Bonjour !
Voilà la suite. Dans le prochain chapitre, les choses vont prendre un autre tournant. Je vous laisse découvrir comme ça se met en place.
J'ai bien aimé écrire celui-là. L'atmosphère est légère malgré les changements qui se profilent à l'horizon.
Bonne lecture !
Ce matin-là, Hermione était partie à l'hôpital comme chaque jour et Drago l'avait regardé quitter l'appartement sans un mot. Depuis la venue impromptu de Potter la veille, il n'avait pas pu s'empêcher de remarquer que la jeune femme était perturbée et s'était un peu renfermée sur elle-même. Et il n'avait pas fallu des heures de réflexion pour que Drago comprenne la raison de ses silences interminables. Il devenait un problème de plus en plus encombrant et la forçait à se mettre dans des situations instables. Et puis, avec tout le réalisme du monde, leur cohabitation n'avait rien de naturel.
Mais quand il repensait à son état une semaine plus tôt, il n'arrivait vraiment pas à imaginer comment il aurait fait pour survivre sans l'aide d'Hermione. Il ne savait même pas s'il aurait survécu tout simplement. Et puis, il avait fini par se sentir bien dans cet appartement miteux et affreusement minuscule. Il n'avait presque plus mal au dos en dormant sur le canapé et l'ennui profond qui avait rempli ses journées au début avait laissé place à un intérêt curieux pour toute la bibliothèque de son hôtesse.
Sauf que Drago savait que ce n'était pas une solution éternelle et plus le temps passait, plus il sentait que des choses étranges et incontrôlables menaçaient de grandir. Et il refusait de se laisser aller à se sentir bien dans cet endroit. De se sentir bien avec Hermione Granger. Parce que ce n'était pas comme ça que les choses devaient se passer. Alors pendant toute la matinée où il se trouva seul, Drago élabora son plan et gratta plusieurs pages de parchemin avec une plume et de l'encre trouvées dans un tiroir. Et quand il eut terminé, il plia les feuillets, les scella avec un peu de cire et glissa la missive sous les coussins du canapé.
Quand Hermione rentra le midi, Drago se souvint qu'elle ne travaillait pas cet après-midi-là et un sentiment étrange naquit dans son cœur. Celui d'avoir pris une décision, une bonne décision. Et celui d'avoir besoin de dire au-revoir avec une impression de gratitude solennelle.
« Est-ce que je peux te demander quelque chose ? fit le sorcier alors qu'ils mangeaient.
Hermione acquiesça, l'encourageant à poursuivre.
– J'aimerais aller sur le Chemin de Traverse, annonça Drago. Pour voir les décorations de Noël.
Hermione écarquilla les yeux dans une expression de stupeur inquiète.
– Mais… c'est inconscient et impossible, répliqua-t-elle. Tu es recherché dans tout le monde sorcier, c'est trop risqué.
– Je suis sûr qu'il y a des moyens de me faire sortir de cet appartement pendant deux heures.
Bien sûr, Hermione avait déjà passé en revue toutes les solutions qui pouvaient faire l'affaire dans le cas où il fallait faire sortir Drago en public.
– C'est trop risqué…, murmura-t-elle en réfléchissant à toute allure.
– Granger, je prends le risque, déclara fermement le blond.
– Alors je viens avec toi, assura Hermione.
– Oui, c'était l'idée en fait, répondit Drago avec amusement. »
La jeune femme haussa légèrement les sourcils avant de rosir en comprenant qu'il lui demandait réellement de sortir se promener à deux. Elle se leva et débarrassa la table d'un geste de baguette avant d'inviter Drago à se déplacer dans le salon. Elle se planta devant lui et ce fut comme s'il put voir son cerveau se mettre en mode fonctionnement avancé. Dans sa tête, Hermione réfléchissait aux différentes options qui s'offraient à elle.
Elle avait encore une fiole de Polynectar qu'elle avait gardé après la guerre, mais elle n'avait pas d'échantillon pour transformer la potion et le risque que Drago prenne l'apparence de quelqu'un qui puisse être reconnu dans la rue était trop grand. Elle pouvait lui lancer un sortilège de Désillusion, mais ils ne pourraient plus communiquer après l'enchantement posé. Non, il fallait qu'elle change son apparence manuellement. Hermione inspira un petit coup et pointa sa baguette vers le visage de Drago qui eut un mouvement de recul.
Puis elle lança le premier sortilège, puis le deuxième et tous les autres, et elle observa sous ses yeux l'apparence de Drago se modifier doucement. Ses cheveux trop longs, blonds presque blancs, se raccourcirent et se tintèrent d'une couleur de jais. Son corps perdit quelques centimètres et gagna une grosse vingtaine de kilos. Sa bouche s'épaissit légèrement et son nez se redressa. De Drago Malfoy, il ne restait que les yeux bleus et perçants, et la voix traînante. Il se sentait extrêmement bizarre, presque mal d'être dans ce corps à l'opposé du sien. Quand il se planta devant le miroir de la chambre d'Hermione, une énorme boule se bloqua dans sa gorge. Il ressemblait à n'importe qui en bonne santé. N'importe qui. Libre d'aller et venir dans le monde sans problème. C'était si loin de sa réalité à lui.
« Tu t'appelles Adrian Campbell, déclara Hermione en plantant son regard noisette dans le sien. Si on te demande quoi que ce soit, on s'est rencontrés à Sainte-Mangouste après un accident de magie domestique. »
Hermione métamorphosa une de ses vestes en épais manteau pour homme et un gant en canne de marche. Drago s'habilla et attrapa la canne dans sa main droite. Il revit toutes les fois où son père s'était appuyé sur sa propre canne pour marcher, les fois où il lui avait tapé dans le dos avec. Et alors qu'il se balançait sur sa canne pour sortir de l'appartement d'Hermione, Drago se dit qu'il ne reverrait certainement jamais son père, pas plus qu'il ne reverrait les décorations de Noël du Chemin de Traverse avant un très long moment.
Les deux sorciers s'engagèrent dans la rue à pas lents. Drago ne pouvait guère maintenir un rythme soutenu et si sa jambe le faisait moins souffrir au repos, mettre son genou en fonctionnement continu s'avérait plutôt rude. Pendant tout le début de leur marche, aucun des deux ne parla. Ils ne croisèrent presque personne et la seule préoccupation d'Hermione était de guetter d'un œil suspicieux toutes les personnes qui entraient dans son champ de vision.
Drago, lui, prenait à chaque pas de grandes inspirations en profitant d'être dehors. Il appréciait le bruit que ses chaussures faisaient dans la neige, il appréciait l'air vivifiant qui lui saisissait les joues. Il réalisait ce que cela faisait quand les gens le regardaient sans broncher, sans reculer sous le coup de l'horreur et de la haine. D'être n'importe qui, définitivement.
Quand ils arrivèrent sur le Chemin de Traverse, l'allée était bondée. Drago sentit Hermione se tendre à côté de lui et lui jeter un regard incertain. Peut-être qu'elle s'imaginait qu'il allait essayer de s'enfuir sous l'apparence d'un autre pour échapper une nouvelle fois au jugement. Drago aurait voulu la rassurer en lui disant que ce n'était pas son projet et qu'elle n'avait pas à se méfier de lui. Mais il ne dit rien et s'engagea à sa suite parmi les passants pressés et chargés de cadeaux de Noël.
L'avenue marchande était magnifique. Des guirlandes illuminées flottaient dans les airs au-dessus de leurs têtes et sur toutes les façades. Près de Gringotts, il y avait un gigantesque sapin décoré d'une multitude de boules et figurines animées et en haut duquel resplendissait une magnifique étoile scintillante. Des chants de Noël s'élevaient des devantures richement habillées qui émerveillaient les enfants rassemblés devant.
Mais marcher dans toute cette foule rendait Hermione mal-à-l'aise et tendue. Elle angoissait que quelqu'un se rende compte de leur lourd secret ou que quiconque leur adresse la parole tout simplement. Après avoir déambulé quelques minutes, le couple insolite se retrouva assis dans un coin de terrasse, en retrait.
« Merci, lança Drago derrière son chocolat chaud brûlant.
Hermione lui adressa un petit sourire en retour, mais elle avait de plus en plus de mal à lui parler comme si de rien n'était. L'homme qu'elle avait devant elle n'était plus Drago Malfoy, enfin plus vraiment. Elle avait l'impression d'être à un rendez-vous galant avec un inconnu.
– Détends-toi, Granger, la charia Drago. Je suis sûr que tu as très bien fait ton travail et qu'il n'y a aucune raison que quiconque me reconnaisse.
– Chut ! Non mais tu t'imagines si on t'entend ?
– Il n'y a personne sur cette terrasse où on se gèle les orteils et de toute façon, je m'appelle Adrian Campbell. Mon père est américain, ma mère irlandaise. Ils vivent à New-York et je suis certain que tu leur taperais sur le système, se moqua Drago.
Hermione rit doucement en lui offrant une grimace rancunière.
– Fils unique, pourri gâté je suppose, répondit-elle en retour. Tu as eu un poney à cinq ans et une panoplie complète de quidditch à dix ?
– C'est tout à fait ça, approuva Drago avec sourire en coin. Je suis allé dans les meilleures écoles et évidemment, j'ai été le premier partout. J'ai eu mon propre elfe, un poney et un Kangal. Ma famille possède une île entière et je suis un maître de potion de renommée mondiale.
Hermione rit davantage, étonnée par ses paroles sans pour autant pouvoir déterminer avec certitude ce qui faisait partie de la réalité et ce qui était de l'ordre de l'imagination.
– C'est ce que tu voudrais être ? demanda-t-elle. Maître de potion.
– Pourquoi pas, répondit Drago en haussant les épaules. J'ai toujours été fort en potion, mais avec un nom comme le mien, je doute que les employeurs se précipitent à mes pieds pour m'offrir des postes dans n'importe quel domaine que ce soit. Et toi ? Elle ressemblait à quoi ton enfance avant Poudlard ?
Hermione fut surprise qu'il lui demande ça. Elle ne s'imaginait pas vraiment qu'il puisse s'intéresser à la vie quotidienne d'une famille moldue. Mais elle enchaîna néanmoins, préférant largement que la conversation tourne autour de ce sujet plutôt qu'elle retombe inévitablement autour de la guerre, des procès et des morts.
– J'ai grandi dans un quartier calme de Londres avec un chat et une chambre pleine de livre.
– Qui l'aurait cru ? fit Drago en levant les yeux au ciel dans une expression amusée.
– Mes parents sont dentistes, ce sont en quelque sorte comme des médicomages qui ne s'occupent que des dents, expliqua Hermione. Ils vivent en Australie maintenant.
– Ah bon ? s'étonna Drago. Ce n'est pas trop compliqué d'aller les voir ? Tu prends un porte-au-loin ?
La guerre, inévitablement. En fin de compte, il n'y avait que ça dont ils pouvaient parler parce qu'il n'y avait que ça qui les liait. Hermione chassa le voile triste qui avait traversé son regard en secouant la tête.
– Ils ne se souviennent pas de moi, lâcha-t-elle dans un murmure grave.
Drago ne dit rien, mais fronça les sourcils. Il l'incita à continuer.
– Quand j'ai décidé de ne pas retourner à Poudlard en septième année, cela faisait déjà longtemps que les Moldus étaient en danger et je ne pouvais pas perdre mes parents. Je leur ai effacé la mémoire, éradiquant toute trace de magie et toute connaissance de ce qui se rapportait au monde sorcier. Y compris moi. J'ai insufflé dans leur esprit qu'ils désiraient plus que tout déménager en Australie et c'est ce qu'ils ont fait dès mon départ.
– Tu ne les a pas vus depuis combien de temps ?
– Huit ans.
Le silence qui s'installa était lourd de souvenirs et de chagrin. Drago comprit à ce moment que le courage tant loué par les Gryffondor ne résidait pas seulement sur un champ de bataille la baguette à la main. Parce qu'il fallait un courage terrible pour faire ce qu'Hermione avait fait. Beaucoup d'amour aussi. Un respect incroyablement profond vint se loger dans l'esprit de l'ancien Serpentard qui ne lâchait pas la brune des yeux. Elle lui sourit ; un sourire qui voulait dire que ce n'était pas grave, qu'elle n'était plus triste et qu'elle sentait sa compassion.
– Tu penses que tu retourneras les voir un jour ? interrogea Drago.
– Je ne sais pas, admit Hermione. C'était inenvisageable pendant la guerre, maintenant, je n'en sais rien. »
Ils changèrent de sujet, mais les discussions étaient difficiles. Plus le temps passait, plus Drago pensait à ce qui allait se passer le lendemain. Ils reprirent leur marche encore un moment, profitant de l'ambiance chaleureuse et légère qui avait retrouvé l'allée marchande. Ils furent forcés de rentrer quand Hermione se rendit compte que les cheveux de Drago devenaient de plus en plus clairs et qu'il tirait sans cesse sur son pantalon trop grand pour son corps maigrissant à vue d'œil.
Une fois dans son appartement, Hermione leva entièrement le sortilège de métamorphose et elle fut choquée, autant que Drago, de le retrouver aussi maladif. Elle ne dit rien ce soir-là cependant et s'attela à préparer le repas. Pour la première fois depuis qu'il était là, Drago l'aide. Parce qu'il savait que c'était la dernière fois qu'il en aurait l'occasion et il ressentait étrangement, au fond de lui, le besoin de profiter du temps qui lui restait à passer dans cet endroit. Quand la nuit fut tombée et Hermione partie au lit, il releva le coussin du canapé et récupéra la lettre écrite plus tôt avant d'appeler un hibou. L'oiseau prit le parchemin entre ses serres et s'envola quand Drago lui dit : « Ministère de la magie, quartier des Aurors ».
