Bonjour à tous ! Voici le chapitre 7 ! Dans lequel la scène dans le café me semble tellement surréaliste en ce moment...

Merci à Mimi Kitsune pour ses reviews !

Bonne lecture !

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Le Fléau : chapitre 7

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John essaya de se convaincre que tout n'allait pas si mal, après tout. Certes, Sherlock revenait d'entre les morts frappé d'un mal inconnu et inquiétant. Certes, il semblait toujours sous le choc, maquillant la plupart du temps cet état par une humeur détestable et une mauvaise volonté spécialement signée Sherlock Holmes. Certes, il était mort. Mais il était en vie. Bon Dieu, Sherlock Holmes était en vie. John avait toujours du mal à le réaliser, comme s'il était coincé à l'étape « déni » du processus inverse du deuil. Les psychologues n'avaient certainement pas vu beaucoup de cas comme celui-ci pour donner un nom à ce phénomène. Normal, pas beaucoup de gens que vous aimez vous laissent croire pendant deux ans que vous êtes mort pour réapparaître dans votre vie et l'être effectivement. En quelque sorte. Pour l'heure, John ne savait pas trop quoi penser. Il savait juste qu'il allait suivre son raisonnement de médecin : s'en tenir aux faits et envisager la suite des évènements sans partir dans de multiples hypothèses. En médecine, il existait beaucoup trop de causes et de variables qui pouvaient déclencher une seule réaction du corps humain qu'il était trop compliqué de toutes les identifier. L'essentiel était de gérer l'avenir du patient et de trouver un traitement qui fonctionne.

Pour l'heure, la question du traitement définitif était en suspens. Elle était aux mains de l'équipe de recherche du MI5 qui, John le savait, allait se démener jour et nuit afin de trouver un antidote. Quand au ravitaillement en poches de sang, cela semblait être une solution acceptable dans l'immédiat. John avait vu l'effet de celle qu'avait apporté Mycroft sur Sherlock. Le détective avait paru bestial avec ses cheveux longs, son visage émacié et ses vêtements déchirés. Il aurait ressemblé à n'importe qui, sauf à Sherlock Holmes, le détective détaché et maître de lui-même. Les poches allaient se révéler indispensables. A présent qu'il s'était douché et coupé les cheveux, il était redevenu, du moins en apparence, celui qu'il était avant l'exil. Cela soulagea un peu le médecin de le voir ainsi. Ce dernier n'avait pas pu s'empêcher de le dévisager quand il était sorti de la salle de bains, vêtu d'une serviette nouée autour des hanches. Il ne restait plus rien du Sherlock amaigri par le manque de nourriture. Celui-là était au meilleur de sa forme : ses mouvements et ses yeux étaient redevenus vifs, ses cheveux brillants, sa démarche élégante et fière. Son visage avait récupéré les formes qu'il avait perdues quelques heures auparavant. Il n'y avait que sa peau qui était restée blafarde, mais John voyait à peine la différence avec celle du Sherlock d'avant, d'autant que ce n'était pas spécialement laid. Il avait même l'impression que son ami avait gagné un peu de masse musculaire durant son voyage. Ce n'était pas étonnant s'il en croyait les dires du détective.

En fait, ce Sherlock n'était pas simplement en pleine forme. Il était également devenu plus séduisant.

John avait détourné les yeux quand le détective l'avait remarqué.

Comme il allait devenir difficile de faire cohabiter secrètement Sherlock avec une logeuse pleine de bonne volonté ayant la manie de débarquer à n'importe quel moment dans le salon avec un plateau de scones, la première chose à faire avait été d'annoncer la nouvelle à Madame Hudson. Sans lui faire subir une crise cardiaque, si possible. Enfin, une partie de la nouvelle, vu qu'il était hors de question d'embarquer la logeuse dans tout ce désordre. John avait réfléchi un moment avant de mettre au point sa technique d'approche. Estimant qu'il se prenait bien trop la tête comparé aux soucis qu'il allait devoir gérer dans un futur proche, elle s'était résumée à : Asseyez-vous, Madame Hudson. Vous vous sentez bien ? Et si dans dix secondes, je vous annonce une nouvelle incroyable, vous vous sentirez toujours bien ? Bon, c'est parfait, car Sherlock n'est pas mort, il est revenu, il est en pleine forme et il se trouve derrière cette porte. Et à faire entrer Sherlock dans la cuisine de la logeuse une fois que John aurait estimé que Madame Hudson tiendrait le choc. Evidemment, la suite avait été un débordement d'euphorie, de larmes et de « C'est vraiment vous, Sherlock ? », « Dieu soit loué », « Vous nous avez tellement manqué », « Petit galopin, va ! » ainsi que d'embrassades. Sherlock avait veillé à ce que Madame Hudson n'entre pas en contact avec sa peau et lorsque celle-ci avait voulu tirer la joue de son protégé, John avait soumis l'idée de fêter cela avec un thé bien chaud et des petits gâteaux, ce que la logeuse avait immédiatement approuvé.

- C'était donc vous le mystérieux jeune homme qui est venu rendre visite à John hier ? réalisa-t-elle.

- Oui, nous n'avons pas voulu vous en parler tout de suite pour ne pas vous brusquer, avoua le médecin.

- Oh ! Oh ! Ce sont donc les retrouvailles qui ont été musclées ! En tous cas, je suis vraiment contente pour vous deux, mes agneaux, ajouta-t-il avec un clin d'oeil explicite.

Si John s'était immédiatement mis à protester, il ne parvint pas à briser son sourire si fervent.

Sherlock, lui, comme à son habitude, s'en fichait. Il semblait juste heureux de retrouver sa chère logeuse.

L'étape numéro deux coulait autant de source pour Sherlock que pour John. Comme Sherlock se retrouva très vite – pour ne pas dire immédiatement – désoeuvré après le terme de sa mission de deux ans, il s'avéra nécessaire de reprendre contact avec Gregory Lestrade. Il fallait lui donner une affaire à se mettre sous la dent car le fauve n'allait pas tenir longtemps en cage. Si ce n'était pour sa propre santé mentale – l'entendre gémir à longueur de journée « Je m'ennuie, John, je m'ennuie... » avait tout pour vous rendre fou –, John le faisait également pour que le détective ne s'intéressât trop aux victimes potentielles qui passaient insouciamment dans la rue.

Cela faisait un bout de temps que John n'avait pas vu Lestrade.

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- Donc tu vas entrer dans le bâtiment de Scotland Yard comme ça ? demanda John.

- Il y a un problème ?

- Non, je pensais juste que tu préparerais un minimum les esprits.

- Inutile. Les gens l'apprendront bien d'une manière ou d'une autre.

John balança la tête d'un air sceptique alors qu'ils se tenaient devant l'imposant bâtiment vitré du quartier général de la police londonienne. Devant, le panneau noir indiquant le nom de la construction pivotait lentement sur ses trois côtés. Et bien, autant aller droit au but.

Ils pénétrèrent dans le bâtiment et l'effet de leur apparition ne se fit pas attendre. Dans le hall, plusieurs personnes qui connaissaient Sherlock de vue s'immobilisèrent. La réceptionniste, qui occupait déjà son poste du temps glorieux où Sherlock était consultant, était bien trop médusée pour l'interpeller alors qu'il composait le code de la porte menant aux bureaux des fonctionnaires. Dans les couloirs, ce fut à peu près la même réaction pour toutes les personnes qu'ils croisèrent, si bien que les coursives que John connaissait pourtant par cœur lui semblaient interminables. Il lançait des « bonjour » gênés qui n'obtenaient que peu ou pas de réponse alors que Sherlock, lui, ignorait royalement son entourage. C'est avec soulagement qu'il atteignirent le bureau de Lestrade, au quatrième étage.

Greg était en grande discussion avec Anderson sur un point où ils n'étaient vraisemblablement pas d'accord, étant donné les éclats de voix qui leur parvenaient du couloir. Quand le détective et le médecin firent leur entrée, Greg s'interrompit brusquement et ouvrit des yeux immenses.

- Sherlock ?

Au même moment, ils entendirent un « boum ! » causé par Anderson qui venait tout juste de perdre connaissance.

- C'est toi ? demanda Greg en se levant de sa chaise et en ignorant totalement son collègue, manquant de l'écraser.

Sally apparut soudain d'une porte communiquant avec le bureau voisin pour reculer immédiatement devant l'apparition qu'elle avait devant les yeux.

- En chair et en os, répondit simplement Sherlock en haussant les épaules.

Greg traversa alors la pièce et, avant que le détective n'ait pu faire quoi que ce soit, le prit dans ses bras. Sherlock, d'abord surpris, accepta finalement l'embrassade et la lui rendit de manière cordiale. Ce fut au tour de John d'être étonné par la réaction du détective. Vraisemblablement, il était heureux de retrouver son ancien collègue inspecteur.

- C'est bon de te revoir, Sherlock, dit Greg en lui secouant amicalement les épaules, le regard embué.

- Je suis aussi heureux d'être rentré, répondit le détective alors que Sally parvenait à réanimer Anderson.

Greg lui réclama un récit des derniers évènements et Sherlock s'exécuta patiemment, insistant sur la traque des soudards de Moriarty et omettant son détail de santé. Suite aux questions de l'inspecteur, il lui répondit se porter comme un charme.

- Et bien, Sherlock, ça tombe bien que tu sois là car j'ai deux ou trois dossiers où je sèche complètement.

Sherlock et John passèrent donc la journée à résoudre trois affaires au total. John ne devait d'abord pas s'avouer serein lorsqu'ils entrèrent dans un appartement où la victime avait eu le crâne transpercé par une balle. Le sang qui s'était écoulé avait inondé le tapis à motifs et était on ne peut plus apparent. En observant Sherlock, il l'avait vu avoir un léger mouvement de surprise lorsqu'il avait pénétré dans la pièce. Le docteur n'avait pas oublié la poche de sang. Il s'était crispé à son tour, s'attendant à tout moment à voir son ami se ruer sur le cadavre. Mais non. Le détective s'était contenté de débiter ses déductions comme si de rien n'était.

- Le sang du cadavre ne t'a pas plus perturbé que ça ? lui avait demandé le médecin une fois qu'ils étaient sortis.

- Du sang séché ? Très peu pour moi. Je n'en suis pas encore là.

- Oui, mais le cadavre, lui, contenait toujours du sang frais.

- Dis-moi, John, est-ce que tu boirais un fond de bouteille de lait qui a traîné pendant des semaines dans le réfrigérateur ?

- Non, le lait aura forcément tourné.

- J'ai la même intuition pour le sang d'un cadavre.

Mis à part le détail du « vampirisme » - John n'avait d'autre mot pour désigner le mal de Sherlock -, le médecin se sentait revivre. Il venait de passer une journée dix fois plus stimulante que toutes celles cumulées depuis deux ans. Le champ de bataille était enfin de retour. Quand à Sherlock, il prenait autant son pied que d'habitude et n'avait pas perdu une once de son pouvoir de déduction. Tout était redevenu normal. Enfin presque.

Vers dix-neuf heures, Sherlock, John et Lestrade se rendirent dans un pub à proximité de Scotland Yard pour boire un verre. Ils furent rejoints par Molly – la rumeur du retour de Sherlock était allé bon train – et, à leur grande surprise, par Anderson et Sally. La conversation alla bon train autour d'une bière bien méritée par tout le monde. John était également content de revoir tout ce beau monde réuni, comme au bon vieux temps. Il se dit que s'il s'était donné la peine de les voir plus souvent durant ces deux dernières années, peut-être aurait-il pu surmonter plus facilement cette épreuve. Mais voilà, John était de nature stoïque et peu enclin à ennuyer le monde avec ses soucis, exception faite pour sa psy. Mais on savait ce que cela avait donné. Oh, et puis cela ne servait à rien de ruminer le passé ; Sherlock était revenu et c'était ce qui comptait.

Si John appréciait ce moment, il commençait à se rendre compte que ce n'était pas le cas de Sherlock. Certes, ce dernier faisait volontiers la conversation comme il savait le faire pour faire parler les témoins, mais John connaissait son ami. Il pouvait voir ses mains jouer nerveusement sous la table, ses jambes changeant sans cesse de position et son maintien crispé dont il était peu coutumier. De plus, le détective ne cessait de jeter des coups d'oeil rapides dans la salle bondée en cette heure d'afterwork. John nota plus particulièrement qu'il sursautait régulièrement quand quelqu'un passait un peu près de lui.

Il profita de Greg qui lança la conversation sur son nouveau chien qui intéressait particulièrement Molly et Anderson qui en avaient également un pour se pencher vers Sherlock.

- Tout va bien ?

- Trop de monde, murmura le détective.

L'ancien soldat n'avait pas pensé à cela. Aller boire un verre dans un lieu clos et bondé et faire comme si tout allait bien ? Mais bien sûr, John, brillante idée, se maudit-il intérieurement. Evidemment que Sherlock serait un peu anxieux avec toute cette chair humaine qui grouillerait autour de lui. Evidemment.

John choisit le prétexte que « la journée avait été longue » et que cela « méritait une bonne nuit de sommeil », même si ce n'était pas tout à fait vrai pour Sherlock. Les deux hommes prirent congé de manière cordiale et sortirent dans la nuit fraîche pour héler un taxi. Ceux-ci étaient encore assez fréquents à cette heure-là, si bien qu'ils n'eurent aucun mal à en trouver un. Ils ne pouvaient en dire autant lorsqu'ils poursuivaient des criminels en plein milieu de la nuit.

Sherlock grimpa dans le véhicule en premier, suivi par John qui s'installa à côté de lui.

- 221b Baker Street, annonça ce dernier.

Puis il s'adossa au siège et se laissa porter par le taxi qui démarrait. Il ferma les yeux, les rouvrit quelques secondes après. C'était du moins ce qu'il pensait. Mais ils avaient déjà atteint Grosvenor Square. Baker Street n'était plus très loin.

- Sympa, cette petite bière, dit-il.

Il se frotta le visage et les yeux, sortant de sa torpeur.

- Hein, Sherlock ?

Il jeta un coup d'oeil à son ami qui ne répondait pas, très certainement absorbé par autre chose plus intéressant que lui.

Il se trompait. L'attention de Sherlock était bien focalisée sur lui. Attention qui était, par ailleurs, assez soutenue. Enveloppé dans son grand manteau noir, le détective s'était calé dans son coin et observait silencieusement son ami, l'air pensif.

- Sherlock ?

Le dénommé ne réagit pas immédiatement, ne bougeant pas d'un pouce. C'était d'ailleurs cela qui perturba le plus John : son immobilité. Comme il ne respirait plus, le médecin ne percevait plus le léger soulèvement de sa poitrine. Son regard était fixe et ses yeux ne clignaient pratiquement pas. Les mouvements du taxi, parfois saccadés, l'ébranlaient à peine. Tout cela, ajouté à sa peau blanche et froide, lui donnait davantage l'impression d'une statue de marbre que d'un être vivant. - Sherlock ? insista-t-il, la voix un peu aigüe.

Le taxi tourna et le détective cligna des yeux, semblant se réanimer.

- Oui, John, très sympa, dit-il finalement.

Le taxi les déposa devant leur domicile et Sherlock paya. Ils remontèrent dans l'appartement. Le détective ôta son manteau et alla droit dans le canapé.

- Encore une nuit à patienter avant le lendemain, râla-t-il, manifestement mécontent.

- Tu ne dors vraiment plus ? demanda le médecin, se souvenant des déclarations de Sherlock sur ce qu'il n'avait plus besoin de faire.

- Je ne fais plus la moindre sieste. Je peux fermer les yeux et m'abîmer dans des pensées inutiles en attendant que le temps passe, mais c'est tout ce que je peux faire.

- Les nuits doivent être longues, reconnut John, qui n'enviait pas son sort ; ne pas dormir du tout devait être angoissant et se dit que Sherlock devait avoir une bonne santé mentale pour ne pas devenir fou.

- Très. Surtout maintenant que je suis revenu et que les affaires à Londres sont plutôt calmes.

- Calmes ? On a pourtant passé la journée à en résoudre trois ! protesta le docteur.

- Calmes par rapport à celle du réseau Moriarty. Même si je n'étais pas encore... malade, je dormais peu car il me fallait une vigilance constante pour débusquer ses sous-fifres et pour me protéger, moi. Je n'avais pas une minute pour m'ennuyer. Dans le cas d'aujourd'hui, il y a eu assez d'affaires pour combler une journée, mais pas pour une nuit.

- Oh.

John n'avait pas pensé à cet aspect de la maladie de Sherlock. Ce dernier disposerait de deux fois plus de temps certes pour résoudre les affaires et faire avancer la justice, mais également pour s'ennuyer. Cela risquait d'être un problème. Sherlock allait-il continuer à décharger son pistolet sur les murs à quatre heures du matin ?

Il y eut un moment de flottement, puis Sherlock demanda :

- As-tu besoin de dormir, John ?

- Sherlock, non, répondit le médecin qui le voyait venir. Enfin, je veux dire : bien sûr que oui, j'ai besoin de dormir. Cette journée a été palpitante mais éreintante. Je n'ai pas encore repris le rythme.

- Nous pourrions jouer aux échecs... tenta le plus jeune.

- Non, vraiment. Je te remercie mais j'aime mieux dormir.

John vit la déception sur son visage.

- Bon, une partie, une seule, concéda-t-il, et le détective fit un geste de victoire. Je vais me faire une camomille. Tu en veux ?

Le brun secoua la tête.

- Je ne peux plus, désolé.

- Oh, pardon.

John revint de la cuisine avec une tasse fumante. Il fouilla les placards pour retrouver le plateau de jeu et le posa sur la table basse. Il commença à disposer les pions tandis que Sherlock s'asseyait avec intérêt.

- Tu vas me battre en deux minutes, de toute façon.

- Peux-être bien, peut-être pas.

Ils commencèrent à jouer. John fit quelques avancées prudentes, attendant d'entrevoir la stratégie de Sherlock. Il savait que son ami était maître dans l'art de dissimuler son jeu mais il ne perdait rien à essayer. Il but une gorgée de son infusion.

- Pas de thé non plus, alors ? pensa-t-il soudain à voix haute.

Le détective fit une grimace de la bouche et secoua la tête.

- Juste l'eau peu passer. Et encore, en petite quantité.

- Mmmh.

John était embêté pour lui. Il savait à quel point son ami affectionnait cette boisson. Avec la déduction, les affaires criminelles et le violon, elle était presque inscrite dans son ADN.

- Je suis désolé.

- Tu n'as pas à l'être.

- Oh oh !

John venait de lui prendre un fou. Le brun ricana.

- Bien, John, le félicita-t-il.

Il ne faisait aucun doute que Sherlock se rattraperait plus tard. Peux-être même avait-il perdu volontairement son pion, allez savoir.

Malgré la fatigue, John se prit à apprécier le jeu. Cela faisait longtemps qu'il n'avait joué aux échecs avec Sherlock et leurs parties lui avaient manqué pendant ces deux dernières années. Avec tout le reste, bien sûr. Ils jouaient souvent, et John savait à chaque fois qu'il allait perdre, mais il aimait ça. Ils aimaient se défier et se réconcilier, comme toujours.

Mais cette fois, John ne tarda pas à s'apercevoir que le jeu était légèrement différent. Le médecin perdait des pions mais le détective en perdait également un nombre non négligeable, même plus que lui. Sherlock semblait faible, à présent. A chaque pion qu'il avançait, le blond pensait qu'il allait gagner, mais Sherlock bloquait systématiquement ses coups avec des pièces que le docteur n'avait pas remarquées. La partie s'éternisait.

- Ce n'est pas comme ça que nous allons terminer la partie, dit John en regardant la pendule. Il était déjà vingt-trois heures.

- Mais ce n'est pas fait pour, répondit le détective avec un petit sourire.

- Quoi ? Tu le fais exprès ?

Le détective ne répondit pas mais John comprenait maintenant sa stratégie : faire durer la partie en lui concédant des pions, lui faire miroiter à chaque coup la victoire et finalement reprendre le dessus. Et surtout ne jamais effectuer le coup magistral.

John secoua la tête, ne pouvant s'empêcher de sourire à son tour.

- Tu es incorrigible, dit-il en détachant les syllabes, se remémorant toutes les tactiques tordues que Sherlock avait pu lui faire voir.

- Nous n'en avons pas fait depuis deux ans, nous pouvons bien nous rattraper.

Ils échangèrent un regard complice, et John sut que leur amitié était restée intacte.

La partie finit par se terminer une demi-heure plus tard, Sherlock devant bien se résigner à gagner. Alors que le médecin s'apprêtait à regagner sa chambre, Sherlock lui demanda :

- Tu ne m'as pas demandé comment j'avais fait pour simuler ma mort, John.

John se retourna vers son ami. Immédiatement, cette question avait fait resurgir des souvenirs désagréables. Les adieux de son ami perché en haut de l'immeuble, prêt à commettre l'irréparable. Puis le saut de l'ange, devant ses yeux. Le bruit glaçant d'une masse heurtant le trottoir. Celui de sa boîte crânienne qui se fracturait. Son corps étendu sans vie – du moins le semblait-il – sur le parvis. Son regard magnifique mais vide. Et le sang. Surtout le sang. Tellement de sang...

- John ?

Le médecin sursauta et réalisa que son esprit était soudain parti très loin.

- Je ne veux pas le savoir, trancha-t-il. Tu es là et ça me suffit.

Il lut la surprise puis la compréhension sur le visage de son ami. Celui-ci ne devait pas s'attendre à cette réponse mais respectait son choix. Tant pis. Le détective ne brillerait pas cette fois-ci.

- Je suis content que tu sois là, Sherlock, ajouta le médecin en lui adressant un sourire franc.

Par le changement sensible d'expression de Sherlock, il sut que cette déclaration ne l'avait pas laissé indifférent.