"Le temps file vite...

Pourtant, on ne le voit pas forcément défiler.

L'attaque des bandits... Mes mains recouvertes du sang de Scar, tout le reste...

Tout remonte déjà à hier. Contrairement à la journée précédente, la nuit s'est passée sans mauvaises surprises, et les deux enfants sont en train de discuter.

Pendant ce temps, moi, je songe encore. Auprès des miens, je suis réputée comme l'Homunculus qui "manque de méfiance", apparemment, je baisse beaucoup trop ma garde en laissant des brèches ouvertes - me rendant parfois vulnérable. Un fait prouvé, plusieurs fois durant la même journée. Mais quelle importance au final... Quand on ne peut mourir au combat ? Lorsque nous sommes sûrs d'avance d'en sortir vainqueurs, on cherche simplement à rendre la bataille intéressante. On narguant les adversaires plutôt que de s'en méfier par exemple. Je pensais pourtant... Agir comme chaque Homunculus le devrait.

Mais c'est un défaut que je souhaite corriger maintenant, car je dois faire en sorte que les deux gamins s'en sortent vivants. J'ignore combien de temps cela va durer, combien de jours, semaines, ou bien mois, seront nécessaires à Edward pour utiliser la Pierre Philosophale et faire de moi une humaine... Mais, je suis une protection, à la place de tuer : je dois sauver. Ces enfants sont la possible clé de ma réussite, si eux ne peuvent pas faire de moi une humaine, alors peut-être que personne ne le pourra... Ils sont doués, beaucoup trop pour leur âge."

Lust regardait de haut une vue étendue : elle se tenait debout, en hauteur sur une branche d'un grand arbre proche, les bras croisés, le dos au bois. Sa longue mèche recouvrait son œil gauche - pour ne pas changer.

Elle ne le faisait pas de manière intéressée, mais elle écoutait la discussion des deux gamins : ils se plaignaient d'avoir faim dans chacune de leurs phrases. Enfin, le seul à se plaindre de cela était Edward, car bien que préoccupé par les événements récents, son estomac criait famine.

Aucun autre bruit si ce n'était celui de mouvements de feuilles - plutôt gentils, ne pouvait alors distraire Lust...

Elle avait décidé de rester à l'écart de ces humains pour le moment. Elle allait mieux par rapport au jour précédent, où toutes ses émotions étaient comme une tornade la bouleversant mentalement.

"Aujourd'hui, tous mes sens sont calmes et me répondent correctement. Je ne me suis pas évanouie, non plus..."

Ce mélange abrupt et désagréable qu'elle ressentait la veille, était partagé entre ce qu'elle pensait être de l'appréhension - quelque chose qu'elle ressentait rarement [car en général, il s'agissait plus d'une simple petite crainte] mais tellement d'autres sentiments aussi. Comme celui qui l'avait fait tomber à genoux. Il s'agissait non de peur, du moins, peut-être que cela s'en rapprochait - mais c'était pire encore : elle avait tout simplement oublié qu'elle allait bientôt devenir humaine.

"Oublier ma plus grande volonté, mon seul et unique but... Quelle horrible chose a pu être pire que le vide constant que je ressentais depuis ma création ? Le vide ne me rendait pas heureuse, mais au moins, il m'avait toujours laissé penser que j'avais un objectif : m'en débarrasser en devenant humaine."

Ce nouveau sentiment - qui a disparu peu après que Scar soit revenu, m'a temporairement tout enlevé : ma volonté d'avancer, celle de me tenir debout ainsi que celle d'envisager l'avenir.

Dame Dante dit que "ses enfants" ne sont pas capables de ressentir de sentiments, car il s'agit d'une particularité de l'âme. Que seuls les péchés desquels nous possédons les noms, nous font ressentir des choses. Jusqu'à peu, elle avait raison : les exemples ne manquent pas - Envy est le pire jaloux qui existe... Gluttony a toujours faim et ne pense à rien d'autre, Greed était aussi cupide que son patronyme. Et moi, la Luxure : le désir donc, de désirer constamment. Mais quoi ? Je veux être humaine ? Et je me fiche complètement du reste ? Une véritable obsession. Mais je n'ai jamais été certaine. Tout me semble trop incertain pour que je puisse me reposer sur mes désirs.

Mais nos prénoms sont-ils vraiment légitimes ? Et si nous pouvions ressentir autre chose... Tout, et qui ne soit pas lié à des péchés.

Faits désagréables - mais faits normaux : nos sentiments primaires sont constants et ne seront jamais satisfaits sans la pierre philosophale. Le Maître le dit, et je pense qu'elle a raison à ce sujet...

Sinon pourquoi ne puis-je pas imaginer une vie sans humanité à la clé ?

Pas d'humanité sans cette pierre légendaire.

Et la pierre est là, juste sous mes yeux, sous la forme d'un enfant sans corps de chair, dont l'âme est piégée dans une armure vide. Si la pierre avait pu tenir entre mes mains, personne n'aurait pu me l'arracher. Cette forme était véritablement inespérée, et tout cela est de ta faute... Scar."

. . .

L'air entre les pins du bois n'était pas désagréable : surtout pas alors que le soleil brillait, haut dans le ciel.

Donc...

Avec l'envie de ressentir la chaleur chaude de ce dernier, un homunculus a grimpé au plus haut, sautant jusqu'à un autre arbre, plus grand. Après quelques bonds, les branches dépassées empêchèrent de voir en contrebas, mais la vue d'un ciel azur s'offrit à Lust - tout comme les rayons du soleil.

La vue était splendide, et pourtant si ennuyante : de toute cette hauteur, tout ce qu'elle pouvait voir n'était qu'un horizon de vert à perte de vue.

"Sûrement, un bon après-midi de marche sera nécessaire pour franchir ce cap." Se dit-elle.

Une brise matinale vint caresser son visage - pendant que la chaleur de cette énorme boule de lumière dans le ciel, lui chatouillait presque ses joues froides.

Oui, froides : son corps entier était aussi glacial que pâle, mais ce n'était rien, car même par temps froid, avec ses pierres rouges : elle ne risquait rien - son corps ne produisait aucune chaleur corporelle pour se réchauffer, mais les pierres étaient là, et grâce à elles, Lust ne pouvait mourir de froid. Avec une bonne dose de pierres rouges - Bien sûr, car elles n'étaient pas illimitées.

"C'est l'été de toute façon. La météo est stable, le ciel bleu. La température est bonne le reste du temps."

Contempler le paysage était une bonne occupation, malheureusement, elle n'allait pas en profiter bien longtemps - deux voix appelèrent vite son nom :

- Lust !

- Lust ? Tu es où ?

- Hey ! Viens-là tout de suite !

Le dernier appel provenait d'une voix plutôt énervée : celle de Fullmetal, évidemment. Que voulaient-ils au juste ?

Regardant une dernière fois l'horizon, Lust sauta ensuite pour rejoindre la branche sur laquelle elle se tenait précédemment, pour regarder les deux enfants, pendant qu'ils se plaignaient d'avoir faim.

Depuis sa branche, elle répondit aux garçons :

"Je suis là."

Edward et Alphonse entendirent, puis levèrent leurs têtes pour la voir.

"Tu étais où ?" Hurla le blondinet.

"J'étais plus haut, à guetter pour voir quand nous sortiront de cet enfer vert."

"On s'en moque de ça ! On ne te fait pas confiance, rien ne nous dit que tu ne manigances pas quelque chose quand tu es hors de vue !"

Quelle surprise... Se dit-elle de manière sarcastique. Elle se doutait bien ne pas avoir la confiance de ces deux-là - ni celle de personne d'autre d'ailleurs, son maître n'allait pas pardonner sa trahison de sitôt, ni ses frères,..

"Que veux-tu que je fasse, Fullmetal ? Comploter avec un arbre ? Il n'y a aucune menace." Dit-elle calmement. "Depuis l'attaque, je reste aux aguets constamment."

Edward commença à serrer les dents et à remuer d'une manière nerveuse - il était en colère. Cette même colère explosa soudain sous ses cris :

"J'en ai marre ! Je crève la dalle, et est-ce que j'en pose des questions moi ?!"

Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de Lust. C'était donc ça. Le gamin avait faim. Depuis combien de temps n'avait-il pas mangé ? Il a cherché le sanglier que l'homunculus avait tué, mais s'était rendu compte que l'animal avait dû être emporté par un autre - pour le manger évidement. Un loup peut-être... Après tout, le sanglier était plutôt petit, un loup ou une meute aurait pu le tirer, l'emportant dans une tanière.

"N'est-ce pas là une question que tu me poses ? Hélas, tu hurles comme un fou."

Dit-elle en sautant de l'arbre, pour se réquisitionner au sol sans mal - juste en face des gamins, un genou à terre et se relevant aussi vite, pour reprendre :

"Tu ne trouveras rien à manger dans ces environs. Il ne semble y avoir aucune présence, pas le moindre animal. Sauf au lointain, des oiseaux."

Fullmetal balança son poing métallique dans le vide, frappant l'air pour expédier sa défaite, tout en se plaignant tristement :

"Pourquoi ces bois sont si vides en ce moment ? Je vais mourir. Mon estomac est vide, et n'arrête pas de se plaindre : je ne vais pas survivre à ça !"

Croisant les bras, Lust entendit un bruit lourd de sous-alimentation. Edward se frappa le ventre de sa paume pour calmer ses réclamations - pourtant nécessaires, du besoin de nourriture.

"Ce bruit... Me fait penser à mon Gluttony..." Pensa-t-elle en fermant les yeux quelques secondes. Ce satané gourmand.

"Ed, tu peux manger de l'herbe au pire. Comme de la salade." Proposa Alphonse à ses côtés d'une façon humoristique.

"Tu te moques de moi là ? J'ai une tête à bouffer l'herbe ? Tu me prends pour qui, pour un cheval ?"

Le blond fixa son frère d'une telle façon, qu'Al s'est mis à trembler légèrement, bégayant pour s'excuser - tentant de calmer le petit blond nerveux :

"N-Non... Je plaisantais voyons !"

Lust écoutait les deux enfants se prendre la tête pour des choses aussi "futiles" selon elle. Cela montrait à quel point les humains étaient "indescriptibles", et que, même si les Elric avaient une forte réputation derrière eux, ils étaient comme tous les autres : humains bien plus qu'à la surface.

Secouant ses cheveux, la brune courba un bras derrière sa crinière. Un seul de ses yeux était visible - l'autre se cachait sous cette mèche qui lui donnait un air plus séduisante - malgré elle, et se décida à narguer l'Alchimiste de métal :

"Hélas, non pas un cheval. Mais un poney. Un poney nain."

Que venait-elle de dire ? Les yeux du concerné se tournèrent vers elle à la seconde même, emplis d'une colère nouvelle. Pendant quelques secondes, aucun mot ne provenait de ses lèvres, pourtant, d'un seul coup - sans prévenir : sa colère éclata. Il leva sa méca-greffe au poing fermé et lui hurla dessus. Malgré tout, Lust nota que le gamin se retenait pour ne pas exprimer une autre sorte de colère, une rage d'un niveau supérieur :

- Non mais tu te prends pour qui toi !? C'est qui que tu traites de poney, est-ce que tu t'es vue avec ta crinière?! Si je suis un cheval t'es quoi toi, une jument ?!

Tant de cris. Pour rien.

Lust commença à rire. Ce qui déplaisait fortement au garçon.

Pourtant, tout près, se trouvait Alphonse.

Et il semblait soudainement tout énervé à son tour. Pas qu'il pouvait exprimer des émotions sur son casque composé de métal, mais, pour Lust, il semblait l'être effectivement, car très vite, il se déplaça devant elle - pour faire signe de son mécontentement à son grande frère - mais plus petit sur la taille. La grande armure hurla à son tour - contre le blond :

"Hey ! Du calme, fais attention à la façon dont tu parles à une jeune femme, Ed !"

"Ça alors..." Se dit Lust. C'était surprenant. "L'armure parlante prend ma défense ? Intéressant." Un sourire dont elle avait le secret s'est installé sur ses lèvres mauves. Aucun doute pour elle, malgré le fait que l'armure lui cachait la vue, - étant donné cette grande carrure entre elle et le blond, qu' Edward était déjà en train de soupirer de l'autre côté, passant une main dans les mèches blondes et bâtardes traînant sur son front.

"Ok." dit-il d'une voix faible. "Je me calme, je n'avais pas l'intention de rester sur le sujet avec elle... Mais si Scar ne se réveille pas, je vais crever de faim. Ce n'est pas une blague. Ce gros lourdaud va devoir ce réveiller ou c'est moi qui vais le traîner."

"C'est ton problème. Pas le nôtre." Répondit Lust.

Elle se moquait de lui en dépassant l'armure, marchant un peu. Dès qu'elle était près d'Edward, son regard ne la quitta pas : le garçon se retourna même pour fixer le dos pâle et partiellement dénudé de cette robe verte très foncée.

Il avait même une fine colère sur ses traits, que Lust ne pouvait s'empêcher de doser, mais elle a rapidement décidé de l'ignorer, c'était préférable à la crise d'un adolescent. Enfin, en théorie, car ça ne semblait pas du tout plaire à l'alchimiste, qui dit froidement :

"Et si tu allais pêcher, Lust ? Avec tes longues griffes dignes d'un chat de gouttière ? Je ne sais pas, elles doivent bien servir à quelque chose !"

"Chat de gouttière, vraiment ? Tu n'as rien de mieux ? Et mes griffes ne sont pas des..."

Lust se fit interrompre par la voix du gamin blond à nouveau, si bien qu'elle se tourna pour le regarder. Son visage colérique avait laissé sa place à une mine sournoise et un sourire moqueur :

"Justement ! Tu dis vouloir la pierre, nop ? Donc, pour ça, tu as besoin de moi. Et si tu as besoin de moi : je ne dois pas mourir. Crois-moi, je peux facilement mourir de faim. Bah oui. Je suis humain. Peut-être que ton petit pote obèse mangeait juste pour s'occuper malgré ses réserves de mauvaises graisses, mais pour moi, manger et un acte de survie."

"Ne parle pas de Gluttony comme ça." Répondit sévèrement Lust. "Qui crois-tu que je suis misérable gamin ? Ton esclave ?"

Peut-être l'était-elle en partie, comme elle l'avait déjà été pour son maître, mais aller chasser volontairement des animaux pour nourrir un enfant ? Elle était une tueuse, un homunculus - qui détestait sa nature, d'accord, mais de là à faire cela ?

Edward ria faussement :

"Je passe encore une fois une conversation, pour le petit gros. Mais j'ai vraiment besoin de manger..."

Lust fronça les sourcils cette fois, mais avec un sourire aux lèvres.

"Non, même pas en rêves. Tu n'as qu'à brouter l'herbe comme te l'a suggéré ton frère." Dit-elle d'une voix coquine, en posant une main sur sa hanche.

Se moquer du blondinet était sympathique, mais pensant que ce qu'elle venait de dire suffirait, elle n'avait pas prévu ce qu'il allait dire ensuite. En se grattant l'oreille de son index métallique, il sourit à pleines dents en fermant les yeux :

"Mais... Je suis humain, j'ai besoin de manger. D'ailleurs..."

Ses yeux dorés se déplacèrent soudainement et sournoisement à Scar - qui reposait à l'ombre des arbres. Le regard de Lust suivit chaque mouvement des yeux de l'alchimiste, jusqu'à tomber sur l'homme blessé. Là, l'homunculus est restée silencieuse quelques secondes et a haussé un sourcil. Désormais, Edward mêlait Scar.

Cela semblait fonctionner néanmoins, Lust contemplait sa cible. Il reprit :

"Peut-être que tu refuses, car tu penses que je peux aller chasser dans mon état. Et peut-être même que tu penses qu'Alphonse pourrait y aller à ma place. Mais ! Scar est humain lui aussi. Je doute que tu l'as sauvé de ses blessures pour ensuite le laisser mourir de faim. J'me trompe ?"

Confuse, Lust s'est retournée immédiatement :

"Il ne va pas mourir de cette façon. Il n'est pas homme à survivre à l'enfer des guerres pour périr ainsi."

Lust avait l'impression que sa voix tremblait légèrement. Elle avait également l'impression de parler plus pour elle-même qu'à l'intention du jeune garçon, comme pour s'en convaincre.

Après tout... Scar ne pouvait pas faiblir pour si peu, même s'il était humain. "J'en suis sûre, il est bien plus fort que n'importe quel être vivant." Se dit-elle.

"Tu peux essayer de te dire ça, n'empêche qu'un humain doit manger pour vivre et non l'inverse." Répliqua Edward. "Enfin, ce n'est pas grave, s'il meurt dans son sommeil, il n'aura pas le temps de s'en plaindre s'il a faim..."

Était-ce vraiment possible ? Pouvait-elle perdre cet humain de cette façon ? Les doutes commencèrent à se faire ressentir.

"C'est du bluff, Edward, c'est ce que je pense..."

"Si tu le dis. Après, dis-toi que si ça arrive, on y sera pour rien, c'est vrai qu'il n'y a rien à bouffer dans le coin."

"Alors tu es sérieux ?" Dit-elle avec une teinte d'innocence qu'elle ne reconnaissait pas.

"C'est surtout qu'il a perdu beaucoup de sang, Lust..." Reprit-il, sérieux, en perdant son sourire. "La perte de sang fatigue le corps tragiquement, il s'épuise. Je pense que tu le sais déjà... En partie. Un corps humain - pour s'en remettre, à besoin de plus que des soins : il faut aussi qu'il s'alimente. Tu as traité la plaie, et c'est très bien, mais ce n'est pas suffisant pour maintenant un homme en vie sur la durée."

Entendant ces mots, les yeux de Lust tombèrent à ses propres bottes pour y réfléchir : elle avait négligé la situation. Mais n'était-ce pas normal, étant donné qu'elle n'en avait pas besoin en ce qui la concernait ? Silencieuse, elle se fit la réflexion.

"Si je deviens humaine, il y aura énormément de choses que je vais devoir assimiler : pas uniquement au niveau de mes sentiments, mais également de mon corps. Mon corps aussi aura des besoins."

Quoiqu'il en soit, elle a très rapidement redirigé son attention au corps de Scar, admirant sa respiration au travers des mouvements de sa poitrine, puis son beau visage.

"Oui, je dois faire ce que le blond me suggère. Cela me paraît évident maintenant." Elle ignorait si c'était la vue de ce visage qui lui permettait de se décider aussi rapidement, mais la décision fut prise.

"D'accord, je vais aller chercher quelque chose. Dis-moi ce que je peux trouver dans les bois et qui pourrait suffire à...

Les yeux de Scar.

Elle le voyait. Ses paupières tremblaient.

Ses yeux s'ouvrirent soudainement, arrachant les mots de la brune.

"Il est réveillé..." Murmura Lust. Cette vue était agréable. Scar, mourir ? Lust à étouffé un rire qui allait venir sous un large sourire. Il était peut-être réveillé, mais elle n'allait pas devenir le centre d'attention. Surtout que, les souvenirs d'hier provoquaient en elle une excitation nouvelle, doublée d'un doute certain :

L'envie de le rejoindre et de se tenir honteusement près de lui, pour tomber à genoux, et ensuite le piéger dans ses bras comme hier... Était un désir tentant. Mais pourquoi ? Était-ce là encore lié à un péché qui n'avait jamais existé chez elle auparavant, ou bien la faute du passé ? Rien de tout cela, ou peut-être les deux à la fois.

En revanche elle était sûre d'une chose, elle n'avait pas grande hâte de la réaction de Scar :

"La possibilité qu'il me rejette comme hier matin à son réveil est fort possible. Qui suis-je après tout ? Sûrement tout, sauf la personne qu'il veut près de lui." Se dit-elle avec un sourire aux lèvres.

Et pourtant...

Que devait-elle faire, alors qu'une vague de sentiments faibles mais étranges se faisaient ressentir ? Devait-elle rester là, attendre de voir s'il allait lui parler ? Attendre de voir s'il souhaiterait un jour poser de nouveau sa main sur son bras - sans la repousser ? Elle voulait presque qu'il s'effondre de nouveau contre elle, pour y sentir la chaleur de ce corps, mais surtout de ces lueurs d'émotions nouvelles - telles celles de l'attirante pierre philosophale. Elle n'avait pas été repoussée ni insultée lorsqu'il s'était effondré. Il souffrait, mais elle n'avait pas été rejetée comme dans la chambre de l'hôtel.

"Tendre et amère Luxure. Est-ce là, l'un de tes sombres désirs égoïstes ? Te moquer de la souffrance d'un homme si cela peut signifier satisfaire ton bon plaisir ? Ce plaisir charnel décrit comme une partie dominante de ce pêché honteux - aux yeux des gens qui marchent droit. Oui, la présence de cet homme me fait ressentir tellement de choses... À l'intérieur. J'espère tellement que cela n'a rien à voir avec de la simple luxure. J'espère pouvoir ressentir des sentiments purs, pas... Ça."

Toujours sous le silence, elle s'est vite remémoré une promesse.

"Ne jamais succomber pleinement à la Luxure." C'était sa promesse. Une promesse simple qu'elle s'était faite peu après la finalisation de sa création par Dante - pour se prouver qu'elle n'était pas juste un défaut parlant. [Mais, oh, bon sang !] C'était tellement facile avant ! Elle ne ressentait jamais rien, et encore moins ce genre de choses. Elle pensait vraiment avoir ce petit quelque chose de spécial... Porter son nom à titre de mensonge. Ou bien, inconsciemment, elle pensait résister au péché sans même le savoir. Peut-être du fait que les hommes étaient une perte de temps sans intérêt à y gagner. Ou des sources d'ennuis - depuis Lujon, et en partie à cause de celui qui l'avait créée et dont Lujon avait éveillé les souvenirs. Théoriquement, jusqu'à ce qu'elle rencontre Scar et ne commence à ressentir ces sentiments et de nouveaux tracas. Cela avait éveillé en elle une entité entière - qui semblait vouloir commander ses actes. Et pourtant, des entités, elle en avait à l'intérieur... Les centaines de vies dont les pierres rouges étaient faites. À chaque homme son lot d'ennuis.

Après plusieurs secondes de réflexions, elle ne savait même pas si Scar allait la voir, mais il a vite commencé à s'aider de son seul bras, pour se redresser légèrement. Le geste lui demandait de l'effort - en témoignait l'expression de ses traits tirés.

Quant aux jambes de Lust, elles étaient déjà en marche : d'elles-mêmes en direction de l'Ishbal. Elle avait déjà fait quelques mètres quand elle s'en rendit compte, pour s'arrêter à mi-chemin. Elle voulait le rejoindre, mais... Elle ne le voulait pas non plus. C'était un débat mitigé. Au lieu de prendre une décision, sa main gantée vint se poser contre son estomac, puis se serra en poing.

"Je t'en prie, résiste. Tu as la pierre, tu seras humaine bientôt, pour prouver que tu existes."

"Ne pas échouer si près du but."

"Reste Lust, la personne et non le pêché."

"Tu n'es pas un pêché. L'accepter, c'était la première étape avant l'humanité."

Ce sont les phrases que Lust se répétaient. Les seules à pouvoir l'aider lorsque rien ni personne n'allait le faire.

- Hey ! Scar, tu es réveillé ! S'écria soudainement une voix.

Alphonse. Grand merci, sa voix tira Lust hors de ses pensées, arrachant son regard hors de l'homme pour un moment.

- Comment tu vas ? Reprit Ed en se dirigeant vers Scar, accompagné de son cadet.

Les deux jeunes gens s'arrêtèrent chacun à un de ses côtés. Le regard de Lust retomba alors immédiatement sur Scar - sur son visage, opprimé par une douleur physique.

Malgré tout, le blessé répondit :

- Ça va. Je veux me lever...

Pourquoi le ton de sa voix était-il si doux mais aussi si faible à la fois ? Était-ce une simple représailles de la douleur ? C'était détestable, selon la brune.

- On va t'aider, mais ne force pas trop : on t'a soigné certes, mais avec un mal de chien... Et de la chance ! Annonça Edward.

Les deux enfants commencèrent à remettre Scar sur ses pieds. Au début, ses jambes tremblaient sous son poids, (heureusement, il avait l'aide des deux frères), mais ensuite, il semblait stabiliser son corps - le but en tête de ne pas flancher, tout en ayant la tête baissée vers ses jambes. Lust était presque certaine qu'il donnait silencieusement des ordres à ses deux jambes pour ne pas fléchir. Les deux garçons se retirèrent, et Scar ne tomba pas.

Cette force mentale.

- Où sommes-nous ? Interrogea-t-il.

L'Alchimiste d'acier ne tarda pas à donner une réponse :

- On est toujours au même endroit.

- Où ?

- L'endroit même où nous étions avant l'attaque de ces putains de bandits.

Ne se souvenait-il vraiment pas de ce qui était arrivé ? Sa question ainsi que les traits sur son visage semblaient si confus. Scar se contenta de plisser les yeux un moment, essayant de se souvenir - Lust supposa...

Tandis qu'elle, elle restait là, à deux misérables mètres, contemplant l'homme sans même parler. Jusqu'à ce que finalement, il releva la tête pour la regarder... Son expression faciale changea de tout au tout.

Au choc d'abord - en voyant Lust, remplacé par un froncement de sourcils particulièrement gênant :

- Je pensais me réveiller d'un simple mauvais rêve, mais... Visiblement, c'était réel. Répondit-il en direction d'Edward, dépité, son regard retombant au sol.

"Un mauvais rêve ? Que veut-il dire ?" Se demanda la créature. "Ce qu'il a vécu hier n'est sans doute rien comparé au massacre de son peuple."

C'était surprenant... Pour elle.

Elle tenta de se trouver une réponse valable, laissant son poing retomber contre sa hanche, suite aux possibilités qui traversèrent ses pensées.

Scar n'avait pas peur de la mort, en quoi faire face à une bande de chiens des bois aurait-il pu lui faire... Peur ? Un cauchemar pouvait effrayer son rêveur - de ce qu'elle savait seulement, étant donné qu'elle n'avait encore jamais rêvé, mais que pouvait bien effrayer une brute telle que Scar ?

La patience de Lust descendit une marche sur l'échelle de la compréhension. Elle voulait des réponses, mais surtout, elle était agacée d'être presque mise de côté, comme-ci elle n'était pas présente près de Scar, ou n'être qu'une simple ombre seule, pas très loin. Elle se rapprocha silencieusement, s'arrêtant à quelques pas de l'Ishbal, pour s'adresser à lui d'un fin sourire séduisant (elle ne voulait pas sourire de cette façon, mais cela arriva malgré elle. Son sourire était tellement beau, que quiconque aurait pu penser par la séduction - bien que ce n'était pas sa réelle intention) :

- Comment vas-tu ?

Scar releva la tête pour regarder Lust.

- Ça va. Répondit-il.

Il lui offrit une petite réponse, mais une réponse appréciable, qui n'enleva en rien le beau sourire de la créature, même si lui ne lui en montrait pas.

Cependant... Un silence prit place. Que devait-elle dire ensuite ? Elle n'en avait aucune idée. Pour être honnête avec elle-même, elle appréciait juste le fait que Scar ne lui avait pas juste posé un vent... Ou de lui répondre sans lui dire de se taire avec dédain. Autant rester sur cette bonne base plutôt que de prendre des risques et de rencontrer un rejet par la suite, comme celui de le toucher - bien que sa paume avait étrangement envie de son contact.

C'est presque tristement que Lust hocha la tête en fermant les yeux comme salutation, avant de se retirer.

Lust marcha en direction de leur chemin en jetant un coup d'oeil derrière son épaule, regardant les trois mâles :

"Scar est réveillé maintenant..." Dit-elle à la troupe. "Nous devrions reprendre notre route au plus vite - si possible. Pour avoir déjà traversé ces bois, je sais que le clan de survivants d'Ishbal devrait se trouvait à deux jours et demi de marche à pieds - si l'on souhaite rester prudents sur le chemin, ainsi qu'éventuellement esquiver des rencontres non désirées."

. . . . . . .

Après avoir marché deux jours de plus, Lust se rendit compte que son groupe avait du retard. Cependant, la veille au matin, ils avaient atteint de vertes collines sans arbres, bien plus agréables que ses grands arbres que Lust voulait voir disparaître.

En retard, mais par la faute de la brune : elle avait insisté auprès d'Alphonse pour que ce dernier propose à Scar de s'arrêter pour prendre une pause de temps à autres.

Edward lui avait dit que le corps humain avait besoin de repos. Elle n'allait plus oublier ça.

Edward et Scar, ont dû se contenter de manger des fruits étranges, apportés par Alphonse comme nourriture. Le blond ne fit que de s'en plaindre, mais en avalant tout d'une bouchée. Lust se dit qu'il ne risquait rien en mangeant ça.

Leur voyage se déroulait bien, l'homunculus ne sentait pas de danger imminent pour l'instant.

"Les Homunculi ne devraient pas venir chercher par ici, dans ces coins perdus." Se dit-elle. "Je ne pense pas qu'ils savent tous sur les survivants éparpillés. Encore moins aussi près d'Ishbal, et semble-t-il, si bien cachés. Si moi je n'étais pas au courant, comment le seraient-ils ? C'est moi qui me rendait sur les lieux à surveiller pour la plupart du temps."

Autour d'eux, il n'y avait presque rien autre que des plaines vertes à leur vue.

Le soleil allait bientôt se coucher : le ciel que Lust admirait tant durant sa marche était d'un magnifique mélange orange et rose.

Elle garda les yeux levés pour le regarder, profitant des petites brises crépusculaires venant remuer le vert des champs. Edward et Scar étaient derrière elle à quelques pas, Alphonse lui, se trouvait encore aux côtés de Lust.

Le garçon à l'armure imita et regarda le ciel, en parlant doucement :

- Le ciel est beau. Ces couleurs orange et rose sont différentes mais elles ne font qu'une, d'où ce beau mélange.

- C'est vrai. Le crépuscule est le moment que je préfère. Entre le jour et la nuit. Dit-elle en tournant le visage pour le regarder.

- D'ailleurs... Tu sais Lust, tes yeux sont actuellement presque de la même couleur que le rose du ciel. Couleur lavande ? Moi, ça me paraît être proche du rose.

Le casque de la grande armure regardait toujours. Il semblait regarder le visage de Lust, comparant la couleur de ses yeux à celle du ciel visible autour d'elle.

"Ah" fût la seule réponse de la brune alors qu'elle serra ses bras autour de son corps - le quittant des yeux pour regarder devant elle.

- Je peux te poser une question, s'il te plaît ? Reprit-il.

- Tu peux la poser, mais je me réserve le droit d'y répondre ou non.

- J'ai remarqué que tu as les yeux différents des autres Homunculi. Les tiens sont plutôt roses, enfin, un lavande particulier, ou une variante de violet... Plus proche du rose, et eux ils ont les yeux très violets. Pourquoi ?

Une sensation étrange parvient à Lust. Tout comme l'impression que cette question rendit curieux Scar et Edward : car elle pouvait ressentir leur regard sur son dos.

Et effectivement, en jetant un rapide coup d'œil derrière son épaule elle s'en rendit compte. Confirmation.

Lust réfléchit :

"Que dois-je répondre à ça ? Je ne me suis jamais posé cette question, elle est sûrement superficielle."

- Je l'ignore. Ce n'est qu'une couleur comme une autre, après tout, il y a bien des humains qui ont les yeux verts, bleus, d'autres rouges. Dit-elle simplement.

- D'accord. C'était juste pour savoir. Mais certaines couleurs sont représentatives de certains peuples...

- Je l'ignore. Mais ceci n'a pas vraiment d'importance.

- Tu as sûrement raison... Désolé.

Autant en rester là, il s'agissait d'une question inutile, la brune était bien satisfaite qu'il n'insiste pas plus sur ce sujet. Malheureusement... Edward répliqua rapidement à sa place :

- Mais pourtant, j'ai appris dans les livres d'alchimie que tous les Homunculi, tous, on les yeux violets à l'origine. Ce serait comme voir un Ishbal sans que celui-ci ne possède ses yeux d'un rouge caractéristique à son peuple : impossible. Ta couleur semble pourtant être une variante de celle que les autres ont.

Sa petite information, Lust la trouva agaçante :

- Rien n'est impossible dans le monde où sommes. Vous ne faites que vous baser sur des rumeurs, et de vieux ouvrages méconnus, qui ne savent pas tout. Lui répondit-elle plutôt froidement.

- Tu ne le sais pas toi-même... Il y a peut-être une explication à ça ? Tu as pensé à -

- Ça suffit, Fullmetal. Permets-moi de te demander alors, pourquoi tes yeux sont dorés ? Cette couleur ne semble pas très répondu non plus à Amestris... Ou Resembool.

Elle ne posa pas vraiment la question, c'était juste pour le faire couper court. Et bingo, cela avait au moins le mérite de fonctionner.

Espérant qu'il allait se taire plus longtemps, Lust admira l'horizon : par chance, la vision d'une petite rivière se dessina sur la droite de leur chemin. Celle-ci semblait remonter jusqu'à quelques arbres perdus dans la plaine. Elle lança un rapide regard vers Scar qui semblait fatigué malgré le fait qu'il ne s'en plaignait pas. Bien que sa blessure se portait bien, qu'il ne l'avait pas trop poussée, l'homme devait avoir besoin de repos.

"Ce que m'a dit Edward au sujet du corps humain me préoccupe légèrement depuis. Peut-être dans l'intention de me préparer mentalement : pour être sûre qu'une fois humaine, je vais être prête à gérer mon nouveau corps..." Se demanda secrètement la brune, avant de reprendre :

- Nous devrions nous arrêter pour la nuit. (Elle quitta le chemin). Il y a une rivière, l'eau est pure. Ça semble plutôt convenable pour passer la nuit.

- Oui, je pense que ce serait bien. Ed et Scar pourront se reposer, ici. Dit Alphonse.

Ainsi, Lust avança, marchant le long de la rivière, remontant jusqu'à sa source. Bien qu'ils étaient éloignés de toutes villes, plus judicieux étaient de ne pas camper sur une voie risquant d'être empruntée par quelqu'un d'autre - en l'occurrence l'armée d'Amestris. Les garçons la suivirent, ils traversèrent quelques arbres pour arriver dans un endroit fort sympathique aux yeux :

Après avoir dépassé les arbres, le charmant petit cours d'eau se prolongea au pied d'une petite colline verdoyante. De gros rochers - assez plats, se trouvaient au bord, séparant l'herbe et l'eau.

- C'est beau ! S'écria Alphonse en courant jusqu'aux pierres, sautant sur l'une d'elles.

Il fut rapidement rejoint par Edward, qui se précipita en courant comme un fou vers lui :

- Eh, Al ! Tu penses qu'il y a du poisson dans cette rivière ?

Quand le gamin frôla Lust par inattention, elle fit un petit pas de surprise. Elle se retourna pour voir Scar, qui répondit à son regard. Son expression toujours sérieuse était devenue assez habituelle - bien qu'il semblait moins énervé depuis leur sortie des forêts vastes.

S'était-il calmé ? Ces quelques derniers jours, ils s'étaient vus de manières récurrentes - étant donné qu'ils voyageaient ensemble. Ce duo ne parlait que très peu, mais Lust pensait que le manque de réelle sociabilité était un défaut partagé.

Tout comme le fait qu'ils n'étaient visiblement pas à l'aise lorsque l'un était seul avec l'autre... Comme actuellement. Elle le savait, et n'avait aucune envie de s'y attarder plus longtemps. Quelques phrases sélectionnées étaient ses seules paroles.

"Ce n'est pas comme-ci j'avais beaucoup de choses à lui dire, à demander... Si, j'ai des choses à lui dire, au contraire. Sur son passé et sur celui de la jeune femme que je remplace. Mais demander maintenant ? Ce serait prendre des risques que je ne souhaite prendre pour le moment, donc je dois m'abstenir, ou Scar pourrait partir prématurément. Je compte le questionner, plus tard, lorsqu'il ne pourra plus faire marche arrière... C'est probablement en grande partie la raison et le pourquoi je le veux ici : pour des réponses qu'il est le seul à pouvoir me donner. Nos passés sont liés."

Pour le moment et au lieu de cela, Lust tenta d'être drôle - même si ce n'était pas une qualité qu'elle possédait :

- De vrais gamins. Qui pourrait se douter qu'ils soient si hauts gradés dans l'armée en les voyant agir de la sorte ?

Le ton de Lust se voulait amusé, mais semblait ne pas parvenir à l'être malgré son sourire. C'était comme essayer de rire sans en avoir envie. Elle n'y parvenait tout simplement pas.

- Ils ne sont que des adolescents. Normalement, à leur âge, les enfants normaux ne pensent qu'à s'amuser, les Elric sont des cas à part. Répliqua Scar.

Sa voix n'était pas agressive, mais d'un ton neutre, presque déstabilisant. Cependant, Lust était d'accord avec lui. Elle se souvenait très bien des révélations de Scar... De ses pensées concernant la force et la solidité de leur relation fraternelle :

- Avec toutes les épreuves endurées, sûrement. Mentalement, ils ne sont plus vraiment de simples enfants.

- Non, ils ne sont pas de simples enfants, et c'est d'ailleurs la raison de ta présence ici. Reprit Scar.

Lust fronça les sourcils, mais un sourire se dessina sur ses lèvres. Il ne savait décidément pas tout non plus, car elle n'était pas un livre ouvert.

- Peut-être. Dit-elle finalement. Mais Il n'y a aucune personne "simple" ici. Un Homunculus, un Balafré à qui il manque un bras, un garçon sans corps, un autre qui recherche ses membres perdus... Je ne sais pas ce qu'est une personne normale du tout.

Il la regarda, elle semblait provocante mais si pertinente. Elle répondit à ces yeux rubis avec un sourire triomphant. Elle avait raison cette fois.

. . . . .

- Aller, Lust ! Viens t'asseoir avec nous !

Dit la grande armure, pour la troisième fois déjà.

Lust était assise au bord de l'eau, un bras la retenant et l'autre sur son genou relevé, alors que les Elric et Scar étaient assis sur les gros rochers à quelques mètres. Les trois mâles se trouvaient autour d'un petit feu de camps, qui éclairait chaque corps de sa douce lueur. Cela semblait assez agréable pour eux d'avoir un peu de lumière - car la nuit était rapidement tombée.

- Vas-tu arrêter de me le demander un jour ? Dit-elle légèrement agacée de ses demandes.

- Non. Je veux que tu viennes à côté de nous, je n'aime pas laisser une jeune femme triste et seule dans son coin.

- Ça tombe bien, je ne suis ni une jeune femme ni triste.

Oui, la réponse était encore plus triste, mais c'est tout ce qu'elle trouva - en plus, en une vérité vraie :

"Je ne suis pas humaine. Peut-on m'appeler femme ? Le maître utilise plutôt le titre de "femelle" en ce qui concerne Sloth et moi-même." Se demanda Lust pensive.

- Alors je vais continuer de te poser cette question jusqu'à entendre une réponse positive. Continua le garçon.

- Je pense que ma présence n'est pas nécessaire à tout le monde. Encore moins désirée, alors fous-moi la paix, pour une fois, s'il te plaît.

Les derniers mots que Lust prononça n'étaient pas très élégants, cela l'étonna elle-même... Mais c'est qu'il commençait vraiment à lui prendre la tête ce gamin. Peu importe, elle savait qu'il allait continuer malgré tout : au fur et à mesure des heures, Alphonse était devenu plus collant, invasif, - elle avait presque l'impression qu'il ne la craignait plus.

"Mais qu'est-ce qui ne va pas chez cet enfant ? Il n'a passé que quelques heures avec moi et déjà, il me tourne le dos ? Quelle imprudence..."

Lust ne le vu pas faire alors qu'elle regardait l'eau s'écouler doucement devant elle, appréciant le calme son que la rivière lui permettait d'entendre. Elle aimait le bruit de l'eau, il occupait parfois l'esprit...

Al lança un rapide coup d'œil à son frère, sans le faire à Scar, qui restait plutôt silencieux. Edward hocha la tête et la grosse armure se leva. Lust entendit le bruit des pas métalliques contre les roches - s'approcher d'elle.

Elle sentit une petite pression sur son épaule. Hâtivement, elle tourna le visage pour voir à gauche, la grande armure qui était là à la regarder, et avait posé une main sur son épaule pâle, la touchant. Il n'avait pas le droit de poser ses mains sur elle... Elle ne lui avait pas permis. Très vite, Lust repoussa cette grosse main rapidement, une petite pointe de colère dans la voix.

- Tu n'as pas le droit de faire ça. Dit-elle un peu froidement en se levant pour lui faire face.

- C'était juste amicalement... Je ne voulais pas te froisser.

Scar et Edward semblaient curieux de la réaction imprévue.

Al ne semblait pas vraiment avoir peur, au lieu de cela, il lui laissa entendre un petit rire puis il attrapa sa main gantée. Lust ne vu pas son geste venir, mais il la laissa sans voix un court instant.

- Je suis la pierre philosophale, tu ne peux pas me frapper ! Répliqua-t-il amusé.

Lust n'eut pas le temps de serrer la mâchoire pour montrer ses dents en mécontentement : le garçon commença à courir en la tirant par la main.

Il courrait, traînant la créature derrière lui. Comble du comble, il l'emporta du sens contraire de Scar et Edward, leur permettant de les regarder. Elle sentait ce regard, elle le voyait, et elle n'appréciait pas qu'ils puissent la voir comme ça... Comme une vulgaire gamine - bien qu'au fond cela était stupide étant donné qu'elle souhaitait en devenir une.

. . . . . .

Scar était resté distant avec tout le monde ces dernières années. Son train de vie ne lui permettait pas de côtoyer énormément de monde, ou bien très peu... Son peuple lui manquait. Sa maison, sa famille. Mais tout était derrière lui et n'existait désormais plus. Scar avait accepté les conséquences de ses choix : sa place n'était même plus parmi les survivants de son peuple.

Près, le feu doux composé de quelques branches et brindilles lui rappelait ces nuits à Ishbal, lorsque, enfant, il se retrouvait autour d'un feu aux limites du désert avec ses amis. Il y avait des endroits comme celui-ci, verdoyants et des rivières, bien que beaucoup d'étranger pensaient ne trouver que des déserts arides. Tous les enfants adoraient aller pêcher, particulièrement son frère et Scar lui-même. Et "Elle". Elle adorait accompagner les deux garçons, parler avec eux de ce qu'elle faisait la journée, de tout et de rien, comme de l'avenir...

Scar soupira, dirigeant ses yeux tristes vers les lueurs douces du feu.

"C'est au bord de l'eau comme ça, qu'elle m'a avoué un jour, avoir peur de nous laisser partir mon frère et moi, car elle n'avait que nous. Elle avait peur qu'il nous arrive quelque chose chaque fois que nous partions. Elle avait peur de ne plus nous voir revenir. Elle semblait si triste lorsqu'elle me l'a avoué, je n'ai pas pu m'empêcher de la serrer dans mes bras, pour tenter de lui ôter ses craintes. J'étais un peu plus jeune qu'elle... Nous étions jeunes, mais dès ce moment, je me suis rendu compte à quel point elle comptait pour moi. L'envie de la voir heureuse était alors l'une de mes plus chères préoccupations.

Je tenait à elle, autant si ce n'est plus qu'à mon propre frère, alors comment puis-je ignorer..."

Quand la voix de la jeune fille de ses pensées se fit entendre pour se plaindre au loin : ses yeux se mirent instinctivement à sa recherche.

Mais, hélas, les pensées n'étaient plus une réalité : et dans sa réalité, il n'y avait que cette Homunculus. Le coeur de Scar lui fit mal lorsqu'il revint à l'instant présent : la jeune femme tant aimée était morte, mais, par un sort funeste et honteux, son cadavre marchait de lui-même, contrôlé par un sombre esprit créé par l'alchimie.

Cette magie noire, cette malédiction - ce cauchemar vivant avait un nom.

Lust.

Oui, Lust l'Homunculus.

L'Homunculus aux griffes effrayantes.

Tant de noms pouvaient si bien représenter la créature à vue.

Cependant, Lust était encore un bien trop grand mystère pour lui.

Ce qu'elle venait de faire deux jours auparavant ne cessait de se répéter dans les pensées de Scar. Malgré la douleur, de son piètre état, il se souvenait de ce corps froid et de l'étreinte de ces bras aux gants longs - lorsqu'elle s'était jetée contre lui. Ce si court moment fit disparaître toute envie de s'éloigner d'elle. Scar ne put se résoudre à la rejeter : à ce moment, elle semblait faible et désorientée.

"Est-ce mon coeur ou ma nostalgie des moments où je tenais dans mes bras la femme que l'Homunculus remplace ?" Se demanda-t-il. "Tellement de doutes et de questions me torturent depuis que j'ai fait la connaissance de Lust, dans cette sombre bibliothèque."

Une femme à l'apparence sournoise dotée d'un fin sourire aux lèvres... et un air ennuyé sur ses traits - mais très vite remplacé par une expression d'excitation, s'était révélée ce jour-là, pour le défier d'avoir croiser son chemin. Une bête forte, glaciale, prête à combattre sans une once d'hésitation... Si loin de la jeune femme si faible physiquement qu'il connaissait.

Il posa la pointe de ses doigts sur sa cicatrice, fermant les yeux.

Il s'était retrouvé à suivre la même destination qu'elle, tout en préférant éviter cette créature autant que possible. S'il était honnête avec lui-même, il voulait éviter de se laisser succomber à la tentation : à l'envie coupable de pouvoir resserrer dans ses bras, la jeune femme de son passé.

Pour plusieurs raisons. L'une étant...

Que ce n'était pas "elle", mais Lust. Ce n'était "que" Lust. Il n'était même plus sûr de sa décision et des raisons pour lesquelles il était là, à prendre ce chemin. Cependant, même en le sachant, il y avait toujours des doutes, des désirs pour rendre sa vie plus difficile à son égard. Tout aurait été plus simple s'il n'avait jamais fait la rencontre de Lust. Il serait mort à l'heure qu'il était, et n'aurait pas cette horde de questions attaquant son âme déjà si souillée de mépris et de regrets. S'il avait pu changer une chose dans le passé, il se dit qu'il ne serait jamais entré dans cette bibliothèque... Très vite, cependant, il réalisa que cela n'aurait rien changé : elle semblait toujours réapparaître à lui comme un spectre, elle l'aurait retrouvé ailleurs - même sans le chercher. Le destin l'avait décidé.

- Alphonse à l'armure, lâche-moi ! Bon sang ! Hurla-t-elle soudainement.

Un peu alerté, Scar la chercha du regard. Ce qu'il vit était surprenant :

Elle était près d'Alphonse, celui-ci tenait la main de Lust pour l'emmener le long de l'eau, il tournait en cercle durant sa course, traînant la jeune créature avec lui de force, en évitant des coups de la main libre de l'Homunculus. Bien sûr, elle ne sortait pas ses griffes, tentant juste de gifler de sa paume la carcasse métallique dans l'espoir qu'il la relâche. Évidement, le garçon ne le fit pas, mais fit presque tomber Lust à plusieurs reprises.

- Tu peux essayer de dire le contraire, mais je suis certain qu'au fond, tu trouves ça amusement ! Dit-il entre plusieurs rires.

- Non ! Ce n'est pas... La brune tomba presque, mais Alphonse la rattrapa en lui tirant le bras. Ce n'est vraiment pas drôle.

Scar se laissa regarder la scène sans détourner une seule seconde le regard : l'Homunculus sous ces agissements involentaires, lui fit presque oublier qu'elle n'était pas humaine. Edward aussi profitait du spectacle, poussant hors de ses yeux les grandes mèches blondes recouvrant son front - pour mieux voir, légèrement subjugué.

Après quelques secondes, l'armure relâcha la main de Lust en pleine course - mais sans prévenir, elle tomba sur le sol.

C'est à ce moment qu'Al se retourna pour voir Lust, la figure dans l'herbe. Dans la panique, sa grosse armure commença à trembler alors qu'il leva ses mains en face de lui - comme défense :

- Oh non ! Je suis désolé ! Lust, je n'ai pas fait exprès ! Je ne voulais pas te faire tomber !

Sous un grognement presque inaudible, elle se releva en s'appuyant de ses mains.

Scar ne pouvait voir son visage, mais il pouvait dire par son mouvement long et hasardeux qu'une certaine colère aurait dû se lire sur les traits de la créature. Edward aussi semblait l'avoir remarqué puisqu'il se releva aussitôt de sa posture assise - pour se mettre debout à poings fermés, prêt à se courir vers elle si elle se mettait à attaquer.

Après quelques secondes, pas encore debout, elle jeta un regard derrière son épaule pour regarder Edward, puis Scar - sur qui son regard s'attarda légèrement. Son unique oeil visible brillait étrangement malgré l'obscurité et la distance.

Qu'avait-elle ? Se retenait-elle pour ne pas s'emporter ? Pour Scar, la réponse était vite évidente : cela avait l'air d'être le cas puisqu'elle se leva, se contentant juste de frotter ses genoux - comme-ci elle avait de la crasse sur sa robe suite à sa chute, ce qui était inutile puisqu'elle avait fait une chute sur de la pelouse. Il se demanda si cela était pour sauver les apparences d'une certaine façon.

- Je ne voulais pas...

Murmura Al en s'excusant, mais rapidement interrompu par la brune :

- Je sais, tu n'as pas fait exprès. Répliqua-t-elle d'une froideur audible.

- Tu ne voudras pas te joindre à nous alors...

Lust l'ignora, alors qu'Alphonse - un peu nerveux, fit quelques pas au bord de la petite rivière, puis ses jambes métalliques y entrèrent légèrement, l'eau ne lui arrivant qu'aux genoux.

- Je n'ai vraiment pas fait exprès... Dit de nouveau Al plus à lui-même qu'à quelqu'un d'autre.

Edward à côté de Scar, soupira, visiblement soulagé de ne pas voir la colère de l'Homunculus :

- Quel con ! Je l'ai mis en garde pourtant. Je lui ai dit que cette créature n'était pas une amie, mais lui, il persiste ! Autant donner son bras à un requin, je suis sûr qu'il mord moins. Dit-il s'asseyant de nouveau.

Scar ne dit rien, car d'un côté, il ne faisait que de dire une vérité : cette créature savait montrer une violence pire que la sienne. Elle pouvait jusqu'à tuer des innocents par sa folie, ses délires, ou pour quelques raisons supplémentaires avec ou sans but, ça ne faisait aucun doute.

"Même si j'ai tué, aucun innocent n'est sur ma liste. Les soldats, les militaires... Ils savent dans quoi ils s'embarquent : ils ne sont jamais innocents et sont toujours prêts à tuer. Mais d'un autre côté..."

Scar avait presque une crainte à rien que d'y songer, mais l'impression de discerner un peu de changements chez elle ces derniers temps le perturba. Elle semblait parler un peu plus avec les deux enfants, être parfois prise d'intérêt, que ce soit d'une façon moqueuse ou non-empathique... Mais surtout, elle ne s'approchait plus de Scar. Elle ne lui parlait plus de cette façon séduisante, ne le regardait plus avec des yeux vicieux pleins de malice, comme-ci elle était prête à se jeter sur une cible et la tuer à tout moment ou la manipuler. Mais peut-être n'était-ce qu'une simple tromperie ? Peut-être qu'elle pouvait s'adapter, se montrant comme on voulait qu'elle soit... Mais comment voulait-il qu'elle se montre ?

- Pourquoi as-tu accepté la proposition de cet homunculus ? Demanda soudainement Scar à Edward. Tu ne lui fais pas confiance, alors pourquoi la laisser errer si près de vous, surtout lorsque vous avez la Pierre Philosophale ?

Edward, étonné par la question tout d'abord, tourna ensuite son intention vers Scar.

- Elle est très dangereuse... Je n'ai pas confiance en elle, et je n'aime pas du tout la savoir si près. Mais elle veut devenir humaine, tu le sais, non ?

- Oui, c'est ce qu'elle m'a dit... Répondit Scar, avec une certaine tristesse cette fois. Elle ne veut qu'être humaine selon ses dires, mais cela me dépasse.

- Et vois-tu, bien que je ne puisse comprendre ses raisons, si elle devient une alliée temporaire, ou définitivement humaine, elle ne sera plus une menace pour mon frère et moi. Si je peux faire de Lust une humaine, je vais le faire, pour me débarrasser du danger qu'un Homunculus représente. Et puis... J'espère découvrir les raisons de cette volonté si forte qui la pousse à vouloir devenir humaine...

Le regard d'Edward tomba à ses pieds tristement. Les Homunculi était un sujet particulièrement douloureux pour lui.

- Je comprends. Dit Scar. Mais, apprends à ton frère à rester prudent. Nous ne pouvons pas être certains que cela soit sa réelle motivation. (L'Ishbal se sentait mal à ce sujet. Lust était un véritable mystère). Cette créature est tellement...

- Alphonse ! Hurla Lust soudainement.

Alerté, Scar se leva immédiatement, la cherchant du regard. Edward en fit de même avant de crier à son tour :

- Qu'est-ce qu'il y a ? Où est-il ?! Où est Al ?

En effet, Scar ne voyait plus l'enfant à l'armure, il semblait s'être volatilisé en quelques secondes, alors que Lust - visiblement et instinctivement alertée, se précipita vers la rivière en criant une réponse à Edward :

- Cet imbécile est tombé dans l'eau !

- Quoi ?! Hein?! Alphonse !

Le blond se mit à courir à toute allure pour la rejoindre, la peur au ventre, l'inquiétude dans sa voix.

Lust, elle, sachant où le garçon avait disparu, sauta de plusieurs mètres - d'un bond inhumain, pour atterrir dans le plein centre de l'eau de la rivière, à la grande surprise de Scar et de celle de l'Alchimiste. Lust avait sauté pour disparaître - à son tour, dans l'eau : cette partie de la rivière semblait étonnement plus profonde qu'elle ne le laissait paraître, la brune fut hors de vue dans une profondeur cachée.

- Alphonse ! Non ! Pas de l'eau... Non !

Edward hurla de peur, se précipitant au bord de l'eau, il tomba.

Tout d'un coup, le souvenir de la marque de sang, qui servait de lien à l'armure et l'âme d'Alphonse revint à Scar. Il ne put réprimer le choc sur son visage, et se leva rapidement - rattrapant le blond qui venait de se relever.

- Al !