Chapitre 7 : Mauvaise rencontre

Je resserre ma ceinture de soie et je rabats à nouveau le manteau sombre, mon takegasa sur le chef, je descends les escalier étroits de la maison close. Masilla trépigne d'impatience à ma vue, la tête se baladant de haut en bas. Je caresse son museau en réponse, satisfait de constater aussi que mes bagage sont bien attachés à la selle.

L'air est encore frais à cette heure et le soleil bien timide. Le Senju doit encore dormir, je quitte donc la ville des salades avec tranquillité. Seule Dame Hide attendant mon départ sur le pas de la porte. Alors que j'attire mon poney vers la ruelle, un enfant à l'habillement rare et désolé s'approche de moi, le torse bombé comme lorsque l'on prend tout son courage malgré la peur. Sans que je n'ai eu le temps de dire quoique ce soit, il me tend un objet en bois. Le prends intrigué et confus. Cela ressemble à un sceau, un phénix bellement taillé dans une forme cyclique. Cela me fait penser aux sceaux de commandement en jade que porte les seigneurs et les grands officiels. La simplicité de la matière me fait penser à un erstatzt que l'on fabrique pour certains jeux de sociétés ou pour les jeux d'enfants. Je souhaite demander la signification au gamin, mais celui-ci a disparu, sans doute caché parmi les marchandises rangées chaotiquement le long des murs, l'odeur des fournitures puant la fraicheur de la terre sèche et des pourrissements de la nourriture abandonnée depuis la nuit dernière.

Je quitte la ville par les mêmes grandes portes de la veille. J'y retrouve les mêmes marchands ambulant et les mêmes gardes impassibles. Je poursuis la route principale jusqu'au midi : passé cette heure je m'écarte de la grande ligne dallée pour les petites routes à la fois plus rapides et discrètes.

Les sols sont moins secs ont que la forêt reste aux abords des plantations mas dans l'ensemble, tout le monde attend avec impatience la mousson.

Les gens sont rares sur le petit chemin mais c'est sans étonnement que je reconnais une présence anormale derrière des buissons. Ouai...les brigands ne brillent pas de leur discrétion, leur art n'est impressionnant que pour les pauvres gens ignorants des dangers et de la défense. Ces racailles savent bien à quel point les marchands les plus pressés empruntent ce genre de route, malgré les risques encourus ainsi que les plus avares qui préfèrent rencontrer à tout hasard des voleurs plutôt que de se faire taxer par un des points de contrôles fixes le long de la grande route.

Les brigands sont trop stupides ou juste ignorants pour reconnaître quelqu'un capable de les renvoyer au monde éternel alors c'est sans surprise que qu'un accrochage arrive avec eux. C'aurait dû bien se passer et finir en quelques minutes mais au lieu de ça, ça a duré quelques secondes à cause d'un élément perturbateur qui a été trop présent dans ma vie ces derniers jours.

Hashirama semble être assez ravi de son intervention alors qu'il contemple les brigand K.O. éparpillés ci et là. Son cheval brun avance, curieux, vers l'un des corps inconscients, venant fouiller de son museau son vêtement.

« Ne me dites pas que vous êtes là par hasard ; déclaré-je, loin d'être content »

Il rit. Le style de rire qu'on lâche pour être poli devant une mauvaise blague ou une situation gênante.

« Oh je t'assure, mon départ est indépendant du tien mais…mon assistance lors de cette bagarre n'est en effet pas un hasard »

Il pointa les corps:

« Ils n'étaient pas discret…»

«Les gens évitent d'aller au devant des problèmes »

J'avais envie d'ajouter "les gens normaux" mais ce Senju là est loin de correspondre à la normalité : trop stupide et trop bon au combat avec un shakra trop original.

Il caresse sa nuque nerveusement comme la dernière fois, ses yeux plus intéressé par le ciel que par moi.

Il se laisse se perdre dans ses pensées et je le laisse tranquille en espérant qu'il continue sa phrase, malheureusement, il abandonne le sujet pour un autre:

« Je me demande si tu accepterais de me laisser faire un bout de chemin avec toi…? »

Je le considère en me demandant d'où pouvait lui venir son courage et sa fantaisie pour me faire une telle proposition. Dans un tel contexte de guerre et de conflits claniques, depuis tant de générations à cause de broutilles qui ont fâchés des ancêtres, ce genre d'idée est un formidable message de paix mais… N'est-ce pas stupide et vain? Je ressens plus de méfiance que d'admiration.

« Un bout de chemin ensemble? Qu'est-ce qui vous fait dire que nous allons au même endroit? ; lui demandé-je incrédule

- Il est peu probable que nous ayons la même destination mais nous pourrions au moins être ensemble pour cette traversée… vous vous dirigez au nord, cela tombe bien : moi aussi!

- Mais qu'est-ce qui vous fait dire que j'ai envie d'être coincé avec vous? ; je me renfrogne les bras croisés devant la poitrine »

Il hausse les épaules:

« Pourquoi pas? Nous nous entendons bien et le voyage sera moins ennuyeux ensemble. »

Je veux bien croire qu'il est sincère si on oublie sa tendance à me suivre partout et à demeurer secret quant à ses raisons si loin de son clan, chose que je ne peux lui reprocher pour le deuxième puisque j'en fais de même. Mais malgré les bonnes volonté, il me semble difficilement concevable de rester avec un ennemis sur plusieurs jours. Au-delà de me tuer durant mon sommeil, il y a mille et une occasion d'apprendre sur les manières de son ennemis ou lui arracher des secrets ci et là qui sauront être utile au retour dans son territoire.

« Nous sommes ennemis ; le rappelé-je une nouvelle fois

- Nous le savons tous les deux ; il acquiesce du chef ; Et je ne te demande pas d'être mon meilleur ami, seulement un compagnon? Regardes, voyager seul est insupportable et je ne pense pas que tu sois différent de moi à ce sujet. ; il me sourit avec entrain, confiant de l'effet de son argumentaire.

- Quel âge avez vous? Passé un certain âge, jouer n'est plus une priorité."

Le Senju croise ses bras derrière son dos:

« Vouloir de la compagnie ne veut pas dire jouer ; il songe un instant puis il reprend ; Considères cela comme une occasion pour en apprendre plus sur moi. »

Je n'aime pas son petit sourire en coin. Cela ressemble à un : "aurais-tu trop peur?". Or, jamais je ne le laisserais penser une telle chose...même si à l'heure actuelle cette peur s'avère bel et bien là.

« Vous pouvez me suivre mais sachez que je ne vous attendrez pas ; je lâche »

Que je dise oui ou non, il me poursuivra, n'est-ce pas? Il vaut donc mieux le garder sous ma vue.

Il rayonne de contentement en réponse:

« Génial! Tu vas voir, tu ne vas pas le regretter et je suis sûr que Madara serait rassuré s'il l'apprenait »

Je roule des yeux :

« Ne dites pas de bêtises »

Il prend un malin plaisir de rappeler à chaque occasion cette petite amitié qu'il avait entretenu avec Aniki il y a des années, à chaque tentative de négociation ou combat. Ca n'avait plus de sens étant donné que leur relation s'est achevé avec une brutalité appropriée et que Madara n'accorde plus d'importance depuis longtemps. Mais je dois reconnaître que ces petites piqures de rappel a le don particulier de mettre en colère Aniki et je dois dire que cela produit ce même effet d'agacement de mon coté.

Je veux bien croire que le Senju a encore la naïveté de penser que Madara garde une once de confiance envers lui mais je souhaite, pour Hashirama, que je me trompe : même si je déteste son clan, il faut reconnaître que ce serait inquiétant pour les Senju de se retrouver à l'avenir avec un tel chef de clan!

Je me remets en selle.

Le Senju souhaite m'imiter mais il regarde avec fatalité la selle.

Il lève son index pour attirer mon attention:

"Une minute, veux-tu bien?"

Confus, je le regarde diriger son cheval vers un arbre dont les racines noueuses s'entremêlent en dehors du sol. Il grimpe sur l'ensemble, le permettant d'être plus haut afin...de monter sur son cheval.

« Vous êtes sérieux?

- C'est qu'elle...est vraiment grande!

- Vous vous fichez de moi? Un grand dadais comme vous? Et qu'en est-il si vous vous retrouvez sur un champ de bataille? »

Il fait une petite moue dépitée et boudeuse:

« Nous ne combattons pas à cheval!

- Ca c'est votre problème si vous ne voyez pas l'avantage ; je soupire, déconcerté ; N'importe quel cavalier doit savoir monter sur son cheval

- Mais elle est vraiment grande ; se lamente-t-il ; Comment peux-tu me critiquer alors que tu as un poney? »

Sa remarque me fâche. Déjà parce qu'elle est stupide et qu'elle me rappelle à quel point je suis petit. S'il continue comme ça, il ne passera pas la nuit vivant.

« Vous savez que ça ne fonctionne pas comme ça. J'aimerai bien vous voir sur un poney. »

Son expression s'illumine:

« Tu me prêterai le tien?

- Au vu de votre incompétence, sûrement pas! »

A ces mots, il prend un air déprimé. C'est fascinant à quel point il est expressif et sur des "sentiments" aussi contradictoires.

Réagir lui ferait trop plaisir, il est hors de question de s'apitoyer sur son sort qui n'est en rien bien dramatique.

Je lui offre un sourire suffisant avant de me retourner et reprendre le chemin à peine dessiné. Le Senju s'en plaint un peu, que je ne l'attende pas, mais il me rattrape sans grande panique.

Au début de la route, aucun de nous deux parlons. je ne pense pas qu'Hashirama se taise par timidité. En réalité, il semble trop content pour rester calme très longtemps. Je fais de mon mieux pour que ce moment arrive le moins vite possible. En attendant, il épie chacun de mes gestes, prêt à croiser mon regard ne serait-ce qu'une fois pour me balancer une banalité.

Finalement, il prend la parole sans cet accord tacite.

« Tu sais, je trouve ça gênant que tu puisses me vouvoyer. Maintenant que nous allons voyager ensemble, il serait bien plus sympathique que tu me tutoies. ; fait-il dans une déclaration solennelle en se redressant autant qu'il le pouvait comme un roi. »

Je souris légèrement. C'est un bel honneur que ce cher seigneur daigne me permettre d'emprunter une telle familiarité avec sa personne.

« Jamais je ne me permettrais une telle chose : vous êtes beaucoup trop vieux »

Avec la surprise, il manque de se manger une branche qui frôle finalement son visage.

« Quoi! ; lâche-t-il estomaqué ; J'ai l'âge de ton frère!

- C'est exactement ce que je dis ; je retiens un rire.

- Ne me dis pas que tu vouvoies ton frère! »

Un petit silence s'installe.

« Si. »

Il manque de s'étrangler.

Bon, je dois dire que ce n'est pas tout à fait vrai. En privé nous nous adressons comme des égaux mais lorsque nous ne sommes plus seul il est de bon goût d'abandonner ces familiarités : il n'a jamais été convenable pour nos parents et surtout pour la famille du chef de clan. Le "tu" tue comme dirait Mère et je m'étonne qu'une telle vulgarité soit acceptable chez les Senju... à moins que ce ne soit propre à Hashirama. Eh bien, j'espère pour eux que c'est la deuxième option : comment se faire respecter des siens, surtout en période de guerre, si on ne suit pas une règle de bienséance aussi simple?

« Tu plaisantes? ; tente-t-il avec une certaine prudence alors qu'il en doute lui-même

- Quelle importance? Monsieur le Senju. »

Il fait la moue alors que je le dépasse, sa jument à l'arrêt:

« Ce n'est pas très gentil! ; cria-t-il d'un coup

- Il est hors de question que je vous appelle par votre prénom. »

Il abandonne sa mine déçue:

« Tu changeras d'avis. Je saurai être patient ; déclare-t-il avec conviction. »

J'hausse les épaules, feignant le désintérêt alors que je retiens mon hilarité :

« Si tu le dis. »

Comme ça ne ressemble pas à un "non", satisfait, il n'insiste pas. Il amène un sujet plus agréable qui anime notre "balade" un certain temps. Bien évidemment, il a fini par démontrer toute sa science de botaniste. Il est hors de question pour lui de me faire deviner des plantes connues de notre région : il pointe des feuilles étranges ou des fleurs que je n'ai jamais vu. Il feint le choc en me répliquant que celle-ci est indispensable pour soigner tel maux ou encore que le fruit de celui-ci pourrait très bien sauver ma vie un de ces jours. En bref, il s'offre une flatterie bon marché. De bonne grâce, je le laisse s'enorgueillir. en admettant que tout ce qu'il me révèle est vrai, ça s'avère intéressant. Les soins n'ont jamais été une spécialité de mon clan et je sais que le moindre baume pourrait impressionner Aniki si je lui disais que je l'avais fait...enfin, on n'en est pas là.

« Allez! ; couine le Senju ; Celle là est facile. »

Il se penche du haut de sa monture pour arracher une herbe haute et me la présenter:

« Je ne vois rien d'où je suis

- Cette excuse ne marche pas avec toi.

- Alors disons que c'est une sous espèce de pâquerettes. »

Il me regarde les yeux ronds:

« Elles n'ont pas le coeurs jaunes et aucune pâquerette n'a autant de petites fleurs

- Alors c'est une orchidée.

- Tu es aussi nul que mon frère ! ; Boude-t-il ; Aucune volonté! »

C'est-à-dire qu'on ne peut pas tous avoir les mêmes centres d'intérêt.

Je frissonne d'horreur alors qu'il vient de faire référence au démon blanc.

« Ne me comparez pas à lui ; fais-je d'un air dégouté »

En toute franchise, j'ai du mal à imaginer Tobirama se prêter à ce jeu..même avec la plus mauvaise volonté du monde. Ca paraît trop absurde...après vous conviendrez que tout est absurde dans cette famille. Hashirama a la mentalité d'un jeune Siddhartha : à milles lieux de la réalité du monde, alors que Tobirama ressemble à un fantôme mangeur de chair...bref, bien loin des caractéristiques de leur parents. Butsuma a de quoi être déçu. Je me demande si ce vieux n'a pas justement envoyé son aîné en voyage pour justement lui apporter la maturité qui ne semble pas avoir. La guerre des clans lui a certes permis de s'endurcir mais s'habituer à la mort et à la chair en bouillie ne vous rend pas toujours sage, or c'est une qualité à rechercher lorsque l'on se destine à être chef de clan. Se battre et croire en la bonne foi des gens n'est pas compatible. Les chefs de clans ne sont pas toujours en conflits avec les autres : ils doivent préserver leur indépendance auprès de leur Seigneur, le servir sans avoir la maladresse de le fâcher. L'annihilation de clans en une nuit n'est pas si rare, même de puissants clans ont été massacré par des seigneurs qui les jugeaient trop importants alors qu'ils les servaient avec fidélité depuis des générations.

Quoiqu'il en soit, l'apprentissage par l'itinérance est quelque chose d'apprécié, en particulier par les artisans et je ne serais pas surpris que la présence d'Hashirama s'explique par ça.

La chaleur disparaît peu à peu, les ombres prenant de plus en plus de place entre les arbres alors que le soleil commence à nous fuir : le crépuscule!

Rien n'est plus angoissant pour un gamin que le début de la nuit un mioche plus âgé se moque de lui assez facilement, pourtant cette peur revient pour le jeune ninja. Bien sûr, la raison est différente : on ne craint plus la nuit à cause du loup ou du noir mais plus face au risque de se faire attaquer. En prenant de l'âge, ce genre de crainte disparaît ou du moins elle se retrouve maitrisée. On apprend à rester en éveille, développer une seconde nature afin de repérer les shakra téméraires.

Dans mon cas, la menace possible (ou certaine?) se balade avec moi depuis tout l'après-midi. L'idée de prendre un repas avec lui ne pose pas spécialement de problème, tant qu'il me laisse tranquille avec ma ration, cependant...dormir non loin de lui...

J'aurai dû y penser avant. Aniki se ficherait de moi et rétorquerait que c'est une bonne occasion pour affiner mon attention.

« Tu devrais rester près du feu ; commente Hashirama en contemplant l'espace vide entre moi et le foyer. »

Il dit cela avec tant de naturel, je m'en sens embarrasser.

« Plutôt mourir que me coller à toi. »

Je préfère dire ça qu'avouer ma peur..de lui. Ma réponse le fait rire:

« le principal est de rester près des cendres, nous pouvons aisément être à chaque bout.

- hum… »

Que puis-je dire? Avec dépit, je suis son instruction.

Durant toute la nuit, Hashirama ronfle sereinement alors que je ne ferme pas un oeil. J'ai tout le loisir d'essayer toutes les positions et "admirer" les contours des arbres. Les tissons sous la cendre entretiennent la terre brûlée au chaud.

Un moment donné, je décide d'aller chercher du bois pour raviver les flammes. Le feu renaît facilement. Partir me démange mais échapper à Hashirama semble bien impossible. Je soupire désespérément puis je me recouche en priant les dieux de m'assommer. Ils ont bien voulu, mais seulement quelques minutes. Le soleil revient, m'arrachant de ma somnolence malgré les ombres timides prodiguées par les arbres bien fournis.

L'astre lumineux ne gêne aucunement le Senju qui dort comme un loir. Le voir ainsi alors que j'ai été incapable de dormir ne serait-ce qu'une me fâche si bien que je le secoue brutalement.

Il ouvre grand les yeux comme un hibou, un air ahuris sur le visage.

« Qu'est-ce qui ne va pas Izuna-kun? Il est bien tôt! ; il se frotte les yeux ; Tu ne devrais pas se surprendre ainsi : j'aurai pu te blesser. ; se plaint-il, la voix enrouée.

- J'aimerai bien vous voir essayer ; répliqué-je »

Bon, en fait non. Jamais je ne voudrai assister à ça.

Hashirama semble encore trop dans les vapes pour réagir plus que ça. Pendant qu'il essaie de se réveiller en se frottant le visage avec une lotion florale, un oiseau se met à brailler avec un son trop aigu pour que ce soit acceptable à cette heure. Étant bien fatigué, je ne pense qu'à le trouver et le déplumer.

Une fois les cheveux attachés en une queue de cheval, Hashirama soupire joyeusement:

« C'est une bien belle journée qui commence! Les oiseaux sont même là pour nous saluer! »

Son sourire disparait quand il voit mon expression:

« Tu as l'air bien fatigué, quelque chose ne va pas?

- Avez vous déjà gouté à une perruche? »

Le visage déconfit, il considère tout mon sérieux:

« Jamais tu n'oseras!

- Elle le mérite.

- Elles sont adorables! Et il n'y a rien à manger dedans, de toute façon. »

Il est difficile de ne pas garder un visage grognon alors que la perruche au son aigu s'agite du haut des branches, bien cachée dans les feuillages gourmandes. Sans le sharingan il est impossible de la repérer. Plus curieux qu'intéressé pour lui faire du mal, j'active d'ailleurs mon kekkei genkai pour mieux l'observer. Ses plumes vertes la fond dans le décor mais elles ne dissimulent en rien son petit corps plein de chaire grasse due à des heures de repas achevé en toute sérénité, sans l'attaque de rapaces prêts à l'emporter dans le ciel. La perruche penche sa tête sur le coté comme si elle me voit effectivement, le coin de son bec lui donnant un sourire mesquin.

Si ce n'est pas celle-là, ce sera une autre, un de ces jours.

« Tu devrais arrêter de l'épier, tu vas lui faire peur ; déclare Hashirama en ajustant sa veste. »

Il s'étire puis il se lève pour aller chercher du bois mais quand il remarque le gros tas que j'ai amassé durant la nuit, il reste un instant surpris puis il hausse les épaules.

« Tu es très rapide...; depuis combien de temps es-tu éveillé? »

Je laisse échapper un gloussement. Je crois que le manque de sommeil me rend plus nerveux.

« Seulement quelques minutes ; je répond évasivement »

Il me regarde avec un air calculateur. Il ne me crois pas et ce ne doit pas être difficile de conclure que j'ai effectivement passé une mauvaise nuit. Avec une peau si pâle que la mienne, les marques de mauvaises santés sont facilement visibles. Il ne m'offre pourtant pas de commentaire à ce sujet, s'en retournant vers un de ses sacs pour en sortir deux pommes. Il m'en tend une.

« J'ai quelques gâteaux ; m'informe-t-il en continuant à explorer son bagage.

- Vous n'avez pas à me donner à manger. »

Cet acte est trop bon. J'hésite entre l'humiliation d'une mendicité imposée et l'abus.

Le Senju se contente de simplement d'hausser les épaules, plutôt indifférent.

« C'est la moindre des choses.

- Vous forcez le naturel.

- Je ne trouve pas ; fait le brun en croquant dans son fruit. »

Évidemment, pour lui ça va de soit qu'il faut être niais et bon avec le premier gars venu. Eh bien, il va falloir s'y habituer. Y voir de la perfidie là dedans est peut être faux... A moins que son innocence apparente est une stratégie? Ce serait bien le style de sa famille.

Dans tous les cas, je ne lui répond pas, estimant que de toute manière, c'est inutile : insister ne fera que l'exciter et m'épuiser pour rien.

J'accepte la pomme et nous mangeons aussi ses gâteaux. Le Senju semble enchanté.

Nous remballons le camps après ça. Comme la veille, il monte sa jument avec l'aide d'un escarbot naturel.

Les arbres défilent autour de nous. Le soleil brulant est étouffé par les feuilles parfois jaunis à cause du manque d'eau. La route n'est pas si désagréable même si les arbres s'éparpillent de plus en plus, laissant la chaleur nous frapper. Le chemin qui était plus effacé depuis hier redevient visible annonçant un territoire habité.