Lunagarden : Oui :/ Mais c'est à cause de la culpabilité que ça l'affecte...

L'appel du Loup

Il faisait les cent pas dans sa chambre. Il n'arrivait pas à dormir, tout simplement. Il devait s'attendre à tout dans cette épreuve. Le coup de Nibelheim lui laissait un désagréable arrière-goût dans la bouche, et il l'avouait : il a véritablement merdé sur toute la ligne… et en voulait encore plus à Genesis. Angeal entra dans la chambre et vit son ami dans un état d'insomnie. Il croisa les bras et s'installa sur le lit :

-Tu ne trouves pas le sommeil ?

L'argenté sursauta et se tourna vers lui, la main sur la poitrine :

-Ca va pas de me faire une frayeur pareille ?

-J'ai toqué trois fois à la porte sans aucune réponse, alors que de dehors, la chambre est allumée. Je me suis inquiété.

Cette réponse contraria Sephiroth qui s'assit à une chaise et se prit la tête dans les mains.

-Je ne peux pas dormir… pas après ce que j'ai vu.

-Pourtant demain tu-

-Oui je sais !

Il se leva et regarda Angeal les sourcils froncés, à cran.

-C'est justement ça qui me fait peur, je vais voir quoi demain ? Ce n'est pas toi qui a dû combattre un Loup Garou à ton image et encore moins affronter ton propre toi du passé.

-Ce sont des éléments de l'Epreuve, Sephiroth. Et aussi des indices sur comment tu es perçu en bas… je sais que tu es… encore sous le choc, mais il te reste plus que deux épreuves… ne désires-tu pas prouver que tu es différent des images que l'on a de toi ?

Il prit une grande respiration et croisa les bras, regardant ailleurs ; Angeal n'avait pas tort… mais au fond de lui, quelque chose lui disait que ce serait pire…

Le brun le prit dans ses bras avec douceur et dirigea le visage de l'argenté vers lui. L'éclat de l'indécision et de la crainte nageait dans une mer de Mako. L'Ex Général était perdu.

-Dis-toi que cela te permettra d'affronter le regard de «14 » et de JENOVA plus facilement…

L'argenté lâcha prise et soupira. Ces deux-là étaient vraiment les dernières personnes qu'il voulait combattre… mais il savait qu'un jour cela arriverait et qu'il devait se sentir prêt au conflit…

-Je vais essayer de dormir…

Sa voix était réduite à un murmure et Angeal le laissa s'allonger dans le lit. Il tapota sur son épaule et l'ex-SOLDAT sortit. Demain allait être une journée difficile…

« Une légère bruine humidifiait le sentier et le rendait imperceptible. La fraîcheur du lieu lui donna des frissons. Incertain, il continua sa route, à travers les hautes fougères. Il posait ses mains sur la mousse des arbres, et se délecta des petites gouttes qui mouillaient ses doigts. C'était agréable, doux… les oiseaux étaient silencieux et le ciel bien gris, comme un pâle matin de printemps, encore enfoui sous les couches de l'hiver rude.

Il semblait non pas marcher, mais se déplacer comme un fantôme, s'arrêtant à chaque fois près d'un arbre pour s'y réfugier. Ensuite, il reprenait, s'arrêtait… tout cela avec un rythme doux.

Son, petit voyage l'amena vers un lac, où les nuages volaient au-dessus de l'eau. Sephiroth y entendit alors un chant, il venait du milieu du lac, mais il ne voyait rien… mais cette mélodie l'appelait, comme s'il l'avait déjà entendu quelque part… elle disait « La nuit s'écoule, et te murmure, bel ange… l'étoile brillera, tant que tu dormiras… »

Bercé, il approcha et à sa grande surprise, se mit à marcher sur l'eau. Les nuages s'écartèrent soudainement. Un spectacle ravissant et merveilleux se déroulait devant ses yeux : une femme dansait, sous une musique qu'elle seule pouvait entendre… pourtant, plus il approchait, plus il discernait les instruments. La belle demoiselle dansait avec un sabre aussi long qu'elle. Elle ne touchait pas l'eau, et ses gestes gracieux reflétaient la beauté et la douceur de son visage.

Sephiroth l'observa longuement et savait au plus profond de son cœur qui elle était. Un sabre aussi long ne pouvait être qu'Elle… soudain, elle le remarqua et s'arrêta, prise d'effroi. Ainsi, s'enfuit-elle et disparut comme elle était apparue. Ce fut-là, que Sephiroth l'appela :

-Masamune ! Masamune !

Il la nomma par son nom d'acier, elle s'arrêta puis écouta…

Alors, Sephiroth s'approcha et la retrouva, cachée parmi les nombreux nuages… il l'enlaça tendrement et l'entendit dire « Sephiroth… tu es venu » … L'argenté la regarda dans ses beaux yeux et vit des perles d'argent découler de ses prunelles clairvoyantes...

Soudain, prise d'un enchantement, elle enlaça son beau visage et y déposa un baiser. Le guerrier y répondit et la serra. Quand le baiser fut rompu, il l'observa : aussi belle que dans ses rêves, elle portait une armure traditionnelle légère wutaïenne, ses cheveux relevés d'une belle coiffure. Il sécha ses joues, avec douceur.

-Sephiroth… c'est bien toi, que je visitais dans ses beaux rêves et qui te permettais de dormir quand tu étais dans la détresse…

-Ma Masamune, tu me retrouves, sain d'esprit, mais le cœur en morceaux. J'entendais au loin tes cris de supplice, et impuissant, je n'ai pu t'épargner de lui…

-Il m'aura certes pris le corps, mais mon âme te revient, mon doux seigneur...

Elle l'embrassa de nouveau, s'abreuvant de son souffle, comme d'une source vitale. Une fois de plus séparés, elle le scruta nostalgique.

-Puisses-tu me retrouver, au cours de ta quête…

-Je te le promets, ma Masamune

-Ne redoute pas, et réveille-toi, Seigneur »

Il ouvrit les yeux, soudainement prit d'épuisement. Sa respiration manquait et il voyait trouble. Ce devait être plus qu'un rêve… il resta un temps allongé, et il entendit soudain Angeal entrer. Ce dernier venait s'assurer que son ami avait bien dormi. Il fut vite inquiet par son teint pâle :

-Seph ?

-Je vais bien… ne t'inquiète pas… juste bloqué ma respiration sans le faire exprès. Je devais peut-être rêver que je nageais, fit-il avec un rire nerveux.

Cela ne rassura qu'à moitié Angeal, mais il ne le releva pas. Il se contenta de secouer la tête, avant de poser une main sur son épaule :

-Hermàias, le faucon, m'a annoncé que plusieurs portes se sont ouvertes, suite à ta première épreuve. Ce qui fait que tu pourras aller te balader dedans pour te rechercher un peu plus, que ce soit une part de toi-même ou encore des artefacts qui te seront utiles.

-Quelle merveilleuse idée… je ne vais pas te mentir que Masamune me manque… et que je vais devoir la ménager. Elle est certes puissante, mais elle a un esprit fragile la pauvre. Je suis sûr que « 14 » a prit plaisir à la tourmenter.

Il prononçait ces mots avec rancœur et s'exprimait exactement comme l'aurait fait quelqu'un qui prenait la défense d'individu… comme s'il considérait son arme comme vivante. Angeal haussa du sourcil, l'ayant remarqué :

-Tu parles de Masamune, comme si c'était une personne.

Il sourit et regarda son ami.

-Tu sais, une arme aussi longue est difficile à ranger dans un fourreau. Tu serais surpris.

-Tout compte fait... je ne veux rien savoir…

Il sourit, même si au fond il s'en voulait de lui cacher quelque chose. Il ne pouvait pas comprendre, c'était impossible. Cette histoire était trop… non… c'était un secret entre lui et Masamune.

ooo

Il fut de retour au palais de Minerva, dans le couloir des portes. En effet, plusieurs passages s'étaient ouverts et cela le fit sourire. Il croisa les bras et les regarda une après l'autre : laquelle choisir ? Il vit que l'une d'entre elle était plus brillante que les autres et décida d'y entrer. Quelque chose l'attirait… comme s'il retrouvait quelqu'un qui lui était cher… serait-ce ?...

ooo

C'était exactement le même paysage que dans son rêve. La même atmosphère, la même sensation de fraîcheur, les mêmes frissons… le paysage était gris, envahit par le brouillard, à la fois épais, et fin, où les gouttes de bruines se déposaient en rosées, ainsi, les arbres, les arbustes, les mousses… étaient-elles couvertes d'une douce couverture d'eau. La petite pluie mouillait doucement son visage et il passa ses mains sur son visage avec un grand sourire. Il eut la surprise d'être vêtu d'une cape noire, avec une épaisse fourrure autour de ses épaules, et rabattu la capuche sur sa tête.

Devant lui, les nuages laissèrent entrevoir un petit sentier de terre, que Sephiroth entreprit lentement. Il voyageait dans un monde, où de grands monolithes se dressaient de toutes parts, où des gravures et des peintures les ornaient d'entrelacs arrondis et de triskells. Il se rendit compte qu'il se trouvait au milieu d'un cercle de pierre. Où était-il… ? Cela ne faisait pas partie de son songe… il observa attentivement, dans l'espoir de retrouver un chemin, mais celui qu'il avait entrepris, semblait avoir disparu…

A la place, il vit arriver vers lui, un immense loup blanc, dont la taille au garrot, lui arrivait à la poitrine. Il écarquilla des yeux à la vue d'un animal aussi grand et eut un mouvement de recul. Le loup géant grogna et renifla prudemment Sephiroth. Il resta calme, s'il montrait des signes de peur, l'animal pourrait vite réagir dans le mauvais sens du terme. A son grand soulagement, l'animal s'allongea devant lui et respira, les yeux rivés sur l'argenté, comme pour lui demander quelque chose. Il posa sa tête sur le sol, signe qu'il ne ferait rien, si l'Ex Général s'approchait. Ce qu'il entreprit avec prudence, la main en avant. Peu à peu, il caressa sa tête avec douceur et sourit.

-Tu es très beau, dit-il dans un murmure

Le loup jappa et montra son dos.

-Tu veux que je monte sur toi ?

Il n'eut aucune réponse, mais était certain que c'était une invitation. Une fois sur lui, le loup se leva et avança à travers les monolithes. Sephiroth était certain qu'il le mènerait vers le lieu de son épreuve. La sensation qu'il éprouvait sur le dos de l'animal lui était nouvelle et il profita du voyage, les mains posées sur l'épaisse fourrure du loup.

Leur voyage fut long, et la bruine et la pluie, avaient laissé places à la neige et au vent glacial. L'animal l'amena à un lac. Là, il descendit et laissa Sephiroth mettre pied à terre, avant de partir, sans demander son reste. Avec un pincement au cœur, il observa les horizons, où tout était couvert de blanc. Si l'argenté n'avait pas vu les démarcations de l'eau, jamais il n'aurait pensé que l'endroit était semi-aquatique. Le brouillard avait disparu. Aucun signe de vie, même pas un chant d'oiseau. Il semblait que la nature s'était soudainement plongée dans un profond sommeil, en attendant les beaux jours. Dans cet espace morne, l'argenté écouta le vent. Attentivement. Un chant lui parvint et il ferma les yeux. Le chant d'une femme, qui venait du lac… exactement comme dans son rêve… son regard se posa sur la glace, et il avança délicatement le pied sur la surface. C'était solide, aussi dur que du bois. Confiant, il commença à marcher, jusqu'au milieu du lac.

Le chant s'intensifiait, si bien, qu'il put discerner des paroles :

Oh, Enfant Loup, qui vient

Entends-tu Loup Blanc ?

L'Hiver approche, les loups hurlent au soir

Dans la nuit, le givre dort

La glace veille

Enfant Loup,

Entends-tu ? Leur chant…

Fils perdu,

Tes pas t'amènent loin

Oh, Enfant Loup, qui vient

Entends-tu Loup Blanc ?

L'Hiver approche, les loups hurlent au soir

Murmure donc au vent,

La Nuit vit, le Jour meurt

L'Hiver approche, les loups pleurent

Entends-tu ?

Enfant Loup ?

La Glace veille

Le Givre dort…

Arrivé au milieu, Sephiroth discerna quelque chose à travers la neige ; c'était brillant et argenté. Il s'agenouilla et écarta la neige d'un geste vif. L'eau gelée montrait, telle une loupe, ce qui se passait en-dessous. Il vit alors ce qui ressemblait à un sabre, mais c'était assez profond. « Pas le choix… » il se déshabilla, malgré le froid extrême et usa de son épée pour creuser la glace et former un trou. Il inspira et expira fort. Longuement… il n'aurait pas de deuxième chance. Il retint son souffle… et plongea.

L'eau était gelée, mais grâce à la couche épaisse de la glace, elle avait conservé sa température ambiante. Sephiroth nagea vite, jusqu'à son point, il ne devait pas laisser son corps trop longtemps exposé à de telles températures…

Bientôt, son cœur loupa un battement, quand il la vit : sa Lame… sa Masamune… il empoigna le manche et l'observa quelques secondes… avant de remonter à la surface. Elle semblait vibrer dans sa main, comme à l'époque… il sourit sortit sa tête hors de l'eau, aussitôt agressé par le gel. Il ne perdit pas de temps et s'extirpa à grande vitesse pour se rhabiller. Déjà il sentait les effets néfastes de sa plongée : tout son corps se gelait et il claquait des dents. Quand il eut mis son pantalon, son haut, et ses chaussures en catastrophe, il s'emmitoufla dans sa cape et se tourna vers Masamune. Il pâlit en la voyant sous sa forme humaine, nue et inconsciente. Il l'a pris dans ses bras et la couvrit dans sa cape, malgré ses doigts creusés par le gel. Il se dépêcha de quitter le lac et fut surpris de voir que la nuit tombait déjà. Combien de temps avait-il passé ici ? Il fronça des sourcils et une fois arrivé sur la berge, essaya de se réchauffer, en marchant vite. Il avait si froid… « C'était idiot mais nécessaire… » se dit-il. Il devait se dépêcher, pour Masamune qui commençait à avoir des plaques de glace sur son corps.

Ses yeux cherchèrent un endroit où se réfugier et se réchauffer. Ses lèvres gerçaient et il continuait de claquer des dents… il n'aimait pas ça… Masamune ne donnait aucun signe de vie et l'angoisse commençait à le saisir de plus en plus. Il avançait péniblement dans la neige et essayait de contenir ses pieds en bougeant des orteils. La température descendait vite, la lumière aussi. Bientôt, ils furent plongés dans le noir complet, malgré la lumière blanche de la lune qui reflétait la neige, lui donnant une couleur bleue vive.

Le silence régnait, et ce qu'il voyait c'était une série interminable d'arbres nus, hauts, noirs, maigres… avec difficulté, il continua sa route, « Déesse, que j'ai froid… »

Il gémit, incertain de son sort, sa marche devenait lourde. Toutefois il continua, Masamune contre lui, avec l'espoir de la réchauffer du mieux qu'il pouvait.

Le vent se leva soudainement et il gémit, de plus en plus gelé.

ooo

Après ce qui lui sembla être une longue et terrible marche dans la neige, il vit l'entrée d'une petite grotte coincée entre un monolithe tombé et un arbre mort. Pensant son calvaire fini, il regarda Masamune qui était toujours inconsciente et il lui murmura :

-On y est… un abri ma Masamune… on va s'en sortir, accroche-toi…

Il entra et constata que l'endroit était très petit. Qu'importe, il devait se protéger et veiller sur sa charge. Il s'assit, la jeune femme dans ses bras, qu'il serrait comme la chose la plus précieuse à ses yeux. Affligé, il ne trouva rien qui pouvait lui permettre de faire un feu… il se recroquevilla et cacha davantage Masamune afin de la réchauffer. La pauvre était complètement glacée…

-Tout va bien se passer… reste avec moi… reste avec moi…

Elle gémissait. Cela encouragea l'argenté à souffler contre elle, pour créer de la chaleur. Elle semblait être dans un cocon protecteur, et peu à peu leurs chaleurs corporelles se partagèrent. Ils restèrent ainsi, dans l'attente du lever du jour.

-Nous allons nous en sortir, Masamune. Tu verras… nous avons toujours été deux… tu te souviens des nuits où tu étais là pour moi ? Je vais maintenant te rendre la pareille… je ne te perdrais pas une deuxième fois…

Bientôt, Sephiroth sentit le sommeil le prendre, mais il se battu contre. Il avait un objectif à tenir. Ses lèvres se posèrent tendrement sur les siennes, afin de lui offrir son souffle vital. Cela semblait marcher, et, pris de vertige, il recommença avec plus de volonté. Sous cet élan, il perdit connaissance, priant pour avoir pu sauver sa Masamune… celle qui l'avait choisi… longtemps auparavant…