TALLNESHIA
Chapitre 8
Fear and pain
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« BALTHAZAR ! »
Le cri jaillit dans son esprit, puissant. Trop. Il en aurait grimacé, si le ton n'avait pas été aussi apeuré et désespéré. C'était un appel au secours. Le cœur de l'adolescent se mit à tambouriner furieusement dans sa poitrine, mais ce n'était en rien à cause de l'œillade enjôleuse que lui adressait la sublime créature face à lui. D'un mouvement brusque, il se leva. La demoiselle s'apprêtait à l'imiter, ravie, mais il l'en empêcha d'une main posée sur son épaule nue et secoua la tête.
« Désolé, faut que j'y aille. »
Sans lui fournir d'autre explication ni même attendre la moindre réponse de sa part, il la quitta et traversa le rez-de-chaussée à toute vitesse, bousculant quelques clients au passage.
« Pardon, pardon. » lâcha-t-il avec mauvaise foi entre ses dents lorsque deux hommes le fixèrent d'un œil agacé en s'écartant bien trop lentement à son goût.
Le jeune mage atteignit enfin les marches, qu'il grimpa quatre à quatre, se rua dans le couloir et ouvrit la porte de leur chambre si violemment qu'un craquement retentit lorsqu'elle percuta le mur de pierre. La scène qui se présenta à lui était bien sûr celle qu'il redoutait tant… Tallneshia allongée sur son lit, impuissante, prise au piège par l'un de ces ivrognes décérébrés qui n'attendait que de pouvoir lui sauter dessus. N'écoutant que son cœur étouffant de rage, Balthazar poussa un rugissement. Les flammes vinrent à lui naturellement, sans même qu'il n'ait songé à les invoquer, et ses mains s'embrasèrent. La pièce entière s'éclaira d'une lueur orangée, davantage menaçante que rassurante. L'intensité du feu qui s'échappait de ses paumes n'était que le reflet de sa colère et de sa culpabilité. Tout cela… c'était de sa faute.
« NE LA TOUCHE PAS ! »
L'homme sursauta et se retourna vers lui. Il s'était surpris lui-même. Son ton était anormalement grave et rauque. Mais la peur qu'il éprouvait pour Tallneshia surpassait à cet instant la crainte du démon qu'il portait en lui. Il était même prêt à y succomber, s'il le fallait… Tout, pourvu que sa sœur de cœur s'en tire indemne. N'importe quoi, pourvu qu'elle lui pardonne un jour ce qu'il était en train de se produire…
« RECULE ! »
« Hé, ça va gamin… » sourit l'homme en se remettant debout, même s'il n'en menait pas large. « Elle a rien ta frangine, je voulais juste… »
« FERME TA GUEULE ! »
Un trait de flammes en direction du mur, tout près de l'ivrogne, ponctua le hurlement de Balthazar. Tremblant de fureur, le garçon tentait de se contenir. À l'intérieur, le démon fulminait et le poussait à se déchaîner. Cet homme n'avait pas le droit…
Personne n'avait le droit de toucher à Tallneshia.
Serrant les dents contre la soudaine envie meurtrière qu'il sentait grandir en lui, l'adolescent s'approcha lentement. Ses longs cheveux bruns dissimulaient une partie de son visage, le rendant encore plus menaçant. À chacun de ses pas, le feu dans ses paumes diminuait, jusqu'à se résorber totalement. Mais il ne laissa pas à l'autre le temps de soupirer de soulagement, et ce fut une main encore incandescente qu'il leva pour aller enserrer son cou. Il y eut un glapissement de douleur, et une désagréable odeur de chair brûlée se mit à flotter dans les airs. L'homme tenta bien évidemment de desserrer sa prise, mais en vain. L'apprenti mage n'avait jamais eu une grande force physique, c'était vrai. Sauf lorsque le démon lui donnait un coup de pouce contre son gré…
Le regard de l'ivrogne, embué par l'alcool, se fit véritablement paniqué lorsqu'il commença à manquer d'air. Dans le reflet de ses yeux hagards, Balthazar distinguait une faible lueur rougeâtre. Celle de ses propres yeux. Jamais l'autre n'avait autant pris le dessus sur lui depuis qu'ils avaient quitté la Tour des Mages… Il observa calmement l'homme qui était en train de s'étouffer sous sa poigne, la gorge brûlée, et l'avertit tout bas, d'une voix rauque et caverneuse qui ne lui appartenait pas :
« Essaye encore une fois de la toucher… Ou seulement de l'approcher… Et l'Enfer te paraîtra être une douce délivrance… »
L'ivrogne au bord de l'asphyxie hocha la tête avec ce qu'il lui restait d'oxygène. Le regard flamboyant, Balthazar se délectait de son expression terrorisée, de la peur qui transpirait par chaque pore de sa peau. Il resserra lentement la pression autour de son cou, esquissant un sourire cruel et satisfait, pendant que l'homme se débattait de plus en plus faiblement, les yeux exorbités…
Avant de se figer en sentant contre ses lèvres la longueur inhabituelle de ses dents, qui étaient en train de se métamorphoser en crocs. Reprenant ses esprits, il relâcha l'ivrogne et recula en se massant le crâne, grimaçant sous les hurlements de frustration de son démon intérieur. L'autre s'effondra à genoux en toussant, reprenant bruyamment sa respiration. Il jeta un coup d'œil craintif à Balthazar, qui ne lui renvoya qu'un regard froid et méprisant avant de croiser les bras. Moins pour se donner une contenance que pour dissimuler ses mains tremblantes.
« Casse-toi. »
Il lui fut inutile de se répéter. L'homme se remit maladroitement sur ses jambes et quitta les lieux, titubant en marche arrière et sans oser quitter l'adolescent des yeux, une expression de choc sur le visage. Il s'arrêta quelques secondes sur le pas de la porte, puis fit volte-face et s'enfuit en s'appuyant contre les murs, tanguant de droite à gauche. Une fois sûr que le danger se fût écarté, le garçon baissa la tête en soupirant et tomba à genoux auprès du lit de Tallneshia. Dès que l'ivrogne s'était écarté d'elle, la jeune fille s'était recroquevillée sous ses couvertures et n'avait plus bougé. Lentement, Balthazar effleura d'une main encore tiède la boule de tissu tremblante.
« Tallneshia… C'est fini. Il est parti. »
« Y'a… Y'a plus q-que toi… ? »
« Oui. Juste moi. »
« L'autre il est… il est p-plus là ? »
« Non. » répondit-il dans un souffle.
Il craignait qu'elle ne reste prostrée, incapable de se remettre du choc. Et il avait peur qu'elle ne veuille plus lui parler. Il ne pourrait pas lui en vouloir, après tout… C'était à cause de lui, si elle avait subi ça. Constatant qu'elle ne bougeait pas et qu'elle ne prononçait plus une parole, il n'osa pas insister davantage et baissa la tête. Il savait pourtant qu'un tel événement risquait d'arriver un jour. Mais il avait continué à la laisser seule. Pourquoi ? Parce qu'il avait envie de profiter égoïstement de sa liberté, parce qu'il avait envie de sexe, comme le stupide adolescent qu'il était, incapable de contrôler ses hormones. Balthazar serra les poings. Il se faisait honte et se dégoûtait. Il ne valait pas mieux que cet homme à qui il venait de faire la peur de sa vie. La culpabilité l'assaillit. Une violente envie de pleurer le submergea. Tallneshia le haïssait sûrement, désormais… et cette simple pensée lui brisait le cœur.
« Pardon… Tout est de ma faute… » murmura-t-il d'une voix étranglée.
Il n'obtint aucune réponse. Sa vision se brouilla tandis que les larmes lui montaient aux yeux et il avala péniblement sa salive. Reniflant pitoyablement, secoué de sanglots qu'il s'efforçait de rendre silencieux, il se détourna, toujours à genoux, et s'apprêta à se relever pour gagner son propre lit. Même s'il savait qu'il ne fermerait certainement pas l'œil du reste de la nuit, rongé par les remords et harcelé par son démon intérieur, qui n'avait pas digéré non plus ce qu'il venait de se produire.
Mais il se figea en sentant des bras se refermer autour de son cou et un visage se presser contre son épaule. Sans oser y croire, il posa doucement l'une de ses mains sur celles de la fillette, qui semblait ne plus jamais vouloir le lâcher. Ses larmes coulèrent enfin alors que dans son dos, Tallneshia pleurait également, trempant sa robe de mage.
« Tally… Tu n'as rien ? Je t'en prie… dis-moi qu'il ne t'a rien fait… » supplia Balthazar à mi-voix.
« Non… J… Je vais bien… »
Il ferma les yeux.
« Pardonne-moi… C'est à cause de moi si… Je n'aurais jamais dû… J'ai été stupide. » souffla-t-il en baissant la tête. « Tellement stupide. Pardonne-moi. »
« Balthazar, je… je veux plus que tu t'en ailles… »
« Je ne m'en irai plus, Tally, je resterai avec toi, toujours… »
« Le monsieur, il… Il m'a bloqué sur le lit, et puis… Il a essayé de… Je l'ai mordu. » avoua la petite fille.
L'adolescent sourit tristement.
« C'est bien. »
« Pourquoi il voulait me voir toute nue ? »
« Il ne voulait pas juste te voir, Tally… » murmura Balthazar d'une voix atone, le regard perdu dans le vide, agrippé aux bras de la fillette qui le retenaient. « Il voulait aussi te toucher, et… te faire des choses… Il t'aurait fait du mal… Je ne me le serais jamais pardonné… »
« J'ai peur, Balthazar. »
« Je sais, Tallneshia. Je suis désolé… tellement désolé. Mais je suis là, maintenant. Il ne peut plus rien t'arriver, je te le jure. Je ne laisserai plus personne s'approcher de toi comme il l'a fait. »
Doucement, il amorça un mouvement pour se dégager, mais n'eut pour effet que de la faire resserrer son étreinte.
« T'en vas pas… » gémit-elle.
« Tally… »
Il prit de nouveau ses mains, les fit passer au-dessus de sa tête, et se retourna pour se mettre face à la jeune fille. Dans la pénombre, il lui adressa un sourire rassurant, avant de la rejoindre dans son lit. Sitôt qu'il fut couché à côté d'elle, elle vint se blottir dans ses bras. Elle tremblait toujours et mit longtemps avant d'arrêter de sangloter. Balthazar la laissa pleurer tout son soûl, lui caressant lentement le dos et les cheveux pour l'apaiser. Cette nuit laisserait ses marques sur chacun d'eux. Il s'en voulait terriblement. Tallneshia aurait pu se faire violer par sa faute. Elle avait à peine onze ans ! Et…
Il n'avait eu aucun scrupule à faire ressortir sa partie démoniaque pour la protéger. Les choses s'étaient heureusement bien finies. Il n'avait étonnement eu aucune difficulté à reprendre le dessus, contrairement à ses entraînements à la Tour des Mages. Mais la facilité déroutante avec laquelle le démon l'avait dominé, l'espace d'un instant, avait de quoi l'inquiéter sérieusement. Il soupira silencieusement en regardant Tallneshia.
Non. Il ne voulait même pas songer à ce qu'il lui arriverait si par malheur il devait perdre tout contrôle un jour…
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À la suite de cet incident, Tallneshia refusa obstinément de retourner dormir dans les auberges durant une longue période. Mais leur second hiver loin de la Tour des Mages arriva, apportant le froid avec lui, et la jeune fille se résigna finalement à suivre son ami à l'intérieur des bâtiments en traînant des pieds.
Elle n'eut pas besoin de le supplier. Il se souvenait malheureusement trop bien de ce qu'il s'était produit la fois précédente. À la proposition spontanée de la gérante de leur octroyer une chambre avec deux lits différents pour lui et sa sœur, Balthazar ne regarda même pas Tallneshia avant de secouer la tête.
« Non merci. On a l'habitude de dormir ensemble, on fait comme ça depuis qu'on est petits. Ça nous tient chaud. » plaisanta-t-il d'un ton mal assuré.
« Vous êtes sûrs que ça ne vous dérange pas ? »
L'adolescent sourit. Il venait de sentir la main de la jeune fille se glisser dans la sienne et la serrer fort pour le remercier silencieusement. Il lui répondit d'une pression, tout en certifiant :
« Non, non. On préfère. »
« Très bien, comme vous voudrez. »
Balthazar et Tallneshia ne se quittèrent plus et aucun problème ne se posa. Soit ils montaient tous les deux se coucher tôt, soit la fillette attendait patiemment lorsque le garçon voulait profiter d'une bière supplémentaire. Parfois, elle s'ennuyait, n'osant pas trop lever les yeux vers le reste de la salle en se rappelant de la mise en garde du nain qu'ils avaient rencontré dans leur première auberge. Quand l'ambiance commençait à s'échauffer, alors son ami lui adressait un signe discret et ils regagnaient leur chambre sans chercher les ennuis. Mais il leur arrivait aussi de faire des rencontres sympathiques. Le plus souvent, c'étaient des nains avec lesquels Balthazar partageait volontiers une nouvelle chope de bière. Une autre fois, ce fut un homme qui s'approcha de leur table avec un grand sourire. Il attrapa une chaise proche et s'installa tranquillement avec eux, le plus naturellement du monde.
« Des mages ? C'est pas tous les jours qu'on en voit par ici ! »
Méfiant, l'adolescent brun répondit avec une certaine réserve, ce qui n'empêcha pas l'inconnu de poursuivre la conversation, jusqu'à ce qu'une exclamation de la part de Tallneshia ne les interrompe. La peau mate de l'individu l'avait fait tiquer, et elle venait d'apercevoir une oreille pointue émerger entre deux longues mèches de cheveux.
« Oh ! Vous êtes un elfe, monsieur ? »
« Mais c'est qu'elle est futée, cette petite ! » plaisanta l'interpellé en ébouriffant malicieusement la chevelure de la fillette. « Effectivement, t'as raison. »
Inconsciemment, Balthazar serra les poings sous la table en le voyant faire. En temps normal, il n'y avait que lui qui s'autorisait de pareils gestes envers Tallneshia. Il demeura sur ses gardes plusieurs minutes encore, mais l'inconnu n'avait pas de mauvaises intentions. Après avoir fait plus ample connaissance, il sortit un jeu de cartes elfique auquel il leur proposa de jouer. Les règles étaient relativement simples, si bien que même la jeune fille put participer. Ce soir-là, les deux amis montèrent se coucher plus tard qu'à l'habitude, après plusieurs heures riches en paroles et en rires. Les yeux de Tallneshia brillaient encore lorsqu'elle s'endormit, et pour Balthazar, c'était tout ce qui comptait. Et puis, il devait avouer que lui aussi avait passé une excellente soirée.
Ils poursuivirent leur voyage, errant de village en village sans réel but. Ils se dirigeaient vers le nord, mais peinaient à s'accoutumer au froid qui y régnait. L'apprenti pyromancien marmonnait souvent dans sa barbe avec mauvaise humeur, et songeait très sérieusement à modifier leur itinéraire pour les faire retrouver au plus vite des températures clémentes. D'autant plus que ces régions isolées du Cratère présentaient un autre problème auquel aucun d'entre eux n'avait pensé : les bêtes sauvages qui les peuplaient étaient bien plus coriaces et agressives que celles du sud…
Mais ce problème, ils ne le réalisèrent que trop tard, lorsqu'un jour ils se retrouvèrent face à un groupe de ces créatures. Ils étaient les seules présences vivantes à des kilomètres à la ronde, et surtout, les seules sources de chaleur au milieu des roches nues et du lichen gelé qui craquait sous leur pas. C'était sûrement ce qui avait attiré les monstres jusqu'à eux. Tallneshia se figea, et lentement, se rapprocha de Balthazar, intimidée par les canidés bleutés aux corps décharnés et aux pelages cristallins hérissés de piques glacées. Leur regard blanc était aussi vide qu'inhumain. Ils les fixaient pourtant avec une avidité évidente. L'adolescent serra les dents en sentant la jeune fille s'agripper à lui. Rapidement, il dénombra les créatures. Il en compta cinq, qui avaient formé un cercle et leur tournaient autour, attendant le moment propice pour bondir.
« Balthazar… ? »
« Reste près de moi. » lui souffla-t-il en retour.
Malgré toute la peur qu'il sentait transparaître chez elle, elle hocha la tête en tremblant. Il se concentra, agita doucement son bras dont elle tenait encore la manche.
« J'ai besoin que tu me lâches, s'il te plaît. »
« Pardon. »
Elle décrispa ses mains et il fut de nouveau libre de ses mouvements. Accumulant son pouvoir sans s'en servir pour l'instant, il attendit que les loups de glace fassent le premier geste. La tension était palpable dans l'air. Angoissée, Tallneshia devait se retenir de toutes ses forces pour ne pas recommencer à s'agripper à son ami pyromage.
« … Balthazar… ? » répéta-t-elle d'un ton encore moins assuré, alors que les créatures se mettaient à grogner.
« Ça va aller, Tally… Tout va bien se… »
Cinq corps bleutés bondirent dans les airs et se jetèrent dans leur direction, avec une rapidité que l'adolescent n'avait pas prévue. Il eut à peine le temps de relâcher son sortilège. Sans prendre la peine de vérifier si sa barrière de flammes avait l'effet escompté, il se retourna vers Tallneshia, qu'il entoura de ses bras pour la protéger, et ils roulèrent tous les deux à terre pour échapper aussi bien à la fournaise ardente qu'il avait provoquée qu'aux créatures enragées, hurlantes de frustration et de douleur.
La tête lui tournait, mais Balthazar se redressa aussitôt, maintenant la jeune fille à l'abri derrière lui et balayant du regard ce qui était à présent devenu leur champ de bataille. Un seul des canidés avait été suffisamment brûlé pour être considéré comme hors d'état de nuire. Ses congénères restants n'étaient que légèrement blessés… et passablement énervés, ce qui n'augurait rien de bon.
« Et merde. » jura le pyromancien, avant d'élever son bâton, faisant rougeoyer la pierre à son extrémité. « BRASIER ! Ramène-toi ! »
Le cheval des Enfers n'avait qu'une conscience animale ; il ne pourrait pas lui être d'un grand secours, mais au moins servirait-il d'appât pour détourner l'attention des monstres. Enfin, c'était ce que Balthazar espérait. Aussitôt apparu, l'étalon fit exactement ce que son invocateur attendait de lui : apercevant les quatre prédateurs qui le fixaient, il poussa un hennissement effrayé et s'enfuit au galop. Un seul des monstres le suivit. Un second voulut également se lancer à sa poursuite, mais un claquement de dents autoritaire de la part d'un des loups restants le fit se raviser. L'adolescent brun lâcha un nouveau juron entre ses dents. Son plan n'avait pas aussi bien fonctionné que ce qu'il aurait voulu. Il se prépara à lancer un nouveau sort, mais les créatures furent de nouveau les plus rapides.
Un trait de flammes totalement improvisé cueillit les deux premiers assaillants. Le dernier parvint à atteindre sa cible.
Balthazar bascula et chuta violemment au sol, luttant pour maintenir les crocs acérés du canidé à bonne distance de son visage. Il tenta de se débattre et de lui donner des coups de pieds, ce qui n'eut que peu d'effet. Ses bras tremblaient tandis que l'animal à la gueule écumante se rapprochait de plus en plus. Il essaya d'insuffler suffisamment de chaleur dans ses mains pour le brûler. Mais avant qu'il n'ait eu le temps de parvenir à ses fins, il sentit le loup se figer. Un liquide pâle, ce qui s'apparentait à son sang, coula de sa tête pour venir tâcher la robe du pyromage.
Un caillou pointu tomba au sol, juste à côté de son épaule. Grondant sourdement, le monstre tourna la tête dans la direction d'où provenait le projectile. Son regard froid se posa sur Tallneshia, qui le fixait en tremblant.
« LAISSE-LE TRANQUILLE ! »
Elle lança l'autre pierre qu'elle tenait entre ses mains, mais rata largement sa cible sous l'effet de la peur. Les grognements du loup s'intensifièrent, et en un éclair, Balthazar comprit ce qu'il allait se passer. Puis, tout se déroula très vite. Pourtant, il eut l'impression que la scène dura une éternité.
L'animal le délaissa pour se diriger vers la jeune fille. Il commença sa course, mais l'adolescent l'avait saisi juste à temps par la patte arrière. Il se fit traîner sur quelques mètres, avant que le canidé ne se retourne avec agressivité vers ce poids qui le retenait.
Balthazar sentit les crocs glacés pénétrer sa chair. Mais il devait protéger Tallneshia. Avec un cri de rage et de douleur, il tira sur la patte à laquelle il s'était cramponné, se contorsionna, grimpa sur son dos, et au prix d'un ultime effort, l'enserra de ses deux bras, ferma les yeux et appela le feu à lui.
Ce ne fut qu'au bout de plusieurs longues minutes que les dents du monstre relâchèrent leur pression et qu'il s'écroula enfin en glapissant. Il fallut attendre encore un long moment avant qu'il ne rende l'âme et qu'un lourd silence ne retombe sur la plaine nordique.
Faiblement, Balthazar releva la tête. Sa vision était trouble. Il n'apercevait que du gris et du blanc autour de lui, ce qui fit naître une inquiétude sourde dans son cœur.
« …Ta… lly… ? »
Il n'avait pas la force de l'appeler plus fort. Ce simple murmure lui fit replonger sa tête au creux de son coude en gémissant, mordant entre ses dents le tissu trempé de sa robe de mage pour s'empêcher de hurler. Son souffle était court et saccadé : la moindre respiration un peu plus ample lui faisait mal. Son épaule droite le lançait et le faisait terriblement souffrir… Mais la douleur la plus grande était de ne pas savoir où était Tallneshia. Il ne l'avait pas vue. Il ne l'entendait pas. Était-elle… Non, il ne pouvait pas l'imaginer… Elle était forcément là, quelque part…
Il n'y avait plus aucun bruit. Le silence ouaté des vastes étendues désertes avait tout enveloppé. Et Balthazar sentait quelque chose tremper lentement son dos. Il neigeait. C'était sûrement magnifique à voir, mais… il ne pouvait pas bouger. Il avait puisé dans ses dernières forces pour tuer le loup qui allait s'en prendre à Tallneshia. Son cadavre brûlé lui apportait un peu de chaleur. Mais ce n'était pas ça qui allait le soigner des blessures qu'il lui avait infligées…
Du temps s'écoula. Beaucoup de temps, enfin, à ce qu'il lui sembla. Des secondes, des minutes, certainement. Peut-être pas des heures, sans quoi il aurait fini par geler sur place. Mais au bout d'un moment, il entendit quelque chose. Comme un léger froissement. Le temps qu'il en soit tout à fait certain, le bruit s'était rapproché. Et soudain, une petite voix hésitante fit bondir son cœur dans sa poitrine.
« … Balthazar ? Est-ce que… est-ce que tu m'entends ? »
« Oui. » souffla-t-il difficilement dans un filet de voix. « Tu… vas bien ? »
« Oui, oui, j'ai rien. Mais toi, tu… Je… Comment je peux faire pour t'aider, Balthazar ? »
L'adolescent ne répondit pas. Les yeux fermés, il avait pourtant bel et bien entendu la question de Tallneshia. Mais il était pris de vertiges, et il se sentait partir lentement vers un endroit où elle ne pourrait pas l'atteindre. Sa sœur de cœur était saine et sauve : c'était tout ce qu'il voulait savoir. Il pouvait s'évanouir, à présent, avec la quantité de sang qu'il perdait depuis plusieurs minutes… Mais tout doucement, la jeune fille le secoua, réveillant sa douleur et lui faisant brutalement reprendre conscience. Il poussa un gémissement plaintif et elle s'excusa aussitôt.
« Ne t'… » commença-t-il en voulant la rassurer.
Une violente quinte de toux l'interrompit, et il murmura d'une voix étouffée sans ouvrir les yeux ni lever la tête :
« Garde-moi… réveillé, Tally… »
« D'accord. »
« Tu as toujours le… sac… avec toi ? »
« Oui. »
« Ok… Super. »
Tallneshia attendit la suite des propos du garçon, qui ne vinrent pas, et elle le tira à nouveau par le bras, le plus délicatement possible.
« Balthazar, non, tu dois rester réveillé… Balthazar ! »
« Que… pardon. »
« Balthazar, j'ai le sac. »
« Le sac ? »
« Oui, le sac, il y a des choses pour te soigner dedans ? » le pressa la jeune fille, dont l'inquiétude grandissait en constatant que son ami semblait un peu plus perdu à chaque seconde qui s'écoulait.
« Ah… Oui, le… la pommade blanche… dans le bocal. Mais nettoie… avant. »
« Comment je fais ? »
« La mousse… avec de l'eau. »
« D'accord, je vais essayer. Mais reste réveillé. »
« Mh… »
Elle fouilla parmi leurs affaires, anxieuse pour Balthazar et sursautant à chaque bruit étrange qu'elle croyait entendre autour d'eux. Elle mit rapidement la main sur la mousse et le pot de pommade dont il lui avait parlé. Débouchant l'une de leurs gourdes, elle versa un peu d'eau sur le végétal, qui l'absorba aussitôt comme une sorte d'éponge. La jeune fille observa un instant la mousse verdâtre gonfler avec curiosité, puis se pencha au-dessus de son ami. Il était toujours étendu face contre terre, serrant contre lui le cadavre refroidi du loup qu'il avait tué. Sa robe de mage était déchirée au niveau de son épaule droite. Précautionneusement, Tallneshia attrapa entre ses doigts les lambeaux de tissu et les écarta, révélant la chair à vif que les crocs de glace avaient profondément pénétré.
Avec lenteur, elle commença à tamponner la mousse près de la blessure de Balthazar. Celui-ci serra les dents, laissant parfois échapper un grognement lorsque la douleur se faisait trop intense. Ce végétal faisait couramment office de désinfectant et d'antiseptique naturel, et sentir sa peau le brûler à son contact n'était pas bon signe. Surtout pour lui, qui n'était habituellement que peu sujet à ce genre de maux, de par sa nature… Tallneshia s'excusait sans arrêt. Il ne cessait de lui répéter que ce n'était rien. Plutôt que de s'en lasser en espérant qu'elle finisse par se taire, il s'efforçait de lui répondre à chaque fois. Cela l'aidait à se maintenir éveillé. À bout de forces, il se faisait violence pour ne pas perdre conscience. Tally ne pouvait pas rester toute seule.
Après avoir nettoyé sa plaie de son mieux, la jeune fille lui appliqua la pommade. Ses mains tremblaient, autant à cause du froid que du choc qui n'était pas encore tout à fait passé, et elle dut s'y reprendre à deux fois pour ôter le couvercle du petit bocal. La blessure de l'adolescent saignait toujours, et les doigts de Tallneshia se teintèrent bien vite de rouge. Elle n'était plus trop sûre de savoir si c'était vraiment de la pommade ou uniquement du sang qu'elle étalait sur son épaule. N'importe qui aurait trouvé cela désagréable… mais ce n'était pas son cas. Le liquide carmin était tiède et réchauffait ses mains. Et puis…
« Balthazar ? »
« Quoi ? »
« Tu… C'est bizarre, mais… Je crois que tu sens bon. »
« Hein ? Qu'est-ce que tu racontes ? » rit nerveusement le pyromancien épuisé.
« Je sais pas ce que c'est, mais il y a une odeur que j'aime bien. Tu la sens pas ? »
« Non. Tu t'es pas… pris un coup sur la tête, Tally ? »
La jeune fille se pencha davantage, rapprochant son visage des griffures de son ami, et inspira profondément.
« C'est vraiment toi qui sens bon comme ça. »
Balthazar était trop mal en point pour s'attarder à réfléchir sur ce que Tallneshia disait.
« Ok, si tu veux. » abdiqua-t-il dans un souffle. « Il faudrait que… tu me fasses un bandage, aussi. »
« D'accord. C'est les longues bandes blanches qui sont enroulées ? »
« Oui, c'est ça. »
Les doigts de la fillette étaient toujours recouverts de sang. Distraitement, elle les lécha avant de se saisir des bandages. En découvrant dans sa bouche un goût délicieux semblable à l'odeur qu'elle avait sentie juste avant, elle comprit. Oui, cela provenait bel et bien de Balthazar. C'était le parfum du liquide écarlate qui courait dans ses veines qui l'attirait ainsi. Tallneshia fixa avec curiosité l'épaule blessée de son ami, passa une dernière fois sa langue sur ses lèvres à la recherche de la saveur éphémère de son sang tiède, puis reporta son attention sur les bandes de tissu, avec lesquelles elle tenta de faire un bandage à l'adolescent. L'opération ne fut pas un franc succès, loin de là, mais le résultat conviendrait bien pour quelques heures au moins. Et elle avait obtenu la réponse à la question qu'elle s'était posé distraitement lorsqu'elle s'était elle-même blessée en tombant du pommier, des mois plus tôt : elle ignorait toujours si c'était réellement le cas pour tout le monde, mais en tout cas, le sang de Balthazar avait un goût différent du sien.
Il était bien meilleur.
Après plusieurs minutes et de nombreux grognements de douleur, l'adolescent parvint à se redresser lentement avec l'aide de Tallneshia. Il ne voulait pas trop s'appuyer sur elle, mais ne put s'en empêcher lorsqu'il se remit debout, et la petite vacilla un instant sous son poids.
« Je suis désolé. » souffla-t-il.
« Pourquoi tu dis que tu es désolé alors que c'est toi qui va pas bien ? »
« Parce que… Je… Ce combat c'était de la merde. On aurait pu y passer tous les deux. »
Ils marchèrent en silence pendant quelques mètres. La jeune fille soutenait toujours son ami, tout en portant leur sac.
« Balthazar… » murmura-t-elle finalement avec timidité. « Tu peux faire revenir Brasier ? »
« Je sais pas si j'ai assez de forces pour ça, Tally. Désolé. »
Elle serra les dents. Elle avait froid, le sac était lourd et elle en avait assez de marcher. Mais l'adolescent était mal en point, et elle voulait se montrer forte pour lui prouver que lui aussi, il pouvait compter sur elle, et que leur équipe fonctionnait dans les deux sens. Comme si, après plus d'un an de voyage, elle avait encore besoin de lui assurer qu'il n'avait pas fait le mauvais choix en l'emmenant avec lui, un peu contre son gré, c'était vrai.
« C'est pas grave, t'en fais pas. On va continuer à pied. »
« Je sais pas trop où est le prochain village… » déplora-t-il sur un ton d'excuse.
« C'est pas grave. » répéta-t-elle.
Surpris par son ton ferme, il lui jeta un coup d'œil. Elle lui répondit d'un regard perçant. Ses yeux mauves brillaient d'une lueur farouche et déterminée, et elle hocha simplement la tête en poursuivant sa route. Bob n'était pas dupe. Il la voyait bien se crisper sous l'effet du froid et serrer les dents à chaque pas qu'elle faisait. Et au fond de lui, il l'admirait. N'importe quelle gamine aurait déjà abandonné depuis bien longtemps. Mais pas elle. Pas Tallneshia. Oui, elle découvrait toujours le monde avec autant d'innocence et de naïveté face à ce qu'elle ne connaissait pas. Mais cette fillette savait faire preuve d'un peu plus de maturité et être une battante, quand il le fallait.
À leur plus grand soulagement, ils n'eurent pas à passer la nuit dehors. Chacun s'y était cependant déjà préparé mentalement, aussi soupirèrent-ils en chœur lorsqu'ils aperçurent enfin les fumées de quelques cheminées lointaines s'élever dans le ciel pâle, en fin d'après-midi. Il leur fallut encore deux bonnes heures avant de rejoindre le village. Malgré son isolement et sa taille relativement réduite, il disposait tout de même d'une auberge prête à accueillir les deux voyageurs blessés et épuisés. Le côté citadin de Balthazar avait beau lui faire préférer les lieux un peu plus fréquentés, jamais il n'avait été aussi heureux de séjourner dans un petit hameau perdu au beau milieu de nulle part. Le gérant de l'auberge, vêtu d'un épais manteau de fourrure même en intérieur, avisa avec stupeur ses deux clients. Les nouvelles têtes étaient suffisamment rares dans la région pour qu'il s'y intéresse…
« Vous êtes seuls ? » constata-t-il face à l'adolescent qui lui tendait de quoi payer leur nuit.
« Ouais. » marmonna Balthazar entre ses dents, luttant pour ne pas s'effondrer sur le comptoir auquel il s'appuyait de tout son poids pour laisser un peu de répit à Tallneshia. « On nous a demandé de rejoindre d'autres mages à Toréa. C'était… le chemin le plus court. »
Un élancement douloureux dans son épaule l'avait fait s'interrompre un bref instant. Le gérant comprit qu'il était blessé, ne fit aucun commentaire et lui tendit les clés en silence. Mais le garçon avait serré les poings et détourné le regard.
« Tally… est-ce que tu peux… »
« Oui, oui. »
L'homme baissa les yeux vers la jeune fille.
« C'est la deuxième porte sur la gauche. Le repas sera servi dans moins d'une heure au fond du couloir. »
« D'accord, merci monsieur. » répondit-elle poliment, avant de s'approcher doucement de son compagnon. « Viens… »
Ils se rendirent dans leur chambre. Aussitôt qu'ils y furent rentrés, l'apprenti pyromancien chancela vers le lit et s'y effondra.
« Bordel… Ça me casse les c… » maugréa-t-il dans son oreiller d'une voix étouffée.
« Balthazar ? »
Il tourna la tête, l'un des rares mouvements qui ne le faisaient pas trop souffrir, pour observer Tallneshia, qui s'était assise au bord du matelas à côté de lui.
« Oui ? »
Son expression était inquiète, même si elle faisait tout pour ne pas le montrer.
« Comment est-ce qu'on va faire si on recroise d'autres loups comme ceux-là ? »
« Et encore, si c'étaient les bestioles les plus dangereuses du coin… » soupira le garçon. « Les monstres ont l'air d'être beaucoup plus puissants par ici. Il faudrait qu'on rebrousse chemin et qu'on continue à parcourir les terres du sud… ça vaudrait mieux pour nous, je pense. »
« … C'était pas ça ma question, Balthazar… » murmura la jeune fille après quelques secondes de silence.
Oui, il le savait. Devait-il vraiment lui avouer qu'il n'en avait aucune idée, qu'ils étaient comme pris au piège dans cet enfer de neige et de glace, et qu'ils n'auraient qu'à croiser les doigts en espérant avoir de la chance ? Malheureusement, il le fallait, et comme il s'en doutait, le regard d'améthyste de la petite s'assombrit à sa réponse. Elle était toute aussi consciente que lui de ce qu'il se passerait s'ils venaient à faire une seule autre mauvaise rencontre.
« Je peux même pas t'aider ! » finit-elle par protester. « Ça sert à rien de lancer des cailloux sur eux… Je veux pas que tu sois tout seul contre eux à chaque fois si tu es blessé comme ça après ! »
« Toi tu n'as rien, c'est tout ce qui compte. » répliqua Balthazar. « Et je croyais qu'ils te fichaient la trouille ? »
Le ton de son ami était plus sec que d'habitude. Comme près d'un an plus tôt, quand elle avait faim mais qu'il lui interdisait de manger davantage pour économiser leurs provisions. Pourtant, cette fois, Tallneshia n'en démordit pas. Devoir soigner elle-même son épaule profondément lacérée lui avait fait un choc. Elle avait réalisé qu'elle n'avait rien fait pendant qu'il luttait pour la protéger, et elle s'en voulait. Quelque part, elle avait l'impression que c'était de sa faute, s'il était à présent blessé ainsi.
« Oui, c'est vrai. » reconnut-elle. « Mais je veux arrêter de me cacher derrière toi. Je continuerai toujours à avoir peur, sinon. »
Elle marqua une dernière hésitation, mais conclut d'une voix décidée :
« Je veux t'aider… je veux me battre, moi aussi. Je suis plus une petite fille. »
« T'as onze ans, Tally… »
« Et alors ? Balthazar, s'il t'arrive encore quelque chose… Je peux rien faire sans toi. »
Les deux amis s'affrontèrent du regard un moment, chacun campé sur ses positions. Tallneshia tint bon. Et ce fut l'adolescent qui céda avec un soupir à la fois agacé et résigné. Les risques qu'il lui arrive quelque chose seraient démultipliés, et il la trouvait bien trop jeune pour manier une arme, blesser et tuer… Mais elle avait raison, malheureusement. Il fallait qu'elle soit capable de se défendre, juste au cas où…
Il se redressa lentement en grimaçant et sans un mot, se servit de son bras gauche pour entrouvrir sa robe de mage sur son torse et fouiller dans ses replis. Tâtant la doublure de son vêtement, il trouva enfin sous ses doigts ce qu'il recherchait. Sous les yeux curieux et surpris de son amie, il en sortit deux couteaux aux lames d'argent. C'étaient des armes démoniaques, oui. Mais elles étaient censées n'avoir d'effets que sur lui. Son amie ne risquerait rien en les maniant. Du moins l'espérait-il…
« J'ai rien d'autre. » lança-t-il à Tallneshia, une ironie amère perçant dans sa voix.
Elle déglutit, mais hocha la tête.
« Tu peux… m'apprendre à m'en servir ? »
Balthazar crispa ses doigts autour des manches noirs et détourna le regard.
« Ça me plaît pas, Tallneshia… Ça me plaît pas du tout, même. Mais bon… On n'a plus vraiment le choix, pas vrai ? »
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Et voilà, c'était le huitième chapitre de "TALLNESHIA" !
Alors, apprendre à Tally à se battre alors qu'elle n'a que onze ans... Avec les couteaux d'Enoch, de surcroît... Bonne ou mauvaise idée, à votre avis ?
J'espère en tout cas que ce chapitre vous a plu !
N'hésitez pas à laisser une petite review si le cœur vous en dit, et on se donne rendez-vous dans une semaine pour le prochain chapitre !
D'ici là, prenez soin de vous, servez-vous en cookies et en chocolat chaud virtuels, et des bisous !
