Résumé : Fiers de leur atelier de réparation d'objets magiques, Ron et George se voient confier une boite ensorcelée responsable de la mutilation d'une adolescente. Leur mission : lever le sort. Quand ils réalisent que l'artefact appartient à la famille Malfoy dont le dernier survivant a disparu depuis cinq ans, ils sont irrémédiablement entraînés dans une dimension plus complexe et intime.

Disclaimers : L'univers de Harry Potter et les personnages ne m'appartiennent pas. Je ne fais que les emprunter.

Notes : Vous vous en êtes évidemment aperçus : j'ai pris quelques libertés avec le canon, et notamment les tomes 6 et 7. Donc, dans le chapitre suivant, l'histoire ne suit pas strictement la trame originale. Ce chapitre un peu particulier est le premier que j'ai écrit. Il s'agissait à ce moment d'une très lointaine version de celui-ci et il a subit depuis de bien nombreuses réécritures, ajouts, suppressions... J'ai même pensé à ne pas l'introduire du tout dans l'histoire, et je n'arrive pas à en être satisfaite, mais le voila quand même et finalement bien présent juste dessous !

Avant de vous laisser lire la suite, je tiens à remercier tous ceux qui lisent cette histoire ! Je vous retrouve la semaine prochaine.


Chapitre 7

Les lettres

Samedi 5 juillet 1997

Mon amour,

J'ai enfin trouvé un moment pour m'éclipser ce soir. J'ai faussé compagnie à ma tante et ses invités pour t'écrire en prétextant la fatigue de la journée. Je ne saurais probablement pas si tu l'as bien reçu, si mon hibou arrivera à bonne destination, s'il ne sera pas intercepté. Je t'ai fait une promesse, mon amour, je la tiendrais. Écrire cette lettre, et les suivantes je l'espère, sera bien plus difficile que je ne l'avais imaginé. C'est un défi, en quelque sorte, de garder cette prudence, à chacun de mes mots.

Tu le sais, je ne connais pas encore ma tante. Elle a été accueillante avec moi après tout, bien plus que je ne m'y attendais. Je découvre cette maison. Elle dégage une aura particulière d'un vert pâle, tiède. Il y a une ressemblance frappante avec la maison de mon enfance. Il m'est difficile de ne pas y penser, d'oublier que je ne la reverrais sans doute jamais. Je songe à mes parents également, pas si souvent que ça, mais je n'avais pas imaginé que je ressentirais autant de tristesse, si vite. Cela me trouble.

Ce sont les détails qui me rappellent ma mère. La composition florale, les parfums de ma tante, les effluves de sa magie, les pas dans le couloir, le pot de miel rangé dans le guéridon du salon. Rien de flagrant en apparence, pourtant toutes ces petites choses me sautent aux yeux dorénavant. Je pourrais bien me sentir chez moi, si ma tante y consent. L'avenir me le dira.

En attendant, le calme règne, ici. L'atmosphère est paisible aussi. J'ai l'impression que ma tante vit dans un espace à part, hors de la réalité, comme retirée du monde. Elle a pourtant toute sa lucidité et se tient parfaitement informée de l'actualité. Mon amour, peux-tu croire que je me sente en sécurité, que j'ai l'impression que rien ne pourrais m'arriver dans cet endroit ?

Toi, mon amour, te sens-tu chez toi dans la maison de ton parrain ? Nous n'en avons jamais vraiment discuté. Est-ce vraiment un secret que tu y vis quand tu n'es pas à Poudlard ?

Je sais que cette maison est hantée, que la magie noire y est présente plus que nécessaire. Est-ce vrai ? Des rumeurs circulent sur la famille de ton parrain, jamais rien de très flatteur. Le Griffondor que tu es ne s'imagine probablement pas jusqu'où va l'horreur des histoires qu'on y raconte. A vrai dire, je ressens de la curiosité pour cette maison. Tu t'en doutes. Elle te ressemble probablement beaucoup, mon amour. Me la feras-tu visiter ? Par quelle pièce commenceras-tu ?

Cela fait peu de temps que nous nous sommes vus, après tout. Pourtant, je pense déjà beaucoup trop à toi. Tu commences à me manquer. Je pense à tout ce que je ne sais pas de toi, tout ce que je voudrais te dire, tout ce que j'aimerais te montrer. Aurons-nous le temps, un jour, de rattraper le temps qui passe où je suis loin de toi ?

Je pense constamment à toi, aux derniers mots que tu m'as soufflés au creux de l'oreille, au frisson que j'ai ressenti jusque dans le bas de mon dos.

Je t'embrasse.


Mercredi 30 juillet 1997

Mon amour,

Je n'ai pas pu t'envoyer de hibou pendant un long moment. Je m'efforce de garder la plus grande discrétion possible, tu pourrais être fier de moi.

Monter à la volière était clairement impossible ces derniers temps. T'écrire en secret n'était pas non plus envisageable, j'ai eu beaucoup trop peur que l'on me découvre.

Les trois dernières semaines, la Progéniture de ma tante était avec nous, et en bonne compagnie. Des vacances d'été, un séjour de repos. Bien entendu, ma présence est encore curieuse et une certaine méfiance est restée de mise pendant un long moment, en particulier avec la Bonne Compagnie. Le contact ne passe définitivement pas entre nous. Je n'en ressens aucune surprise. Mes tentatives de m'isoler pour t'écrire et toutes escapades à la volière ont donc été hors de question, à ma plus grande peine.

Ils sont presque restés tout le temps à l'intérieur. Il faut dire que le temps ici n'est pas différent d'ailleurs. Il commence à faire chaud, mais la pluie est tombée presque constamment. Je crois que les articulations de ma tante la font souffrir et aucune potion ne parvient à la soulager.

Elle a eu l'air heureuse, toutefois. On ne peut pourtant pas dire que la Progéniture ait été respectueuse et tendre avec elle. Je suppose que mon modèle familial ne m'a pas encore permis de saisir la complexité de leur relation. J'ai eu tout le loisir de les observer, pourtant. Je peux dire que ma tante et la Progéniture ont l'air de s'aimer, quoiqu'il en soit. Je les envie presque, mon amour, mais je ne sais pas vraiment pourquoi.

L'ambiance est restée étrange avec la Bonne Compagnie. En revanche, la Progéniture s'est finalement révélée de nature avenante, quoiqu'un peu susceptible et bien trop bavarde. Elle semble cependant avoir accepté ma présence facilement. J'en regrette presque de ne pas l'avoir rencontré plus tôt. J'ai pris conscience au cours de la dernière semaine que nous avons un lien de famille. Aussi curieux que cela puisse te paraître, je ne l'avais pas encore envisagé de cette manière. C'est un sentiment bien étrange de voir se former autour de moi des liens de filiation dont j'avais tout ignoré jusque-là. Je ne sais pas si nous aurons la chance, la Progéniture et moi, de les approfondir, mais j'en fais le vœu. Contre toute attente, la Progéniture risque de me manquer.

La Progéniture et sa Bonne Compagnie sont reparties il y a trois jours. Ma tante m'a semblé triste. La maison est redevenue aussi calme qu'avant, il y a eu comme un léger vide dans les heures qui ont suivi. Un autre signe ne trompe pas : les flux de magie tourbillonnent moins vite d'heure en heure. Ils devraient être redevenus à la normale d'ici demain.

Ces trois semaines sans t'écrire, sans nouvelles de toi, ou presque, ont été bien longues. Pourtant, le temps est, semble-t-il, passé plus rapidement que je ne le pensais. Durant ces trois semaines, le bavardage excessif de la Progéniture a permis à mon esprit de me tenir à distance de toi. Mais maintenant que la maison est redevenue calme, ton absence commence à se faire ressentir vivement. Je me replonge dans mes souvenirs de toi, de ta voix, de ton visage. Il n'y a rien que je puisse faire pour accélérer le temps et atteindre plus vite notre prochaine rencontre.

Voyant mon ennui, ma tante a suggéré d'exercer ma magie. J'ai donc considéré que monter à la volière en camouflant le plus possible mon énergie et en ne laissant aucune empreinte magique serait un bon entraînement. J'ai aussi découvert la bibliothèque de la maison. Je suppose que cela t'ennuierais profondément, mais les livres frémissent à mon approche. La magie en eux déborde des pages, ils n'attendent que d'être lus. Je n'ai qu'à fermer les yeux, accueillir ses sensations caressantes et me laisser attirer par les effluves de magie pour choisir le bon. J'avais entendu parler de ces manifestations dans les bibliothèques oubliées, mais c'est un délice d'en être témoin. Je pense trouver une distraction dans ce lieu si curieux. De quoi occuper les prochains jours loin de toi.

Je t'embrasse, mon amour, tendrement.


Lundi 4 août 1997

Mon amour,

La lettre que tu m'as fait parvenir la semaine dernière était inattendue, presque inespérée. Je te remercie, mon amour, mais je te prie d'être prudent à l'avenir, ne prends plus tous ces risques. Je te préfères vivant plutôt que mort. Rien ne doit pouvoir te mettre plus en danger que maintenant. J'ai détruit la lettre, le cœur serré de devoir m'en séparer.

Néanmoins, je ne n'ai pas oublié de la consulter attentivement, goûter mon plaisir de te lire, les traces, même faibles, de ton influx magique. Je m'émerveille par ce qui t'entoure, là-bas. Cette tapisserie, en particulier, à l'air aussi passionnante que la bibliothèque de ma tante. Je n'avais jamais entendu parler de l'existence d'objet comme celui-ci. La famille de ton parrain est décidément effrayante, mais fascinante sous certains aspects, n'est-ce pas ?

Il a fait chaud sur toute la Grande Bretagne cette semaine. Ici comme ailleurs, nous avons tous été harassés par la chaleur nocturne.

Ma tante reste sereine dans toutes occasions, et ne montre rien de sa fatigue. Je constate pourtant ses traits tirés et les cernes sous son léger maquillage. De mon côté, tu te doutes bien que je n'ai pas ménagé mes efforts pour informer la terre entière de mon inconfort. Cela me soulage. Elle ne le dit pas, mais je pense que cela amuse ma tante.

Je la connais pourtant si peu. Je découvre chaque jour une femme formidable et aimante. Le trouble me prend régulièrement de le constater. L'ennui et la chaleur ont comme bienfaits de nous laisser nous apprivoiser. Cette situation aura cela de positif. Je crois qu'elle manque cruellement de compagnie le reste du temps. La Progéniture ne semble pas lui rendre visite si souvent.

Hier, nous avons reçu un hibou. Même de loin, je l'ai reconnu immédiatement. C'est un hibou typiquement comme mon père les aime, bien dressé et de bonne présentation. La lettre m'était adressée. On aurait dit un courrier officiel, dans un parchemin soigné, cacheté délicatement à la cire rouge. Ma tante ne m'a pas laissé laissé le temps de le lire. Son visage n'a rien laissé transparaître non plus. Elle l'a ouvert habilement, l'a lu avant de la brûler. Je n'avais pas besoin de la lire, m'a-t-elle seulement dit. Elle est restée silencieuse et morne le reste de la journée.

Je ne pourrais jamais la remercier assez de sa sollicitude, mais parfois, son attitude de protection envers moi m'agace terriblement.

Le reste du temps, je lis et lis encore. Comme tu peux t'en douter, la bibliothèque regorge de trésors. J'ai trouvé un ouvrage passionnant de métamorphose et un autre, plutôt rare, sur la théorie magique et l'influence des astres. J'exerce ma magie autant que possible. Ce matin, j'ai presque réussi un sort sur lequel je travaille depuis une dizaine de jours. C'est un sort de météorologie. C'est approprié en ce moment, ma tante a trouvé l'idée intéressante et m'interroge sur mes progrès tous les jours. Aujourd'hui, quelques gouttes de pluie condensées sont enfin apparues dans la cuisine, avant de s'évaporer dans les secondes suivantes. C'est un grand progrès.

En réalité, mon amour, tu me manques cruellement. Je crois que ma tante se doute de quelque chose. Elle dit que je ressemble beaucoup à son propre enfant. Quoiqu'il en soit, elle me voit soupirer plus souvent que j'aimerais. Il y avait cet article dans la Gazette, accompagné d'une photo mal cadrée. J'y ai vu ton visage, mon amour. Les battements de mon cœur se sont brusquement accélérés, et je n'ai pas pu lire l'article, de peur de me trahir si facilement.

Permets-moi d'espérer te retrouver bientôt. Je me languis de t'avoir contre moi, et t'embrasser à l'infini.

Je t'aime, mon amour.


Lundi 11 août 1997

Harry, Mon amour,

J'ai lu la Gazette. Je ne sais comment exprimer mon soulagement de te savoir encore en vie. J'aurais tant aimé te serrer contre moi, vérifier que chaque parcelle de ton corps, de ta magie, est toujours intacte. Embrasser chacune de tes blessures. Et soupirer contre toi.

Mon amour, tu me manques encore plus quand je te sais en danger. Rien ne peut me distraire depuis quelques heures. Ma tante pourrait bien être suspicieuse à mon égard, mais peu m'importe. Je t'aime.

Je n'ai ni le temps, ni le courage de t'écrire davantage. Je pense pourtant si fort à toi. Pardonne-moi de ne pas écrire plus aujourd'hui.

Mon amour, prends soin de toi. Je t'aime.


Mardi 19 août 1997

Mon amour,

J'ai bien failli me trahir lors de ma dernière lettre. Le hibou a été absent durant trois longues journées, ce qui est inhabituel. Ma tante était si inquiète, et je n'oublierai pas l'interrogatoire auquel j'ai eu le droit. Mais je n'ai rien cédé, soit en sûr.

Ici, l'ambiance est morose depuis que […]

[…]

[…]

[…]

[…]

[…] une fois encore. Tu ne le sais probablement pas, mais je t'ai vu l'autre jour. Penser que tu as été si prêt de moi me rend fébrile. J'ai honte de t'écrire ce […]

[…]

[…]

[…]

[…] soulagement de rêver quand tout pourrait aller mal. Je passe ces journées à regarder l'heure tourner. Je ne peux rien faire d'où je suis et cela me rend si triste et la frustration est de plus en plus forte.

Alors tu me manques, encore plus. J'ai plus que jamais besoin de toi. Le message que tu as réussi à me faire parvenir m'a fait pleurer, mon amour. Pleurer de peur, de joie, d'amour. Autant de sentiments entremêlés me sont difficiles à supporter.

Alors je continue à rêver de toi, de ton visage, de ta voix, de ton corps. Contre le mien. Tes mains, ton souffle. Tes lèvres. Mon amour. J'y pense à en avoir mal. J'ai parfois l'impression que mes pouvoirs s'exacerbent quand tu es dans mon esprit. Merlin, mon imaginaire et mon énervement me jouent aussi des tours. J'ai même songé à demander à ma tante un philtre calmant mais j'y ai renoncé.

Ma seule consolation est de savoir que toi aussi, mon amour, tu attends avec impatience notre prochaine rencontre.

Je t'embrasse. Souviens-toi, mon amour, de ce que nous nous sommes dis la dernière fois.


Dimanche 24 août 1997

Mon amour,

Nos retrouvailles approchent. Tu n'imagines pas à quel point je les attends. Je ne pense qu'à ce moment depuis des jours et des jours. C'en est devenu, tu le sais, une obsession. Je rêve de ce moment, mon cœur s'emballe rien que d'y penser. Tu es dans mon esprit à chaque instant, incapable de profiter du moment présent.

Je ne doute pas que tout cela soit réciproque. Je sais aussi, mon amour, tu me l'as dit, que tu penses à moi tout le temps.

Cette nuit, j'ai rêvé de toi. De nous.

De ta bouche dans mon cou. De tes lèvres sur ma peau effleurant ce grain de beauté que tu aimes tant. Tes mains, mon amour, qui descendent lentement, en arabesque sur mes hanches, envoyant des décharges magiques le long de mon dos. Sentir ton corps contre le mien.

J'ai rêvé de mes doigts dans tes cheveux, à la base de ta nuque. La transpiration de ton cuir chevelu. Tes frissons quand mes bras se posent sur tes épaules. J'ai sentis tes baisers si lents et délicieux, le goût de ta bouche, ta tête légèrement inclinée, la paume de ta main sur ma joue. La saveur salée de ta peau quand je t'ai embrassé sous l'oreille, ton épiderme sous ma langue affamée.

Et tes soupirs quand je caresse ton dos, quand je glisse mes ongles le long de ta colonne. Ton souffle saccadé que je perçois autour de moi. La chaleur de nos corps et cette sensation irrésistible au creux du ventre qui m'incitent à t'en demander plus. Et tes pupilles sombres et dilatées qui promettent de m'aimer.

J'y ai cru, mon amour, à ton regard, dans ce rêve, tes yeux. Si verts, si beaux, si désireux.

Ton regard posé sur moi, mon amour, je crois que jamais je ne m'en lasserais.

Cette nuit, mon amour, j'ai rêvé de toi. J'ai rêvé de nous.

J'ai ouvert les yeux quand ta bouche s'est faite plus exigeante, délaissant mon cou, et que ton aura est devenue plus sombre, quand mon souffle est devenu plus erratique. J'ai ouvert les yeux, mon amour, quand j'ai entendu ta voix murmurer mon prénom. Si bas, si délicieusement que j'en frémis encore.

Trop de plaisir pour qu'un rêve ne le supporte. A mon réveil, ma respiration était toujours difficile, la magie bouillonnante, un intense sentiment de frustration.

Je veux t'avoir avec moi. Je veux sentir ton odeur, entendre les battements de ton cœur, subir les caresses de ta magie affolée. Je te veux encore et encore, à mes côtés, contre moi. Je te veux si fort que j'en pleurerais.

Merlin sait que ces prochains jours seront longs et pénibles sans toi.

Je t'aime.


Vendredi 3 octobre 1997

Mon amour,

Les elfes de maison sont bien trop curieux pour notre bien et oublier ton écharpe sur le dossier de la chaise n'était clairement pas une bonne idée. Quoique tu en dises, je n'ai pas ta confiance aveugle dans ces créatures. Certains de mes camarades de classe racontent des histoires étranges à leurs propos et je ne sais pas si la moitié d'entre elles peuvent être crédibles.

De toute manière, ici ou ailleurs, il reste perturbant de savoir que ses propres affaires sont entretenues par des êtres dont on connaît si peu la magie et son fonctionnement. Saches que si j'en avais le loisir, je ne confirais rien à ces elfes de maison. L'épisode de cette semaine est certainement un argument de taille. Mais les règles de Poudlard sont bien trop rigides pour que toi et moi puissions y faire quoique ce soit.

Mon amour, les couloirs commencent à sérieusement se rafraîchir ses derniers jours et ce n'est pas le moment d'éveiller la méfiance de quiconque en égarant ton écharpe de laine. Je préférerais ne pas avoir à m'inquiéter en plus pour ta santé.

Je t'aime.


Lundi 10 novembre 1997

Mon amour,

Tout est étrangement calme ici depuis une semaine que vous êtes partis. Le quotidien est parfaitement le même, rien ne change, les habitudes restent strictement identiques. On dirait que le temps a cessé d'exister. Plus rien ne bouge. C'est comme le ronronnement des jours tranquilles, ça nous caresse doucement le soir au coin du feu et le matin au levé, même les effluves de magie se font coulantes. Ce serait même paisible et plaisant si tout cela n'était terriblement effrayant.

J'ai l'impression que nous sommes suspendus quelque part. Peut-être dans le vide. Peut-être dans un autre monde. Qui sait ?

Une chose est sûre, la tempête n'est pas encore arrivée, mais elle sera d'autant plus dévastatrice que l'attente dure. Pour l'instant, chacun fait comme si tout était normal. D'un jour à l'autre nous finirons bien par réaliser. Et j'ai bien peur que ce soit brutal pour beaucoup de sorciers.

En réalité, mon amour, à l'instant où j'ai vu ton regard l'autre jour, j'ai su. J'ai su que tu partirais loin et que tu ne pourrais rien m'en dire. Comment aurais-je pu, en outre, interpréter ton étreinte désespérée et le mutisme que tu m'as imposé ? Crois-tu que je n'ai pas perçu ton flux de magie agité, comme s'il était pris de panique ? Tout était si clair sur ton visage que j'ai cru que la terre entière pourrait lire vos plans et que Celui-Dont-On-Ne-Prononce-Pas-Le-Nom serait capable de déjouer vos projets en un instant.

Tu as pris la bonne décision de ne rien me dire. Je ne pense pas que j'aurais réussi à te laisser partir, mon amour. J'ai essayé de garder l'illusion que tout était normal et que mon esprit me jouait des tours. Nous avons mis du notre pour rendre cela moins pénible et profiter de ces derniers instants. Je ne t'en veux pas, mon amour, bien au contraire. Tu nous as épargné les adieux déchirants et les au revoir pathétiques qui nous attendaient. J'ai en horreur ces mots d'une affligeante niaiserie, et je préfères à tout cela conserver une image moins pitoyable de toi qui ne sera pas écornée par la guerre.

Du reste, je refuse de croire que tout est fini.

De là où je suis, j'ignore presque tout de ce que tu accomplis avec tes deux amis. Je sais la confiance que tu leur accordes et cela me rassure que tu sois avec eux, car j'ai la certitude qu'ils donneraient leur vie pour toi. Je ne connais pas une telle amitié, je doute en vivre une un jour et rien de tel ne m'a manqué jusqu'à présent. Mais à vous observer tous les trois, je pourrais finir par vous envier. Je ne peux rien faire pour toi d'où je suis, sauf à t'assurer que je vais bien et que je t'aime quoiqu'il se passe.

A ma manière, je me battrais pour que nous puissions retrouver un monde de paix dans lequel nous pourrions peut-être être heureux. Je ne pousse pas mes illusions trop loin, mais j'ose espérer une vie meilleure, pour toi, comme pour moi, où nous aurions la liberté de choisir notre avenir.

Je t'aime, mon amour, un peu plus encore quand je te sais en danger.


Jeudi 4 décembre 1997

Mon amour,

Je ne sais pas si tu reçois les nouvelles. Je suppose que si tu as cette lettre, c'est que la Gazette ou toute autre information provenant de l'Ordre du Phénix vous parvient également, d'une manière ou d'une autre.

Comme prévu, la tempête a enfin éclatée. Il aura fallu plusieurs semaines pour que la panique arrive. Un article dans le Chicaneur a mis le feu aux poudres, mais il aurait pu s'agir de n'importe quoi d'autre pour que le monde entier réalise vraiment votre disparition et toutes ces implications. Il n'y avait pourtant rien de dramatique dans cet article qui justifie les réactions extrêmes de ces derniers jours. J'ai pris les choses avec beaucoup plus de calme que je ne le pensais. Mais ma vie est en ce moment tellement troublée que les états d'âmes des sorciers autour de moi m'ont laissé dans une remarquable indifférence. La panique est retombée aussi vite qu'elle s'est déclenchée, et j'ai reçu ton message quelques temps après.

Ces derniers temps, je n'arrive pas à contrôler les sentiments qui me traversent. Il se passe autour de moi des choses que je ne pensais pas devoir prendre en compte un jour et je lutte pour garder le peu de maîtrise qu'il me reste. Je dois t'avouer que j'ai l'impression que mon cœur est un champ de bataille. Il virevolte au gré des bourrasques de vent qui balayent tout sur leur passage. Les émotions me traversent de toute part à une vitesse extravagante et de la magie s'échappe honteusement de mon corps. Quand je l'ai trouvé, ta lettre a insufflé en moi une joie tellement intense que j'ai presque suffoqué en l'ouvrant. C'était inattendu, mais j'ai ressenti la bouffée d'amour que tu y avais glissé.

Mon amour, tu devrais arrêter ces messages. Le risque est beaucoup trop grand, j'ai la nausée d'imaginer que l'un d'entre eux soit intercepté. Je dois aussi cesser d'y répondre. De nous deux, tu sais que je suis la personne la plus prudente, et de loin. Prendre la décision de ne plus t'écrire aucune lettre, mon amour, me déchire le cœur. C'est pourtant le prix à payer pour notre survie, la tienne, la mienne, et celle de tous ceux qui comptent pour toi. Je te supplie de t'y tenir le temps nécessaire. Contente-toi de rester en vie et de ne pas gaspiller ton temps à trouver un moyen de me faire parvenir un courrier. Le meilleur service que tu peux nous rendre est de me conserver comme un secret terrible, le plus honteux de tous, que tu dois cacher au plus profond de toi. Prends le comme le meilleur moyen de me sauver la vie.

J'ai passé suffisamment de temps à tes côtés pour savoir que ton impulsivité peut être dévastatrice. Elle peut avoir du bon, j'en conviens. Nous n'en serions très certainement pas là nous écrire misérablement en cachette autrement. J'aime cette partie de toi. Indubitablement. Mais, Merlin, elle peut te mener dans des chemins bien plus tortueux, et l'infirmerie de Poudlard ne sera pas toujours là pour te secourir. Dois-je te rappeler qu'une potion de Pouss'os ne permet pas de soigner toutes les blessures ? Je me demande parfois comment tu as bien pu survivre jusqu'à maintenant. Alors je compte sur ta chance insolente pour continuer à t'en sortir.

Est-ce que tu crois, mon amour, que la folie s'est emparée de moi à croire qu'une bonne étoile continue de veiller sur toi ? J'y ai longuement réfléchi, ces derniers temps, au pouvoir des astres. Il serait bien mal placé de ma part de sous-estimer leur influence. Je te raconterais tout cela plus tard, mon amour, car il serait bien imprudent de t'en écrire davantage. Je peux seulement t'indiquer que nous prêtons trop peu d'attention de nos jours à l'astronomie, elle prend pourtant ses sources dans la magie ancienne, une magie si fascinante aux rythmes imprévisibles. Quand nous reviendrons à des jours plus sereins, je t'apprendrais patiemment à lire le ciel et à caresser cette forme de magie qui permet parfois des miracles. Je n'ai aucun doute que tu y trouveras un intérêt tout personnel.

En attendant, j'ai gardé un fragment de toi, mon amour. Juste assez de magie pour ne rien oublier, des souvenirs de nous, et les traces de ton odeur sur ta chemise. Je te les rendrais dès que nous pourrons nous revoir. D'ici-là, je te promets d'en prendre soin du mieux possible. Surtout, n'aies crainte, je serais incapable d'arrêter de penser à toi. Mon cœur, mon corps et mon âme t'appartiennent à tout jamais et ils pourront bien attendre un peu de te retrouver.

Mon amour, ne cherche pas à me voir, ne me réponds sous aucun prétexte.

Aucun.