Résumé : Atarys Carpenter, cousine de Nishinoya Yû, arrive au Japon pour se reconstruire, après avoir vu ses ailes être brûlées par son désir de grandir trop vite.

Disclaimer : L'univers ne m'appartient pas. Atarys Carpenter est fortement basée sur la personne que j'étais au lycée. Le passif qu'elle peut avoir est très proche du mien, j'ai seulement rajouté un élément déclencheur que je n'ai pas vécu. Sinon, globalement, je raconte un peu ma vie. Le côté cynique et apathique est (malheureusement) très proche de la réalité de ce que j'étais il y a encore deux ans (oui, j'étais reloue).


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CHAPITRE VII

« Le sexe apaise les tensions.

L'amour les provoque. »


Le soleil baignait déjà la pièce de sa lumière dorée, lorsqu'Atarys ouvrit les yeux. Elle prit quelques secondes, immobile, pour émerger correctement du sommeil peu réparateur dans lequel elle avait plongé dans la nuit. La douleur qui lui vrillait le crâne lui soufflait qu'elle n'était probablement pas restée aussi sage qu'elle l'aurait voulu. Cela dit, la jeune femme devait reconnaître qu'elle faisait rarement le choix de la raison, portée par les élans de folie qui lui garantissaient encore l'expression de sa jeunesse. Après tout, ce n'était pas à quarante ans qu'elle allait profiter de l'alcool, des boîtes et des hommes.

Elle dégagea indolemment une mèche de ses cheveux noirs, et se redressa faiblement sur ses coudes, encore embrumée. L'alcool lui avait visiblement bien peu réussi. La bouteille vide de vodka lui arracha un sourire. C'est qu'elle n'avait pas perdu la main, après tout. Elle ricana tout bas, avant de s'étrangler lorsqu'une douleur électrisa son ventre. Pour une fois, ce n'était l'habituelle digestion laborieuse d'un lendemain de cuite, qui la stoppa. Elle se rallongea prudemment, le souffle coupé, et prit quelques grandes inspirations avant de soupirer tout bas.

Qu'avait-elle fait la veille ?

Refermant les yeux, l'américaine reprit le fil de ses souvenirs là où elle les avait laissés. Elle était partie en taxi de chez son grand-père, était allée en boîte, avait bu un peu, dansé beaucoup, discuté avec un inconnu d'à peu près son âge, puis… oh. Oui. C'était ça, qui avait tout changé. « Ils savent que tu es là. » La jeune femme se souvint de la lame brillant dans la pénombre, d'avoir dévié la grosse partie de l'attaque, mais d'avoir tout de même senti la douleur aigüe de la lame déchirant sa peau. Elle était sortie en trombe de la boîte, avait couru dans la nuit dans le fol espoir de rattraper son agresseur, et finalement, avait échoué devant chez le coach Ukai. Chez Keishin Ukai.

La jeune femme se tourna prudemment sur le flanc et reposa sa tête sur le bras étonnamment musclé de la personne allongée à ses côtés. Elle avait évidemment senti sa chaleur en se réveillant, et le contact de son torse nu contre son dos, mais ça n'aurait pas été la première fois qu'elle se trouvait dans le lit d'un inconnu sans souvenir de la veille. Du moins, sans souvenir immédiat.

Un sourire étira néanmoins ses lèvres. Keishin Ukai était un homme agréable à regarder, à côtoyer et elle n'avait aucun regret. Son visage était paisible, près d'elle, et les rayons du soleil caressaient ses traits, allongeant ses longs cils sur ses joues, redessinant les lèvres qu'elle avait embrassées la veille avec ferveur et le tracé de son nez droit, de ses pommettes hautes, de sa mâchoire effilée. Elle devait reconnaître qu'il était beau. Il avait un corps tonique et musclé, un visage harmonieux et elle se souvenait encore de son sourire mutin, lorsqu'elle avait inversé les positions, dans la nuit, en grimpant sur ses hanches, une main sur son plexus, l'empêchant de se redresser. Ils s'étaient explorés sans retenue, le brasier entre eux alimenté par l'alcool, enchaînant sans vergogne les rounds jusqu'à ce que l'un d'eux déclare forfait, défi tacite et brûlant.

Le bras fort de l'homme s'enroula autour de sa taille, la rapprochant de lui, et Keishin nicha son nez dans ses cheveux, remuant à peine lorsqu'elle rit dans le creux de son cou. Atarys profita de leur position pour se blottir un maximum contre lui et ferma les yeux, bien décidée à savourer la chaleur d'un corps qu'elle avait choisi d'avoir près d'elle. Son odeur se mêlait à celle du sexe, du tabac et de la vodka, lorsqu'elle la respira sur sa peau, mais elle l'ignora, consciente que ces mêmes odeurs devait lui coller à la peau, à elle aussi. Elle remonta le plaid sur sa peau, frissonnant malgré la température agréable de la pièce, et glissa une main dans les cheveux blonds de son amant d'un soir. La brune le vit froncer les sourcils, près de se réveiller, mais elle continua de jouer avec les mèches qui lui chatouillaient la peau.

Ukai ouvrit les yeux quelques secondes plus tard, et ébloui par les rayons du soleil, les referma aussitôt, arrachant un rire à la jeune femme contre lui. Lorsqu'il les rouvrit, il la vit légère et détendue, momentanément délivrée de l'emprise des mots qu'elle avait entendus la veille. L'univers n'avait pas d'emprise sur elle, là, tout de suite. Elle pouvait tout aussi bien avoir arrêté le temps l'espace d'un matin, d'un réveil à midi contre un ami, qu'il n'aurait pas vu la différence. Keishin la regarda se redresser prudemment, et haussa les sourcils lorsque l'information de sa nudité monta jusqu'à son cerveau. S'en souciant bien peu et laissant à l'homme le temps de retrouver ses souvenirs, l'américaine s'assit devant la table basse et sortit une cigarette du paquet presque vide qu'il restait, avant de l'allumer.

Le coach ne tarda pas à se redresser à son tour, ses doigts retrouvant sa peau pour caresser fébrilement le tatouage imposant qui couvrait son dos. Il l'avait déjà remarqué la veille, mais n'avait pas pris le temps d'apprécier les détails saisissants de ses traits. Le coyote d'encre semblait presque fusiller du regard la panthère contre laquelle il montrait les crocs, et prête à asséner un puissant coup de griffe sur ses mâchoires. Les deux animaux sauvages paraissaient vivants, se détachant de la pâleur caractéristique de la brune.

— Est-ce que c'est… ?

Sa voix était rauque, cassée, lorsqu'elle s'éleva dans le silence. L'alcool avait brûlé sa gorge, et sa gueule de bois était loin de l'aider à s'exprimer clairement. Cependant, celle d'Atarys avait elle aussi perdu quelques octaves, lorsqu'elle lui répondit.

— Mmh. Je l'ai fait presque tout de suite après ma sortie. J'avais besoin de couvrir certaines… traces, et de lui rendre hommage.

Évidemment, comment ne pas vouloir rendre hommage à un ami tombé pendant l'exercice de ses fonctions ? Comment ne pas conserver ancré sur sa peau le partenaire qui avait donné sa vie pour vous ? Comment ne pas lui faire cet honneur ?

Keishin put sentir les traces dont elle lui parlait, lorsqu'il passa ses doigts sur l'encre. Son corps était couturé de cicatrices partout où il l'avait exploré. Il pouvait les sentir, les voir, les tracer. Elles s'enchevêtraient, se croisaient, se superposaient et se confondaient parfois dans la plaine d'une brûlure étendue. Le corps d'Atarys était un champ de bataille où devaient s'affronter des souvenirs plus atroces les uns que les autres, et qui pourtant, l'avait accueilli sans peine, l'avait enveloppé de sa chaleur, comme si ses baisers et ses mains avaient le pouvoir de tout effacer, de retrouver ce qu'il y avait de beau en elle. Dans ses yeux de guerrière, le blond avait pu lire combien chaque cicatrice avait son importance. Chacune d'elle rappelait à l'homme que la jeune femme levait le menton en regardant ses adversaires, qu'elle n'avait jamais une once d'hésitation ou de doute, qu'elle puisait dans ce que le monde avait fait d'elle en la brisant.

Il avait une certitude, après cette nuit passée à ses côtés. Atarys avait été détruite seulement pour se reconstruire en plus solide, plus fière, plus forte. Elle ne laisserait jamais tomber, elle était indépendante, se fiant uniquement à son propre avis et se fichant bien de ce que les gens pouvaient penser. Il n'y avait pas toujours de raisons dans ses actes, comme si la jeune femme avait une conscience parfaite de l'équilibre précaire de sa vie et s'en servait pour tout simplement vivre autant que possible. Sa morale était un peu bancale et son sens des réalités biaisé par ce qu'elle avait vécu, si bien qu'à force de ne plus compter ses cicatrices, elle oubliait parfois l'importance de préserver sa santé, de même qu'elle se fichait bien d'exposer son corps, d'enfiler des vêtements courts ou juste de détonner avec l'ambiance du japon, elle profitait de tout ce que les restes fumants de son histoire lui accordaient.

Tout ce qu'elle dégageait balançait entre tristesse, sauvagerie et beauté. Elle était unique, tout simplement, droite et fière, debout sur les ruines de son passé.

— T'avais pas un camp d'entraînement avec l'équipe de volley ?

Ukai eut un moment de blanc, tentant de trier l'information de ses mots, entre sa gueule de bois et le manque de sommeil. Camp d'entraînement ?

— … merde ! J'avais oublié Nekoma.

Le jeune coach soupira en repoussant le plaid qui couvrait ses jambes et sa taille, et se leva en enfilant le caleçon qui traînait sur le sol, un peu plus loin. Il attrapa une cigarette à son tour et l'alluma en allant ouvrir la fenêtre de son salon, juste à côté du frigo dans lequel il fouilla pour trouver quelque chose à manger.

— J'ai un fond de jus d'orange, si tu veux, fit-il en secouant la bouteille.

La brune grimaça légèrement, et fit tomber sa cendre dans le cendrier, lorgnant sur la bouteille de vodka vide. Ils avaient bu comme des trous la veille, et elle était complètement déshydratée, mais là pour le moment, elle avait surtout besoin d'une aspirine et d'une douche. Et de huit heures de sommeil aussi, éventuellement.

— Laisse tomber, répondit-elle. Je pense que je vais commander un taxi et rentrer directement. Mon estomac est un peu fâché avec la vodka ces derniers temps.

— C'est sûr que si tu bois une demi bouteille de vodka chaque fois que tu sors, ton foie va vite t'en vouloir.

Atarys ricana et adressa un doigt d'honneur au blond avant de se lever à son tour, le bâton de nicotine entre les lèvres. Elle s'étira faiblement avant d'étouffer un gémissement de douleur à cause de sa blessure. Elle avait tendance à l'oublier, parfaitement capable de ranger le tiraillement des fils de suture dans un coin de son esprit.

— Ceci dit, la douche est libre si tu veux, et je peux te prêter un t-shirt, vu l'état de celui que tu portais la veille.

La jeune femme prit quelques secondes pour réfléchir, et hocha finalement la tête.

— Je veux bien, merci.

Elle puait la vodka, le tabac froid et la sueur, et puis elle s'était largement amusé cette nuit, une douche était donc la bienvenue. Elle traversa le salon sans prendre la peine d'embarquer avec elle le plaid et poussa la première porte qu'elle trouva. Celle-ci s'ouvrit sur une chambre bien rangée, avec un fut on, un placard, une télévision, une petite table et une commode basse. Le mobilier était simple, et elle trouva la pièce un peu vide, mais se contenta d'aller chercher dans l'armoire un t-shirt blanc uni, largement trop grand pour elle, mais qui lui procura étonnamment en sentiment d'apaisement. Il y avait l'odeur de Keishin dessus, et elle avait toujours apprécier se glisser dans des vêtements masculins après une soirée.

Elle ressortit aussitôt après avoir trouvé son bonheur et ramassa ses affaires dans le salon avant d'aller s'enfermer dans la salle de bain, seule porte qu'elle n'avait pas encore empruntée. Il ne lui fallut que quelques minutes pour s'attacher les cheveux, se doucher, se sécher et s'habiller. Ses collants étaient déchirés et son t-shirt également, elle prit donc la décision de simplement les jeter à la poubelle, ne gardant plus que ses chaussures à talons, sa jupe courte, un t-shirt trop grand et sa veste. Après quelques secondes d'hésitation, l'américaine piqua une noisette de dentifrice à son aîné et la mît dans sa bouche avec un peu d'eau pour se rafraîchir l'haleine avant de tout recracher. Enfin, elle fourra son soutien-gorge dans son sac à main, et sortit.

Keishin était encore en train de galérer dans sa cuisine à se faire un petit déjeuner potable, lorsqu'elle revint dans la pièce.

— Comment peux-tu vivre seul alors que tu sembles avoir du mal à faire cuir une simple omelette ?

Le blond sursauta devant elle, et se retourna, un sourcil haussé, avant de lui faire signe de prendre sa place si elle se sentait de faire mieux que lui. Atarys ramena ses cheveux en une queue de cheval haute, et s'avança dans un soupire.

— Va prendre ta douche pendant que je prépare ça, sinon tu vas vraiment finir par être en retard. T'as de la chance que j'ai pas encore envie de vomir, sinon je t'aurai laissé te démerder tout seul.

— Mais quelle femme parfaite, ironisa l'homme en roulant des yeux.

Malgré tout, Ukai capitula et alla s'enfermer à son tour dans la salle de bain pendant que la jeune femme terminait de faire à manger. Quand il en sortit, elle avait déjà disparue. Il esquissa un sourire amusé malgré lui, et s'assit devant sa table basse pour apprécier ce qu'il devait reconnaître comme étant un petit déjeuner de qualité.


Lorsque'Atarys descendit du taxi qui l'avait ramenée, elle étouffa un soupire de soulagement et retira ses chaussures le temps de remonter l'allée gravillonnée qui menait jusqu'à l'entrée. Elle ignora les picotements de la plante de ses pieds, préférant des cailloux à la torture de ses talons et manqua de se prendre la porte lorsque son cousin l'ouvrit en grand, un sac de sport sur l'épaule.

— Woah, doucement chaton !

Le visage de Yû s'illumina lorsqu'il vit la jeune femme devant lui. Il esquissa un sourire et réajusta la lanière de son sac avant de s'approcher d'elle.

— Désolé j'ai peu de temps pour te parler, j'ai un camp d'entraînement qui m'attend. Ceci dit, je voulais te demander un petit service avant de partir, mais tu ne répondais pas au téléphone.

La brune haussa un sourcil avant d'enfoncer ses mains dans ses poches. Son cousin lui demandait rarement des services, parfaitement capable de se débrouiller seul en général. Elle salua d'un signe de tête Tanaka et Asahi qui se venaient de dire au revoir à son grand-père et de rejoindre leur ami dans l'entrée, et ignora le premier qui détaillait sa tenue avec attention, tandis que le second détournait obligeamment le regard, retenant de justesse une remarque cassante. Elle n'avait pas le temps, pas l'énergie et surtout pas la patience pour ça ce matin. Ce midi, corrigea-t-elle mentalement.

— On a un camp d'entraînement avec l'équipe à Tokyo avec l'équipe de Nekoma, sauf que Hinata et Kageyama ont raté certains de leurs examens. Tu crois que tu pourrais les conduire, une fois qu'ils auront fini leurs rattrapages ? Ils devraient avoir fini en fin de mâtinée demain, mais on ne peut pas les attendre.

L'américaine haussa les épaules. Oui, elle pouvait.

— Seulement si tu m'achètes une boîte de Kinder®.

Yû secoua la tête, désespéré, mais accepta rapidement en voyant l'heure. Il n'avait pas le temps de négocier, et de toutes façons, une boîte de Kinder® contre un aller-retour en voiture à Tokyo, c'était largement rentable. Ils conclurent donc que le plus jeune enverrait par téléphone les numéros des deux autres lycéens et que ces derniers la tiendraient au courant de leur emploi du temps.

— Vendu. Maintenant si vous voulez bien, je vais aller finir ma nuit et décuver dans mon lit.

Les trois lycéens haussèrent les sourcils et la regardèrent jeter ses chaussures dans l'entrée, saluer rapidement le vieil homme qui lisait son journal dans le salon et disparaître dans les escaliers.

— Ta cousine, c'est vraiment quelque chose, lâcha Tanaka.


Le lendemain matin à onze heures, comme promis, Atarys se gara devant le portail de Karasuno, coupa le contact et remonta un genou contre elle en s'assurant mentalement qu'elle n'avait rien oublié. Elle avait sa trousse de toilette, des affaires de sport, des vêtements de ville, suffisamment de cigarettes pour tenir la semaine, une bouteille d'eau, des paquets de chips, son ordinateur, ses chargeurs, deux livres, et… et c'est tout ce dont elle avait besoin, non ? Trois coups contre la vitre, côté passager la firent sursauter. Elle ouvrit de grands yeux en voyant une blonde aux cheveux courts lui faire signe d'ouvrir la fenêtre.

— Holà, fit-elle joyeusement. Je suis Saeko, la sœur aînée de Tanaka. Il m'a demandé de lui ramener quelque chose d'important à Tokyo. J'allais prendre la voiture, mais on m'a dit que tu rejoignais toi aussi le camp d'entraînement pour emmener deux joueurs. On pourrait partager le coût de l'essence, si tu acceptes de m'emmener.

Atarys haussa les sourcils en entendant la blonde, mais haussa les épaules en déverrouillant la portière. Son assurance ne prévoyait pas de deuxième conducteur, mais partager le coût du voyage la tentait bien. La jeune femme la remercia et monta dans la voiture en même temps que les deux joueurs débarquaient en courant. Ils semblaient bien excités à l'idée de rejoindre la capitale pour s'entraîner.

— On est partis pour cinq heures de route sans compter les pauses. On s'arrêtera pour manger seulement vers treize heures trente et aux alentours de seize heures pour un café, donc j'espère pour vous que vous avez pris le temps d'aller aux toilettes.

Les trois hochements de tête la rassurèrent, alors qu'elle démarrait la voiture pour s'engager sur le lacet qui descendait dans la vallée. Le lycée se trouvait, comme une partie de la ville, en hauteur, et n'ayant toujours pas complètement évacué l'alcool de la veille, elle sentait que rejoindre l'autoroute allait être une vraie plaie.

— Tu es jeune, pour faire cinq heures de route toute seule, remarqua Saeko. Tu es sûre que ça ira ?

— J'ai eu mon permis il y a deux ans. Aux Etats-Unis, on peut le passer à seize ans et les distances, là-bas, se comptent rapidement en centaines de kilomètres, donc pas de panique, je ne m'endormirai pas au milieu du trajet.

L'étudiante acquiesça, visiblement un peu rassurée, et la discussion s'en tint là, sur les notes de Therapie Taxi. Lorsque la voix de la chanteuse murmura en français « T'en fais pas pour moi, je connais ce petit jeu. J'ai pas l'air comme зa mais je sais c'que j'veux. On est bien d'accord, j'vais pas m'attacher, juste crier encore après tes fessées », Atarys se sentit soulagée que les trois japonais ne comprennent pas les lyrics.

Durant toute la route, ils suivirent le plan imposé par Atarys, qui ne leur accorda que deux pauses. À seize heures trente, les deux joueurs et Saeko sortirent en trombe de la voiture avant que la lycéenne n'aille la garer sur le parking réservé aux bus des différentes équipes présentes. Maintenant qu'elle y réfléchissait, en voyant le lycée de Nekoma, elle espérait ne pas devoir dormir sur un futon entourée par toutes les filles managers des autres équipes. Bah, au pire elle demanderait à Saeko de partager sa chambre avec elle.

Elle ne tarda pas non plus à sortir de la voiture et à prendre la même direction que les deux jeunes joueurs, à savoir le gymnase principal, où elle retrouva ses trois passagers. Ils s'étaient un peu perdu en chemin, avant de trouver le bon endroit.

— On est arrivés à temps, s'exclama la blonde.

— Les meilleurs arrivent en dernier pour se faire remarquer, c'est ça ? Sourit un joueur aux cheveux presque aussi noirs que ceux de l'américaine. Ça m'énerve.

La brune poussa les deux joueurs à entrer, croisant le regard du coach blond. Keishin semblait satisfait de voir enfin arriver ses joueurs. Il lui adressa néanmoins un sourire en coin, se rappelant aussi bien qu'elle ce qu'ils avaient fait la veille quand elle était arrivée par hasard dans sa boutique à deux heures du matin. Elle pouvait parfaitement lire l'amusement dans ses prunelles lorsqu'il les posait sur elle. En revanche, le professeur référent et les deux managers, eux, étaient largement concentrés sur les premières années essoufflées qui venaient d'interrompre l'entraînement.

Atarys entraîna Saeko avec elle pendant qu'Hinata et Kageyama allaient se changer. Elle se posta à côté du coach blond, retenant à peine le sourire en coin qui menaçait.

— T'as de la chance que je sois là pour ramener tes cancres, lâcha-t-elle.

Elle capta le regard surpris des deux lycéennes, Yachi et Kiyoko. Elles semblaient plus qu'étonnées de la familiarité dont elle se permettait avec l'homme.

— C'est parce que tu nous adore, Atarys, répondit-il sur le même ton.

— Mais oui, mais oui.

La discussion s'en tint là, mais Saeko ne manqua pas la tension presque palpable qui régnait entre le blond et la brune. Elle reconnaissait un flirt quand elle en voyait un, évidemment, et pourtant… pourtant elle avait du mal à imaginer que le -plus ou moins- respectable coach Ukai puisse se laisser aller à flirter avec une lycéenne de quoi ? Dix-sept ans ? Dix-huit ?

Atarys dû reconnaître, quelques heures plus tard, alors que la nuit tombait, que les équipes de volley étaient impressionnantes. Leur endurance était admirable, et le duo que formaient Hinata Shôyo et Kageyama Tobio avait de quoi inquiéter les adversaires de Karasuno. Depuis qu'elle avait remis en place le dos du brun, celui-ci semblait avoir encore gagné en précision. Peut-être devrait-elle proposer aux joueurs présents de vérifier leurs articulations et leur dos, à eux aussi. Elle pouvait déjà en repérer un ou deux qui en avaient bien besoin.

— Pas la peine de vous la péter, les cancres, rappela néanmoins Tanaka.

Et l'américaine dû reconnaître qu'ils avaient quand même de quoi. Ils étaient vraiment doués, tous les deux. Cela dit, elle en voyait d'autres, qui étaient doués. Celui aux cheveux gris, Lev… il avait tout pour être un bon joueur. Il semblait avoir la taille, la technique et l'endurance. Du coin de l'œil, elle vit le rouquin de première année suivre son attaque.

— En tous cas, ça va être fun cette année, remarqua un troisième année aux cheveux gris.

Bokuto, se souvint-elle. Yû lui en avait déjà parlé, et l'avait relativement bien décrit. Apparemment, il était un joueur de niveau national, et plutôt bien classé. Il avait l'air d'être habitué à ce genre de camp d'entraînement. Elle était, par ailleurs, plutôt d'accord avec lui. Les joueurs auraient de quoi se mettre de bons adversaire sous la dent, ici.

L'entraînement se termina avec le match de Nekoma, et les managers commencèrent à aider à tout ranger pendant que Saeko et elle allaient chercher les bagages dans la voiture. Ayant fait le trajet, elles étaient naturellement invitées à rester. De toutes façons, elles n'allaient pas reprendre la route ce soir, c'était une évidence. Et puis elles sauraient se montrer utile, même si se trouver à Tokyo mettait la brune mal à l'aise. Être à Tokyo, c'était avoir plus de chance d'être retrouvée. Déjà que l'information concernant Karasuno semblait avoir fuité…

Ensemble, les deux jeunes femmes ramenèrent leurs affaires au bâtiment principal, et Atarys donna à l'étudiante son sac. La blonde irait déposer leurs valises dans leur « chambre » pendant qu'elle irait donner à Hinata et Kageyama leurs sacs. Cela dit, elle ignorait totalement où les garçons iraient dormir. Toujours aussi peu emballée par l'idée de se perdre que le premier jour de son arrivée à Karasuno, l'américaine attrapa le premier joueur qu'elle trouva, et lui demanda où elle pouvait trouver les deux premières années.

— Et tu es ?

Elle reconnut le joueur aux cheveux noirs qui avait accueilli les retardataires avec un air de défi.

— Carpenter Atarys, la cousine de Nishinoya Yû.

Le grand brun haussa les sourcils, l'air franchement surpris, et la dévisagea quelques secondes. Il se reprit néanmoins, et lui fit signe de le suivre.

— Je suis Kuroo Tetsuro, le capitaine de Nekoma. J'ignorais que Nishinoya avait une cousine étrangère.

— Je suppose qu'il n'avait pas de raison particulière de parler de moi.

Ou plutôt, le sujet avait été trop douloureux pendant sa disparition pour qu'il en parle. Il était difficile d'aller voir ses amis pour leur dire « ma cousine a été enlevée », alors aller voir des connaissances ? Yû n'avait pas de raison de parler d'elle. Elle vivait sa vie, et ils se parlaient peu quand elle ne venait pas au Japon. Ils étaient proches quand ils en avaient l'occasion, et ils se soutenaient sans retenue, mais ils n'avaient pas besoin d'avoir de nouvelles l'un de l'autre toute l'année pour maintenir leur lien. Entre eux, c'était plutôt « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». C'était comme ça que fonctionnait Atarys, tout simplement. Ses missions rendaient de toutes façonnées choses plus compliquées en général. Elle ne pouvait tout bonnement pas se permettre de recevoir une notification au mauvais moment, alors la plupart du temps, elle avait seulement sur elle son téléphone professionnel.

— Pourtant, si tu es une cousine assez proche pour venir en camp d'entraînement avec son équipe et qui suis ses études dans le même lycée, nous aurions déjà dû avoir entendu parler de toi.

— Je ne vis pas au Japon en temps normal, avoua-t-elle.

Le jeune homme haussa un sourcil, l'invitant à approfondir sa réponse. Malheureusement pour lui, Atarys n'avait pas la moindre intention de lui donner des informations sur elle, et encore moins l'envie de discuter avec lui. Elle se contenta d'ouvrir la porte de la salle de classe dans laquelle dormiraient les secondes années et jeta les sacs dedans.

— N'essaie pas d'en savoir trop, ça vaut mieux pour toi, prévint-elle une fois la porte refermée.

— Tu ne fais que me donner envie d'en savoir plus sur toi, là.

— Dommage pour toi, alors.

La jeune femme dépassa le joueur, le laissant planté là, dans le couloir, et monta d'un étage. Elle avait entendu Saeko dire que les filles dormaient au-dessus des garçons. Une question de pudeur féminine apparemment. Puisque les joueurs n'avaient pas de raison de monter, alors il n'y avait pas de risque de tomber sur des lycéennes en pyjama. Bullshit. Elle entra dans la seule salle de classe ouverte, et soupira en voyant les futons.

— Atarys, j'ai mis nos affaires au fond, pour être tranquilles.

— Merci.

Et sincèrement, en voyant les deux couches un peu à l'écart des autres, contre le mur, là où la brune se sentait le moins en danger dans cette pièce, elle se sentit redevable envers la blonde.

— T'as l'air d'avoir un peu de mal avec les gens, alors je me suis dit qu'il valait mieux te donner un peu d'intimité.

Atarys acquiesça. Elle en avait besoin.

L'américaine installa rapidement ses affaires et se redressa en glissant dans sa veste en cuir son paquet de cigarettes et son zippo.

— Je vais prendre l'air, prévint-elle.

— À tout à l'heure !

Elle sortit de la salle de classe, et descendit la volée de marches qui la séparait de l'étage des joueurs, où elle entendit des éclats de voix. Elle reconnut la voix d'Hinata, mais ne parvint pas à identifier la seconde et comprit seulement que le petit rouquin lançait un défi au second, des paroles qu'elle put saisir. Elle laissa les deux joueurs où ils étaient et descendit encore, sortant sa cigarette de son paquet, croisant le type aux cheveux gris qu'elle avait su nommer plus tôt.

— Huh. Tu es manager ? lui demanda-t-il.

— Non.

Elle le dépassa sans s'arrêter, sentant son moral descendre de plus en plus, et sortit sans se presser. Elle ne s'était pas sentie particulièrement bien quand elle s'était réveillée seule ce matin. Plus encore, son agacement était monté d'un cran lorsqu'elle avait dû faire la route pour venir jusqu'à Tokyo. Désormais, elle se sentait juste mal. Avec tous les évènements de ces derniers mois, ces fluctuations dans son moral étaient quelque chose de normal, mais elle n'avait pour autant aucune envie de devoir les subir ou les gérer.

Mentalement épuisée mais se sachant incapable de dormir, elle alla s'assoir sur le rebord d'une fenêtre et alluma sa cigarette.

— Je t'ai déjà vue plus en forme que ça, l'interpella une voix sur sa gauche.

— Keishin…, soupira-t-elle.

L'homme vola une cigarette dans le paquet posé près d'elle, et s'adossa au mur, son bras frôlant l'extérieur de sa cuisse.

— Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Elle haussa les épaules. Ce n'était pas une sensation sur laquelle elle pouvait mettre de mots. Elle s'était sentie incroyablement bien la veille, près de lui, et puis la bulle de douceur qu'ils avaient créée avait éclaté. Elle avait d'abord cru que le vide qu'elle ressentait venait de sa fatigue, mais lorsqu'elle s'était réveillée à vingt heures, il était toujours là. Elle s'était trouvée incapable de manger, de dormir, de lire, ou même de se concentrer sur une série. Elle était juste là, sans savoir quoi faire d'elle-même, comme si son propre mental lui était soudain inaccessible.

— J'en sais rien. Je me sens vidée.

Elle avait dormi trois heures avant d'aller chercher les deux joueurs retardataires, et malgré la fatigue physique et mentale, elle se sentait incapable de dormir. C'était comme si elle était incapable de ressentir quoi que ce soit, soudainement, et pourtant, qu'elle était au bord d'un puits d'angoisse. L'ombre d'une crise de panique se trouvait là, tout près d'elle, prête à l'étreindre.

— Ça me fait peur, avoua-t-elle.

— À moi aussi, répondit-il. Je suis inquiet pour toi.

La brune sentit la culpabilité l'envahir. Elle ne voulait pas que le coach blond se soucie d'elle pendant le camp d'entraînement de l'équipe de Karasuno. Ses joueurs avaient besoin de lui, Yû avait besoin de lui. Elle, elle pouvait encore gérer seule.

— Ne le sois pas. Concentre toi sur le volley.

Atarys écrasa sa cigarette et descendit du rebord de fenêtre. Tout son corps avait envie de se jeter contre celui de Keishin et de lui demander de lui faire oublier, mais elle ignora cette envie et rentra dans le bâtiment. Elle grimpa les marches jusqu'au quatrième étage et entra dans la chambre des filles pour prendre ses affaires et aller se doucher. Elle enfila un short et le t-shirt blanc du blond, et alla enfin se coucher, sans un bruit pour ne pas réveiller les autres.


Well, Atarys essaie de comprendre ce qui lui arrive, mais elle a un peu de mal. Comme elle a fini l'adaptation de base à sa nouvelle vie, elle commence à tomber dans une certaine routine, une vie normale, et elle décompense tout ce qu'il s'est passé quand elle travaillait avec son équipe en tant que militaire. Mentalement elle est épuisée et elle a besoin d'aide, mais elle ne comprend pas encore.

Comme elle a compris que Keishin l'avait aidé à oublier un peu, elle assimile sa soirée du samedi à un moyen d'aller mieux. Sauf que coucher avec le coach de son cousin n'est définitivement pas un moyen de régler ses problèmes, même si ça balance une petite dose d'endorphine et de dopamine, antidépresseurs naturels.

On commence à regagner le canon et la trame, donc on se retrouve au début de la saison 2 après la défaite contre Aoba Johsai, au camp d'entrainement de Nekoma.

RàR TullyTully : Pour le moment, mon histoire ne va pas si loin, elle va probablement même fortement se détacher du canon et je vais surtout utiliser les personnages pour son histoire à elle.
Il risque d'y avoir de l'action dans les prochains chapitres et peut-être une apparition de Poussin ou Gazelle, à voir. Shôyo l'aidera sûrement à aller mieux, mais je pense que je vais surtout me concentrer sur les personnages déjà un peu établis, comme Yû, leur grand père, Ukai et peut-être Asahi et Sugawara, éventuellement Kuroo, Saeko et Bokuto.
Ukai aura définitivement son importance, parce que j'ai du mal à imaginer Atarys sortir avec quelqu'un de son âge, y'a un trop fort décalage entre elle et les joueurs pour le moment.
Je suis un peu moins fière de ce chapitre, ceci dit, même s'il pose vraiment la santé mentale d'Atarys.
Pour Ukai et elle, en fait, ça me paraît plutôt naturel, elle est habituée à côtoyer des adultes, c'est son monde, elle est majeure, elle a la maturité et il est attirant. C'est même le choix le plus logique pour elle, mais c'est un peu un pansement, donc je doute qu'ils finissent ensemble. Y'a de l'attirance, du désir, du flirt et des confidences, y'aura peut-être une relation, mais probablement pas de sentiments amoureux.