Le jour où on a chié dans le salon :
Chapitre 15 : Éclosion :
Cela faisait bientôt neuf mois que l'œuf était déclaré comme vivant, neuf mois qu'il abritait une petite vie, neuf mois que la famille allait chez le médecin pour savoir si tout avançait bien. Sept mois qu'ils allaient faire des échographies pour l'œuf régulièrement.
C'est en revenant de vacances que Dabi eut cette idée. Il lui semblait que l'on faisait des échographies aux femmes enceinte pour savoir où en était leur bébé, s'il se développait bien, s'il n'était pas malade, si tout allait bien. Et si au départ, Hawks n'avait pas vraiment aimé l'idée de confier de nouveau son œuf à un homme qui le mettrait sous des machines qui pourraient le briser, il accepta sous le fin sourire de Dabi ainsi que sa main tendue. Touya lui avait assuré que tout irait bien, qu'il le voulait, arguant même que ça lui ferait un bien fou de voir leur enfant pour de vrai. Alors l'oiseau avait finit par accepter. Il prit rendez-vous, pressé dès que Dabi faisait des efforts. Ce qu'il aimait voir son brun s'atteler à la tache et si cela pouvait aider à l'acceptation du petit, alors il était totalement pour.
Ils y étaient donc allés pour la première fois au bout des deux premiers mois. Même médecin et un matériel vétérinaire. Car oui, pour bien voir l'intérieur d'un œuf, il fallait le matériel requit. Si Hawks se sentit vexé, il confia tout de même sa beauté et avec toutes les précautions du monde, le docteur plaça la frêle chose dans la machine.
Stressé, l'oiseau prit la main de son homme et commença à se ronger les sangs alors que de son côté, toujours incognito, le brun le rassurait en lui caressant tendrement le dos de la main de son pousse. Le médecin était rassuré. Ils semblaient avoir trouvé un terrain d'entente.
Lorsque le blond vit enfin le fœtus, sa première réaction fut de fixer ce petit cœur qui pompait le sang à un rythme frénétique. Ensuite, il s'attarda sur ces minuscules mains, ces tous petits pieds et il s'empressa de compter chaque doigt, chaque orteil et tout était là, tout était bien à sa place. Heureux, les larmes aux yeux et l'excitation à son comble, comme pour une jeune mère, l'oiseau observa son homme qui lui offrit le sourire qu'il attendait avant de grimacer et d'hausser un sourcil devant la vision qui s'offrait à lui.
Ce n'était vraiment pas beau. On ressemblait tous à cette espèce de fusion entre une crevette et un cachalot avarié ? Il renifla discrètement et détourna son visage sur le médecin qui expliquait que le bébé, même dans un œuf, se développait plutôt bien. Si au départ, l'homme était plutôt inquiet quand à la nourriture que mangerait l'enfant, il se trouva plutôt rassuré en le voyant lentement pomper ce que l'on appelait le jaune d'œuf. Au moins, ça tiendrait les neuf mois, il n'y avait plus qu'à prier pour que tous les anticorps nécessaires s'y trouvent. Après un débriefing plutôt long dû aux questions du père poule de service, Dabi put enfin rentrer chez lui alors qu'Hawks enserrait son œuf avec encore plus d'amour qu'en venant.
En rentrant, l'être ailé, à défaut de pouvoir alimenter ses réseaux sociaux, alimenta toute la famille des « magnifiques » photos de l'échographie. Dabi se laissa lourdement retomber dans le canapé en se massant le visage. Il était déjà épuisé. Après un soupire, il jeta un coup d'œil à son père qui, un sourcil haussé, s'assit à côté de lui, le nez dans son mugs. Dabi ne dit rien, conscient que son père voulait briser la glace, détendre l'atmosphère.
« C'est moche, n'est-ce pas ? »
Dabi observa son paternel qui eut… Un étrange regard qu'il ne sut tout d'abord interpréter. Il se demanda s'il se foutait de sa gueule, s'il voulait maladroitement se rapprocher en leur cherchant un point commun ce qui n'était pas rassurant du tout. Il était vrai que s'il pensait comme son père et qu'il trouvait la première échographie moche, alors rien ne s'annonçait être bon pour la suite. Puis, le brun inclina la tête et comprit. Enfin. Il plaisantait. Ce qu'il voyait dans ce regard… C'était de l'amusement ! Endeavor sortait une blague. Il voulait définitivement se rapprocher de lui. Et là… Touya garda sa réplique acerbe pour lui. Pourtant, il aurait pu lui en sortir plein du type. « Qu'est-ce que tu en sais, tu regardais l'avancé de tes petits produits ? », « Tu es sûr que ça a changé ? Ne suis-je pas moche pour toi en plus d'être un raté ? », « C'est sûr que chez toi, la beauté est très subjective, surtout celle intérieur. », « C'est ce que tu disais souvent à maman quand elle te décevait, non ? », « Tu m'étonnes avec ce genre de pensées que tu ais fait un père minable. ». Mais non, il se retint. Il se retint et se contenta de rire légèrement, amenant un demi sourire sur le visage d'Enji, un visage détendu.
« Ouais, c'est vraiment pas beau. »
Les deux hommes rirent ensemble quelques secondes et le regard derrière le dossier du canapé, Enji observa l'oiseau montrer ses photos à tout le monde et comme s'il était plongé dans ses pensées et qu'il se le disait à lui-même, une phrase sortit de sa bouche alors que son sourire se fana doucement.
« Il ne te lâchera pas avec ça. C'est son petit trésor. »
Et c'est ainsi qu'Enji Todoroki se releva sans plus prêter attention à la mine curieuse et perdue de Dabi. Avait-il repensé à leur mère avec regret ? Trouvait il qu'Hawks ressemblait à Rei en cet instant précis ? Un pincement vint lui prendre le cœur. Et de toute façon, même s'il changeait, avait-il ne serait-ce que le droit de penser ainsi de sa mère ? Avait-il ne serait-ce que le droit de se souvenir des moments de bonheur de Rei qu'il n'avait jamais su partager ? Ses songes noirs disparurent en rencontrant la mine enjouée et les yeux larmoyants de bonheur d'Hawks. Il eut, sans le savoir, le sourire le plus tendre du monde et comme-ci la Terre venait de s'arrêter de tourner, il se perdit dans les yeux d'ambre d'Hawks.
« Dabi, ça va ? Questionna l'oiseau, curieux devant cette mine et ce manque de réaction.
-Ça va. »
Déclara calmement le brun alors que le blond vénitien souriait abondamment en courant vers un Izuku souriant et riant de bonheur pour le petit couple, les photos en main alors qu'à ses côtés, Shoto, qui le tenait par la taille, restait sceptique. Dabi eut un sourire tendre alors que Natsuo et Fuyumi se disputaient pour savoir si ce serait une fille ou un garçon. Hawks était juste magnifique lorsqu'il était heureux, et il lui semblait que sa famille se recomposait peu à peu grâce à cet événement.
Peut-être que ce fœtus de deux mois n'était pas si moche finalement.
Les autres échographies furent plus tranquilles. Hawks, à chaque fois, contenait mal sa joie et sautillait sur place en voyant les grandes avancées de son bébé alors que, toujours à ses côtés, Dabi ne pouvait s'empêcher d'être intrigué, intrigué par tous ces changements si rapides et soudains dans un si petit corps.
Bien rapidement, il se prit à poser des questions, à s'intéresser dans y toucher à cette petite chose, à vouloir la toucher, la prendre dans ses bras sans même savoir pourquoi. Il était curieux. Il ne l'aimait pas encore, il le savait et tout était de l'ordre de la curiosité, celle qui lui disait que peut-être, peut-être bien qu'il pourrait aimer.
Ils n'avaient pas voulu savoir le sexe de l'enfant, il ne l'avait pas prévu et ça leur était bien égal. De même, ils ne voulurent pas faire un test approximatif d'alter. Déjà, ça ne les intéressait pas et ensuite, ils se demandaient si cet enfant, au vu de comment il était né et comment il avait été créé, aurait un alter. Ils l'espéraient de tout cœur pour lui, mais ils n'étaient sûr de rien. Aussi, mis à part les examens cliniques possibles qui n'endommageaient pas trop l'œuf, aucun examen eut lieu, laissant le petit être au repos.
Mais voilà, il n'était en ce jour d'hiver, plus l'heure au repos. Cela faisait neuf mois tout pile que l'œuf avait été pondu, il était tôt et toute la maisonnée, qui ne s'étonnait même plus de voir Izuku dans les grands moments comme celui-ci ou de le voir tout court, était réunie sous l'ordre d'Hawks, endormit dans leur café. Seul l'oiseau était au garde à vous devant son œuf. Dabi, qui avait au moins fait l'effort de s'habiller convenablement, bailla en se recoiffant légèrement ses cheveux bruns en bataille, l'œil détourné de la fenêtre pour s'orienter sur son homme.
Hawks était sur les nerfs depuis le dernier mois. Il était né tôt, en avance sur le calendrier et il était sûr que ce serait la même chose pour son enfant comme le médecin lui avait mit dans le crâne que c'était possible, et très clairement, Hawks ne voulait louper l'éclosion pour rien au monde. En même temps, qui pourrait avoir la chance de dire : « J'ai dormit durant la naissance de mon enfant. » ? Personne, personne à part eux, sauf que très clairement, au vu de la dose de café et des cernes du pigeon, c'était personne tout court. Le blond avait besoin de repos, c'était certain.
Hawks, qui avait décidé de ne plus dormir pendant un bon mois, avait en ce soir, invité toute la maison à venir. Rien n'indiquait vraiment que l'enfant naîtrait à cette heure précise mis à part la fantaisie d'Hawks mais tout le monde était là à le fixer lui et son sourire flippant de camé au café. Génial pour la première vision de l'enfant. Mais bon, personne ne disait rien, bien trop épuisé pour prononcer le moindre mot et trop fatigué pour oser argumenter avec un oiseau qui usait de son instinct maternel comme unique argument et contre argument.
L'horloge indiqua l'heure exact à la minute près et Hawks se mit à frétiller. Personne ne réagit au début, mais bien vite, l'exclamation de joie de l'oiseau indiqua à tout le monde que le moment était bel et bien venu, l'œuf venait de bouger.
Tous se ruèrent autour d'Hawks alors que Dabi observait la scène de loin, la gorge sèche. Devait-il s'approcher ? Il ne savait que faire. Enji l'observa et le détendit d'un hochement de tête. C'était lui qui voyait. Le héros, revenu de mission et toujours en costume, se sentit plutôt mal à l'aise devant cette naissance et choisit de s'écarter, prétextant de sa voix bourrue de ne pas se sentir assez en forme et d'avoir besoin d'une bonne douche. Personne ne releva et tous laissèrent le numéro un partir. Dabi jeta un coup d'œil à son père puis à Hawks qui lui offrit un grand sourire candide et surexcité, assis en tailleur avec son œuf remuant entre ses mains. Il rassura Dabi d'un regard pétillant d'amour et de joie et d'un sourire au combien enjôleur. Il était heureux que son brun soit au moins là, même s'il restait de côté. Il comprenait et sa présence était en réalité tout ce qui comptait. Dabi était stressé et ce n'était clairement pas le profil de tenir la main pour encourager. Et alors que le souffle de tout le monde autour de l'œuf était suspendu, le premier trou se fit dans la coquille.
Rapide et suivant son instinct, l'oiseau défit rapidement la carapace un peu trop dure pour un petit sans bec. Heureusement, la surface était grande et Hawks n'eut aucun mal à défaire son enfant de l'œuf.
À défaire son enfant de l'œuf… Quand il eut enfin en main sa progéniture, il ne fit plus aucun mouvement. Il n'entendit même pas les félicitations ou bien même la voix de Fuyumi qui accueillait le médecin venu en urgence. Ses yeux étaient perdus, perdus dans ces joues, ces petits cheveux clairs sur le dessus de la tête, sur ces petites traces au coin de ses yeux plissés qui rappelaient celles qu'avaient Hawks, sur son enfant.
Le bébé gigota un instant et perturbé dans son sommeil profond par l'environnement ambiant, il se mit à hurler alors que ses petits poumons se remplissaient d'air, et ce fut le déclic pour chacun. Hawks eut des larmes de joie qui coulèrent le long de ses joues, les frères et sœurs et Izuku pâlirent en courant chercher bassine, shampoing et serviette… Et Dabi… Eh bien, Dabi ne sut que faire. Il déglutit, se tripota les doigts et profita de l'inattention du médecin, qui ne l'avait toujours pas réellement vu, pour s'approcher à pas de loup vers son homme.
Il avait l'impression de flotter, comme ci la gravité venait de quitter son corps et sur le moment, ça le rapprochait plus du malaise que du rêve. Il retint sa respiration, trembla, sentit les sueurs froides descendre le long de son dos et se stoppa en voyant la petite chose que tenait Hawks entre ses bras. Il se figea quelques instants et tendit ses bras vers Hawks sans même vraiment le regarder. Il voulait porter l'enfant, mais il ne s'en sentait pas digne, il ne savait toujours pas s'il le voulait vraiment. Le médecin arriva, pâlit, mais la famille lui fit comprendre d'un geste de ne rien dire, c'était lui le père après tout. Ce soir là, beaucoup de réponses furent données à ce pauvre docteur jeune diplômé sans qu'il ne les demandent vraiment.
Délicatement, Hawks remit son enfant dans les bras de son homme, de l'autre père de ce petit être qui gigotait en geignant, dérangé d'ainsi changer de bras. Des ses petits poings serrés, cet enfant faisait déjà preuve de caractère en affirmant sa présence.
Le cœur de Dabi manqua un battement à la vue de ce petit être si fragile. De cette petite chose qui se battait déjà pour survivre alors qu'elle ne sortait qu'à peine de son œuf. Il manqua un battement au poids, à cette si frêle consistance qu'il ne sentait qu'à peine au sein de ses grands bras.
Avec toute la précaution du monde, sous un silence de plomb et des regards attentifs auxquels il ne faisait même plus attention, il se releva, son enfant dans les bras et se dirigea vers la fenêtre pour s'y accouder à nouveau, pour être seul, sur ses appuis avec cette si petite chose qui avait, lui semblait-il, son nez et qui aurait la magnifique chevelure et les yeux brillants d'Hawks. Sans même remarquer le regard rassuré d'Hawks ainsi que son sourire plein d'amour, il détailla avec attention le visage arrondit de son enfant. Ça y était, le bébé était là. Il était papa… Papa…
