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Sa main tourbillonne sur mon ventre gonflé et je soupire d'appréciation, profitant de ses paumes douces et chaudes sur ma peau. Des lèvres douces passent légèrement à la base de mon cou et je gémis à la tendre sensation quand sa langue remplace ses lèvres. Dieu que tout cela m'avait manqué !
L'excitation traverse mes veines alors que je me retourne - anticipant son baiser. Ses yeux plongent dans les miens tandis que ses lèvres s'étalent en un large sourire et je vais vers lui, désespérée maintenant pour que ses lèvres viennent sur les miennes.
Ne quittant jamais sa bouche, mes yeux se concentrent sur ses lèvres et la façon dont elles se recourbent lentement, en révélant ses dents incroyablement blanches mais il y a quelque chose d'étrange à leur sujet, elles sont trop droites, trop tranchantes. Ma bouche sèche alors que son sourire se transforme en un ricanement et que ses doigts se resserrent douloureusement sur mon ventre.
"A moi !" grogne-t-il, son visage se tordant de colère. "A moi Bella !"
La peur éteint mon excitation et j'ai du mal à m'éloigner - sa main saisit mon épaule, il me secoue et crie mon nom. "Non!"
"Bella !" crie-t-il de nouveau, me secouant plus fort.
Son air renfrogné et féroce commence à s'atténuer mais il continue à me secouer pendant que Charlie me secoue par les épaules. Charlie ?
"Bella," murmure Charlie. "Il est temps de se lever."
Je cligne des yeux. Ce n'était qu'un rêve.
"Cauchemar ?" demande Charlie passant sa main sur mon front.
J'opine et m'assieds, me frottant les yeux. Il fait toujours nuit. "Quelle heure est-il ?" je lui demande, ma voix est rauque.
Je suis soulagée et j'arrive à expirer.
"5 : 30." Il sourit, posant une tasse de café sur ma table de chevet. "Nous partons dans une heure. Tu vas avoir le plaisir de réveiller Jacob."
Je n'ai jamais compris pourquoi il partait à la pêche aussi tôt et même si j'ai pensé à me coucher plus tôt hier soir, il me semble que je n'en suis qu'à la moitié de ma nuit.
Alors qu'il quitte ma chambre mes pensées reviennent vers mon rêve. Ça a été deux jours particulièrement agités depuis que j'ai rendu visite à Alice et Jasper et avec mon stress au plus haut c'est probablement naturel que je fasse ces horribles cauchemars.
La nuit dernière j'ai rêvé qu'Edward me poursuivait dans une forêt et je pouvais à peine courir parce j'étais très enceinte. J'étais toujours enceinte dans ces rêves. Je jette un coup d'œil à Jacob qui est recroquevillé sur mon lit, dormant paisiblement et mon cœur se serre.
Après que Leah soit partie l'autre soir, je l'ai fait asseoir et lui ai parlé de nos projets pour que Jasper aille au Brésil pour apporter la nouvelle à Edward. Jacob était perdu et il se demandait pourquoi je ne l'appelais pas moi-même. J'ai fait de mon mieux pour lui faire comprendre qu'Edward serait surpris - je n'ai délibérément pas utilisé le mot choqué - et qu'il serait peut-être préférable qu'il l'entende de vive voix.
Cette nuit-là il s'était réveillé au milieu de la nuit, interrompant, heureusement, mon cauchemar et je me suis glissée dans le lit à côté de lui et je l'ai tenu pendant qu'il se rendormait. Il ne voulais plus parler mais je savais qu'il devait encore avoir tellement de choses en tête et il avait seulement besoin de savoir que j'étais là. Ça avait été extrêmement difficile de ne pas pleurer en sentant ses bras s'enrouler autour de moi pour me serrer fort.
Mike m'avait appelé hier et m'avait proposé de prendre Jacob pour l'emmener à son premier jour d'école. Nous avons discuté pendant une heure et il avait exprimé son inquiétude que ce ne soit pas moi qui l'annonce à Edward mais il avait convenu que dans ces circonstances c'était le mieux que je puisse faire. J'adore avoir le soutien de Mike et son point de vue est inestimable pour moi.
En sirotant mon café je commence à anticiper les jours difficiles à venir. Charlie doit aller à l'hôpital demain, Jacob commence l'école demain et Edward n'est plus qu'à quelques jours. Mon moral s'effondre encore plus alors que l'énormité de tout cela menace de me submerger.
Jacob bouge et je le regarde à nouveau. Charlie a insisté pour la pêche aujourd'hui et maintenant j'en suis contente parce qu'au moins nous pourrons nous éloigner de tout cela pendant un jour avant que la tempête merdique ne nous tombe dessus.
"Allez Jacob !" je crie.
"J'arrive !" dit-il en sortant de la chambre et en descendant. "Je les ai trouvées."
Il brandit une paire de bottes vertes que Leah lui a donnée. Elles sont trop grandes mais il a insisté pour les mettre bien que je lui ai proposé d'en acheter une paire chez Newton.
En bâillant je soulève la glacière qui contient notre déjeuner et accompagne Jacob à la voiture. Charlie charge son équipement de pêche dans le coffre. Je souris en voyant Jacob faire un étrange petit défilé pour montrer ses bottes à Charlie qui lui sourit et lui tapote la tête en les admirant et mon cœur se gonfle de les voir tous les deux si excités par notre sortie.
C'est un trajet de quatre-vingt-dix minutes pour aller à l'endroit préféré de Charlie. Ça devait vraiment être tôt pour Jacob car il s'est rendormi trente minutes après le début du voyage. Cela surprend Charlie mais je lui dis que depuis qu'il est bébé il s'endort toujours dans la voiture quand il est fatigué. Il n'arrive pas à faire autrement.
Charlie se penche et allume la radio. "Que t'a dit le mari d'Alice quand il a appelé ?" demande Charlie me lançant un regard de côté.
Jasper a appelé hier juste au moment où Charlie partait travailler et nous n'avons pas eu l'occasion d'en discuter. Je me retourne pour vérifier que Jacob dort toujours mais pour ne prendre aucun risque je réponds à voix basse, reconnaissante que les haut-parleurs soient à l'arrière.
"Ils rentrent après-demain."
"Humm…" Charlie hoche la tête. "Je ne demande pas son emploi du temps, Bella," dit-il en haussant un sourcil.
Je soupire. "Il semble que Jasper soit très doué pour éluder les questions. Il n'a pas trop dit mais en lisant entre les lignes, je dirais…" je jette un coup d'œil à Jacob, "il n'a pas bien pris la nouvelle."
"Je pourrai prendre deux jours de congé, je ne te laisserai pas à la maison seule pendant les quelques prochains jours," m'annonce-t-il.
"Papa ce n'est pas la peine. Jasper m'appellera quand ils rentreront et nous prendrons les dispositions."
S'étirant sur son siège, il regarde dans le rétroviseur avant de me parler à nouveau. "Je pense que toi et moi devrions le rencontrer avant que nous ne le laissions s'approcher de Jacob," dit-il tranquillement.
"Je compte le rencontrer seule," lui dis-je.
Sa tête se tourne et il me regarde brièvement avant de retourner son attention vers la route.
"Quoi ?" Je l'incite mais il ne montre aucun signe de vouloir parler.
Ses épaules s'affaissent un peu. "Je suppose que j'ai du mal à me souvenir que tu es une femme adulte maintenant, Bella," admet-il. "Si c'est ce que tu penses être le mieux je respecterai tes souhaits mais réfléchis-y, il ne va pas venir avec des fleurs et un ours en peluche. Je veux être là pour toi, juste au cas où les choses deviendraient moches."
Je touche son bras. "Tu es là pour moi papa. "Je souris doucement. "Et je n'ai aucun doute que les choses vont devenir moches mais il ne me fera pas de mal. Pas physiquement."
Bien que son froncement de sourcil me dise qu'il n'est pas convaincu, nous abandonnons la discussion, toujours conscients que Jacob pourrait se réveiller et nous entendre.
La conversation téléphonique avec Jasper a été au mieux gênante. Parler à un inconnu de vos affaires les plus personnelles est extrêmement embarrassant et notre discussion était horriblement guindée. Il avait admis qu'Edward avait "suggéré" de rentrer directement mais Jasper avait réussi à le convaincre de prendre quelque temps pour réfléchir aux choses au lieu de se précipiter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.
J'avais pensé demander à Jasper d'expliquer à Edward que Jacob commencerait l'école dans quelques jours dans l'espoir qu'il lui donnerait un peu de temps pour s'adapter mais ensuite j'ai craint de devoir rester à l'extérieur de l'école toute la journée au cas où il se présenterait alors je n'ai rien dit à ce sujet. Je lui ai simplement demandé de me laisser jusqu'au week-end pour m'assurer que Jacob soit prêt. Il avait accepté de le faire et promis de m'appeler dès leur retour.
Etrangement Jasper retenait Edward pour moi et j'en étais reconnaissante. Il avait dû appeler Alice directement après m'avoir parlé car elle m'avait appelé quinze minutes après lui. Elle avait essayé de s'excuser en disant qu'elle avait pris le temps de réfléchir et qu'elle voulait s'expliquer mais Alice est en bas de ma liste de priorités pour le moment alors j'ai été aussi aimable que possible en lui disant qu'il me fallait encore du temps.
L'air froid et vif me fait mal aux poumons alors que je prends de profondes inspirations en aidant Charlie à tirer le bateau au bord de l'eau. Jacob se met à la poupe et fait une grande démonstration de poussée de toutes ses forces. Il est plus grand qu'un bateau à rame et je dois admettre que je n'aime pas l'idée de passer la majeure partie de la journée bloquée sur le lac.
Tirant sur les sangles de ses cuissardes sur ses épaules, Charlie pousse Jacob dans le bateau avant de me laisser utiliser son bras pour me soutenir alors que je grimpe après Jacob.
Charlie laisse Jacob manier une rame pendant qu'il prend l'autre. Jacob est rayonnant, aimant le fait que Charlie le laisse être aussi actif.
"Mets ton bonnet, il fait froid."
Jacob fait la grimace, le sort de sa poche pour le mettre tout en roulant des yeux.
Je les regarde depuis le bois inconfortable sous moi, Charlie lui montre comment préparer la ligne. Charlie ouvre la boîte à appât et nous rions bruyamment tous les deux quand Jacob a un haut le cœur - à sa grande honte. Il faut dix bonnes minutes à Charlie pour convaincre Jacob de prendre un ver et de l'accrocher à l'hameçon.
Après cela, tout devient assez ennuyeux pour moi, alors je sors mon livre et je commence à lire.
Les mots de Charlie commencent à s'infiltrer dans ma conscience et mon attention est attirée vers lui. J'écoute comme il raconte à Jacob ses aventures de pêche quand il était petit garçon. Il décrit comment son père et son oncle l'amenaient ici et c'était son endroit préféré.
Les yeux de Jacob sont émerveillés lorsqu'il scrute le paysage et qu'il aperçoit le vert luxuriant des arbres, la surface lisse et vitreuse de l'eau calme reflétant le lourd banc de nuages blancs et pelucheux obscurcissant le ciel. Il est ravi car il s'accroche à chaque mot de Charlie - et moi aussi. Je les regarde et cela me remplit de fierté et de regret tout autant.
"J'ai quelque chose !" crie soudain Jacob, et le bateau se met à tanguer.
"Ok, calme-toi maintenant, garde une prise ferme," ordonne Charlie alors qu'il se glisse vers lui et enroule sa main autour de celle de Jacob, en aidant à contrôler la canne. "Ne bouge plus !"
Jacob me fait un grand sourire et concentre son attention sur Charlie. Sa langue sort pendant qu'il se concentre. Je déglutis alors que Charlie enroule son bras autour de lui et stabilise la canne. Jacob regarde Charlie dans les yeux avec joie et lui demande ce qu'il doit faire ensuite.
Après quelques minutes de grognements et d'exclamations de Jacob, le poisson est sorti de l'eau.
Charlie enroule le moulinet et le poisson se balance dangereusement près de Jacob qui recule ayant peur. Au début, je suis amusée de le voir se précipiter à reculons mais ensuite ses pieds glissent sur le plancher mouillé et ses bras s'agitent alors qu'il essaie de fuir le poisson. Ses yeux sont grands ouvert d'horreur et un cri étouffé s'échappe de sa bouche.
"Remets-le à sa place !" Il hurle, dans le cri le plus féminin que je l'ai entendu émettre.
Le bateau se balance furieusement et mon humour de départ tourne à l'horreur alors qu'il s'incline vers la gauche. En laissant tomber mon livre je me précipite vers lui et je saisis sa veste au moment où il tombe sur le cul avec un bruit puissant.
Il y a un moment de silence étonnant jusqu'à ce que Charlie rugisse de rire en essayant d'attraper le poisson, qui est toujours en train de se débattre furieusement sur la ligne.
"Rejette-le, grand-père ! " plaide Jacob.
Charlie libère le poisson, le jette à l'eau et sourit fièrement à Jacob. C'est la première fois que Jacob l'a appelé grand-père et moi, j'avale mes émotions en constatant à quel point ça compte pour Charlie.
Je me ressaisis avant d'aider Jacob, qui a l'air mortifié. Charlie rit à nouveau et fait asseoir Jacob à côté de lui.
"J'ai fait exactement la même chose, fils, la première fois que j'ai attrapé un poisson." Il rit. "Seulement, tout le monde est tombé à l'eau. Mon père était tellement en colère... j'ai dû attendre un mois avant qu'il me fasse assez confiance pour me ramener pêcher de nouveau."
"Vraiment ?" halète Jacob.
Charlie lui ébouriffe les cheveux. "Vraiment."
"Ça avait l'air horrible, trembler au bout d'un hameçon comme ça," dit solennellement Jacob.
"Je sais, mon fils," dit Charlie. "Mais on s'y habitue."
Jacob fronce les sourcils. "Mes fesses sont mouillées maintenant."
Charlie éclate de rire à nouveau.
Après cela, Jacob garde une distance de sécurité chaque fois que Charlie attrape quelque chose mais entre-temps ils papotent et Jacob continue à poser des questions auxquelles Charlie est heureux de répondre.
Pour la première fois de ma vie, j'aime être la troisième roue du carrosse.
C'est exactement ce dont nous avons tous besoin : du temps pour être ensemble, loin de tout. Pendant un court moment, je… me permets de m'asseoir et de profiter de ce temps précieux dont nous disposons. Je veux prendre le temps de ne rien faire et d'oublier le passé et l'avenir et vivre simplement le moment présent.
Bien trop tôt, Jacob a faim et nous repartons. Quand nous arrivons à la jetée, Charlie ancre le bateau pendant que j'installe notre déjeuner dans le petit abri près de la rive.
Après le déjeuner, Charlie montre à Jacob comment faire ricocher des pierres sur l'eau. Finalement, Jacob réussit à le faire et reste au bord de l'eau pour s'entraîner, pendant que Charlie me rejoint.
"C'est un sacré petit homme," dit-il en s'asseyant lourdement. "J'ai passé une excellente journée, Bella." Il sourit.
Nous regardons alors que Jacob cherche avec diligence des pierres pour effleurer l'eau. Il est tenace quand il veut apprendre quelque chose de nouveau et il jette pierre après pierre jusqu'à ce qu'il crie tout joyeux qu'il peut le faire.
Charlie se retourne et me regarde. Au début, je lui souris en m'attendant à ce qu'il détourne le regard mais ses yeux deviennent si intenses que le sourire disparaît.
"Qu'est-ce qu'il y a?" Je demande.
Il hausse un peu les épaules. "Je suis juste heureux de vous avoir tous les deux ici, je suppose."
Ses mots sont tristes, il n'y a pas de doute alors je me tais, consciente de son besoin de parler.
"Tu sais, être malade m'a fait voir les choses différemment..." commence-t-il. Je veux l'arrêter mais mes raisons sont égoïstes alors je me mords la langue. "C'est comme quand on vous retire les options, tout ce qu'il vous reste ce sont les choix que vous avez faits." Il soupire et se frotte la moustache en signe de contemplation. "J'aurais dû me battre plus fort," ajoute-t-il doucement.
"Quoi ?"
Sa tête s'incline et il semble étudier ses pieds. "Quand ta mère est partie, j'aurais dû la suivre. J'aurais dû au moins essayer de la reconquérir. Je pensais que j'étais trop fier mais en fait, j'étais trop effrayé. Je sentais que je n'étais pas assez pour elle." Il hausse les épaules. "Peut-être que je ne l'étais pas mais je n'ai jamais essayé." Ses yeux rencontrent les miens. "Je regrette cela pour de nombreuses raisons mais surtout parce que cela m'a coûté mon bébé."
Les larmes me piquent les yeux quand je me souviens du jour où nous sommes parties.
"Bella, tu m'as tellement manqué mais ta mère et moi... Je ne pouvais pas... nous n'étions pas faits l'un pour l'autre et je pensais que tu étais bien avec elle." Il se fourre les doigts dans les cheveux. "Je t'ai laissé tomber et maintenant je n'ai pas le temps pour me rattraper".
Je m'approche de lui et il m'entoure de ses bras et écrase sa joue sur mon front.
"T'avoir avec Jacob ici est plus que ce que je mérite." lance-t-il. "Je ne devrais pas t'imposer cela".
"Papa !" je proteste. "Nous t'aimons. Je préfère avoir ce temps plutôt que pas de temps du tout. Et Jacob chérira ce souvenir, je le sais. Il a besoin..." Mon estomac roule.
"Il a besoin d'une figure paternelle," complète Charlie.
"Mon Dieu, Bella, je n'aurais jamais pensé qu'on en arriverait là," dit-il. "J'ai toujours accepté la façon dont je suis, tu sais ? J'aime mes habitudes, j'aime le contrôle. Tout ce qui me fait sortir de ma zone de confort... je le fuis. Mais j'ai trouvé cette nouvelle perspective et j'aurais aimé me battre quand j'en ai eu l'occasion."
"Je t'aime," dis-je, en essayant de le rassurer.
Il secoue la tête. "Quand ta mère t'a renvoyé chez moi, tu étais si brisée, si hostile et c'était de ma faute," dit-il simplement.
"Non !" J'essaie de protester.
"Quand tu es devenue amie avec Alice, ça a été un tel soulagement pour moi. C'était une bonne fille, beaucoup plus gentille que les enfants avec qui tu traînais. Les Cullen étaient une bonne famille. Je pensais que tu étais à un tournant. Ton humeur s'est améliorée, tu semblais plus heureuse alors j'étais heureux aussi. Je pensais que c'était mieux que tu sois autant chez eux, ça a permis de te tenir à l'écart de la rue." Il se redresse. "Je n'ai jamais su ..."
"C'est du passé, papa..." j'insiste.
"Mais ce n'est pas le cas, Bella," proteste-t-il. "Je suppose que j'essaie juste de te dire que je regrette de ne pas avoir fait plus partie de ta vie."
Entendre la confession de Charlie me donne l'impression que des éclats de verre transpercent chaque partie de mon cerveau - tout ça me traverse et rien n'a fait aussi mal depuis très longtemps.
"Je t'ai toujours aimé, même si je t'ai laissé croire que je te détestais." J'étouffe un sanglot." J'ai t'ai toujours aimé, papa !"
Je sens ses lèvres se presser contre ma tête et son cœur bat la chamade alors qu'il m'écrase contre lui.
"Je suis désolé de ne pas t'avoir aidée à faire face aux choses, Bella, je suis désolé de t'avoir ramenée ici et c'est bien pire que ce cela aurait dû être."
Je m'éloigne et je scrute son visage. "Qu'est-ce que tu racontes ?"
"Les Cullen ont commencé le processus en t'excluant et j'ai suivi le mouvement, Bella. J'ai pensé que nous pourrions surmonter la tempête, alors je me suis convaincu de laisser couler. Puis, quand tu m'as dit que tu étais enceinte, c'était plus que je ne pouvais gérer. Je te laisse faire ce que j'ai toujours fait, Bella. Je t'ai laissé fuir tes problèmes alors que j'aurais dû être là pour toi et t'aider à les affronter."
Nous nous chamaillons sur le pourquoi et le comment de nos décisions mais tout se résume à maintenant et le pétrin dans lequel je suis.
"Ton retour m'a rappelé tout ce que j'avais manqué. Être avec Jacob aujourd'hui..."
Il secoue la tête. "Je tuerais pour avoir une vie bien remplie avec toi et ton fils."
Il me fixe solennellement. "Et je soupçonne qu'Edward ressentira la même chose."
"Mais il..."
"Oh, ne te méprends pas," grogne-t-il amèrement. "Les Cullen ont géré ça plus mal que nous, donc je continue à les blâmer mais je ne peux pas m'empêcher de me rappeler à quel point Edward était désespéré quand il est revenu et c'est ce qui me ronge maintenant - sachant que j'ai contribué à l'éloigner de son fils, même si je déteste m'être tenu à l'écart de ta vie."
"Alors pourquoi tu ne me l'as pas dit ?"
Il sort une boîte de jus de fruit de la glacière, arrache la paille et la plante par le trou. Il boit et grince légèrement en laissant tomber ses mains sur ses genoux.
"Est-ce que ça va ?" Je demande inquiète que sa douleur revienne.
Il me coupe en secouant la tête avant de répondre à ma question initiale. "Il est venu à l'improviste, a failli défoncer ma putain de porte. Il était plein d'excuses d'abord insistant sur le fait qu'il avait fait une erreur et qu'il voulait s'expliquer."
Ses mots sortent très vite comme s'il avait besoin de s'en débarrasser. "Je le détestais. C'est aussi simple que ça. Je le détestais parce que je t'avais encore perdue. Je l'ai renvoyé alors que je n'aurais pas dû."
"Je ne t'en blâme papa," j'insiste.
"Oh je le sais," soupire-t-il. "Mais ça n'arrange pas les choses. Si j'avais essayé d'y réfléchir, j'aurais peut-être réalisé que dire la vérité à Edward t'aurait peut-être ramenée à moi." Il regarde Jacob. "Nous aurions pu avoir beaucoup de jours comme celui-ci."
Il bouge un peu sur le siège en bois, étirant ses jambes devant lui. Reposant sa tête contre le bois nu et il ferme les yeux en libérant un long et lent soupir. "Qu'aurais-tu fait si je t'avais dit qu'il était revenu ?"
Il n'ouvre pas les yeux quand il parle et je le regarde en réfléchissant. J'essaie d'imaginer à quel point les choses auraient été différentes si j'avais parlé à Edward il y a des années. Après avoir retourné la situation dans ma tête, je pense toujours honnêtement que lorsqu'il est revenu pour moi, il était trop tard, il y avait trop d'obstacles. Après tout ce que nous nous étions faits je ne vois pas comment nous aurions pu faire fonctionner tout ça entre nous.
Même si c'était trop tard pour moi, c'était trop tôt pour Jacob. Il y avait trop de douleur et d'amertume et d'une certaine manière je suis heureuse que Jacob n'ait pas été mis au monde au milieu de tout cela. Si Edward était revenu un an plus tard alors peut être que nous aurions pu régler les choses plus courtoisement pour le bien de Jacob.
Je dis tout cela à Charlie qui est assis, lèvres pincées et yeux fermés.
"Nous devrions y aller," dis-je soupçonnant qu'il souffre. "Je pense que Jacob a suffisamment appris les ricochets."
Ses yeux s'ouvrent et il se penche en avant et fait une autre grimace révélatrice, avant de se concentrer sur Jacob. "Laisse-lui encore cinq minutes."
J'appelle Jacob et lui dit que nous partons dans cinq minutes. Il essaie de marchander mais je rester ferme et la prochaine pierre qu'il jette atterrit carrément dans l'eau avec un bruit sourd.
Charlie rit. "Il ne se plaint jamais."
"Il a ses moments mais il est parfois très adulte. Un jour normal il aurait fait un joyeux enfer mais il sait que ces jours sont loin d'être normaux."
"Il n'a pas parlé d'Edward aujourd'hui," observe Charlie.
"Je pense qu'il commence à comprendre que tout ne sera pas forcément joyeux. Il pense qu'Edward et moi allons nous détester et qu'il sera coincé au milieu."
"Tu le détestes ?"
"C'est un mot trop fort," dis-je doucement, éludant la question.
"Est-ce que tu l'aimes alors ?"
Ma tête tourne. Il me regarde attentivement et nos yeux se croisent. Il hausse les sourcils comme pour m'inciter à répondre et quand je ne le fais pas il parle à nouveau. "C'est ce que je crois."
"Qu'est-ce que tu veux dire ?" je demande sur la défensive, me sentant soudain exposée.
"Il me semble que tu n'as jamais eu de relation correcte depuis Edward et je me demande pourquoi," réfléchit-il. "Je te connais Bella. Tu ne penses peut-être pas que je le fais mais je sais que tu n'aurais pas eu une liaison avec un homme marié à moins que tu ne puisses le combattre."
Je rougis jusqu'à la racine de mes cheveux tout comme je le faisais quand j'étais plus jeune.
"Papa on va vraiment parler de relations ?"
Il ricane un peu mais il est de bonne humeur. "Ouais," insiste-t-il "Nous sommes tous les deux adultes et je pense que je peux gérer ça."
Je lui jette un coup d'œil et il a deux taches roses juste en dessous des pommettes.
"Je pense que tu ne t'es jamais remise de lui et c'est en partie la raison pour laquelle tu es restée loin."
Je sais qu'il a raison. Il y a eu quelques gars ici et là mais aucun d'eux n'était suffisamment bien, pas comme Edward. Quand les choses commençaient à devenir sérieuses, je paniquais et renonçais à chaque fois. Au fond j'ai toujours su que je n'avais cessé de l'aimer mais c'est redondant. Il n'était pas l'homme que je pensais qu'il était et il le sera encore moins maintenant. Donc j'ai essentiellement passé ma vie d'adulte à aimer un homme qui n'existe pas.
"J'ai bien aimé que ce soit juste Jacob et moi," lui dis-je.
Il se lève avec raideur et répète ses paroles précédentes de ce ton ennuyeux et suffisant. "Oui c'est bien ce que je pensais."
Nous regroupons nos affaires et sa douleur est plus évidente maintenant.
"Quand nous arriverons tu ferais mieux d'aller te reposer, tu sembles fatigué."
Il ne discute pas, hoche la tête et me lance les clés. "Tu devrais conduire."
Charlie est tranquille pendant tout le voyage de retour pendant que Jacob rumine sur le fait de retirer des poissons de leur milieu naturel et de les ramener pour les manger. Je me demande si mon végétarisme a un peu déteint sur lui, même si je ne lui ai jamais imposé mon opinion.
En tournant dans notre rue, je la repère de suite : une élégante voiture de sport noir est garée un peu plus loin.
Mon cœur s'arrête presque de battre.
Mes doigts se resserrent sur le volant.
Des épingles, des aiguilles piquent ma peau.
Il est là !
Et je ne suis pas prête.
Tapant sur la cuisse de Charlie pour attirer son attention, je fais un signe de tête. Charlie se raidit dès qu'il le voie et ça me convainc que lui aussi pense la même chose que moi. Il regarde brièvement Jacob avec méfiance avant de se tourner vers moi.
Je tourne dans l'allée, me creusant la cervelle pour savoir comment je vais faire entrer Jacob dans la maison avant qu'il ne nous atteigne.
Charlie a vraisemblablement les mêmes préoccupations. "Rentrez tous les deux je vais décharger le coffre," dit-il en essayant d'être naturel mais en échouant.
"Non !" Ma voix est trop forte que prévu alors je baisse rapidement. "Jacob rentre prendre une douche et je vais aider grand-père avec l'équipement."
Béatement inconscient Jacob hausse les épaules, prend les clés que je lui tends et nous sortons tous de la voiture. Je regarde autour de moi m'attendant à ce qu'Edward se précipite dans la cour mais heureusement il n'y a encore aucun signe de lui. Pas encore.
Jacob disparaît à l'intérieur et je me précipite vers la voiture. "Rentre," lui dis-je. "Assure-toi que Jacob reste à l'intérieur. Je m'en occupe."
"Je ne vais pas te laisser faire ça seule !" proteste-t-il. "On ne sait même pas si c'est lui. Laisse-moi vérifier."
Quand j'entends une portière claquer ma voix devient plus pressante. "S'il te plait papa il faut que tu restes avec Jacob. Laisse-moi gérer ça !"
Il ouvre la bouche pour argumenter mais je recule déjà vers la rue. "S'il te plaît !"
Je tourne et je sors de la cour pour aller vers la rue.
Et il est là.
Au début, rien ne transparaît, si ce n'est le besoin de l'éloigner d'ici. Je me précipite vers lui.
"NON !" Je crie alors qu'il s'avance vers moi.
"Où est-il ?" Il aboie, me poursuit et ne montre aucun signe de vouloir s'arrêter.
De peur qu'il ne se contente de passer devant moi, je me mets devant lui et je lui plante mes mains sur sa poitrine.
"Tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas te montrer et exiger de le voir !"
Ses yeux d'émeraude sont menaçants alors qu'il me regarde. Il saisit mes avant-bras comme s'il allait me jeter sur le trottoir.
" Lâche-la ! "
Je me retourne pour voir Charlie qui vient vers nous. Son visage est marqué par la colère.
"Je suis venu voir mon fils, Charlie !" dit Edward, sur un ton qui laisse entendre qu'il ne partira pas avant d'avoir ce qu'il veut.
Charlie pose une main sur mon épaule quand il nous atteint mais ses yeux ne quittent jamais le visage d'Edward.
"Tu dois d'abord te calmer," dit Charlie, en regardant Edward avec une volonté d'acier.
"A moins que tu ne veuilles que le garçon ait peur de toi ?"
Edward ne dit rien et je me rends compte qu'il me serre encore le bras alors qu'il se détend et me lâche.
Charlie me regarde et fait un signe de tête.
"J'y vais maintenant, tu viens ?"
"Donne-moi une minute."
Charlie recule à contrecœur et dès qu'il est hors de vue, Edward me saisit à nouveau l'avant-bras.
Je me retourne pour lui faire face, prête à lui ordonner de me lâcher mais l'expression venimeuse de son visage m'arrête. "Tu as une heure pour lui dire que je suis là et ensuite je rentre, prête ou pas !" dit-il à travers des dents serrées.
Voyant rouge, je libère mon bras de son emprise. "Non ! Tu n'as pas le droit de me donner des ordres. Je sais ce qui est... meilleur pour lui, alors je vais prendre les décisions !" Je crie. "Jasper a dit que tu ne reviendrais pas avant deux jours - donc, non, nous ne sommes pas prêts."
Il m'attrape à nouveau le bras et commence à me tirer vers sa voiture.
"Mais qu'est-ce que tu fous ?" Je demande, en essayant de me libérer mais son emprise est trop forte et douloureuse cette fois.
Il ne me répond que lorsqu'il atteint la voiture et ouvre la portière du passager. Il me pousse "Mets tes pieds dedans," ordonne-t-il, avant d'ajouter "si tu ne veux pas les perdre."
Je lève les pieds avant qu'il ne claque la portière. Mon cœur a l'impression de reproduire les mouvements des poissons luttant sur la ligne de Jacob plus tôt. Il cogne dans ma poitrine pendant que je le regarde foncer vers le côté conducteur.
Il entre et ferme la portière avec la même force que la mienne. Il me ramène à la raison et mes doigts palpent le long de la porte, à la recherche de la poignée. En la trouvant, j'enroule les doigts autour mais avant que je puisse tirer sa main est sur la mienne, pour m'arrêter. Il est au-dessus de moi.
"Quoi ? Tu m'enlèves maintenant ?" Je le dis sèchement alors que ses yeux me transpercent.
"Je ne t'emmène nulle part," répond-il avec dérision. "Puisque c'est toi qui as toutes les cartes en main, tu vas rester assise ici et me dire tout ce que je dois savoir sur mon fils avant que je le rencontre."
La chaleur de sa main s'infiltre dans la mienne et dans les confins de la voiture je suis soudain trop consciente de sa proximité. Ses yeux sont plus durs qu'autrefois, il a quelques lignes autour des yeux et ses cheveux ne sont plus sauvages mais ont une jolie coupe.
Mon cœur commence à battre un peu plus vite lorsque des souvenirs indésirables commencent à se manifester. Ma mémoire ne lui a pas rendu justice, j'avais presque oublié à quel point il est beau. Il ouvre la bouche pour parler et mes yeux se dirigent vers ses lèvres douces et pleines, qui sont encadrées par une barbe naissante.
"Mais d'abord, putain, tu vas me dire pourquoi tu l'as gardé loin de moi !"
Il s'approche en parlant et je sens la légère odeur de son eau de Cologne mais quand j'inspire plus profondément, la puanteur du poisson et de la vase salue aussi mes narines.
Je regarde avec désespoir les vieux vêtements miteux que je porte. Je ne veux même pas penser à l'état de mes cheveux. Attends ? Pourquoi est-ce que ça a de l'importance ?
Je retourne sur le siège une fois que sa main se détache de la mienne et qu'il se retire lentement de mon l'espace personnel.
"Tout comme Alice !" Je ricane. "C'est à propos de ce que j'ai fait de mal. Et toi, Edward ? Pourquoi m'as-tu… larguée sans un mot ? Pourquoi m'as-tu laissée sans aucun putain de choix ?"
"J'en ai rien à foutre de tout ça ; ça ne te donnait toujours pas le droit de me priver de la connaissance que j'ai un fils ou la chance de faire partie de sa vie."
"Bien sûr que tu t'en fous !" Je crie de frustration, "parce qu'il est plus facile de rejeter toute la faute sur moi. Eh bien, je ne te laisserai pas faire ! Tu as abattu tes cartes et j'ai fait la seule chose que je pouvais. Tu es parti avec ta femme, tu te souviens ? Le moment n'aurait jamais pu être bon pour moi de me pointer sur le pas de ta porte et ruiner ton mariage..." Je n'ai pas pu garder le lourd sarcasme hors de ma voix.
"Si Charlie n'était pas tombé malade, je ne l'aurais jamais découvert..." rugit-il en tapant du poing sur le volant.
Je m'accroche à nouveau à la poignée et, aussi vite qu'un éclair, il m'arrête à nouveau. Son visage est à quelques centimètres et je peux sentir son souffle dans mes cheveux.
Son odeur m'entoure et les souvenirs qu'il évoque provoquent un élan d'excitation traître à travers moi.
"Tu ne veux pas me baiser, Bella !" prévient-il d'un ton mortellement bas.
Et quelque part au fond de moi, je me déteste pour ma réaction à ces mots. Oh mais je le fais !
