai dire, je ne saurais pas vous répondre…

- L'armée égyptienne ne vous séduit plus ? poursuivit Rosado.

- J'ai énormément appris au cours de ces sept années mais … je pense que cela ne correspond plus à ce que je désirais lorsque je me suis engagée.

- C'est-à-dire ? s'interrogea Rosado tandis que Fareeha soufflait discrètement sur son thé pour le refroidir.

- Disons qu'au cours de mes années de services, j'ai pu être envoyée sur des terrains de reconnaissance ou des zones à risque pour évaluer un éventuel danger mais très souvent cela se résumait en grande partie à de la surveillance et à contrôler les frontières. Avec un peu de recul, on constate que notre action est superflue et que nous serions bien plus utiles ailleurs.

Son père aurait pu ajouter un vieux diction de ses ancêtres : « Ceux qui laissent brûler la forêt ne sont pas les plus dignes pour la garder ». A quoi bon maintenir l'intégrité des frontières alors que le pays se fragmentait de l'intérieur, et risquait à tout moment de s'écrouler sur lui-même.

- Je crois comprendre ce que vous dites. Vous avez l'impression que vous gâchez vos talents au sein de l'armée égyptienne ?

Fareeha tenta de ne pas s'étouffer avec sa gorgée de thé et toussa. Prise par surprise, elle ne l'aurait pas dit comme cela au risque de passer pour quelqu'un de terriblement arrogant. Mais au fond d'elle, elle partageait ce sentiment.

Axelle Rosado lui tendit un mouchoir pour essuyer le thé renversé.

- Ecoutez Lieutenant, il est indéniable que vous êtes une militaire hors-pair et je pense que vos talents pourraient être utilisé à meilleur escient, notamment au sein de Helix. C'est ce que je vous propose, un poste au sein de la sécurité de la base pour une durée de cinq ans. Vous feriez partie d'une équipe d'intervention au grade de Lieutenant, subordonnée à un Capitaine. Vous interviendriez dans la structure et en dehors pour diverses opérations qui vont du maintien de l'ordre à la pacification. Le Caire n'est plus aussi sûr qu'autrefois et la criminalité s'étend à toutes les strates de la ville. Il est de notre responsabilité de protéger la population de ce qui se trouve à l'extérieur de la base mais aussi de ce qui sommeille à l'intérieur.

Jusque-là, Fareeha voyageait en terrain connu. Les échanges qu'elle avait eus avec Rosado au cours des derniers mois lui avaient permis de visualiser clairement le poste qu'on lui proposait mais elle craignait de se retrouver dans une position de vigile de luxe.

- J'ai quelques inquiétudes cependant, objecta Fareeha. Je ne souhaite pas être cantonnée à de la simple surveillance. Je veux aller sur le terrain et ce dès que la situation l'exige. Vous m'aviez dit que la chaine de commandement de vos forces de sécurité était bien plus flexible. J'espère que c'est bien le cas. De plus, je crains de ne pas être totalement à ma place ici. D'après ce que j'ai vu, vous avez un important personnel scientifique qui travaille sur plusieurs innovations militaires et technologiques, et ce sans compter sur les équipes qui s'occupent d'Anubis. Je suis une combattante et mes talents sont limités à ce domaine…

Rosado leva l'index de sa main droite pour l'interrompre.

- J'entends vos réserves, expliqua-t-elle. L'activité ne manque pas, Lieutenant, je vous l'assure. Les capitaines des équipes d'intervention ont une grande marge de manœuvre. Ce sont des militaires de profession comme vous et nous nous fions à leur expérience. En voyant vos compétences, je peux vous garantir que le rang de capitaine est à votre portée. Je réaffirme que vous êtes faites pour travailler avec nous. Par ailleurs, j'ai également lu qu'au cours de votre dernière année de service, vous avez activement participé à un programme d'exosquelette de combat de l'armée égyptienne.

Fareeha cacha sa surprise. Rosado n'aurait pas dû pas avoir accès à de telles informations. Tout ce qui entourait ce programme était classé secret défense et ses supérieurs de l'armée avaient clairement insisté sur ce point.

- C'est exact, répondit-elle sobrement.

- Mais je crois savoir que le programme s'est terminé brusquement. Vous en connaissez la raison ?

L'armée avait invoqué son manque de moyen pour mener à bien la suite du projet. Néanmoins, elle avait aimé travailler sur ce programme, même si cela n'avait duré que quelques mois, elle s'était investie totalement dans ce projet. Le prototype d'armure de combat qu'on lui avait présenté volait, protégeait son porteur des balles et des chocs, disposait d'un armement qui pouvait neutraliser des véhicules motorisés. Dès qu'elle l'avait enfilée et qu'elle s'était envolée avec, Fareeha avait envisagé tant de possibilités et plus encore. Avec ces exosquelettes et leur arsenal, chaque soldat pouvait tenir tête à une troupe entière. Cela pouvait changer de bout en bout, la manière d'intervenir en terrains hostiles et donnait des avantages non négligeables à ses utilisateurs. Une petite merveille technologique.

Mais le programme avait pris fin et Fareeha s'était sentie totalement désarmée, puis elle avait peu à peu oublié. Peut-être avait-elle pris ce projet trop à cœur ? Peut-être était-ce la déception de ne pas l'avoir mené à bout ? Ou bien était-ce le sentiment qu'elle ne pourrait plus jamais voler aussi librement ? Elle y avait longuement songé depuis son départ de l'armée et cela pesait lourd dans la balance sur sa décision de revenir au sein des forces égyptiennes. Elle en était venue à émettre des doutes sur les vraies raisons de l'abandon du projet.

- Non, je l'ignore. reprit Fareeha qui avait du mal à cacher son désarroi.

Elle termina son thé tandis que Rosado s'était levée pour la rejoindre devant son bureau. Cette dernière récupéra la tasse vide et alla la déposer dans un coin de la pièce, passant le long de la baie vitrée, jusqu'à s'arrêter pour observer au travers.

-Vous devriez venir voir, Lieutenant.

Fareeha rejoignit l'agente de Helix et scruta le hangar en contrebas. Ses yeux se fixèrent bientôt sur une partie du complexe, bien à l'écart du reste des activités, où une vingtaine de personnes était attroupée autour de ce qui semblait être des machines et des consoles de commandes. Au milieu de tout cela, un plateau d'acier attirait toute l'attention. Au-dessus de la plateforme, une silhouette flottait, stabilisée en vol par les propulseurs d'une armure aux teintes sombres.

Elle avait du mal à croire ce qu'elle voyait. Cela réveilla en elle un engouement qu'elle pensait disparu depuis bien longtemps. Fareeha resta fascinée, presque figée devant la baie vitrée, à observer l'armure léviter.

- C'est bien ce que je pense ?

- Oui, c'est exactement ce à quoi vous pensez, s'empressa de répondre Rosado. Peut-être préféreriez-vous que nous allions voir ça de plus près ?

Fareeha ne s'entendit même pas répondre « oui ».

Quelques minutes plus tard, les deux femmes traversèrent le hangar pour rejoindre la plateforme que Fareeha ne quittait pas des yeux. Plus elle s'approchait, plus elle arrivait à distinguer l'armure. C'était bien le même prototype d'exosquelette qu'elle avait testé auparavant, mais ce nouveau modèle paraissait bien plus avancé que les précédents. Les ailes et les propulseurs attachés dans son dos avaient été affinés et allégés, sûrement dans un souci de poids et de stabilisation. C'était jusqu'alors, le principal défaut des prototypes qu'elle avait expérimentés.

L'exosquelette n'avait presque plus rien à voir avec ce qu'elle connaissait. Là où autrefois des harnais et des sangles maintenaient les différentes pièces de l'équipement, Fareeha réalisa que le pilote possédait une vraie armure, recouverte d'un plastron et de plaques de protection sur l'intégralité de son corps. Elle avait vu des holo-simulations de l'armure complète mais jamais une version aussi aboutie. D'ailleurs, elle n'aurait jamais espéré le voir un jour.

- L'armée égyptienne n'avait pas les moyens de poursuivre le projet alors nous leur avons proposé de le racheter pour le mener à terme, expliqua Rosado. Bien sûr, l'Etat major n'a accepté qu'à la condition qu'ils bénéficient d'une exclusivité temporaire sur l'acquisition de ces armures. C'est de bonne guerre et nous avons l'intention de leur fournir le meilleur modèle qui soit.

Fareeha avait beaucoup de questions à lui poser mais cela pourrait attendre. Le prototype, tel qu'elle se l'était imaginée, vira légèrement à droite avant que le pilote ne le restabilise pour retrouver une posture équilibrée. Elles arrivèrent enfin à portée de la plateforme et Fareeha put enfin entendre les propulseurs vrombirent de puissance. D'en bas, avec ses larges ailes dans son dos et son armure de métal sombre, on aurait dit un rapace prêt à fondre sur sa proie.

- Madame Rosado, je ne savais pas que vous étiez là.

Devant une table de commandes, une silhouette massive s'était retournée vers les jeunes femmes. Les techniciens et les ingénieurs aux alentours remarquèrent leur présence. Fareeha détourna son regard du prototype à l'interpellation de cette voix tonnante et grondante.

- Faites comme si je n'étais pas là, Hamed, répondit Rosado amusée en le rejoignant, suivie de près par Fareeha.

- Vous me demandez toujours l'impossible, fit le dénommé Hamed avec un large sourire.

D'une carrure forte et imposante, l'homme devait avoir une cinquantaine ou une soixantaine d'années. Des rides avaient marqué son visage et sa peau hâlée contrastait avec sa chevelure éparse et l'épaisse barbe blanche qui encadrait un nez épaté et des yeux gris profonds qui soudainement remarquées la présence de Fareeha.

- Vous venez montrer le prototype à votre invitée ? demanda-t-il.

Fareeha sentit la main de Rosado se poser sur son épaule :

- Hamed, je vous présente le Lieutenant Fareeha Amari.

Lorsqu'il entendit son nom, elle remarqua de la surprise dans les yeux gris d'Hamed puis ses lèvres s'arquèrent en un nouveau sourire qui dévoila deux incisives bien espacées.

- C'est une invitée de marque en plus, répondit Hamed. Heureux de faire votre connaissance, je suis Hamed Boutros, je dirige les opérations de la base.

- Enchantée, répondit Fareeha en serrant la large main qu'on lui tendait.

Hamed Boutros se retourna vers sa console et actionna un bouton.

- On va faire une pause de trente minutes et on reprendra les tests juste après. Khalil, redescend et tu ferais mieux de venir voir.

Les ingénieurs et les techniciens s'affairèrent autour d'eux tandis que le prototype d'armure commença lentement sa descente, ponctuée par les petits soubresauts et les ronronnements des propulseurs. Dans un bruit métallique, les bottes de l'amure touchèrent le sol et des techniciens vinrent aux côtés du pilote pour lui retirer les appareils de mesure et une partie de l'armure. Fareeha put enfin apercevoir celui qui pilotait le prototype. Il sortit de la masse des techniciens d'un pas lourd. On lui avait retiré son casque, ses spalières ainsi que le plastron qui protégeait sa poitrine.

Fareeha s'étonna de voir quelqu'un d'aussi âgé aux commandes du prototype : l'homme n'avait pas la cinquantaine mais pouvait s'en approcher. C'était ce que semblait indiquer les tempes grises de sa chevelure brune et certaines rides sur son visage. Néanmoins son âge ne paraissait pas peser sur ses traits fins et son corps athlétique, ce qui était primordial pour piloter l'exosquelette.

Ce dernier descendit l'escalier qui menait à la plateforme de décollage, tout en faisant attention aux larges ailes dans son dos, et rejoignit Fareeha et les autres.

- Madame Rosado, que nous vaut cette visite ? demanda-t-il.

- Je suis simplement de passage, répondit l'agente de Helix. Je suis juste venu montrer l'exosquelette au Lieutenant Amari.

- Je m'en doutais. Je me disais bien que ce tatouage à votre œil ne m'était pas inconnu, ajouta le pilote. Votre mère avait le même.

Fareeha esquissa un geste de la main pour toucher son œil droit mais se ravisa rapidement. On ne lui mentionnait que très rarement son tatouage. Il faisait partie d'elle depuis tellement longtemps qu'il était devenu presque anodin et très peu de personnes faisaient le lien avec sa mère.

- Elle le portait à l'œil gauche, répliqua-t-elle.

Alors qu'elle craignait avoir répondu sèchement, le pilote lui sourit ce qui fit onduler les fines moustaches qui trônaient au-dessus de ses lèvres.

- Oui, c'est cela. L'Oudjat, l'œil protecteur.

- Vous l'avez connu ? demanda Fareeha par curiosité.

- J'ai servi dans l'armée égyptienne avec elle. Cela remonte à la Crise des Omnium, donc à des lustres. Excusez-moi, j'en oublie mes manières. Capitaine Khalil Khoury. Mais vous pouvez m'appelez Khalil.

- Lieutenant Fareeha Amari. Ravie de faire votre connaissance, Capitaine, rétorqua poliment Fareeha en serrant la main gantée du pilote.

Ce dernier ne sembla pas offensé et parut plutôt amusé. Elle avait beau creusé dans ses souvenirs, sa mère ne lui avait jamais parlé de lui.

- Alors, Lieutenant, vous êtes venus regarder comment on travaillait sur l'exosquelette ? demanda Khalil.

- Oui. C'est impressionnant de voir à quel point le modèle a été amélioré, dit-elle en examinant les ailes et les pièces d'armure du prototype.

L'armure paraissait avoir été ciselée sur le corps de son pilote. Les plaques d'alliage noir mettaient en valeur la carrure athlétique de son pilote. Les jambières épousaient les courbes de son porteur des pieds jusqu'au haut des cuisses tandis que les gantelets permettaient néanmoins à son utilisateur de garder toute sa dextérité. Libéré des spalières, le capitaine Khalil paraissait beaucoup plus à l'aise dans le mouvement de ses bras.

- Vous devez plus avoir l'habitude de voler dedans plutôt que de la voir voler, ajouta Hamed Boutros.

Evidemment, ils avaient dû avoir accès aux vidéos de simulation de vol. D'après la démarche du pilote, elle avait compris que l'armure, bien que résistante, était trop lourde et que dans le cas présent, elle affectait grandement la bonne tenue de vol. Pourtant, les techniciens et les ingénieurs de Helix devaient avoir effectué des centaines, des milliers de tests avant d'arriver à ces résultats. Lorsqu'elle était impliquée dans ce projet à l'armée, les plus optimistes des chercheurs et des responsables lui avaient dit qu'ils étaient encore très loin d'atteindre ces avancées.

- On doit vous remercier, Lieutenant. Grâce aux travaux de l'armée égyptienne, on a pu rapidement calibrer et finaliser les propulseurs du modèle mais pour l'armure, on a encore des choses à perfectionner, expliqua Hamed. Le Professeur Fidah participe grandement à l'amélioration des prototypes mais il avance à tâtons.

Malgré son implication dans le projet, elle n'avait jamais eu l'occasion de croiser Nasir Fidah, le créateur et concepteur derrière l'armure de combat. On disait de lui que c'était un homme secret et discret, un génie qui aimait rester dans l'ombre.

- Est-ce qu'il est ici ? demanda Fareeha. J'aimerais beaucoup le rencontrer.

- Malheureusement, il est très peu présent sur la base, répondit Hamed. Il préfère travailler de son côté et c'est un homme très perfectionniste qui ne laisse rien au hasard.

- Vous voudriez faire un petit tour avec l'armure, Lieutenant ? dit Khalil en essuyant la sueur qui coulait sur son front. Vous feriez mieux de vous préparer, c'est bien plus lourd que ça en a l'air.

Malgré la plaisanterie, Fareeha était tentée de répondre oui. Elle aurait aimé l'enfiler, marcher, courir avec et surtout voler. Le poids de l'armure n'était pas un souci mais elle sentait le regard d'Axelle Rosado dans son dos.

- Ce n'est pas raisonnable mais ce n'est pas l'envie qui me manque, dit-elle tout simplement.

- Madame Rosado nous a dit que vous seriez peut-être intéressée de rejoindre les rangs de la sécurité de la base, fit Hamed. On a besoin de sang neuf. Le Capitaine Khalil n'est plus tout jeune et votre expertise avec le prototype serait la bienvenue, Lieutenant.

L'appât était grossier mais séduisant. Fareeha voyait bien qu'Axelle Rosado l'avait facilement emmenée là où elle l'avait désirée. A quel point celle-ci désirait-elle l'engager au sein des effectifs de Helix ? Et pour quelle raison ? Était-ce dû à ses compétences, à son expérience militaire ou bien uniquement à la force évocatrice de son nom ?

L'ombre de sa mère planait toujours au-dessus d'elle. Scrutant chacune de ses actions mais n'apportant aucun jugement sur ces dernières. Ana Amari était une héroïne reconnue en Égypte et il était difficile de marcher dans ses pas et d'être à la hauteur de sa légende. Elle estimait être digne de l'héritage de sa mère, mais parfois elle sentait que celui-ci lui pesait et qu'elle aurait dû tracer sa propre voie.

- Rien n'est fait pour l'instant, répliqua Axelle Rosado avec un geste de la main.

- Je ne voulais pas l'influencer, se défendit Hamed. Mais c'est toujours intéressant d'avoir de nouvelles têtes. Cela fait des années que je travaille ici. J'ai commencé en bas de l'échelle alors qu'Overwatch gérait encore la base alors j'en ai vu passer du monde.

Fareeha l'ignora, préférant continuer à examiner l'armure de combat. Après avoir repoussé une mèche de cheveux noirs devant son visage, elle effleura lentement des doigts les ailes du modèle et essaya de les soupeser avec sa paume.

- Les ailes du prototype tirent toujours autant vers l'arrière ? demanda-t-elle.

- Sur les premiers modèles, c'était le cas mais on a modifié l'alliage des ailes pour les rendre plus légères et moins peser sur les muscles du pilote, expliqua Hamed.

- Mes lombaires ne s'en sont jamais remis, plaisanta Khalil alors qu'on lui offrait de l'eau.

Fareeha acquiesça sans rien ajouter. Les ailes des prototypes qu'elle avait testées pesaient sur les épaules et le dos et elle tentait d'imaginer le poids que représentait l'ensemble en rajoutant l'armure de combat. Cependant, elle constata quelque chose en touchant les propulseurs.

- Les ailes paraissent plus fragiles.

- C'est malheureusement le cas pour l'instant, répondit Hamed. L'armure doit pouvoir aisément faire des vols stationnaires ainsi que des déplacements mais cela dépend de beaucoup trop de facteurs extérieurs. A la première grosse bourrasque, le pilote doit se débattre pour maintenir sa trajectoire. Il reste encore beaucoup de choses à perfectionner. Et c'est sans compter l'armure.

- Et votre armure est solide jusqu'à quel point ? questionna Fareeha.

- On a mit l'accent sur la résistance aux chocs afin de garantir la vie du pilote, continua Hamed qui paraissait apprécier ses questions. L'armure doit pouvoir encaisser des chocs frontaux ainsi que des chutes de haute altitude. On aimerait éviter que l'armure devienne un cercueil volant.

- Inch'allah ! ajouta Khalil.

- A part cela, l'armure encaisse un nombre raisonnable de balles mais je n'irais pas tenter tout de suite sa solidité face à des roquettes, reprit Hamed.

- Avant les roquettes, il faut déjà survivre aux atterrissages forcés, ironisa Fareeha en souriant. Je parle en connaissance de cause.

- On a aussi pas mal pratiqué de notre côté, répondit le capitaine Khalil.

Hamed éclata de rire, bientôt suivi par Khalil sous le regard amusé de Fareeha. Elle aurait pu continuer encore longtemps à poser toutes sortes de questions sur l'armure de combat et sur leurs avancées mais ils furent interrompus par le professeur Kiritoru qui venait de les rejoindre.

- Je suis monté à votre bureau et on m'a dit que je pourrais vous trouver ici, dit-il à Axelle Rosado restée en retrait.

- Navré, Professeur, s'excusa l'inspectrice. Je crains que nous ne nous sommes trop attardés ici. Lieutenant, je pense qu'il est temps de retourner à mon bureau pour laisser l'équipe travailler.

- Vous avez raison. Messieurs, heureuse de vous avoir rencontré, déclara Fareeha en tendant la main aux deux hommes, et bon courage.

- De même, Lieutenant, répondit Hamed avec un sourire.

Le capitaine Khalil préféra laisser échapper :

- Peut-être à très bientôt sur la piste de décollage.

Fareeha répondit à sa remarque avec un sourire courtois puis elle tourna les talons, non sans avoir regardé une dernière fois Khalil remonter sur la plateforme de décollage avec l'armure de combat.

- Qu'avez-vous pensé du projet Raptora, Fareeha ? questionna le professeur alors qu'ils traversaient le hangar.

Il s'agissait d'un nom adapté pour le projet : Raptora s'apparentait aux « raptors », soit au terme pour désigner les oiseaux de proie dans la langue de Shakespeare. Après tout le ciel appartenait aux rapaces et à aucun autre prédateur. Helix savait y mettre les formes quand il s'agissait de nommer leurs programmes de recherche.

- Très impressionnant. Le prototype a été considérablement amélioré.

- J'espère que cela vous a plu, déclara Rosado. Nous comptons l'utiliser sur le terrain dès que possible.

Fareeha repensa à ce qu'elle s'était dit auparavant lorsqu'elle était entrée dans le complexe de Helix : Rien n'est laissé au hasard. Il fallait bien avouer que Rosado savait y faire pour séduire son public.

- Merci beaucoup de m'avoir montré ce projet, répondit-elle sobrement. Je suis heureuse de savoir que ce projet d'armure avance bien et ce entre de bonnes mains.

- Si vous veniez à rejoindre nos effectifs, rien ne vous empêcherait d'être de nouveau impliquée dans ce projet.

- C'est bien pour ça que vous m'avez montré l'armure de combat ? ajouta Fareeha. Pour influencer ma décision ?

- Je vais devoir me répéter, Lieutenant, répliqua Axelle Rosado. Nous désirons vous avoir dans nos rangs et j'ai dévoilé toutes mes cartes pour vous séduire. Nous estimons que vous avez votre place ici que ce soit sur le projet Raptora et au sein de l'équipe de la sécurité. Le capitaine Khalil Khoury dirige lui-même une équipe de sécurité tout en s'impliquant dans le projet. Les deux ne sont pas inconciliables. Mais cela reste votre décision et je la respecterais. De toute manière…

Rosado fut interrompu par un appel provenant de son bracelet holographique.

- Pardonnez-moi, mais je dois répondre, dit-elle. Professeur, emmenez le Lieutenant dans mon bureau. Je vous rejoins dès que j'ai fini.

Alors qu'ils se dirigeaient vers l'ascenseur, Fareeha profita de cette interlude pour se plonger dans ses pensées. Elle devait bien songer au poste qu'on lui offrait. Rien ne l'obligeait à donner sa réponse maintenant après tout. Si Helix désirait tant l'engager alors ils lui laisseraient sûrement toute la latitude nécessaire pour décider. Elle était entrée curieuse dans la base mais depuis qu'elle l'avait revu, tout son esprit était porté vers le prototype d'armure de combat. L'hésitation commençait à la tirailler.

L'armée égyptienne serait la première à pouvoir bénéficier de l'armure lorsqu'elle serait finalisée mais dans combien de temps ? Peut-être dans deux ou trois ans. Non, le délai serait bien trop court, il fallait compter sur au moins cinq ans. Qu'est-ce qui la liait encore à l'armée égyptienne ? La plupart de ses amis, qui s'étaient engagés en même temps dans l'armée, avait décidé de ne pas rempiler, préférant retourner à la vie civile et se tourner vers le privé. Les portes de l'ascenseur se refermèrent derrière elle et le professeur qui l'interpella :

- Permettez-moi de donner mon avis, Fareeha, mais je suis parfaitement d'accord avec Madame Rosado. Vous êtes taillé pour ce poste. Cela ne fait aucun doute pour moi.

- Puis-je vous poser une question, Professeur, demanda-t-elle.

- Je vous en prie.

- Est-ce que vous aimez travailler ici ?

Arata Kiritoru sortit un mouchoir de la poche de sa veste et retira ses lunettes pour les essuyer délicatement.

- Pour vous répondre, cet endroit m'évoque beaucoup les années passées à Overwatch. Je n'ai pas travaillé ici à l'époque mais depuis que j'ai été embauché par Helix, j'ai retrouvé un sentiment similaire que lorsque j'étais en poste en Suisse et à Helsinki. Helix a repris cette base pour poursuivre l'action d'Overwatch et a rassemblé de nombreux scientifiques et des ingénieurs de toutes les nationalités. C'est terriblement enrichissant comme expérience pour un scientifique comme moi. Cela émule les réflexions et repoussent les aprioris sur nos connaissances. Je suis très heureux de travailler ici. Helix me permet d'avoir accès des moyens illimités pour poursuivre mes recherches et je dispose d'une grande autonomie pour les mener. Surtout que notre tâche est ardue et laisse peu de place à l'erreur.

La voix du professeur avait pris en gravité alors qu'il terminait sa phrase. Fareeha ne l'avait jamais vu comme ça. Sur ses traits habituellement joviaux, elle pouvait y lire de la mélancolie et une certaine fatigue. Il remit ses lunettes sur son nez et un authentique sourire naquit sur son visage.

- Vous connaissez la situation en dehors de ses murs, Fareeha, continua le professeur. Gizeh et le Caire sont gangrénées par la violence, le crime et la misère. C'est pour ça que la présence d'une compagnie comme Helix est nécessaire. Ils sont en mesure de garantir la sécurité de tous, bien au-delà de ce que les autorités locales peuvent faire.

- Si les ressources de Helix sont illimitées, pourquoi ne les aident-ils pas ? rétorqua Fareeha.

- Ce serait contre-productif, répondit Kiritoru en hochant la tête. Les bureaucrates et les représentants des autorités sont corrompus. De puissants chefs de gang ont la main mise sur la ville. Tout ce que Helix pourrait injecter dans les institutions tomberaient immédiatement dans leurs poches. On ne peut se reposer que sur les officiers de sécurité de la compagnie pour veiller sur la base et sur la ville. Il y a tant de choses à faire et tant de risques.

- Bien sûr, à cause d'A…

- Chut !

L'avertissement du professeur l'intima à se taire alors que les portes de l'ascenseur s'ouvraient devant eux.

- Nous serons plus à notre aise pour discuter dans le bureau de Madame Rosado, annonça le professeur en passant devant les employés de Helix qui attendaient l'ascenseur.

Fareeha suivit Arata Kiritoru, traversant les couloirs des bureaux de l'administration, pour rejoindre le « poste de surveillance » d'Axelle Rosado. Alors qu'elle passa la porte du bureau, Fareeha fit bien attention à la refermer derrière elle, afin d'éviter d'être entendue par des oreilles indiscrètes.

- Je suis désolé pour toute à l'heure, dit-elle. J'ai manqué de prudence.

- Le Docteur Liao disait toujours : « Le seul excès acceptable, c'est l'excès de prudence », répondit Kiritoru en récupérant sa tasse de thé froid, et lorsque Mina Liao vous donnait un conseil de vie, même les plus expérimentés comme moi écoutaient. Je me souviens que le professeur Motylesçù l'avait repris à son compte. Il répétait : « Le seul excès acceptable, c'est l'excès d'alcool ». Cela faisait beaucoup rire nos collègues d'Helsinki mais il ne l'a jamais dit devant Mina, il avait bien trop de respect pour elle.

Fareeha entendit les petits rires de Kiritoru mourir dans sa gorge. Le professeur regarda le fond de sa tasse et but une longue rasade de thé. Elle avait déjà entendu quelque part le nom du professeur Motylesçù mais elle ne pouvait ignorer celui de Mina Liao. C'était une éminente chercheuse en intelligence artificielle et en robotique, connue et reconnue dans le monde entier pour avoir pris part à la création des omniaques et pour être l'un des membres fondateurs d'Overwatch. C'était surtout un esprit brillant à l'origine de nombreuses avancées dans les domaines scientifiques et technologiques et qui avait malheureusement perdu la vie dans un attentat. Fareeha se rappelait l'avoir croisé à quelques reprises lorsqu'elle était enfant : l'image d'une femme souriante en tenue de laboratoire lui revint en tête.

- J'envie votre jeunesse, Fareeha, déclara Kiritoru nostalgique en s'installant sur un des fauteuils en face du bureau. Les jeunes gens comme vous regardent toujours vers l'avenir, la tête emplie d'espérances et d'ambitions. Les vieux hommes comme moi, regardent par-dessus leurs épaules, ressassent leur passé, revoient leurs fantômes et leurs regrets.

La mélancolie dans la voix du professeur poussa Fareeha à le rejoindre. Elle s'assit sur le fauteuil adjacent et posa sa main sur le bras d'Arata Kiritoru.

- Professeur, il est inutile de vous apitoyer comme ça. Vous avez accompli de grandes choses et vous continuerez à en accomplir d'autres. Et puis vous n'êtes pas aussi âgé que vous le prétendez.

La bouche du professeur se tordit en une grimace amusée et il se mit à rire lentement.

- Pardonnez-moi, Fareeha. Vous revoir me rappelle d'anciens souvenirs et surtout de très bons moments. Vous ressemblez tellement à votre mère, surtout avec votre tatouage à l'œil. Depuis quand l'avez-vous ?

- Je me le suis fait tatouer peu de temps après sa mort, expliqua-t-elle. C'était un moyen de me rappeler d'elle, de lui faire hommage. L'Oudjat est un symbole protecteur. Je pense que c'était une manière, pour l'adolescente que j'étais, de me convaincre que même si ma mère n'était plus là, elle continuait toujours à veiller sur moi.

- Je suis certain qu'elle serait très fière de la jeune femme que vous êtes devenue, avoua Kiritoru.

- J'essaie sans cesse d'honorer sa mémoire et d'être à la hauteur de ce qu'elle a accompli, répondit-elle avec en esquissant un sourire. Ma mère espérait que je ne suive pas sa voie mais j'ai fait tout l'inverse.

- Ana nous parlait énormément de vous. Je crois me souvenir qu'une fois, elle nous avait dit qu'il fallait qu'elle vous amène plus souvent aux laboratoires de recherche afin vous puissiez fréquenter - et ce sont ses termes – des « hommes d'esprit ». Votre mère se plaignait que vous n'aviez d'yeux que pour le lieutenant Reinhardt et les commandants Reyes et Morrison.

- J'ai toujours un poster de Reinhardt quelque part chez moi, plaisanta-t-elle. Depuis que je suis toute petite, je rêve de rejoindre Overwatch.

Evoquer ces noms parut ranimer l'amertume du professeur mais ce dernier n'était pas le seul à se remémorer avec bienveillance cette époque. Que ce soit Reinhardt, Torbjörn, Jesse, Gabriel ou Jack, elle en avait fait ses modèles d'enfance : des héros infatigables et invincibles qui ne cédaient pas face à l'adversité. Et au sommet de ce panthéon de héros, il y avait sa mère : la fière et redoutable capitaine de l'armée égyptienne qui, par ses exploits militaires, s'était vue octroyée une place au sein de la puissante force internationale Overwatch.

C'est normal pour un enfant d'admirer des héros et d'idolâtrer ses parents. Mais ces douces illusions prenaient toujours fin en grandissant et Fareeha en avait fait la triste expérience. Un jour, en rentrant des cours, on lui avait annoncé que sa mère avait disparu lors d'une mission en Pologne et qu'elle était présumée morte. Elle avait espéré de toute ses forces qu'Overwatch la retrouverait ou qu'elle réapparaitrait un jour ou l'autre en pleine santé, comme si de rien n'était. Mais rien de tout cela ne s'était produit. On avait enterré un cercueil vide au nom d'Ana Amari et Fareeha avait fait ses adieux à sa mère et à son héroïne d'enfance. Même les héros n'étaient pas immortels : Jack et Gabriel périrent dans l'explosion du quartier général d'Overwatch bien après que Reinhardt eut été poussé à quitter l'organisation. Torbjörn et Angela étaient retournés à la vie civile tandis que Jesse McCree s'était évaporé dans la nature.

Son père avait fait le nécessaire pour essayer de lui faire oublier Overwatch et d'atténuer la perte de sa mère, limitant tous ses contacts avec les anciens membres de l'organisation. Il ne cessait de répéter qu'elle devait aller de l'avant, laisser le passé derrière elle. Pourtant le passé avait pris la fâcheuse habitude de la rattraper.

- Overwatch n'existe plus mais le monde continue de tourner et il faut finir ce que l'organisation a commencé.

En terminant sa phrase, le professeur Kiritoru traversa la pièce pour ramener sa tasse sur le meuble où il l'avait trouvé.

- Vous savez ce que j'ai vu lorsque Helix est venu me solliciter pour que j'intègre leurs équipes ? s'interrogea Kiritoru. Une opportunité. Lorsque le Docteur Liao a rejoint Overwatch, elle a toujours dit que c'était une manière pour elle de réparer les erreurs qu'elle avait commises en créant les omniaques. Eh bien, Helix m'a offert une opportunité de réparer des torts que j'ai pu indirectement causer. Cette IA divine qui sommeille ici est une menace à l'échelle de tout le pays. Les plus pessimistes parlent d'une menace d'un niveau mondial, susceptible de relancer une nouvelle crise omniaque. Mais, imaginez Fareeha, si nous parvenions à la neutraliser complétement, ou encore mieux, la retourner en notre faveur. Reprogrammer Anubis nous permettrait de pouvoir utiliser cette intelligence artificielle afin qu'elle remplisse sa fonction originelle : organiser, gérer et faciliter la vie de l'humanité tout entière. A cause d'Anubis, aucune intelligence artificielle ne peut coexister sur une centaine de kilomètres à la ronde.

- Pourtant, vous utilisez des omniaques sur la base, objecta Fareeha en repensant à l'apparition inopinée de Okoro plus tôt.

- J'ai programmé Okoro ainsi que les autres intelligences artificielles moi-même. Ils ont été créés pour réagir à toute intrusion dans leurs programmes. Anubis ne pourrait pas s'en servir. J'ai fait le nécessaire pour que cela ne se produise pas. La puissance d'Anubis permettrait à l'Égypte de retrouver un nouvel élan. Cette intelligence artificielle pourrait contrôler l'irrigation et la rotation des cultures, gérer les infrastructures de transports et de communication et ainsi permettre le retour d'autres IA qui amélioreraient le quotidien des habitants. Le Caire pourrait sortir de cette période noire dans laquelle il s'est retrouvé embourbé et envisager un nouvel avenir plus radieux. C'est en tout cas ce en quoi je crois et la raison pour laquelle je travaille d'arrache-pied pour y parvenir.

- C'est tout de même très risqué, dit Fareeha.

- Oh oui ! Terriblement risqué ! répondit le professeur. Nous travaillons lentement, très lentement mais avec une extrême prudence. Si Anubis venait à sortir de son sommeil pendant que nous essayons de modifier son programme, les conséquences seraient catastrophiques. Pour tenter de vous expliquer l'ampleur de la tâche, c'est comme essayer de bloquer l'eau d'un barrage avec un trou de la taille de son index. On doit retirer son doigt du trou avec minutie mais au moindre geste, on risque de laisser s'échapper un déluge et de briser le barrage par la même occasion.

La comparaison semblait plaire au professeur mais Fareeha y voyait une analogie que seuls les chercheurs en intelligence artificielle étaient en mesure de comprendre.

- Helix n'est pas Overwatch mais leurs objectifs se confondent. Le monde continue de tourner et je suis certain que de nouvelles menaces surviendront un jour ou l'autre. Helix tente de prévenir ces risques afin de maintenir la paix et la sécurité. Chacun ici doit faire sa part et nous avons besoin de personnes de votre trempe.

Dans le discours du professeur, Fareeha crut reconnaitre les mots d'Axelle Rosado. Le poste qu'on lui offrait était fait pour elle et correspondait parfaitement à sa formation et à ses attentes. De plus, ses doutes s'étaient évanouis dès lors qu'elle avait revu l'exosquelette de combat du projet qu'elle avait pris tant à cœur.

Axelle Rosado avait tout mis en œuvre pour présenter ce poste sous les meilleurs angles et cette insistance avait néanmoins contribué à troubler son jugement. Fareeha repensa à cette opportunité qu'on lui offrait sur un plateau et songea qu'il serait peut-être malavisé de ne pas la saisir.

- Excusez-moi, annonça Rosado en entrant dans son bureau. L'appel a duré plus longtemps que prévu.

- De mauvaises nouvelles en perspective ? questionna Kiritoru.

- Pas de mauvaises nouvelles, uniquement de petites complications, répondit-elle en rejoignant son fauteuil.

Les yeux noisette d'Axelle Rosado se posèrent sur Fareeha, la faisant sortir de ses pensées.

- Lieutenant Amari, je crains qu'il ne faille écourter notre visite d'aujourd'hui. J'ai des imprévus à régler. J'espère que vous comprendrez.

- Je comprends tout à fait…, répondit-elle.

- Si vous le voulez bien, reprenons la visite demain afin que vous puissiez voir les différentes parties du complexe avant votre vol retour. Je vais envoyer quelqu'un pour vous mener à vos appartements et ne vous inquiétez pas, nous prenons en charge votre repas.

- Je peux me charger de lui faire visiter les dortoirs et les parties communes, indiqua Kiritoru. J'ai encore un peu de temps devant moi.

- Faites, Professeur, termina Rosado. Prenez vos aises, Lieutenant, et profitez de la soirée pour réfléchir à notre proposition. La nuit porte conseil.

- Ce ne sera pas nécessaire, dit immédiatement Fareeha. J'accepte votre offre.

Axelle Rosado parut se raidir sur sa chaise à l'entente de sa réponse et Fareeha crut discerner un large sourire se dessiner sur le visage du professeur Kiritoru.

- À la bonne heure, répondit Axelle Rosado. Je suis très heureuse de l'entendre !

- Vous n'allez pas le regretter, Fareeha, ajouta le professeur en tapotant son épaule.

Fareeha se sentit plus légère maintenant qu'elle avait rendu sa décision. L'impatience remplaça rapidement l'hésitation et elle envisagea pleinement cette nouvelle expérience au sein d'Helix. Elle constata que même Rosado semblait soulagée et terriblement satisfaite par son choix. Elle aperçut l'inspectrice d'Helix sortir une bouteille de champagne de son tiroir.

- Je garde cette bouteille pour les grandes occasions et je pense que celle-ci en est une, dit-elle avec un grand sourire.

L'inspectrice sortit trois flûtes d'un meuble puis ouvrit la bouteille avant de leur servir son contenu.

- Je croyais que vous aviez des imprévus à régler, souligna Fareeha en récupérant un verre de champagne.

- Ils pourront attendre, répondit Rosado. Tout comme les formalités administratives vis-à-vis de votre futur contrat. Nous aurons tout le temps pour nous en occuper plus tard. Pour l'instant, bienvenue parmi nous. A notre future et longue collaboration !

Les trois trinquèrent et Fareeha dut concéder une nouvelle fois que chez Helix, rien n'était laissé au hasard.


Bonjour à tous !

Ok. Bon. Ce nouveau chapitre arrive clairement en retard par rapport au rythme de publication des chapitres précédents. Je vous avais dit de ne pas vous y habituer et je le répète encore aujourd'hui. Les chapitres arrivent à leur rythme et le responsable pour cette longue pause n'est autre que moi ainsi que des activités connexes comme World of Warcraft ou le confinement de fin octobre lié à l'épidémie de COVID-19 en France qui ne met pas dans les meilleurs conditions pour écrire.

Bref, après ce passage vis ma vie dont l'intérêt est limité pour vous, je vous livre le chapitre 7 d'Overwatch - Crossroads centré sur le personnage de Fareeha Amari. Un chapitre assez spécial qui amorce l'arc de « Pharah » et que j'ai écrit tout en commençant un autre chapitre lié à un personnage proche de Fareeha. Je ne pense pas avoir besoin de vous le décrire. Vous savez de qui je parle. Je ne fais pas ce genre de choses d'habitudes mais j'avais très envie de traiter un peu les deux personnages en même temps mais avec le recul, je suis très impatient d'arriver sur celui du second personnage mais avant cela il fallait passer par Fareeha, ce qui est chose faite.

Le personnage de Fareeha est plutôt déroutant. A part les dialogues in-game et le comic qui lui est consacré, on sait très peu de choses sur elle. Il manquerait un petit quelque chose en plus en lore pour mieux la cerner et j'ai dû suivre ma propre vision du personnage. Bien que certains disent que Pharah possède un côté « Captain America », je pense qu'elle a des aspirations personnelles qui vont bien au-delà de la justice, de sa mère et d'Overwatch.

J'espère que le chapitre vous aura plu en tout cas. Pour le prochain chapitre, mon cœur balance entre aborder un nouveau personnage et revenir sur un autre déjà introduit. La seconde option me semble être plus probable cependant. Je ne préfère pas me prononcer sur son éventuelle date de sortie, il n'est pas encore entamé.

Merci à Etsukazu pour sa relecture et son suivi du chapitre ! Pour ceux qui me suivent vous savez que c'est un très bon ami à moi, qui écrit une fanfiction sur l'univers de A Song of Ice and Fire « Le Trône de Fer/Game of Thrones » qui se nomme « LE PRINCE DE PEYREDRAGON », que je vous invite chaudement à aller lire. J'en profite pour également remercier Sarhtorian pour son aide à la relecture ainsi que ceux qui mettent des kudos ! Ça fait toujours plaisir.

À très bientôt pour la suite et prenez soin de vous !