Bonjour, bonsoir ! Après trois années passées à patauger pour écrire et terminer le moindre écrit, je suis absolument ravie de vous livrer ce septième chapitre des aventures d'Ama. Je vous souhaite une trèèès bonne lecture !

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CHAPITRE 7 : CAPTIVANTE

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« Je souhaiterais être réincarné en magnétoscope VHS pour pouvoir effacer ces images qui me hantent. »

L'amour dure trois ans, Frédéric Beigbeder

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Adossée contre l'un des murs de la prison, mes yeux balayent les extérieurs infestés de rôdeurs. Sur ma droite, hors de portée de mes oreilles, le groupe de Rick s'entretient avec une certaine virulence. Je vois des mains se lever vers le ciel, dans un geste agacé, tandis que d'autres tentent de calmer la situation. Finalement, une survivante quitte la discussion d'un pas rapide. La porte claque, un autre survivant la suit, je grimace. J'ose espérer qu'ils seront les seules personnes récalcitrantes car je n'ai pas la prétention de savoir convaincre les foules.

« T'es qui, toi ? »

La voix, enfantine, me prend par surprise. Je regarde autour de moi avant de trouver Carl perché sur une avancée grillagée, attenante au mur contre lequel je suis appuyée.

« Une voisine inquiète ? réponds-je vaguement, sur un ton léger, afin de ne pas l'impliquer dans des complications qui le dépassaient.
- Tu fais partie du groupe qui nous a attaqué, conclue-t-il. Pourquoi t'es là ?
- Pour que tout ça cesse.
- Comment ? »

Sa question me laisse silencieuse. J'y avais pensé. Longuement et plusieurs fois. J'avais retourné le problème dans tous les sens et, à chaque fois, j'étais arrivée à la même conclusion : le Gouverneur ne pouvait rester en vie.

« J'ai une vague idée, mais je ne pense pas que ton père apprécierait que j'en discute avec toi.
- Je ne suis plus un enfant. Je peux comprendre, rétorque-t-il, les sourcils froncés. »

Je le dévisage un court instant, les lèvres pincées. Il a raison. Malgré ses joues encore rondes, mangées par des mèches de cheveux qui se rebiffent, Carl n'a rien d'un enfant. De son attitude se dégage une certaine maturité. Je ne doute pas le moins du monde que depuis que les morts ne mourraient plus, il avait du faire face à des vérités que l'on cachait, habituellement, aux plus jeunes. La vie, la mort, les souffrances physiques et morales existant entre les deux, l'échec, la fuite, l'affrontement. La complexité des relations humaines, vivre en communauté pour survivre, se forcer à apprécier le caractère des uns et des autres et, parfois, tuer.

« Quel âge as-tu ?
- Douze ans. Plus ou moins. »

Je hoche la tête.

« Et tu sais tirer ? »

Carl acquiesce alors que l'ombre d'un sourire empli de fierté se dessine sur ses lèvres.

« Je suis un des meilleurs. »

Je me surprends à pouffer de rire, ajoutant que cela ne m'étonne pas, juste pour gonfler un peu plus son ego. Cette fois-ci, son visage se fend d'un réel sourire et la dureté de son expression disparaît. Puis, en un éclair, cette bulle hors de temps, délicate et précieuse, éclate lorsque la voix de Rick nous interrompt.

« Je croyais t'avoir dit de rentrer, Carl.
- Techniquement, je suis à l'intérieur, argue-t-il. »

Agacé, Rick soupire. Il semble se contenir de dire ou faire des choses qu'il regretterait et à l'amertume qui se lit sur les traits de son fils, je devine que, quelques fois, il franchissait la limite. Carl m'adresse un dernier regard et ce n'est qu'une fois de nouveau à l'intérieur que Rick m'accorde toute son attention. Je me relève prestement et, le coeur battant la chamade, j'attends que la sentence tombe.

« Que proposes-tu ?
- Je n'ai rien de concret, avoué-je, un brin embarrassée. Je ne sais pas mener une guerre (Je mime des guillemets en prononçant ce dernier mot.), mais je peux et je veux t'aider. »

Il recule de deux pas et je sens le même agacement et la même colère, d'il y a quelques secondes, émaner de lui. Je lui fais perdre son temps. Je n'ai aucune valeur. Je ne manquerai à personne si je venais à disparaître. Toutes ces pensées traversent son esprit et il ne s'en cache pas. Il passe sa main sur son visage, dansant d'un pied sur l'autre -certainement un tic pour se canaliser-, mais avant qu'il ne prononce la moindre parole, je le devance :

« Je sais ce que tu te dis. Que je n'ai rien à t'offrir, que je suis faible et que, pour couronner le tout, j'ai fait la bêtise de m'offrir à vous, listé-je alors que je sens une bouffée de chaleur m'envahir. Tu te demandes ce que tu vas faire de moi, maintenant que je connais la composition exacte de ton groupe, tes pertes, tes enfants, et tu n'as pas la solution à ce nouveau problème. Mais tu te trompes, Rick, sur toute la ligne. Quand je dis que je peux t'aider, je ne le dis pas à la légère, je le pense. »

Il cesse de bouger.

« Ce n'sont que des mots, balaye-t-il. Et il va falloir bien plus que ça pour que l'on risque nos vies pour ta petite prise de conscience tardive. »

Piquée au vif par le ton condescendant employé, mes sourcils se froncent.

« Bien. Très bien. Excellent, même. Tu sais quoi ? Tu as raison. Ne faîtes rien et surtout, restez bien ici, asséné-je en comblant les mètres nous séparant. Quant à moi, je vais partir avant qu'ils ne reviennent et quand le Gouverneur n'épargnera que toi pour que tu vives avec tes erreurs, tu penseras à moi et à ma petite prise de conscience tardive que tu aurais du considérer avec un peu plus d'égard. »

J'ai à peine le temps d'esquisser un pas sur le côté qu'il se met en travers de mon chemin.

« Ils vont revenir ? »

J'acquiesce.

« Comment je peux te faire confiance ?

- Tu ne peux pas. »

Rick soupire, tout en reculant, et je le suis.

« Mais, reprends-je, je ne te le demande pas. Rick, je veux que tu penses à ton groupe, à vos enfants. Quand ils reviendront et qu'ils vous trouveront ici, ce sera déjà trop tard. »

Il cesse de reculer, soudainement beaucoup plus intéressé par mes propos et je ne comprends pas, dans l'immédiat, ce regain d'intérêt. Puis, tandis que son regard se fait plus insistant, je tilte et mes yeux s'écarquillent.

« Ils ne doivent pas vous trouver ici, murmuré-je.

- Exactement, confirme-t-il avant de rejoindre, en grandes enjambées, les quelques survivants ayant suivi, de loin, notre échange. »

Je ne fais que le suivre du regard. Une nouvelle discussion s'ouvre, mais à l'inverse de la première, elle semble moins virulente. Elle dure également moins longtemps et cette fois-ci, lorsqu'elle se termine, Carol me rejoint. Sans un mot, elle s'installe sur une des palettes de bois entassées, puis tapote l'espace restant, dans une invitation. J'hésite, mais seulement un court instant ; Carol dégageait quelque chose de rassurant, de doux, de maternel et, même si j'avais toujours dans un coin de ma tête ce geste de dénonciation, j'avais besoin de ça.

« Tu peux rester, m'annonce-t-elle. »

Mes épaules s'affaissent, soulagées d'un poids, et Carol le remarque très certainement car ses lèvres s'étirent en un sourire amusé.

« Je t'avais dit que tu étais bien trop sensée pour suivre ce tyran.

- Je sais. Je me sens un poil stupide.

- Et moi, je te suis reconnaissante d'être venue nous trouver, rétorque-t-elle pour couper court à une quelconque auto-flagellation de ma part.

- Andrea y est pour beaucoup, à vrai dire.

- Je sais, souffle-t-elle avec un demi-sourire. »

Et derrière ce rictus, je devine l'affection qu'elle lui porte toujours.

« Viens, je vais te montrer où tu vas passer la nuit. »

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Le soir venu, alors que les rayons du soleil n'ont plus été qu'un vague souvenir et que la température a baissé considérablement, je ne suis pas parvenue à quitter la palette de bois qui a été ma seule compagnie durant ces dernières heures. Un frisson parcourt tout mon corps et j'enserre un peu plus mes jambes contre mon buste. Il y a des jours comme celui-ci où dans un élan d'égoïsme, je voudrais tout abandonner, oublier et fuir lâchement sans un regard en arrière. C'est une sensation étrange de ne trouver sa place nulle part. Du mouvement dans mon dos attire mon attention et par-dessus mon épaule, j'aperçois Rick prenant la relève de Daryl. Une tape sur l'épaule, quelques paroles échangées, un coup de tête dans ma direction, puis ils se séparent et je reporte mon attention sur les infectés. J'aurais pu encore les regarder pendant des heures – les dévisager, derrière ces grilles, me les rendaient presque inoffensifs – si Rick ne s'était pas décidé à me rejoindre. Sans un mot, il me tend une pomme et je ne me formalise pas d'un quelconque remerciement avant de croquer dedans. Plus tôt, dans la soirée, le dîner s'était déroulé sans ma présence. Je n'étais pas prête à affronter des conversations mordantes.

« Je n'comprends pas, finit-il par dire. »

Je fronce doucement les sourcils.

« T'aurais pu fuir toute cette merde, mais tu ne l'as pas fait.
- Je n'avais nulle part où aller et j'étais seule. Combien de temps me donnais-tu avant que je ne finisse comme eux ? questionné-je en jetant un coup de menton en direction des infectés.
- Plus que tu ne le penses. »

J'ai un léger ricanement tandis que je jette au loin mon trognon.

« Que ce soit une semaine ou un mois, je serai morte avec les regrets de ne pas vous avoir prévenu et je veux pouvoir partir sereinement. »

Dans son regard, une petite étincelle me dit qu'il aurait fait la même chose et l'ombre d'un sourire se dessine sur mes lèvres. Ses yeux me quittent rapidement pour se concentrer sur les bois nous faisant face, il reste silencieux de longues minutes avant de prendre de nouveau la parole pour s'excuser des gestes brusques qu'il a eus à mon égard. Par automatisme, je porte la main à mon bras où des drôles de couleurs sillonnent ma peau.

« Ce n'est rien, mens-je. (Puis, un pouffement s'échappe de ma bouche, bien qu'il n'y a rien d'amusant à tout ça.) Notre première rencontre était plus sportive. »

A contre cœur, je lui arrache un rictus alors qu'il garde toujours ses yeux rivés sur les infectés.

« Légitime défense, évidemment, rétorque-t-il. »

Je baisse la tête un court instant Woodbury avait cessé d'être Woodbury à ce moment-là.

« Évidemment, répété-je. Ça m'a fait un mal de chien, cela dit. »

Rick semble grimacer, mais je n'en suis pas certaine. L'obscurité dévore ses traits qui me restent impassibles.

« Vous aviez enlevé mes amis.

- Et je ne le savais pas. »

Cette fois-ci, j'en suis certaine, il grimace.

« Mais tu as eu la gentillesse de ne pas m'étrangler, souligné-je sur un ton plus léger. »

Il hoche la tête, pourtant il semble déjà loin, très loin de cette conversation, perdu dans des pensées dans lesquelles je n'aimerai pas me retrouver. Alors, désireuse de ne pas interrompre ce qui m'a tout l'air d'être une introspection peu amusante, je balance mes jambes d'avant en arrière durant de longues minutes avant que ce silence trop pesant ne me fasse quitter la palette pour me les dégourdir. Mais je m'arrête à une dizaine de mètres de là, lorsque j'entends Rick sortir de sa torpeur, pour revenir sur mes pas. J'ai oublié une chose essentielle.

« Je n'ai pas encore eu l'occasion de te le dire, mais merci. Pour m'avoir cru et pour essayer de faire changer tout ça.

- Essayer et réussir sont deux choses très différentes. »

Je soupire, me tournant de nouveau vers les infectés. Je ne le sais que trop bien ; ma survie, comme celle de nombreux survivants, n'avait été qu'une suite de tentatives, d'échecs peu reluisants et de pâles réussites.

« Certains ont fait le choix de mourir pour que nous puissions vivre. On a fait ce choix pour moi, précisé-je alors qu'un moment clé s'impose à mon esprit. Et je ne laisserai pas ce sacrifice être vain. »

« Ma... Ma, je ne peux pas faire ça, murmuré-je. »

Les petites mains fripées de Ma viennent entourer mon visage afin de le rapprocher du sien. Elle dépose un baiser sur mon front avant de câliner avec la même tendresse la joue de Lisa. Celle-ci renifle et chasse silencieusement ses larmes parce qu'elle a compris que le moindre bruit trahirait notre présence en ces lieux et je sais, à ce moment-là, que cette image restera à jamais graver dans ma mémoire son chagrin inaudible me brise un peu plus le coeur. Qu'ai-je donc à lui offrir de bon dans ce monde ?

« On ne va pas partir sans toi. »

Ma esquisse un triste sourire et sa main retombe sur le sol.

« Ne soyez pas idiotes, je ne suis qu'un fardeau pour vous. Fuyez maintenant et retrouvez les autres. »

La fin de sa phrase est presque incompréhensible tant sa bouche est déformée par la douleur. Mon regard descend alors sur la blessure de sa cuisse qui s'est rouverte et je louche longuement dessus, ma gorge se nouant à tel point que j'ai un haut-le-cœur.

Soudain, à l'extérieur de l'entrepôt, du bruit se fait entendre et Lisa agrippe mon bras.

« Maman, ils sont là, chuchote-t-elle. »

Mes yeux, grand ouverts, se fixent sur l'unique entrée du bâtiment puis sur Ma et Lisa. L'urgence de la situation me paralyse. J'en perds ma voix et la logique de mes pensées et je reste plantée là, comme une idiote, incapable d'esquisser le moindre mouvement.

« Ama, mon enfant, intervint Ma pour me sortir de ma détresse. Filez tout de suite.
- Ma— »

Elle lève sa main et je me tais immédiatement je ne savais pas quoi dire, de toute façon. Sous nos regards impuissants, Ma se repositionne correctement contre l'un des containers et vérifier le chargeur de son revolver. Ma mâchoire se contracte.

« Je vais en retenir le maximum pour que vous ne soyez pas inquiétées dans votre fuite, poursuit-elle. Et je ne veux entendre aucune protestation, laissez-moi vous être utile une dernière fois. »

Ses grands yeux bleus quittent son arme pour se poser sur nous. Une douce chaleur serre mon coeur alors que je réfreine une furieuse envie de fondre en larmes. Ma sourit de toutes ses dents et du coin de l'oeil, j'aperçois Lisa qui ne peut s'empêcher de sourire à son tour malgré ses joues rosies par les pleurs.

« T'es la meilleure, Ma, réussit-elle à couiner.
- Ma petite princesse, promets-moi de rester forte aux côtés de ta maman, déclare-t-elle une glissant une de ses boucles brunes derrière son oreille. Et toi, Ama, ne laisses pas ce monde te changer et ne perds pas espoir. Des jours meilleurs arriveront, l'histoire est ainsi faite. »

Une brise plus fraîche que les précédentes me fait quitter le souvenir de Ma. Nous avions traversé les premiers mois de la pandémie ensemble. Son courage, sa témérité et son envie de vivre nous avaient tirés plus d'une fois d'un sale pas ; les derniers instants de sa vie en avaient été la plus belle illustration. Un frisson parcourt mon corps, je me frotte les bras, mais l'ombre d'un sourire flotte toujours sur mes lèvres.

« Des jours meilleurs arriveront. C'est ce qu'une très bonne amie avait l'habitude de dire. »

Rick souffle du nez, baisse la tête et je me demande s'il trouve ma remarque idiote. Durant un long moment, il ne dit rien, ne bouge plus et je me décide à rentrer. Puis, alors que j'abaisse la poignée, sa voix, qui n'est réduite qu'à un murmure, m'interrompt dans mon geste :

« Des jours meilleurs arriveront. »

Mes doigts serrent si fort la poignée que mes jointures en deviennent blanches. Je ferme les yeux, mon front reposant presque contre la porte. Personne, hormis moi et depuis que Ma n'était plus, ne prononçaient ces mots, alors les entendre ainsi revêtait un caractère particulier. J'avais envie d'y croire.

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A l'intérieur, quelques survivants sont encore éveillés. Leurs discussions s'arrêtent net et, mal à l'aise, je m'empresse de me rendre jusqu'à ma cellule. Cependant, le bruit de pas me suivant me fait m'arrêter à hauteur de ma chambre ; derrière moi, je reconnais la jeune femme qui a pointé un fusil entre mes deux yeux lors de mon arrivée et je crois pouvoir affirmer, sans me tromper, que son animosité d'alors est toujours présente. Elle s'approche et, malgré la faible lumière, je remarque que sa lèvre supérieure est ouverte et gonflée et qu'une plaie, loin d'être superficielle, court de sa tempe à sa joue. Elle ne s'est pas présentée, mais son prénom m'apparaît, comme un flash : Maggie. Et Maggie a toutes les raisons de ne pas me vouloir ici.

« Je suis désolée, finis-je par dire.

- Tu ne faisais pas partie de ceux qui m'ont fait ça et pourtant, tu t'excuses. Quelle bonté d'âme. »

Elle baisse la tête dans un soupir exaspéré. Ses poings se serrent.

« Tu n'es pas la bienvenue, reprend-elle, et je me serai faite un plaisir de te jeter dehors si certains n'avaient pas insisté pour que tu restes. Regarde-toi ; tu as l'air terrifié, tu ne connais rien de ce monde et tu espères le sauver. As-tu seulement vécu en dehors de ces murs ? Connais-tu le bruit des morts qui te suivent, inlassablement, la pluie qui te glace jusqu'à l'os, le froid qui te ronge ? T'es-tu retrouvée seule, ne serait-ce qu'une fois, livrée à toi-même ? »

Je reste bêtement là, la bouche ouverture, abasourdie par ses paroles, sonnée par les images qui défilent devant mes yeux. Je me rappelle la solitude de certaines nuits, mes pieds endoloris et en sang pour avoir voulu rejoindre le plus rapidement possible le sud des États-Unis et fuir le froid mordant du Wisconsin, les groupes que nous avions rejoints et perdus. A chaque souvenir, Lisa est là.

« Tu ne sais pas de quoi tu parles, murmuré-je.

- Tu trembles, remarque-t-elle. Comment

- Maggie. Ça suffit. »

Maggie se retourne vers le jeune homme dont je ne connais pas le nom nous ayant interrompu et je profite de ce moment pour me glisser dans ma cellule. Ma vue se brouille rapidement de larmes tandis que je m'assois au bord de la couchette. Je mords la manche de ma veste pour étouffer un premier sanglot, mais une petite voix dans ma tête continue de crier Lisa, Lisa, Lisa, et mes reniflements finissent par me trahir. Je ne me suis jamais sentie aussi seule qu'aujourd'hui.

Un raclement de gorge me fait relever la tête. J'essuie hâtivement mes larmes avant de noter qu'il s'agit du même jeune homme.

« Je vais fermer ta cellule. Par précaution. »

Sa voix est douce, comme une caresse, et je pourrai volontiers me lover dedans. J'acquiesce. Le cliquetis de la serrure résonne dans toute la prison. Sa main reste longuement agrippée aux barreaux. Il semble hésiter à ajouter quelque chose, mais finit par partir, sans un mot.

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La cellule est déverrouillée lorsque je me réveille, mais hormis Carl, je ne croise personne à l'intérieur de la prison. Il relève brièvement la tête de son cahier pour me saluer, puis replonge son nez dedans. Ne sachant quoi faire d'autre, je décide de m'installer en face de lui.

« Tu étudies ? »

Carl acquiesce.

« Maman me donnait des leçons tous les jours. Elle disait que c'était important que je continue d'apprendre. »

Mes lèvres s'étirent en un maigre sourire ; même après sa disparition, il continue à suivre ce rituel, certainement barbant par moment, qu'elle a instauré. Carl reporte son attention sur son cahier et j'en fais de même, essayant de déchiffrer à l'envers la consigne de son exercice. Nous restons ainsi, silencieux pendant plusieurs minutes, sans que la présence de l'un ne dérange l'autre et c'est un fait suffisamment étonnant pour être souligné. La plupart d'entre eux n'aurait pas arboré une attitude aussi sereine. Puis, toujours avec ce naturel déconcertant, comme si j'avais toujours fait partie de son paysage, Carl tourne son cahier et le fait glisser jusqu'à moi.

« Tu peux corriger les deux dernières pages ? demande-t-il en me tendant son stylo. »

La surprise laisse rapidement place à l'engouement. Je hoche la tête et, tandis que mes yeux parcourent le premier exercice, mon esprit, lui, imagine déjà la classe de Woodbury qui accueillerait Carl.

« Tu sais, j'étais professeure de biologie, avant.

- De biologie ? répète-t-il, les sourcils haussés.

- Mmh, mmh, acquiescé-je. Tu n'en as jamais fait, pas vrai ? »

Carl secoue la tête. Il était bien trop jeune pour n'avoir ne serait-ce qu'effleurer cette matière.

« Je pourrais te l'enseigner, si tu en as envie. C'est bien plus intéressant que les mathématiques, plaisanté-je. Et toi, en échange, tu pourrais m'apprendre à me servir correctement d'une arme à feu ; je crois me souvenir que tu m'as certifié être le meilleur tireur.

- D'accord, accepte-t-il avec un visage très sérieux. Mais je serai insantrigeant. »

Insantrigeant. J'étouffe un rire, mais ne le corrige pas. Carl ressemblait à ces jeunes adolescents qui se voulaient adultes et demandaient à être traités comme tels ; qui répétaient, sans s'approprier, ce qu'ils entendaient ; qui étaient en quête d'une identité propre, loin de l'ombre de leurs parents. Mes salles étaient remplies de ces gamins-là et j'avais rapidement appris à ne pas les reprendre et à les déchiffrer si je ne voulais pas qu'ils se ferment comme une huître. Carl avait, de toute façon, tout le temps de corriger lui-même ses erreurs.

« Marché conclu, alors, souris-je. »

Tandis que je retourne son cahier d'exercices pour lui expliquer l'une de mes corrections, la porte extérieure s'ouvre et Rick, Hershel et le jeune homme de la veille entrent.

« Carl, tu peux nous laisser seuls un instant, s'il te plait ? lui demande son père. »

Pendant un instant qui paraît une éternité, Carl reste silencieux, le regard fixé sur une réponse que j'ai entourée. Puis, il ferme les yeux et un long soupir s'échappe de ses lèvres.

« OK, concède-t-il avec une amertume que je ne parviens pas à m'expliquer. (Son attitude s'adoucit, ensuite, lorsqu'il ajoute, à mon attention :) On reprend après ?

- Bien sûr, acquiescé-je. »

Carl grimace un vague sourire que je lui retourne avant de quitter les lieux.

Hershel prend place en face de moi tandis que les deux autres restent en retrait.

« Comment s'est passée ta première nuit ? s'enquit-il.

- Bien. Du moins—Mmh—Bien, répété-je, plus fermement, comme pour me convaincre de mon mensonge. »

Ses lèvres se fendent d'un sourire avant qu'il ne jette un regard par-dessus son épaule.

« Ama, je te présente Glenn. Je crois que vous n'avez pas encore eu l'occasion de vous rencontrer.

- En effet, mens-je. »

Nous nous adressons un hochement de tête avant qu'il ne détourne rapidement son regard ; au moins semble-t-il aussi gêné que moi pour hier soir.

« Glenn était à Woodbury avec Maggie, poursuit-il. Penses-tu que s'il te décrit ses agresseurs, tu pourrais les identifier et nous aider à mieux comprendre la structure de ta communauté ? Nous avons besoin de ces informations pour nous préparer à leur retour. »

Je tique à sa dernière phrase, mais je ne fais aucune remarque. Ils allaient finalement rester. Puis, la réponse qu'il attend, à sa première question, me frappe de plein fouet : je suis quasiment certaine de pouvoir nommer tous ces hommes sans qu'aucune description ne soit faite. Et ce n'est pas normal.

J'arrache l'une des premières pages blanches du cahier de Carl.

« Il y avait donc Merle, commencé-je en notant son prénom, qui n'est plus là, tout comme Tim. Martinez, qui a certainement du se présenter car il aime qu'on se souvienne de lui. (Je lève les yeux sur Glenn qui acquiesce.) J'imagine qu'il y avait également Crowley. Un homme avec un stupide bandana noir, ça te dit quelque chose ?

- Difficile d'oublier ses coups. »

Je grimace. Je ne visualise que trop bien sa violence ; il ne s'en cachait pas réellement, à vrai dire. J'inscris son nom et repose mon stylo, mais quelque chose me tracasse. Sur ces quatre hommes, les plus proches du Gouverneur et les plus susceptibles de faire de tels actes sans discuter, seuls deux sont toujours en vie. Or, je peux affirmer, sans trop m'avancer, que, deux hommes, ce n'est pas suffisant pour mettre à genoux la prison.

« Il y en avait un cinquième, reprend Glenn. Un grand afro-américain qui ne faisait que regarder. »

Je me fige.

« Paul, soufflé-je. »

Et si Paul, si sage, si doux, si intelligent, s'ajoute à l'équation... Je me prends la tête entre les mains tandis que mon cerveau turbine à vive allure. L'ensemble des habitants de Woodbury défilent devant mes yeux ; je les revois durant ces combats que l'on organisait, criant, encourageant, s'agitant, pas le moins du monde perturbé par cet étrange spectacle ; je les revois lors du dernier discours du Gouverneur, enhardis par ses paroles. Un frisson me parcourt l'échine.

« Il n'y a pas qu'eux, me rends-je compte, à haute voix, relevant la tête.

- Quoi ? Si, il n'y avait qu

- Non, je veux dire, coupé-je Glenn dans la hâte, quand ils reviendront, il n'y aura pas qu'eux. Ils seront plus que quatre ou cinq, croyez-moi. »

Ma phrase n'est même pas terminée que je griffonne tous les noms qui me passent par la tête et la liste s'allonge, s'allonge, s'allonge... Ils sont des dizaines à pouvoir potentiellement prendre les armes, et pas seulement des adultes car je note également quelques vieillards au tempérament bien trempé et des adolescents ayant grandi trop vite. Néanmoins, pour contrebalancer tous ces noms qui s'accumulent, je me sens obligée d'écrire, au verso de la feuille, ceux qui resteront passifs : Austin et les autres gamins, la vieille Jane et son club de bridge, comme la ville entière surnommait ces drôles de vieux, les mères de famille esseulées, et tant d'autres encore. Au final, le verso semble plus rempli que le recto.

Je fais glisser la feuille jusqu'à Hershel. Il la lit rapidement puis la passe, sans un mot, à Rick qui en fait de même à l'exception près qu'au fur et à mesure de sa lecture, ses lèvres se pincent jusqu'à ne former qu'une mince ligne.

« C'est plus que ce que je ne pensais, finit par formuler Hershel, sans s'adresser à quelqu'un en particulier.

- Nous n'avons pas assez d'armes à feu pour tout le monde, j'en suis certaine, j'ai vu les stocks, intervins-je.

- Tes certitudes ne valent plus grand chose, rétorqua Rick. »

Le ton utilisé, pourtant neutre, me fait l'effet d'une claque un petit rappel qui me souffle que je ne connaissais pas Woodbury aussi bien que je le pensais, que l'on m'a tenue à l'écart de nombreuses choses, que j'ai peut-être été idiote d'avoir cru qu'une telle communauté pouvait exister. Combien d'autres survivants avaient séjourné dans nos caves ? Combien de groupes avions-nous décimés ?

« Qui est Karen ? Tu as inscrit plusieurs points d'interrogation à côté de son nom. »

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Durant le reste de la journée, Carl ne me quitte pas d'un pouce. Une bonne partie du temps, il restait silencieux, regardant sans réellement regarder les infectés qui grignotaient le grillage tandis que ses sourcils se fronçaient. Quelques fois, ses traits se détendaient et il entourait ses jambes de ses bras. Enfin, d'autres fois, il prenait la parole.

Il me demande pourquoi je ne suis pas comme eux, je lui réponds que je n'ai pas laissé ce monde me changer, ce à quoi il rétorque que lui a eu l'impression de changer ; est-il en train de devenir une personne mauvaise ?

« Non, réponds-je avec fermeté. »

Et ce mot, sans plus d'explications, parait lui suffire car il change de sujet à une vitesse effarante :

« Où est-ce que tu iras quand tout sera fini ?
- Je pense que je retournerai à Woodbury. Nous aurons beaucoup à faire.
- Et tu seras le nouveau Gouverneur ?
- Certainement pas, grimacé-je. Qui se lève le matin en voulant se faire appeler comme ça ? »

Carl pouffe de rire et je me surprends à le faire également. C'est la première fois que j'entends un tel son sortir de sa bouche — c'est étonnement rafraîchissant.

« C'est un titre stupide, c'est vrai, acquiesce-t-il. »

L'heure suivante, je m'évertue à l'amuser, à le sortir de cette carapace de gamin ronchon dans laquelle il s'enfermait dès que son père était là. Je lui raconte comment Coxy, mon berger allemand, s'était enfermée, seule, dans ma voiture alors que l'unique clé se trouvait sur le tableau de bord ; cette andouille avait eu la trouille de sa vie lorsqu'elle avait appuyé, par mégarde, sur le klaxon. Il me demande comment j'ai réussi à la sortir de là. Je lui explique qu'après une heure — et bien trop de regards amusés de passants me filmant avec leur portable — à tapoter sur le pare-brise, juste au-dessus du bouton de fermeture centralisée, elle avait fini par le piétiner. Carl sourit de toutes ses dents et je continue, me rendant compte que j'ai beaucoup d'histoires embarrassantes à mon compteur. Bientôt, son rire résonne, joyeux, libre, insouciant, et j'ai mal aux joues tant je souris.

« Eh bien, on vous entend jusqu'à l'autre bout de la prison, intervient une voix douce, presque soufflée, mais qui nous fait tout de même sursauter.
- Désolée, Beth, s'excuse Carl, les traces de son rire toujours visibles sur son visage. »

Beth, qui tient un nourrisson que je suppose être Judith, balaye ses excuses avec un sourire aussi frêle que son physique. Puis, Carl demande s'il peut la prendre et elle acquiesce ; elle l'aide à positionner correctement son bras sous sa nuque, le guide avec délicatesse, avant de s'asseoir en tailleur en face de nous. Je ne sais si je l'intimide ou s'il s'agit de son caractère habituel, mais Beth évite ostensiblement mon regard. Elle triture ses doigts, ne cesse de gigoter sur place, pince ses lèvres à plusieurs reprises — des tics nerveux.

Carl m'interpelle avant que je n'ai le temps d'étudier plus longuement sa figure :

« Elle, c'est Judith, ma petite soeur. »

Et il a cette fierté, dans la voix, que n'ont que les grands frères.

« Salut Judith, gazouillé-je en pressant doucement l'une de ses petites mains. »

Elle m'observe de ses grands yeux ronds un court instant, puis deux oiseaux, virevoltant et chantant, détournent son attention. Je n'ai pas vu d'être aussi minuscule depuis bien longtemps ; le plus jeune enfant de Woodbury avait presque deux ans quand je suis arrivée et il n'y avait pas eu de naissance depuis. Du coin de l'oeil, je remarque que Beth est immobile. Je retire ma main et ses tics nerveux reprennent.

« Elle va bientôt avoir deux mois, poursuit Carl. »

Il ajoute le terme déjà dans un murmure que je n'entends presque pas et son regard se perd sur les traits de Judith. Ses sourcils se froncent légèrement tandis qu'un millier de questions se bousculent dans ma tête, mais je n'en prononce aucune. Puis, la mine de Carl s'adoucit et cet étrange moment, hors du temps, hors de toute considération extérieure, s'évapore. Beth, qui est restée silencieuse tout du long, et Judith nous quittent moins d'une dizaine de minutes plus tard, et Carl reperd rapidement de sa superbe.

Il entoure ses jambes de ses bras, pose son menton sur ses genoux et soupire :

« Papa aurait pu trouver un meilleur endroit. »

Je hausse les sourcils.

« Un meilleur endroit ? Je crois qu'on fait difficilement plus sécurisé qu'une prison, tu ne penses pas ?

- Mais c'est si gris. Et triste. Et Judith va grandir là-dedans. »

Je ne trouve rien à rétorquer et il soupire une nouvelle fois.

« Tu vois, j'ai raison. Ça ressemble à quoi Woodbury ? »

Je souris tandis que je me vois arpenter l'allée principale, saluer la vieille Jane qui a à coeur de fleurir les moindres recoins et de cultiver le potager, observer Mary qui explique le cycle lunaire à sa classe et intimer Austin de ne pas se précipiter dans mes pattes dès qu'il m'aperçoit. Je lui décris les murs en briques des immeubles, la chambre que j'occupe au dernier étage, les incessants va-et-vient auxquels s'adonnent principalement les femmes dans les appartements les plus spacieux ; on y joue aux cartes en sifflant l'alcool que Merle faisait entrer en douce et offrait à ses bonnes copines, on parie ses rations au poker et on glousse énormément. Je lui raconte également les combats organisés dans l'arène et ses yeux s'écarquillent - comme Fight Club ?

« Excuse-moi, tu as vu Fight Club à ton âge ? Non, le coupé-je alors qu'il ouvre la bouche. Ne me réponds surtout pas, je vais faire comme si je n'avais rien entendu. »

Lui mettre des étoiles dans les yeux en évoquant ces combats n'était franchement pas mon intention, alors je poursuis :

« On enchaînait des infectés tout autour de l'arène ; certains se faisaient mordre. »

Carl perd son sourire, prenant pleinement conscience de mes propos.

« Tu arrêteras ça, quand tu y retourneras, hein ? »

J'acquiesce.

« Tant mieux, souffle-t-il. Parce que je n'aimerais pas que Judith voit ça quand on viendra avec toi. »

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Le jour suivant, en début d'après-midi, une voiture franchit les grilles et deux survivants — que je n'ai encore jamais rencontrés — en sortent. Tandis que Rick et Daryl viennent à leur rencontre en petites foulées, Carl me les présente. L'homme à l'impressionnante carrure s'appelle Tyreese, la femme est sa soeur, Sasha. Ils les ont rencontrés ici, il y a peu, avec deux autres personnes qui ont rapidement été exclues du groupe. Mon estomac se noue ; je savais exactement où se trouvaient ces dernières.

Tyreese et Sasha se tournent dans notre direction — j'imagine que l'on venait de dresser mon portrait. Mais à ma grande surprise, et contrairement à mes hôtes, ils ne se contentent pas de me jeter juste un regard et de s'en satisfaire : ils s'approchent. Pire encore, je crois distinguer les prémices d'un sourire, ce qui n'est pourtant pas le trait le plus caractéristique de ce groupe.

« Hey, je suis Sasha, me salue la jeune femme en me tendant la main. Ravie de te compter parmi nous. »

Agréablement surprise par cet accueil, j'aurais pu fondre en larmes en une fraction de seconde, mais je me ressaisi et en lieu et place d'un sanglot, je lui sers la main.

« Ama. Même si je pense que les présentations ont du déjà être faites, là-bas.

- Je ne me fie pas à celles-ci lorsque la principale concernée est absente, sourit-elle. Et je me base encore moins sur le ressenti des autres. J'aime me faire ma propre idée.

- Elle aime surtout qu'on ne lui dicte pas sa conduite, intervient son frère. Tyreese, m'dame. Pour ma part, j'me fie aux gamins et celui-ci en particulier. »

Carl relève immédiatement le menton tout en essayant de se donner un air nonchalant, ce qui ne nous échappe nullement.

« Elle est cool, mec, acquiesce-t-il avec une voix qui ne lui ressemble pas. »

Mec. Je réprime avec difficulté un sourire tandis que Tyreese lui donne une tape dans le bras.

« J'te fais confiance, mon pote. »

Puis, les deux s'éloignent, laissant derrière eux une douce atmosphère de légèreté dans laquelle je me noierai volontairement. Carl formule ce sentiment d'une manière propre à lui-même :

« Il est vraiment trop cool. »

Le reste de la journée, je note que de nombreux allers-retours à l'extérieur de la prison sont effectués : les voitures sont chargées d'affaires et lorsqu'elles reviennent, elles le sont toujours, mais le contenu semble avoir changé. Je remarque tout autant de messes-basses ; on s'interpelle, on se souffle quelques mots à voix basse, on ponctue les paroles de regards qui en disent long. Se préparent-ils à l'arrivée du Gouverneur ?

Dans la soirée, Carol m'apprend qu'ils ont décidé de quitter la prison. J'acquiesce, lui répondant que c'est certainement la meilleure chose à faire. Pourtant, une fois la nuit venue, dans ma cellule fermée à double tours, je ne parviens pas à trouver le sommeil. Pour la première fois depuis très longtemps, je ne m'inquiète plus pour les autres, mais pour moi-même. Le Gouverneur toujours à Woodbury, le groupe de Rick qui fuit ; qu'allais-je devenir ? Fallait-il de nouveau tout recommencer, ailleurs, et seule ?

Un étrange grognement, résonnant dans toute la prison, me tire un court instant de mes pensées. Un frisson me parcourt l'échine tandis que je me cache un peu plus sous mon drap, un geste qui avait rendu mes nuits ici un peu moins pénibles. Ce n'est pas le premier grognement de la nuit et plus les heures défilent, plus ils redoublent d'intensité.

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Merci d'avoir lu, j'vous aime !