Addiction


« Everything looks better when the sun goes down. »

The Pretty Reckless


Cela faisait bien une semaine que Byakuya s'était rétabli, qu'ils avaient troqué leur chambre miteuse pour deux suites de luxe. Leur couverture ? Un couple de riches traders en recherche de sensations fortes, pour eux et leurs nombreux invités. Ils employaient les fonds de la famille Kuchiki pour ne pas impliquer le gouvernement, et quelques contacts de Yoruichi avaient permis de se forger de nouvelles identités et un passé factice. Quelques imperfections subsistaient, comme leur relation qui n'avait rien d'exemplaire, ou le fait qu'ils pouvaient être physiquement reconnus, risque inhérent à ce genre de mission.

Pour la deuxième fois consécutive, ils se rendirent dans un billard connu pour sa clientèle haut placée et crapuleuse. Le but était de se faire connaître en ville, se faire introduire dans divers cercles, lentement mais sûrement.

Yoruichi plissa les yeux pour voir au travers du nuage opaque de fumée de cigarette. La lumière blafarde qui éclairait la table de billard ne l'empêcherait pas de gagner cette partie. Elle perdrait peut-être la suivante, pour ne pas désespérer ses adversaires; ménager les orgueils était une condition sine qua non pour parvenir à ses fins. La boule glissa sur le tapis vert de la table et alla droit dans le trou qu'elle visait. Volontairement, elle manqua la suivante et elle recula, queue dans une main, verre de whisky dans l'autre, et se cala à côté de Byakuya.

— Ce jeu est une merveille, rit-elle. Les mecs s'amusent avec des queues et des boules, et ça les fait se sentir virils.

Byakuya se contenta de hausser un sourcil, peu convaincu par l'image vulgaire. Il n'avait même pas l'air très enthousiasmé par le jeu en lui-même, ce qui n'échappa à la voleuse qui le taquina :

— Je suppose que les enfants ne jouent qu'au criquet dans ton immense demeure ?

— Seulement à police-voleur.

Ou façon peu fine de lui faire savoir qu'elle restait une criminelle, qu'il ne lui accordait pas sa confiance, qu'il comptait bien la mettre sous les barreaux, ce genre de subtilité. Mais la seule chose qui vint à l'esprit de la voleuse fut ce rêve étrange qui avait suivi leur rencontre, ce Byakuya adolescent et si aisé à provoquer auquel elle avait subtilisé une écharpe immaculée.

Elle tira une latte sur le joint qu'elle était en train de fumer pour se redonner consistance et lui lança un regard amusé. C'était aussi tout un stratagème : il se faisait passer pour l'homme d'affaire – seul rôle qui collait à son sérieux excessif – tandis qu'elle testait les produits qu'ils comptaient se procurer. Une telle perspective avait été sujet d'une conversation tacitement houleuse dans leur partenariat nouvellement formé. La Hollow Soul, dite HS, était réputée pour générer une dépendance quasi immédiate, et Byakuya s'était formellement opposé à sa consommation. Ce à quoi Yoruichi avait rétorqué qu'il était mignon de s'inquiéter pour elle.

Un homme élégant aux excentriques cheveux roses fit son apparition à cet instant précis, avant que Yoruichi ne puisse trouver une réplique acerbe. Elle leva les yeux sur le nouvel arrivant et le reconnut immédiatement tel que Grimmjow le lui avait présenté. Grantz. Tomber sur lui était une bénédiction dans leur course contre la montre, une malédiction dans le timing de leur plan. Ils n'étaient pas assez préparés, n'avaient que trop peu de relations pour s'élever ainsi dans la hiérarchie complexe de ces ordures. Elle s'assit sur la table de billard, épaule contre celle de Byakuya qui s'apprêtait à jouer pour attirer son attention. Il tournait le dos à la porte d'entrée, si bien qu'elle lui glissa à l'oreille :

— Monsieur G. vient nous rendre visite.

Il eut la présence d'esprit de ne pas se retourner et poursuivit son jeu. Le geste de Yoruichi pouvait passer pour une invitation sensuelle entre deux vieux amis, il n'allait certainement pas compromettre leur mission pour satisfaire sa curiosité. Elle esquissa une moue boudeuse, comme quelqu'un qui venait d'être éconduit, et son regard croisa celui de Grantz; derrière les verres de ses lunettes, les prunelles de ce dernier semblaient aussi mordorées que celles de la voleuse. Rien à voir avec l'hypnotisme fascinant de l'anthracite…

— Pas d'imprudence, fit Byakuya à son oreille avant de s'éloigner.

Son souffle la fit frissonner. Derrière lui planait son parfum acidulé entêtant, bien plus addictif que n'importe quelle drogue.


L'invitation vint quelques semaines plus tard. Szayel, tel était le prénom de ce fameux Grantz, s'était pris d'affection pour Yoruichi. Il ne pouvait pas lui venir en aide avec son histoire de commande, mais lui avait conseillé de rendre visite à ses anciens amis. Une enquête rapide de Byakuya leur donna les indications restantes : il ne s'agissait pas de l'Espada, donc potentiellement l'organisation qui détenait une taupe au sein du gouvernement. Pas question de laisser passer cette chance.

C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent dans ce restaurant de luxueux aux mille fioritures, vin hors de prix et mets improbables. C'était le genre de lieux que, de toute évidence, Byakuya avait fréquenté tout sa vie. Son maintien impeccable se mariait à merveilles avec la norme en vigueur et jusque-là, Yoruichi avait beau guetter, il n'avait commis aucun impair. La voleuse observait le moindre de ses mouvements avec une minutie curieuse. Il allait de soi qu'elle aussi était tout à fait capable de se tenir en de pareils lieux, c'était le genre d'atouts indispensable pour une ancienne espionne. Pourtant, sa liberté, toute périlleuse fût-elle, voulait qu'elle oubliât toutes ses bonnes manières. Seul un regard torve la poussa à ne pas manger allumettes de crudités avec les doigts.

Elle soupira, survola la salle d'un battement de cil, sans voir l'ombre de sa cible. Pas sûr qu'il se présenterait à eux, s'ils continuaient à se comporter de la sorte tout le long du repas. En comparaison, même les dindes qui dansaient maladroitement sur le parquet de la piste et leurs rires qui se répercutaient désagréablement paraissaient plus à même de faire des clients potentiels. Riche ou non, Byakuya n'inspirerait jamais la confiance des malfaiteurs : trop droit, trop calme, trop flic.

Agacée, Yoruichi reposa sa serviette sur la table et se leva.

— Que fais-tu ?

— On est le couple le moins crédible de cette salle, ça ne fonctionnera jamais, siffla-t-elle entre ses dents.

Sur les traits de l'agent se reflétait cette même évidence. Il soupira, se leva, à son tour, et lui tendit la main, invitation silencieuse.

Yoruichi haussa tout d'abord un sourcil interrogateur et narquois, auquel il répondit de son air impassible. Les premières notes d'une nouvelle chanson s'élevaient dans la salle, claires, annonçant d'emblée le nouveau thème.

— Qui te dit que je sais danser le tango argentin ? demanda-t-elle finalement.

Byakuya lui rendit son haussement de sourcil pour toute réponse. Yoruichi aurait pu s'outrer de tant de dédain. Mais désormais, l'invitation de son comparse avait plus des airs de défis; hélas pour ledit comparse, le tango, danse sensuelle par excellence, faisait partie des incontournables de la formation de la voluptueuse Sweet Darkness. À quoi bon se prétendre femme la plus sulfureuse et voleuse la plus habile, et ne pas imposer à ces longues jambes quelques suaves pas de danse ?

Son regard se durcit, la détermination et le goût du jeu prenant le dessus.

La main de la voleuse vint finalement se nicher dans la poigne ferme et délicate à la fois de l'agent. Ce fut avec une brusque douceur qui la conduisit au milieu de la piste.

Le jeu, suave, commença d'entrée; les pas, accordés au tempo, se succèdent, habiles et défiants, distants, pour le moment. Ils échangèrent un bref regard, empreint de défi, un choc thermique entre le l'anthracite glacial et les prunelles embrasées.

Nouveau pas, nouveau mouvement, Yoruichi avait une main agrippée sur l'épaule de son partenaire et sa joue pratiquement dans le creux de son cou; sous ses paupières mi-closes, elle distinguait la ligne subtile de ses trapèzes, sa peau, fine et opalescente, sous laquelle saillent discrètement tendons et jugulaire. Pour un peu, elle pourrait presque lire son pouls, qu'elle devinait posé. Plus pour longtemps. Elle inspira une fois de plus l'odeur de sa peau, en savoura la légère note acidulée qui lui donnait son côté si raffiné, puis s'éloigna, d'un pas en arrière; sa jambe d'appui fléchie, elle tendit l'autre, frôla Byakuya à mesure qu'elle remontait, sans le quitter des yeux une fraction de seconde.

Leurs souffles s'entremêlèrent brièvement, avant qu'elle ne reprît sa position initiale, droite, ses pas suivants ceux de Byakuya. Ce dernier, expert dans la complexité de cette danse, recouvra le contrôle de la situation. Il entraîna la voleuse dans quelques mouvements subtils, la repoussa pour mieux l'attirer ensuite, mais toujours en s'évertuant à conserver une distance toute calculée.

Un sourire de prédatrice enchantée vint se glisser entre eux. Il fronça les sourcils, légèrement, et à ne pas en douter, il se demandait déjà ce que Yoruichi avait derrière la tête. Toujours en suivant le même rythme, cette cadence à la fois stricte et suave, elle compliqua davantage encore cet affrontement tacite; elle replia la jambe vers le haut quand l'occasion se présente, crochetant celle de son partenaire, sa cheville glissant sur le tissu de son pantalon.

Les prunelles de Yoruichi pétillaient, exaltées par la danse la plus sensuelle au monde, mais plus encore; dans le regard pourtant froid de son ennemi et partenaire, elle lisait cette même joie, ce même plaisir à l'exercice. Il se prêta au jeu, parfois faisant mine d'esquiver ces caresses, parfois les accentuant, et son souffle se plaisait à se perdre dans les mèches folles qui ornaient les tempes de la voleuse.

La musique mourut, les dernières notes sonnant la fin du divertissement. Le regard de Yoruichi s'accrocha aux lèvres austères de son vis-à-vis. L'ombre de sourire avait disparu et il la considéra avec sa froideur ordinaire avant de se détourner.

Dans la foule des gens qui applaudissaient, il avait repéré Fisher, un contact rencontré plusieurs fois au billard.

Les affaires reprenaient.


Flou.

Le monde autour d'elle s'estompait peu à peu, tournoyait, grisant et vertigineux. Elle jeta un regard en biais à Byakuya, ne sentant plus aucun remords à son sujet. L'avoir entraîné là-dedans ne lui faisait ni chaud ni froid, l'amusait juste comme jamais. Elle ne le craignait plus, ne le sondait plus. Elle appréciait simplement sa silhouette, son maintien, son regard ombrageux. Elle se délectait de sa gestuelle ralentie par la drogue, ce nouveau visage moins fermé. Elle s'émerveillait de voir son expression changer, débarrassée du masque des apparences, naturelle et fluide. Et dans le même temps, elle sentait son audace l'abandonner; elle se découvrait telle une petite fille, intimidée et discrète. Était-ce le cas ? Ou bien une part d'elle-même se souvenait-elle qu'il s'agissait d'un flic ? La question effleura son esprit sans atteindre véritablement ses pensées. Elle reprit contenance, détachant son regard de Kuchiki; se penchant en avant vers ses hôtes.

— Cette came est grandiose.

Les rires, gras, s'élevèrent sous l'inflexion du compliment.

— On t'en aurait procuré plus si tu n'étais pas venu avec ton copain, ma jolie ! roucoula Fisher avec une lueur malsaine dans le regard.

— Bya ? Mais on est partageurs, vous savez… Je suis sûre que vous avez quelques filles à lui présenter. À nous présenter.

À sa grande surprise, Byakuya prit la parole, sortant son portefeuille par la même occasion. Son ton était étonnamment traînant, alanguit par la drogue et le désir. Du moins, aurait-elle pensé s'il n'avait pas très clairement testé ses limites avant cette mission, si elle ignorait qu'il avait consommé plus que de nécessaire. Ce n'était pas le cas.

— En fait, je serai prêt à payer pour te voir avec une autre de ces blondes plantureuses.

Byakuya se redressa et posa une main sur la cuisse de Yoruichi, tout en poursuivant :

— Et bien entendu, savoir qui fabrique cette merveille. Je pourrais lui apporter un soutien financier considérable.

C'était risqué. Leur couverture de milliardaires décadents était presque parfaite, mais ils sauraient s'attirer la méfiance de leurs interlocuteurs en se montrant aussi entreprenants. Si les prétendus hommes d'affaire vautrés dans le canapé étaient trop ivres pour réagir de façon pertinente, un des gardes du corps fronça les sourcils et consulta son téléphone. La pression sur sa cuisse s'accentua et Yoruichi comprit la manœuvre dont Byakuya.

Dans ce genre de rencontres, il allait de soi qu'on consommait avec le client pour le mettre en confiance quant à la qualité du produit et de leur amitié toute factice avec les vendeurs. En général, un personnage important se faisait passer pour un membre de la sécurité pour garder un œil pour tout ça. Elle grava les traits du suspect dans sa mémoire aussi fidèlement qu'elle put et s'excusa, moralisatrice et outrée :

— Allons, Bya, ne te précipite pas, nous avons encore de nombreux produits à tester avant de décider quelle sera la drogue que nous introduirons auprès de nos amis. Veuillez l'excuser, nous attendions un produit de qualité depuis longtemps, mais je ne pense pas que ce soit l'occasion de nous hâter pour autant.

Elle accentua sa réplique d'un sourire poli en prenant soin d'ignorer les gardes du corps pour écarter tout soupçon. L'un d'entre eux vint néanmoins parler à l'oreille de Fisher et ce dernier les invita à prendre congé. Ils obéirent sans se faire prier, polis et ivres, jouant leur rôle de couple riche un soupçon extravaguant avec brio jusqu'à leur sortie.


Force était de constater qu'elle était toujours délicieusement ivre. L'air frais, puis la balade en limousine jusqu'à l'hôtel – peut-être étaient-ils surveillés – lui avaient fait du bien, sans pour autant débarrasser son esprit de la brume de débauche. Alors elle avait profité de la fatigue de Byakuya pour le contempler, comme elle l'avait fait un peu plus tôt, et ce chaque fois qu'il détournait son attention d'elle. Elle trouva la moquette bleu roi de l'hôtel à la fois agressive et placide, et la lumière tamisée des couloirs en cette heure tardive l'enveloppa de façon agréable. Elle s'intéressa davantage au décor pour ne pas avoir à fantasmer sur l'agent qui lui servait de partenaire.

Yoruichi, qui s'avançait d'un pas léger, s'arrêta soudain lorsque Byakuya posa ses prunelles anthracite sur elle.

— Quoi ? fit-elle, suspicieuse.

— Je constatais avec plaisir qu'en dépit de ton état, tu ne m'as pas refait ton numéro de charme vulgaire de notre première rencontre, énonça-t-il.

La voleuse fronça les sourcils, étudia attentivement le visage de Byakuya dans la pénombre du couloir de l'hôtel. Calme, impassible. Pourtant, l'ivresse courait dans leurs veines.

— Je ne sais pas comment je dois le prendre, souffla-t-elle enfin.

Il fit un pas en avant, sa main se posa sur l'épaule de Yoruichi, remonta sur sa peau nue jusqu'à sa nuque. Il se pencha sur elle, leurs joues se frôlèrent alors que son souffle brûlant trouvait son oreille :

— Je signifiais juste que tu n'avais pas besoin de ce genre d'artifices.

Un long frisson dessina des arabesques sur la peau de Yoruichi.

Il se recula, la délaissa pour pousser la porte de sa chambre, y inséra la carte d'accès sans aucune difficulté, laissant Yoruichi pantoise, étourdie, le cœur battant. Et quand il ouvrit à la bouche à nouveau pour lui souhaiter une bonne nuit d'un ton désespérément formel, la voleuse combla la distance qui les séparait, s'accrocha à la chemise de l'homme, se hissa sur la pointe des pieds et n'attendit pas de lire la surprise dans son regard ombrageux pour coller ses lèvres aux siennes, avec une tendre ferveur et un soupçon de timidité.

Lentement, elle lâcha sa prise, se laissa retomber avec douceur, interrompit le baiser dans l'attente qu'il s'esquive, qu'il la laisse dans une cruelle indifférence. Elle le scrutait de son regard doré aux pupilles dilatées, les entrailles nouées dans l'expectative du rejet. Elle n'osait le toucher, n'osait pas non plus, formuler sa supplique.

Et alors qu'elle baissait le regard, ne pouvant plus soutenir le sien, abandonnant vaguement l'espoir, la main de Byakuya vient trouver ses reins dans une étreinte suave; ses lèvres à nouveau cherchèrent les siennes tandis qu'il l'entraînait dans la chambre. L'échange se fit plus passionné sitôt la porte fermée, plus impatient, gorgé d'une passion brumeuse.

La dextérité de Byakuya ferait rougir les voleurs les plus talentueux, songeait Yoruichi alors que sa robe échouait sur le sol dans un froissement doucereux. Ses doigts pâles et habiles parcouraient son corps, la faisaient frissonner, rendant ses propres gestes malhabiles alors qu'elle essayait de s'attaquer à sa chemise.

Un souffle rauque lui échappa alors qu'il se pressait contre elle. Elle se sentait fondre d'envie, sous ses caresses de plus en plus insistantes. Puis ce furent au tour de ses lèvres de prendre d'assaut sa peau sombre, y laissant de longues traînées brûlantes, s'attardant dans le creux de son cou, puis sur ses seins.

Elle n'a plus qu'une hâte, le sentir en elle, entamer une nouvelle danse sensuelle et enfiévrée, leurs souffles se mêlant, leurs peaux moites s'apprivoisant de baisers fébriles. De ses paumes, elle savoura le contact des muscles abdominaux de l'agent, caresse verticale, fugace et appliquée, jusqu'à ce que ses mains se glissent sous son pantalon, en quête de cette virilité qui, quelques secondes plus tôt, se faisait insistante contre sa cuisse. Mais à peine avait-elle effleuré l'objet de son attention que Byakuya lui saisit le poignet :

— Non.

Arrêt soudain. Sursaut frileux. Battements de cils.

— Comment ça, « non » ? murmura-t-elle, la gorge serrée.

Avait-il changé d'avis ?

Byakuya la fit reculer vers le lit, ses iris ombrageux toujours rivés dans les siens, son souffle rythmé par son désir.

— Non, tu n'obtiendras pas ce que tu veux, déclara-t-il inflexible.

La voleuse allait protester, mais il la bouscula jusqu'à ce qu'ils chutent tous les deux sur le matelas. Il fit taire les récriminations naissantes d'un baiser impérieux, tandis qu'une de ses mains – ces mains si assurées et agiles – se glissait entre les jambes de Yoruichi, lui arrachant une complainte étouffée.

Byakuya se redressa sur son coude, apprécia l'œillade suppliante de Yoruichi, avant de conclure :

— Mais je ne compte pas te laisser comme ça pour autant.

Alors, seulement, il reprit son exploration, sa bouche s'attardant sur ses seins, sur son ventre plat, sur ses cuisses, et après ce qui parut une éternité à Yoruichi, atteignit enfin son intimité, prouvant à la voleuse avec une expertise langoureuse qu'il n'était pas habile que de ses mains.


Quand Yoruichi rouvrit les yeux, il faisait sombre dans la chambre; les volets à moitiés fermés filtraient la lumière grisonnante d'un jour de pluie. Le mal de tête caractéristique des lendemains de soirée la fit souffrir instantanément. Son corps, nu sous les draps, souffrait de courbatures étonnantes en vue de l'entraînement physique qu'elle s'imposait – si bien qu'elle prit pour coupable de sa douleur les substances ingérées la veille.

Mais plus important encore que la souffrance sourde qui la harcelait, le second poids sur matelas dans son dos. Elle savait bien que les choses avaient complètement dérapées avec Byakuya, mais elle ne s'attendait pas à le trouver encore là. Elle s'était endormie en le contemplant, avec la conviction qu'il ne serait plus à ses côtés le lendemain, soit pour abandonner la mission, soit pour faire comme si de rien n'était, jusqu'à ce qu'elle fût forcée d'admettre que cette aventure n'avait été qu'un songe, une hallucination.

— Tu es réveillée.

Ce n'était pas une question qui lui était adressée, c'était une simple constatation de l'agent qui avait dû déceler le changement de rythme de sa respiration. Yoruichi se maudit en silence, de s'être ainsi laissé aller à la confiance. Jamais, en temps normal, elle ne se réveillait après un amant; son instinct la titillait dès l'aube et elle s'éclipsait dans le silence de la nuit. Elle lui tourna obstinément le dos, sentant son regard sur sa nuque. Une partie d'elle espérait une étreinte qui ne vint jamais.

— Et tu n'es pas retourné dans ta tanière à flicaille, rétorqua-t-elle, le fiel dans sa voix malgré elle.

— C'est ma chambre.

Le ton de l'évidence. Le masque d'arrogance. Yoruichi se mordit la lèvre inférieure et ravala ses paroles hargneuses. Le matelas bougea alors qu'il se levait. Elle entendit les pas de Byakuya qui se dirigeait vers la salle de bain et en claqua la porte. Elle pouvait encore sentir sa colère vibrer dans l'air – une colère dirigée contre elle, contre lui, contre l'ivresse – et elle se contenta de soupirer.

On frappa à la porte.

Exaspérée, elle s'enroula dans un drap pour dissimuler sa nudité et lorsqu'elle ouvrit la porte, seul un petit paquet l'attendait sur le seuil. Intriguée, elle retourna s'asseoir sur le lit, ouvrit la boîte et lut le mot qui était à l'intérieur.