Bien, à partir d'aujourd'hui, j'annonce que je vais sortir un chapitre par semaine, le dimanche ! C'était soit ça, soit l'exploitation... Mais ne vous en faîtes pas, j'ai encore un peu d'avance sur la publication ! Il faut juste que je m'encourage à reprendre l'écriture du chapitre sur lequel je bloque et c'est bon !

En attendant, la formule habituelle : bonne lecture !


Chapitre VIII

Le Roi apparaît - L'Assassin de Labyrinthe

L'île était grande. Cela, il ne le savait pas. Tout ce dont il était certain, c'était qu'il n'avait pas le droit de quitter son quartier. Il avait lu, dans un autre livre, que les villes étaient construites à terre. La sienne, toute faite de ponts et de constructions en hauteur, dérogeait à la règle. Il n'aimait pas sa ville. Elle empestait. Quand il l'avait fait remarqué à ses parents, les deux avaient refusé de lui dire pourquoi. Ce n'était qu'une chose de plus que l'enfant ignorait.

Il savait que son quartier allait subir une razzia, même s'il ne savait pas ce que cela signifiait. C'était son père qui l'avait dit. Sa mère se taisait, regardant tous les jours l'extérieur, la mine inquiète. Elle avait perdu la voix le jour de la nouvelle, pleurant chaque jour en souvenir de ses propres parents décédés.

L'enfant rêvait, lui. Il rêvait d'aventure, de rêves impossibles. De choses d'enfants.

- Papa ! Maman !

Un jour comme un autre, il était revenu en courant chez lui. Il ne savait pas pourquoi les adultes ne sortaient pas. Lui, il avait le droit. C'était lui qui partait faire les courses, évitant les racailles qui tentaient de le voler. C'était une de ces fois, quand il était parti au marché, qu'il avait fait sa plus grande trouvaille : un livre. Un livre racontant mille histoires d'aventures. L'homme les expliquait de manière si réelle qu'il n'avait pu s'empêcher de les voir comme telles. Il voulait rencontrer des géants, des hommes poissons, des sirènes... Il voulait voir les îles dans le ciel, naviguer sur les nuages.

Il avait voulu partager cela à ses parents. Sa mère avait cru voir arriver la milice dans sa précipitation, mais s'était vite calmée. Son père, tout aussi inquiet, lui avait souri en remarquant l'objet de son excitation.

- Un livre de contes ? Ça a l'air bien.

Ils s'étaient empressés de le lire ensemble par la suite. Sa mère aimait l'histoire du peuple du ciel, son père les géants d'Erbaf. Lui, il les adorait toutes. Un jour, il quitterait cette ville et irait les trouver. Le monde l'attendait.

C'est dans le fort de ce rêve semi-constant dans lequel il s'était réfugié que s'enfonça le bélier de la réalité.


Son livre dans les mains, son sourire aux lèvres, l'enfant rêvait. A quoi ressemblait les îles célestes ? Il avait vu qu'il pouvait les atteindre grâce à un étrange courant marin. Peut-être qu'un jour, il réussirait à embarquer dans un bateau qui s'y dirigeait.

Non, pas peut-être. Sans aucun doute.

Alors qu'il relisait une nouvelle fois ce chapitre qui lui plaisait tant, des bruits de pas se firent entendre dans la rue.

- Eh, y a le bouseux !

Jean, le chef de cette bande de petites frappes, était un enfant obèse. Il était aussi gros que fort. L'enfant avait peur, tout comme les autres enfants du quartier, de ses coups, si bien qu'il trouvait habituellement un moyen de leur échapper. Mais cette fois, il n'avait pas fait attention. Il aurait dû lire chez lui, avec ses parents. Pas ici.

Le groupe s'approcha de lui alors qu'il cachait rapidement son trésor dans son sac. Le geste ne passa malheureusement pas inaperçu.

- C'est quoi ça ?

Jean tira violemment son bras, le faisant tomber en bas des escaliers. Un homme regarda à la fenêtre. Mais il ne l'ouvrit pas. Le garçon cruel rit en voyant le titre.

- Eh, le bouseux croit encore aux contes de fée !

Un caquètement insupportable résonna alors que les autres constataient la même chose. L'enfant ignora ses yeux qui piquaient à cause de ses genoux écorchés, préférant récupérer son livre.

- Rends le moi !

- Il se défend le bouseux ?

Le regard de Jean se fit sombre. Un sourire carnassier s'étala sur ses lèvres.

- Il va falloir lui faire la leçon.

Immédiatement, l'enfant aux cheveux bleus sut ce qu'il allait lui arriver. Il prit rapidement ses jambes à son cou, espérant rentrer chez lui, à l'abri.

- Rattrapez le !

Le bruit des pas derrière lui s'ensuivit aussitôt. Les autres enfants arrivaient sur lui. Il sentit une main dans son col, le tirant en arrière. Tombant dans un bruit sourd, l'enfant crachota lamentablement. Un coup de pied s'écrasa dans ses côtes. Les larmes coulèrent sur son visage. Ses jambes rentrèrent sous lui. Les coups pleuvaient.

Il ne savait pas combien de temps cela dura. En réalité, il avait depuis longtemps perdu connaissance. Quand il se réveilla, le ciel était encore clair. Les nuages passaient, méprisant dans leur liberté sa douleur. Son livre était face contre terre à côté de lui. Plusieurs pages étaient éparpillées autour.

- Lève-toi gamin.

Il essaya tant bien que mal. Ses bras et ses jambes lui faisaient mal. Ses côtes devaient avoir reçu plus d'un coup. Les larmes avaient laissé des sillons sales sur ses joues. Levant la tête, il regarda l'homme qui venait de lui parler. Il était grand, très grand. Une longue cape recouvrait son corps. Un capuchon cachait son visage.

- Tu ferais mieux de pas rester ici.

La voix froide le gela sur place. Hochant lentement la tête, il commença à se diriger chez lui. La lourde main de l'inconnu l'arrêta.

- Pas par là. Tu quittes le quartier.

Au même moment, un cri se fit entendre. D'autres hommes en noir sortaient de force des gens de leur maison. Une femme était traînée au sol par les cheveux, réclamant inlassablement de l'aide pour son mari. Une autre l'appela. C'était sa mère.

Il essaya une nouvelle fois de la regarder, mais l'autre l'en empêchait.

- Quitte le quartier maintenant gamin.

Au prix d'une longue lutte, il parvint à se dégager de la prise de l'homme. Il rejoignit en vitesse sa mère, elle-même traînée par d'autres personnes. Son père gisait sur le sol. Du sang dégoulinait de son torse. Les bourreaux lui donnèrent un coup de pied, l'empêchant de s'approcher. Il tomba une nouvelle fois au sol mais tenta de se relever. Le premier homme, revenu entre-temps, l'assomma.


Quand il était retourné, quelques heures plus tard, dans son quartier, il n'y avait plus de bruit. Plus de cris, de supplications, de gémissements. Les maisons étaient saccagées. Tous les enfants s'en étaient sortis. Les adultes, eux, avaient disparu.

Il avait marché dans les rues silencieuses. Plus personne ne regardait à travers les carreaux cassés. Plus personne ne criait aux gamins de se taire. Plus personne ne riait dans les habitations.

Tous étaient sur la place, pendus.

L'enfant savait que ce n'était pas un rêve. La femme autrefois souriante, si inquiète en regardant par la fenêtre, si passionnée quand elle faisait part de ses rêves, pendait misérablement au bout d'une corde. L'homme si drôle auparavant, celui qui trouvait toujours le mot pour faire mouche, celui qui s'amusait à lire ce livre avec lui, adorant les mêmes choses, gisait au sol, du rouge dégoulinant de son corps tabassé.

La purge du quartier avait eu lieu. Labyrinthe accueillait de nouveaux cadavres.

Ce n'était que le début d'une exécution de masse. La suite fut toute aussi virulente. Tous les adultes d'un quartier cible étaient exécutés. Lui avait toujours réussi à fuir dans les tréfonds de la ville, là où personne ne le trouverait. Puis, un jour, il eu dix-huit ans.

Il avait l'âge de sa mort.

Ce jour là, il avait pris deux épées dans les cales de la milice. Il était rentré dans la salle principale. Tous les hommes l'avaient attaqué. Le fer rougi de ses lames reflétaient son regard hagard. Le corps de l'homme de la dernière fois était couché devant lui, figé dans une expression de pure terreur. Il l'avait tué.

Il les avait tous tués.

Ce jour là, la milice de la cité du crime fut annihilée par un seul homme. Plus personne n'avait revu celui qui devint par la suite l'Assassin de Labyrinthe.


L'homme sans visage savait que ce qu'il avait fait ce jour là était terrible. Il ne comptait même pas le nombre de personnes décédées. Tout ce qu'il voulait, à cette époque, c'était fuir. Il voulait quitter cette ville, son identité, ses souvenirs. Il voulait vivre et répertorier les aventures de son livre. Mais il n'avait jamais pu. Et un jour, il était arrivé sur le Fourmilion des mers.

Il était devenu Masked Deuce.

Ace restait silencieuse une fois le récit du pirate fait. L'homme masqué ne pouvait pas lui en vouloir. Elle était accompagnée d'un meurtrier. Un meurtrier rêveur, certes, mais il avait tout de même du sang sur les mains.

- Alors c'est ainsi...

La femme au chapeau de cow-boy leva la tête, ses longues mèches sombres pendant dans un mouvement de balancier.

- Il a massacré la milice de la ville des crimes...

Deuce ferma les yeux, attendant la sentence. Il l'accepterait.

- Et ?

Tous la fixèrent avec de grands yeux, ne comprenant visiblement pas. Deuce releva vivement la tête. La fille du roi des pirates eu un rire.

- Il a tué la milice de la cité des crimes ? Et bien...

Ses flammes s'échappèrent de ses bras, faisant sursauter les pirates.

- Vous allez quand même pas me dire que vous avez jamais tué des marines, vous ?

Son sourire fit frissonner tous ceux qui la regardaient. Deuce ne pouvait même pas réagir.

- Ace...

- Tu as fait ça pour une raison, non ?

Ses yeux gris croisèrent ceux de l'homme.

- Tu m'expliqueras plus tard, d'accord ?

Il ne pouvait qu'acquiescer en regardant la jeune femme avancer vers leurs ennemis. Elle eu un sourire sauvage.

- En attendant, on a quelque chose à finir !

Un rire hystérique s'échappa de sa gorge avant qu'il ne s'en rende compte. Soit, elle était folle. Il ne voyait que cela pour l'expliquer. Cela ne lui donnait rien de plus qu'une nouvelle raison de la suivre. Emboîtant ses pas, il ricana.

- Ace, je peux te demander un service ?

Sa capitaine lui rendit son regard.

- Tu me laisses ce mec ? J'ai quelque chose à récupérer.

Il désigna le capitaine d'un mouvement de la tête. Comprenant mieux, Ace hocha la tête.

- Tu veux lui prendre ses armes ? D'accord !

Sur ce, elle se jeta à corps perdu sur la masse de pirates décuvant visiblement mal.

Il se sentait plus léger maintenant. Un sourire serein sur les lèvres, il adressa toutes ses politesses à son adversaire. Il avait tué une milice entraînée. Un capitaine minable ne serait clairement pas un problème.


- Alors ?

Deuce haussa un sourcil alors qu'il astiquait ses épées. L'autre avait fait un travail bâclé. Il avait un mois de soin au minimum à rattraper.

- Quoi ?

Ace se cambra dangereusement sur la rambarde sur laquelle elle était perchée. Un sourire peignait son visage.

- Ces épées. C'était les tiennes ?

Il se rappela immédiatement qu'il avait oublié de le lui dire.

- Ouais. Je les ai trouvées à Labyrinthe.

- Comment t'as fait pour les perdre ? Tu l'as battu rapidement tout à l'heure.

Deuce arrêta son geste, un profond sentiment de culpabilité le traversant. Ce n'était pas une histoire dont il pouvait être fier.

- Disons que... je les lui ai laissées.

Lorsqu'il avait eu l'opportunité de se débarrasser des derniers souvenirs de son crime, il avait sauté sur l'occasion. Le regret était venu plus tard, quand il avait voulu les dégainer au moment de se battre contre des pirates. Il avait vite souhaité les avoir à nouveau.

Ace éclata de rire en comprenant.

- Sérieusement ? T'es pas croyable !

L'autre sourit pitoyablement. Il n'avait même pas la force de se défendre. Après tout, c'était réellement de sa faute, cette histoire. Jetant un dernier coup d'œil à la brillance de Sanguine, il essaya de l'utiliser. Elle coupait toujours aussi bien.

Se tournant vers sa capitaine, il rengaina la lame.

- En tout cas, sache que tu peux désormais compter sur moi.

Elle acquiesça. Son regard se perdit sur l'étendue bleue du ciel. Son premier compagnon était quelqu'un de confiance. Même si elle n'avait pas l'incroyable capacité de Luffy pour juger les autres, son instinct lui disait qu'il n'était pas un traître. Ses pensées se tournèrent vers ses origines. Face aux pirates, elle avait joué à l'inculte, mais elle avait entendu parler de l'Assassin de cette ville. Un seul homme tuant une milice entière.

Une milice qui elle-même tuait des innocents sans véritable raison.

Sur le coup, le jour où elle avait lu l'article, elle avait été admirative. Pour faire une telle chose, il fallait être fort. Sa curiosité l'avait poussée à s'interroger un peu plus sur la ville aux mille ruelles. Elle n'avait pas du tout apprécié ce qu'elle avait trouvé. Quelques pervers possédaient et vendaient aux enchères des clichés des exécutions.

Elle n'avait pas pensé une seule seconde que ce serait son premier compagnon.

Deuce lâcha ses épées désormais astiquées pour se saisir de son journal. Jetant un coup d'œil à sa capitaine perdue dans ses pensées, il camoufla un sourire. Il avait enfin de l'inspiration.

« Ce que je vais vous raconter n'est pas un conte. C'est l'histoire d'une jeune femme à la volonté aussi brûlante qu'une traînée de flammes. Son nom était Ace, et elle était la femme la plus folle qui m'est été donné de rencontrer... »


Elle avait aimé ses longs cheveux noirs, car sa mère aimait les coiffer.

Elle avait aimé ses étranges yeux, car son père lui disait que c'était les plus beaux du monde.

Elle avait aimé chanter, car cela la réconfortait quand les autres enfants étaient cruels avec elle.

Le jour où elle eu ce collier, sa vision changea.

Elle avait compris que ses cheveux seraient une faiblesse, donc elle les coupa.

Elle avait compris que ses yeux étaient terrifiants, donc elle les cacha.

Elle avait compris que chanter ne servirait plus à rien, donc elle se tut.

Elle avait compris qu'elle ne serait plus libre, donc elle pleura.

Elle avait compris que son sexe était un problème, donc elle devint un homme.


Sur le pont du bateau sur lequel naviguaient une femme au chapeau de cow-boy orange et un homme cachant son visage sous un masque torsadé, aux côtés de son As et du Roi, la Reine de pique attendait son heure.


Fin de la partie dédiée à Deuce ! La suivante arrive bientôt, ne vous en faîtes pas. J'espère juste qu'elle sera bien accueillie... Et puis zut. Je fais ce que je veux. Un petit commentaire ?

Ciaossu !