La station de métro de Charing Cross Road


Plus que trois jours. Il ne restait plus que trois jours avant que la nouvelle année ne commence à Poudlard. Enfin, quatre, si on comptait ce vendredi… Après ça, Constance et Polly pourraient souffler un peu. La boutique serait fermée pour les deux premières semaines de septembre, et Constance allait en profiter pour rentrer voir sa famille en Australie, et peut être faire un crochet chez Yuko au Japon si elle trouvait un Portoloin dont les dates coïncidaient.

En attendant ce repos bien mérité, Constance avait des baguettes à ranger. Ça avait été un vrai défilé d'élèves de Poudlard ce matin, et la boutique était sens dessus-dessous faute d'avoir dû sortir tout un tas de baguettes. Garrick était injoignable depuis quelques jours, apparemment en pleine expédition dans le Sahara. Il n'était pas rentré de tout l'été, et cela faisait maintenant bien trois mois qu'il n'avait pas remis les pieds en Angleterre. Polly recevait régulièrement des colis d'ingrédients à classer par contre, c'est sûr que la boutique n'aurait pas besoin d'être ravitaillée pendant des années après ce voyage à rallonge…

Même si Constance avait peu apprécié de devoir gérer le rush de l'été seule avec Polly, au moins maintenant les sorciers anglais ne questionnaient plus son expertise. Sa clientèle raffolait de ses concoctions réparatrices, et à présent que le rythme allait un peu se calmer, Constance ne pouvait être plus heureuse. Dans les mois à venir, elle pourrait s'adonner pleinement à la fabrication de nouvelles baguettes et de nouveaux remèdes. Elle avait d'ailleurs repéré chez l'apothicaire au bout du Chemin de Traverse quelques coquilles chatoyantes d'œufs de Focifères ainsi que des plumes de Jobarbilles qui seraient parfaites pour - respectivement - renouveler son stock d'onguents d'embellissement de baguettes, et créer un traitement facilitant le lancement des sortilèges informulés. Il fallait aussi qu'elle se rende de toute urgence dans le nord de Londres, dans une ruelle de Camden Town, ou Mr Bennett tenait une petite boutique d'arts obscurs. Le vieux moldu avait toujours soupçonné l'existence de la sorcellerie et s'exhortait à vendre ce qu'il appelait des potions magiques (et qui n'étaient en fait que des mélanges d'huiles essentielles et d'herbes en tous genres). Elle se demandait même s'il n'en profitait pas pour vendre une toute autre sorte d'herbes à certains clients… Il n'empêche que Constance avait désespérément besoin de refaire son stock d'huile essentielle d'Hélichryse italienne pour finir une réparation avant lundi, et Mr Bennet était apparemment la seule personne de tout Londres à savoir où s'en procurer…

Le reste de la journée passa à la vitesse de l'éclair, et Constance n'était pas mécontente de voir sa fin arriver. Son avis changea cependant lorsqu'une tête familière fit tinter la clochette de la porte d'entrée.

Constance avait presque oublié que James devait passer cette semaine. Evidemment, il avait attendu le dernier moment pour se pointer comme une fleur…

"Salut Constance ! On ne te dérange pas, ça va ?"

"Non, non, c'est super ! Tu dois être Lucy, c'est ça ?" La jeune fille en question acquiesça timidement, ses cheveux coupés au carré suivant le mouvement.

Constance se réjouit d'avance. La jeune fille allait être un challenge, une petite énigme timide qui ne demandait qu'à être résolue. Constance se craqua mentalement le cou et les doigts, puis se lança dans ses quelques questions habituelles. Après les formalités, et son mètre ruban replié, elle entra dans le vif du sujet pour tenter de se faire une idée de la personne qu'était Lucy.

"Tu entres en quelle année à Poudlard ?"

"Quatrième."

"Et c'est quoi ta matière préférée ?"

"La divination."

"Mmmh la divination… Intéressant. Je n'ai jamais eu de cours de divination, moi, tu dois avoir besoin d'être très à l'écoute des autres pour ça, non ?"

"Le Professeur Firenze dit qu'il faut toujours écouter sa propre sensibilité pour trouver celle des autres."

Interloquée, Constance laissa un sourire satisfait étirer ses lèvres.

"Sensibilité, hein ?" dit-elle en disparaissant dans l'un des rayons. Quelques secondes plus tard, elle réapparaissait, une boîte bleue foncée à la main. "Tiens, essaie donc celle-ci."

Lucy s'empara de la baguette, fit un moulinet du poignet, et rien ne se passa.

"Ah. Bon, je pense que le crin de licorne est un peu trop fort pour toi…" Constance monta l'escalier à côté du comptoir, et farfouilla dans une pile de boîtes stockées le long de la rambarde de la coursive. "Dragon, dragon, dragon… Dragon !" Elle redescendit en courant. "Même bois, cœur différent." dit-elle en tendant la baguette à la dernière des cousins Weasley.

James observait la scène depuis le coin de la boutique, les bras croisés sur la poitrine. Il était censé veiller sur Lucy, dont les parents étaient partis en weekend pour leur anniversaire de mariage, et qui de toutes manières était clairement sa cousine favorite, n'en déplaise à Fred, mais le fait est qu'il ne quittait pas Constance des yeux.

Un nuage de flammes réchauffant son visage le sortit de sa rêverie.

"Ouhh la ! Pas de dragon, donc, non, non, non…" Puis Constance eu un éclair de lucidité. Bien sûr que la plume de phoenix ferait un cœur parfait. Lucy était après tout quelqu'un de très sûre d'elle et courageuse, malgré son apparente timidité. La broche en forme de drapeau aux rayures bleu ciel, rose et blanche accrochée à sa veste en était l'une des nombreuses preuves.

"Alors attends, où est-ce que je l'ai rangée celle-là… Tu es pile entre les deux en fait… Aaaah la voilà." Constance revint vers le comptoir quelques minutes plus tard, une étincelle dans les yeux. "Bois de noisetier, plume de Phoenix, enfin Augurey pour être précise, 27 centimètres, et assez flexible. Je pense qu'elle va être parfaite."

Et en effet, à peine Lucy avait posé les doigts sur la baguette magique que lui tendait Constance, l'atmosphère dans la pièce se détendit. Lucy fit apparaître des étincelles si petites qu'on aurait dit une pluie de paillettes, et se tourna vers James un grand sourire sur le visage.

"T'as vu ça ! Elle est tellement mieux que celle de Tante Muriel ! Et celle-là au moins elle ne pue pas l'huile d'olive…"

Constance lança un regard interrogatif vers James. "La baguette de Lucy appartenait à notre vieille Tante Muriel avant, et disons qu'il n'était pas compliqué de savoir qu'elle était en bois d'olivier."

"En bois d'olivier ? C'est peu commun ça dis donc. Elle devait être super vieille votre tante Muriel." Constance crut un instant qu'elle avait fait une gaffe.

James et Lucy échangèrent un regard, puis se mirent à rire en chœur.

"On ne te le fait pas dire !"

La paperasse terminée, Lucy testant sa nouvelle baguette dans son coin, James s'accouda au comptoir.

"Tu viens au Chaudron Baveur avec tout le monde ce soir ?"

"Je ne pense pas, il faut que je fasse un saut à Camden… Ou alors peut être après ?" James avait presque l'air déçu pendant une seconde, puis son visage s'éclaira.

"Oooh Camden ! Il y une librairie qui vient d'ouvrir là-bas, je me disais justement qu'il fallait que j'y passe. Ça te dit d'y aller ensemble ? On pourra rejoindre les autres au Chaudron après ?" Constance rit de son enthousiasme.

"Carrément, ça serait nickel comme ça !" Constance rassembla les boîtes de baguettes sur le comptoir en une pile bien nette, et leva les yeux vers James. Un instant passa, puis Lucy s'approcha d'eux.

"James, on peut y aller ? Lily m'a dit que Tante Ginny voulait que je sois rentrée à l'heure pour le thé."

"Oui, pas de problème, on y va." Il se tourna vers Constance. "Je la dépose chez mes parents et je passe te chercher dans une heure ?"

"Parfait. A tout à l'heure."

Constance souriait, James souriait, Lucy chantonnait.

"James a une copine-euh, James a une copine-euh !"

"Shhh, Lucy !"

...

Les allées de Camden Market étaient gorgées de la lumière dorée du soleil bas dans le ciel. Constance avait pu récupérer l'huile essentielle qu'elle cherchait, James avait flâné de longues minutes dans la librairie qu'il avait repérée, ils s'étaient perdus plusieurs fois entre les étalages, avaient observé les stands de nourriture du monde entier avec curiosité, et avaient même marché jusqu'au petit pont en pierre qui surplombait le cours d'eau verdoyant passant à côté.

Constance étudiait avec attention un assortiment d'instruments de musique artisanaux, passant ses doigts sur le bois poli, testant les sonorités de chacun. James, quelques allées plus loin, s'était arrêté, totalement désintéressé des objets électroniques moldus qui le fascinaient un instant plus tôt. La lumière tombante se reflétait dans les cheveux lâchés de Constance, qui s'était penchée au-dessus du stand. Il la regardait de loin, un sourire stupide sur les lèvres, et se dit que cette journée n'aurait pas pu être plus parfaite.

Elle avait finit par le voir, planté comme un idiot au milieu du marché, et l'avait rejoint, son nouvel achat sous le bras.

"Regarde ce que j'ai trouvé! C'est l'anniversaire de ma sœur la semaine prochaine, donc comme ça je n'arriverai pas les mains vides."

Cette remarque sortit James de sa torpeur.

"Mais ta sœur est en Australie, non ?"

"Oui, je rentre pour deux semaines là, tu sais on ferme la boutique après la rentrée ? Ça va être génial ! Bon, techniquement c'est l'hiver là-bas mais en soi, rien ne peut être pire qu'un mois de mars à Londres…" Elle lui adressa un sourire railleur, auquel il répondit, indigné, une main sur le cœur, le visage faussement horrifié : "Quoi ? Du mauvais temps en Angleterre ? Comment osez-vous faire de pareilles insinuations ?" Ils s'esclaffèrent en chœur, tout en rejoignant la sortie de Camden Market. James ne pu s'empêcher de penser que deux semaines, c'était long.

"Prêt à Transplaner ? On va arriver pile poil pour la deuxième tournée avec un peu de chance."

Malgré ces paroles, Constance n'avait pas vraiment l'air d'être prête à partir. James non plus ne voulait pas que cet instant prenne fin.

"Tu sais quoi ?" Elle se retourna vers lui, un sourcil haussé, une pointe d'espoir dans les yeux. "On devrait prendre le métro." James souriait franchement maintenant, apparemment fier de son idée de génie.

"Le métro ? Mais on ne sait même pas où descendre, lequel prendre…" Constance ne pu s'empêcher d'imiter son sourire.

Rattrapé par son enthousiasme, James lui attrapa la main et la traina derrière lui. "Allez viens ! On part à l'aventure !"

Trente minutes et quelques trains manqués plus tard, James et Constance remontaient les escaliers de la station de métro donnant sur Charing Cross Road, essoufflés d'avoir couru pour échapper à un contrôleur.

"Hahaha la tête qu'il a fait quand tu lui as dit que tu t'appelais Merlin, c'était incroyable !"

"Et quand tu t'es mise à parler en Gobelbabil, j'ai cru que ses yeux allaient sortir de leurs orbites ! Il ressemblait vraiment à un elfe de maison que je connais comme ça."

Bizarrement, et personne ne savait vraiment comment, la main de Constance s'était retrouvée sur l'avant-bras de James, et alors que leurs rires se calmaient, l'atmosphère changea. Leurs regards s'accrochèrent et la main de James pivota pour elle aussi toucher la peau de Constance. Elle lui sourit nerveusement, le temps sembla se suspendre alors que leurs yeux se faisaient les miroirs l'un de l'autre. Autour d'eux, les Moldus s'engageaient et sortaient de la bouche de métro dans un flou toujours plus rapide. James soupira, d'anticipation, de soulagement, d'envie. Il ne pouvait détacher son regard des pupilles de Constance, des fossettes de Constance, de ces parfaites petites mèches de cheveux qui, dans la légère brise du soir, caressaient les joues de Constance. Elle se pencha imperceptiblement vers lui, impatiente d'avoir ses tâches de rousseur et son parfum et ses lèvres contre elle ; il se dit que vraiment, cette journée n'aurait pas pu être plus parfaite.

"Ah ben vous voilà enfin ! Ça fait une heure qu'on vous attend, vous étiez où ?"

James ignora la voix encore quelques instants, les yeux toujours rivés sur Constance, et se mordilla la lèvre de déception. Puis il se détourna, lâchant le bras de la jeune sorcière devant lui pour faire face à la porte entrouverte du Chaudron Baveur.

"Fred ! Tu ne devineras jamais à qui on vient d'échapper avec Connie…"


Bien le bonsoir !

J'espère que ce chapitre bien londonien, Lucy Weasley et cette dernière scène vous auront bien plu !

Au fait, si jamais les propriétés des baguettes vous intéressent et que vous voulez creuser un peu les personnages dont je mentionne les baguettes ici (Lucy, Octavia, Fred, Roxanne, et plus tard James et Connie) je vous invite à faire un tour sur Pottermore :) Même chose pour les propriétés magiques de certains animaux (même si j'avoue que là j'ai plus consulté le livre de ce cher Newt Scamander...).

A suivre... : une enquête qui prend de l'ampleur, du quidditch à gogo, et le retour de ce très cher Fred !

Emma