19h00
Train en direction du Capitole
Romulus.
Je n'ai assisté qu'aux moissons des deux premiers districts, et je n'ai vu encore aucun tribut face auquel je pourrais faire le poids.
Je n'ai plus qu'à prier pour n'avoir jamais à les affronter au corps à corps.
Si l'un d'entre eux est assez stupide, je pourrais peut-être m'en faire un allié. Ce James me plaît bien. Si nous unissons mon cerveau et ses muscles, nous pouvons aller loin dans les Jeux. Le problème est que justement, nous ne devrions pas aller trop loin. Parce qu'en face à face, mon intelligence ne me servira en rien.
Mon unique mentor, Natalie, étudie longuement les images du grand écran. Ses traits laissent deviner sa perplexité. Elle est concentrée. Bien plus investie que la plupart des autres mentors.
Il faut dire, c'est la première année qu'elle endosse de telles responsabilités. Elle comprendra bien vite qu'elle n'a presque aucun pouvoir sur l'avenir de ses tributs. Quand elle aura mené assez d'enfants à la mort, elle fera comme font tous les autre mentors; elle sombrera dans l'auto-destruction. Henry, l'unique vainqueur issu du district trois avant elle, s'est suicidé il y a trois ans.
Quand elle réalise que je la regarde avec insistance, elle rosit et secoue la tête. Je rougis moi de même, et me détourne à nouveau vers le téléviseur.
Tout dans ce train est luxueux. Je n'ai jamais rien vu de tel dans le passé. Ni dans le milieu pauvre, duquel je suis issu, ni dans la bourgeoisie que je fréquentais parfois. Rien n'est comparable aux papiers peints neufs qui tapissent les parois du wagons, aux tapis ocres, d'une propreté irréprochable. J'ai l'impression d'être une salissure au milieu de tant de perfection. Une tâche sur une fresque impeccable.
J'ai même eu la chance de goûter à la nourriture du Capitole.
Je ne savais pas réellement que manger pouvais procurer de telles sensations.
"La fille du quatre me paraît peu dangereuse" fait remarquer Natalie, me ramenant à la réalité. En effet, c'est une jeune femme blonde, qui doit mesurer un mètre soixante tout au plus. J'ai comme l'impression qu'au moindre coup de vent, elle pourrait s'envoler, loin, au delà de l'océan. Peut-être y trouverait-elle un monde plus acceptable que le nôtre ?
Le garçon qui est appelé par la suite m'a tout l'air d'un tribut de carrière bien entraîné. Alors qu'il se dirige vers l'estrade, l'improbable se produit. Une voix s'élève. Un volontaire.
Si le fait de se porter volontaire à la place d'un tribut de carrière est surprenant, l'identité du volontaire en question me fait sursauter.
Un adolescent, âgé de treize ans tout au plus s'avance à son tour. Il sourit grandement, dévoilant deux fossettes, et l'escort semble hésiter. Elle demande même s'il est sûr de lui, ce à quoi il répond qu'il n'a jamais été aussi sûr de lui. Il dégage les mèches brunes qui lui cachent la vue, et escalade l'estrade.
Il a l'air si jeune.
Et rusé. Non, machiavélique. Tout dans son maintien, sa posture, son langage et son sourire laissent entendre qu'il n'est pas réellement ce qu'il a l'air d'être.
Je décide de le catégoriser comme le tribut le plus dangereux de l'arène.
