Twisted – Chapitre 7

Lemon a venir...

My mind is just too dark to care

La nuit fut longue pour le juge Minos du Griffon. Il venait de passer, les dernières heures, enfermé dans son bureau. Son bureau. Son antre secrète où même son bel amant n'avait pas le droit d'entrer… au risque de se voir administrer une fessée aussi humiliante qu'excitante…pour les deux parties.

Le souvenir de la punition administrée à Albafica lui procura un long frisson de délice le long de sa nuque : sa peau blanche marquée au fer rouge par la main du juge, ses longs cheveux bleus dégoulinants dans son dos, la colère qu'il contenait pour ne pas laisser apparaitre ses faiblesses à son bourreau, les joues rougissantes…

A mesure qu'Albafica empiétait l'esprit du norvégien, Minos avait de plus en plus de mal à se concentrer sur les pattes de mouches qu'il avait sous les yeux. Un amant aussi beau que fier… il avait de quoi être un homme heureux…et pourtant, il sentit au plus profond de lui qu'il lui fallait plus, beaucoup plus… Minos ne voulait pas seulement posséder de manière charnelle le chevalier d'Athéna…non son besoin était beaucoup plus obscur et pervers… il voulait dominer le bleuté, le posséder physiquement, s'emparer de son être, accaparer son âme… le besoin obsessionnel et maladif du juge à l'encontre de son ennemi grandissait d'heure en heure…

Minos releva la tête, coudes sur le bois du bureau, massant ses tempes. Le contact de des doigts froids sur la peau de son visage le calma quelques instants…mais pas pour longtemps. Ses yeux se posèrent sur son carnet… le fameux livret responsable du châtiment de son prisonnier. Minos se sentait honteux qu'Albafica ait pu fouiller dans ses papiers les plus intimes. La colère d'être ainsi perçue à jour était équivalente au désir frémissant de l'argenté. Une pression au niveau de son entrejambe le sortit de sa torpeur. Voilà que le simple fait de penser à Albafica lui donnait envie de copuler comme le dernier des obsédés ! Lui qui condamnait si fermement la luxure, le voilà transformé en prédateur avide de chair et de sexe ! Depuis qu'Albafica était réapparut dans l'outre vie du spectre, ce dernier n'était plus vraiment lui-même. Il le savait. Vouloir garder son bien le plus précieux allait lui causer des ennuis. Ses deux frères lui tournaient déjà le dos, attendant plus qu'une simple erreur de sa part pour l'achever.

Minos se concentra sur sa trouvaille pour calmer sa douloureuse érection… Il avait déchiffré, décodé et noté tous les livres, tous les textes, tout ce qui pouvait jouer en sa faveur pour pouvoir garder son prisonnier en toute légalité… Une simple remarque d'Albafica lui avait tendu la perche et il avait saisi cette dernière comme un possédé, prêt à tout pour continuer de vivre ainsi avec le Poisson. Il ferait tout pour le garder prisonnier de son palais. Quitte à l'enfermer dans une cage avec un collier autour du cou. Cela ne lui donnerait aucun remord. Le déposséder de sa hargne pour le rendre aussi docile qu'un agneau, en revanche, cela l'embêtait un peu plus…après tout il voulait un amant exclusif, pas une simple poupée gonflable ! Si son partenaire avait de la conversation et de quoi le stimuler, c'était un grand atout. Même si son envie d'en découdre et de se révolter pouvait se monter épuisant à la longue, Minos aimait le caractère bien trempé du chevalier. Un homme bon et généreux qui cachait sa véritable nature derrière une apparence froide et solitaire émoustillait Griffon au plus haut point.

Son sexe palpitant se faisait encore sentir… Minos relu une bonne dizaine de fois le paragraphe qu'il avait sous ses pupilles améthystes, s'imprégnant de chaque lettre. Il fallait que sa stratégie soit parfaite pour ce qu'il prévoyait de faire… il ne pouvait pas se permettre un faux pas. Et en ce même moment, la tête embuée du souvenir d'Albafica, nu contre lui, faisait perdre la notion de toute concentration ! Il était tenté de descendre sa main au niveau de son sexe pour se soulager…

« Le travail d'abord, pensa Minos, ne pas s'éparpiller, sinon je risque de faire des erreurs. Je ne peux pas me permettre d'en faire, plus maintenant. Jusqu'ici, j'ai fait un sans-faute ! »

Actuellement, dire que le bureau de Minos était en désordre était un bel euphémisme… c'était un vrai champ de mine ! Des papiers partout ! Eparpillés sur le bureau et au sol, allant même jusqu'aux fauteuils. Des feuilles roulées nerveusement en boule sous le coup de la contrariété, des tasses de thé vides qui s'entassaient, des feuilles noircies… le juge lui-même ressemblait à un étudiant de première année à la veille d'un examen… il avait revêtu une tenue décontractée : pantalon bleu sombre, chemise gris perle, pieds nus. Il se fichait pas mal de l'allure qu'il pouvait avoir !

La bosse proéminente déformait le pantalon, des cernes commençaient à manger le visage de Minos, ses pupilles dilatées… Un fauve déguisé en bel homme… Le respectable juge avait une face impassible. Aucun trait ne venait se crisper. Pourtant à l'intérieur de lui, une tempête faisait rage, balayant toutes ses certitudes. La tempête Albafica avait, depuis un moment déjà, entamé son travail et ravageait le norvégien. Tiraillé entre son devoir de juge et son besoin quasi animal de garder le chevalier, le Griffon avait de quoi devenir fou, pourtant il gardait son calme, ne se laissant pas dominer par ses sentiments. Un être tel que lui ne pouvait pas se permettre de se laisser aller de la sorte. Tel l'animal mythique qu'il incarnait, il savait garder son allure fière et majestueuse en toutes circonstances, sans jamais perdre de vue le but qu'il se fixait. Un acharné du travail bien fait. Il était comme ça. Une attitude qui avait toujours porté ses fruits et lui avait fait faire un bond spectaculaire dans la hiérarchie infernale !

Les palpitations dans son sexe se faisaient de plus en plus fortes ! Serrant le poing à s'en faire mal, Minos inspira longuement avant de se jeter dans l'étude des textes anciens. Des textes ayant été rédigés par Hadès lui-même ! La possession de tels ouvrages chez un simple spectre, même un juge, aurait de quoi offusquer les dieux jumeaux qui ne se gêneraient pas pour punir Minos. Heureusement pour lui, Hadès lui avait offert lui-même ses propres écrits il y a très longtemps… du temps où il n'était pas encore formé. La déité avait décelé chez son spectre une soif de connaissance accrue et un esprit vif. Depuis, Minos avait conservé religieusement les parchemins de son maitre. Il n'avait pas besoin, en temps normal, de les consulter mais à présent que la situation l'exigeait, Minos avait lu, avec une rigueur exemplaire, ces lignes qui n'en finissaient plus… son dernier espoir ne résidait plus que dans ces rouleaux, il en était persuadé. L'écriture, d'une divine finesse, était d'une harmonie déconcertante ! Minos en aurait presque jalousé son maitre !

Il se jeta à corps perdu dans son étude, ordonnant à une servante de lui apporter une énième tasse de thé. Toujours le même parfum, un thé noir aromatisé à la rose. Ce breuvage enivrait les sens de Minos, lui donnant la sensation de s'abreuver directement à l'âme de son bleuté. Un parfum fort qui le motivait encore plus dans son étude. Les lèvres encore humides de son breuvage, Minos commença à voir le bout ses recherches. Il était plus que temps ! Passer le reste de la nuit dans son bureau ne l'enchantait pas du tout ! Il préférait largement la passer au plus profond de son prisonnier…

En manque de son amant, Minos se dépêcha de préparer ses affaires. Les mains tremblantes, le pantalon serré, il amassa ses derniers écrits. Il jeta un rapide coup d'œil à son bureau.

« Quel chantier ! »

Heureusement qu'il se retrouvait relativement vite dans son bazar ! Demain tout sera rangé.

…Quand il en aura envie ! Et gare aux malheureuses qui s'aventurent trop près de son repaire. Quoique… ça pourrait le distraire un moment…

Ses reins le lançant douloureusement, il chemina dans les couloirs sombres de Tolomea tout en déboutonnant sa chemise. Si Albafica avait été dans les parages, il l'aurait pris à même le sol sans la moindre gêne. Après tout, il était le maitre des lieux !

Seul le bruit de ses pas résonnait à cette heure. Les longs cheveux neige de Minos se balançant au rythme de ses enjambées, quelques mèches venaient chatouiller son torse couleur ivoire.

Son cœur battait à ses tempes, il n'avait plus qu'une envie : celle de retrouver son amant.

Celui-ci devait sans doute dormir depuis un moment déjà. Qu'importe, il allait devoir se réveiller pour assouvir les pulsions du juge. Juge qui devenait de plus en plus gourmand en matière de sexe… ! Minos le sentait très clairement : il avait toujours eu une vie de spectre sexuellement active mais toujours de manière contrôlée. Il n'avait jamais vraiment compris pas les déviances de son frère Aiacos, toujours très flamboyant dans ses relations ! Quant à Rhadamanthe, le blond restait très discret sur sa vie privée, à se demander s'il en avait une justement ! Mais depuis Albafica, son besoin de dominer et de posséder, de manière presque animale, était devenue plus oppressante…

Griffon entendait bien marquer son territoire auprès des Enfers. Celui qui n'avait pas assez de matières grises pour comprendre l'avertissement s'exposait à une mort lente et très douloureuse…

A ce stade, le seul capable de stopper Minos restait encore Hadès, le maitre du monde des morts… A contrecœur, Minos obéirait aux ordres, comme il l'avait toujours fait, mais avec beaucoup de difficultés cette fois… Et encore, le norvégien se demandait si sa réaction serait exactement celle qu'il aurait. Ne serait-il pas tenté de se battre griffes et serres pour avoir le droit de conserver le chevalier ?

L'heure avancée et la fatigue accumulée commençait à rendre Minos bougon… ! Ces incessantes questions l'irritaient. Au-delà de cet agacement, il y avait une peur viscérale de perdre le seul être qu'il lui faisait perdre la tête… ! Lui qui n'avait jamais connu pareilles sensations… Lui, le calme et pondéré Minos au tribunal, le sadique et pervers Minos sur le champ de bataille… Il avait fallu que les déesses du destin le fassent affronter le seul chevalier capable d'attirer son regard… Un esthète tel que lui n'aurait jamais pu passer à coté de la beauté captivante du Poisson. Une beauté froide et passionnée à la fois, de quoi le rendre fou ! Fou de désir pour cet homme qui était son ennemi.

Tellement perdu dans ses pensées, Minos ne fit même pas attention à des servantes dans le couloir. Les deux jeunes femmes parlaient à voix basse, les bras chargés de serviettes propres. Quand elles virent le juge déambulé, chemise ouverte, le visage impassible, elles ne purent s'empêcher de rougir ! S'écartant promptement pour laisser leur maitre passer, elles furent étonnées de ne pas l'entendre lâcher des remarques acerbes ou bien de chantonner comme il avait l'habitude de le faire… Non, il se contenta de marcher à coté d'elles, sans les regarder, comme si elles n'existaient pas. Quand il fut éloigné, il entendit néanmoins les jacassements des femmes :

« Le seigneur Minos est débordé de travail en ce moment, commença l'une d'entre elles, il n'a pas l'air dans son assiette…

- C'est vrai, ajouta l'autre, et tu as vu ? Il avait sa chemise d'ouverte ! Et je crois… qu'il avait une érection !

- Noooon ! S'offusqua son amie, tu as du mal voir !

- Je t'assure que c'est vrai !

- Ne dis pas de bêtises ou tu vas encore t'attirer des ennuis…

- Quand même… il est tellement beau !

- Hihihi ! Oui, ça, je suis bien d'accord avec toi ! »

Le juge se fichait éperdument de ce qu'elles pouvaient dire, tant que cela n'avait pas un lien quelconque avec Albafica.

« Les femmes…, pensa Minos, ces créatures sont décidemment bien bavardes… »

Bien qu'il ne fût absolument pas contre le fait d'avoir une belle créature dans son lit, le juge était incapable de se souvenir de la dernière fois qu'il avait couché avec une femme… Le syndrome Albafica sans doute…

« Qu'est ce que tu m'as fait, Albafica ? » pensa rageusement le norvégien

Il arriva enfin en face de sa chambre. Minos se mit à rire nerveusement : il devait avoir belle allure !

Il entra dans la pièce plongée dans la noirceur, à la recherche d'Albafica. Ses yeux de spectres, habitués aux ombres, n'avaient aucun mal à identifier les objets se trouvant dans la vaste pièce…

Il fronça les sourcils en s'approchant de son lit. Ce dernier n'était même pas défait ! Signe que personne n'était venu s'y coucher ! Le lit vide et une érection dans le pantalon, Minos poussa une insulte norvégienne bien cinglante !

« FAEN* ! »

C'était très rare et choquant d'entendre le juge proférer des insultes. En tout cas, c'est ce que diraient la majorité des spectres… ses frères savaient que le distingué Minos n'était pas aussi poli en privé… dans l'intimité, le Griffon était capable d'injures toutes plus grossières les unes que les autres… !

Se mordant l'intérieur de la joue, s'empêchant de hurler de frustration, il fit demi-tour pour partir à la recherche du bleuté. Lâchant au passage, d'une voix tremblante :

« Bordel de putain de merde, où est-il encore passé !? »

Il partit en courant à travers le palais, dans la précipitation il se mordit la langue violement, laissant un filet de sang s'échapper de ses lèvres :

« Nom de Dieu ! »

Il refit chemin inverse, recroisant les deux servantes, qui cette fois-ci, partirent se cacher dans l'une des pièces à coté d'elle, espérant échapper à la fureur de leur maitre ! Le juge en ce moment, ressemblait plus à un fou furieux qu'à un juge impartial des enfers…

Il se serait bien passé de cela ! Il n'avait rien contre les parties de cache-cache, bien au contraire… Mais pas aujourd'hui… ! Pas ce soir… ! Était-ce donc si difficile pour le Poisson de se contenter de vivre, presque, normalement au sein de ce palais ? Ne pouvait-il pas se contenter de profiter de cette chance que lui offrait le spectre ? Pourquoi fallait-il toujours que les humains soient aussi insatiables ? Pourquoi ces foutus humains ne pouvaient pas obéir à des règles pourtant simples !?

Le juge, furieux, n'eut pourtant pas à aller bien loin… au bout d'un couloir, une faible lueur brillait… Minos en était certain, cela venait de la bibliothèque… ! Il avait eu son compte de papiers pour ce soir ! Pas question de copuler à l'intérieur !

Il y entra sans douceur, faisant claquer la porte volontairement pour faire entendre sa colère.

Ses pupilles se dardèrent sur la première chose qu'il vit : Albafica, habillé d'une chemise blanche et d'un pantalon noir, confortablement installé sur l'assise d'une des grandes fenêtres en train de feuilleter un ouvrage, il releva la tête sur le juge. Le regard que le juge y lut lui fit encore plus de mal : un mélange de lassitude et de contrariété. Il vit même le chevalier pousser un soupir. D'agacement ? Impossible à dire avec Albafica.

Le bleuté observa le Griffon. Il avait l'air d'un évadé de prison : les cheveux plus aussi lisses, chemise ouverte sur un torse mince et musclé, du sang à la commissure des lèvres, les yeux assombris de désir et de colère…et un renflement très prononcé au niveau de l'aine ! Cette vision du juge l'excita… Le chevalier ressentit même une certaine fierté à rendre le spectre dans un état pareil !

« Si tu te voyais…, commenta Albafica qui se voulait moqueur, on dirait un pervers ! »

Minos serra les dents si fort, les yeux encore plus sombres que d'habitudes, il avança, déterminé, vers son amant. Arrivé face à lui, il lui arracha le livre des mains avant de l'envoyer voler à travers la bibliothèque, sous le regard amusé et surpris d'Albafica :

« Ça va ? Tu prends du bon temps ? explosa Minos

- Quoi ? Je n'ai pas le droit de venir ici non plus ?

- Ne te fous pas de moi ! Pourquoi tu n'es pas au lit ? »

Albafica n'en revenait pas de ce qu'il entendait ! Le grand juge Minos le boudait parce qu'il n'était pas là pour le border. Touché par la réaction du spectre autant qu'il pouvait être déconcerté, Albafica déplia ses jambes pour se placer face à l'argenté :

« Je n'arrive pas à dormir, fit le jeune homme, alors je suis venu ici. »

Loin d'être satisfait de l'explication, Minos se place entre les jambes d'Albafica pour lui voler un baiser fiévreux, un baiser sauvage. Albafica gouta au propre sang du juge dans une caresse buccale très érotique… laissant échapper un gémissement. Minos venait de lui arracher sa chemise avec ses fils, laissant tomber misérablement les bouts de tissus…

Le Poisson regarda les lambeaux de chemise tandis que le juge se colla à lui, peau contre peau, frottant leur sexe l'un contre l'autre à travers le pantalon.

« Je te veux dans mon lit, chevalier ! Je t'ai cherché parce que tu n'étais pas foutu de rester bien gentiment dans ma chambre, j'ai franchement autre chose à faire à cette heure ! Surtout après ce que je viens de faire pour te garder avec moi !

- Minos…., fit Albafica le souffle court, ce que j'ai dit aux thermes…c'était une façon de parler, ne te fais pas de faux espoirs. Tu n'as aucune garantie que ça marc… »

Le Griffon venait de lui couper la parole en l'embrassant toujours plus sauvagement, un baiser affamé et qui gagnait en agressivité. Albafica voulut se laisser aller dans cette délicieuse étreinte alors que la partie encore lucide de son être lui hurlait de se séparer de son ennemi.

« Tais-toi…, murmura le juge, tais-toi…tais-toi… tu ne connais pas encore l'acharnement à l'état pur… je vais te dévorer jusqu'au bout de la nuit pour te faire taire… »

Albafica ressentit le désarroi du spectre, à son grand regret. Il le sentit fragile et pourtant capable de basculer dans la pire des folies à la moindre contrariété !

Le chevalier prit le visage du juge entre ses mains, geste qu'il aurait incapable de faire de son vivant… ! Il se surprit lui-même de la spontanéité dont il faisait preuve !

Il releva le visage de Minos en face du sien, plongeant son regard dans celui de son vis-à-vis :

« Minos…, chuchota Albafica, oublies ce que j'ai dit. Oublies tout pour le moment et allons-nous coucher. »

Le regard perçant du Griffon détailla le visage de son amant, y cherchant une faille. Pourquoi Albafica faisait-il preuve de gentillesse tout à coup ?

« D'où vient donc ce soudain élan de compassion, chevalier ? »

Albafica fixa le torse du juge qui se soulevait au rythme de sa respiration saccadée. Il aurait juré pouvoir entendre battre le cœur de Minos.

« Je…je ne sais pas, avoua Albafica, je ne sais pas quoi te répondre pour le moment… »

Fixant toujours aussi durement le bleuté, Minos lâcha un long soupir :

« Peu importe… à ton tour d'oublier ce que je viens de dire. Il est tard, on ferait mieux d'y aller. »

Les deux hommes quittèrent la bibliothèque et marchèrent silencieusement dans le couloir. Minos n'avait pas pris la main d'Albafica dans la sienne. Les deux ne s'adressèrent pas la moindre parole jusqu'à la chambre, aucun regard pour l'autre…

Les corps en feu et les esprits encombrés, ils arrivèrent à la chambre du juge dans un silence pesant.

Une fois la porte fermée, Minos vint se placer durement dans le dos d'Albafica, baladant ses mains sur son torse musclé, tâtant la chair ici et là, pétrissant les muscles du Poisson. Sa bouche venant dévorer l'oreille du bleuté. Son érection poussant dans les fesses d'Albafica

Incapable de retenir son excitation, ce dernier laissa un gémissement s'élever dans la chambre, collant davantage son dos contre le torse du juge, laissant sa tête reposer sur son épaule…

Minos le fit avancer contre son lit, l'acculant contre le sommier :

« Tu en meurs d'envie, pas vrai ? demanda Minos, tu meurs d'envie que je te prenne ici et maintenant, j'ai raison ? »

Touché dans sa fierté, Albafica chercha à s'extraire de l'étreinte spectrale. Mais Minos ne l'entendait pas de cette oreille. Albafica ouvrit la bouche, haletant :

« Je… je…ne devrais pas… »

Voyant que sa Rose ne lâchait rien, Minos le fit basculer sur le lit le dominant pleinement :

« Je comprends ce que tu peux ressentir tu sais, dit Minos, me compromettre avec un chevalier devrait m'emplir de honte, et pourtant je ne veux pas voir les choses sous cet angle… quand je nous vois, je vois juste deux hommes qui veulent consommer le désir qui les dévore… En ce qui me concerne, tu t'es frayé un chemin dans ma tête pour ne plus jamais en sortir. Tu ne peux pas savoir à quel point ça m'a mis en colère les premiers temps… »

Tout en parlant, Minos serra le drap dans son poing si fortement que son bras entier en trembla :

« J'ai plus d'une fois eu l'envie de te déterrer de ta prison pour te saigner à blanc… je voulais mutiler ce corps et ce visage qui me rendaient fou… Tu comprends ce que je dis ? »

Albafica écoutait attentivement les paroles de son geôlier. Incapable de répliquer, et pourtant incapable d'admettre le point de vue de Minos. Une attirance physique était plus qu'évidente entre eux et ils voulaient assouvir ce besoin. Mais c'était d'autant plus difficile à envisager pour lui qui n'avait jamais connu les rapports physiques, les contacts quels qu'ils soient… et à présent qu'il avait l'occasion de se laisser aller, il voulait en profiter pleinement.

« Je te veux, Minos. Mais mon devoir… je suis au service d'Athéna. Je ne sais pas quoi faire ! »

La phrase resta un moment en suspens, flottant dans les airs. Le juge cessa toute caresse pour regarder son chevalier dans les yeux :

« Tu te tirailles l'esprit pour rien, fit le norvégien, profites de moi, de nous… »

Minos acheva Albafica en venant clore ses lèvres d'un baiser doux et léger. Albafica se laissa aller, encore une fois, profitant de son amant pour le reste de la nuit. Leurs corps, moites de sueur et leurs baisers dévorants les laissèrent pantelants, les privèrent de toutes raisons. Ils firent l'amour de la plus douce des façons. Minos en cuillère derrière Albafica, lui arrachant des cris de plaisir à chaque coup de reins. La nuit fut longue pour les deux hommes qui profitèrent des dernières heures qui leur restaient, alternant les positions. Minos toujours dominant. Fatigués et vidés de leur énergie, les deux hommes repartirent dans une étreinte torride, de peur que cette nuit ne soit leur dernière…

Le matin arriva trop vite à leur gout. Albafica dormait sur le torse du juge, lui-même ayant placé un bras autour de son homme. Epuisé par cette nuit et pourtant pleinement satisfait, Minos se leva du lit pour aller faire une rapide toilette, laissant Albafica dormir tranquillement.

Il déambula, nu dans son palais, en sifflotant un air de son enfance. Du temps ou il était encore humain. Pourquoi il se souvenait de cela tout d'un coup ?

Les sœurs noires qu'il croisa se couvrirent les yeux, rougissant et en hoquetant de surprise.

Le juge se sentait bien. Il avait passé une nuit délicieuse, une des plus belles qu'il avait vécu, toutes vies confondues. Albafica avait été un amant exemplaire. Doux, ouvert et passionné. Un met raffiné et délicat comme on avait peu l'occasion d'en gouter.

Il prit un bain, prenant son temps, appréciant les souvenirs de cette nuit.

Quand il revint dans la chambre, lavé et habillé mais n'ayant pas encore revêtu le surplis, Albafica était levé, assis dans le lit. Quand Minos le vit, il crut que son souffle s'arrêtait pour la première fois. Cet homme était si beau, il était son Apollon, il était à lui.

Albafica des Poissons était à lui. Cette pensée l'électrisa autant qu'elle le rendit fier. Elle le faisait tournoyer dans une spirale infernale, oscillant entre l'envie et l'avidité.

Le chevalier lui sourit timidement. Minos lui répondit par un baiser. Le besoin de le reprendre commença à se faire sentir :

« Je crois que je ne pourrais jamais être rassasié de toi…, dit Minos, je pourrais passer les prochains siècles dans ce lit avec toi. »

Rougissant légèrement, Albafica entoura la nuque du juge de ses bras pour approfondir le baiser. Le jeune homme savourait lui aussi ce contact si agréable, un contact dont il a si longtemps été privé de peur d'empoisonner ses pairs.

« Tu es… le seul à avoir pu me toucher et à me faire sentir comme en ce moment, dit Albafica, je découvre ses sensations alors que je suis mort… Quelle ironie… !

- Mais j'espère bien que je suis le seul, feula Minos, ce n'est pas si anodin quand on y réfléchit… Après tout, « orgasme » ne signifie pas « petite mort ? » »

Albafica sourit malgré lui à ce jeu de mot bien trouvé. Il aurait voulu profiter de Minos encore un peu. Il resta accroché au juge, lèvres scellées. Comme il aurait aimé arrêter le temps ! Par manque d'air, le baiser prit fin tout en douceur :

« Je vais avoir encore une longue journée, fit Minos, tu vas devoir rester seul encore aujourd'hui.

- J'ai été seul une bonne partie de ma vie, tu sais ? La solitude est une vieille amie…

- Je sais, ma Rose… ma fleur solitaire… »

Albafica, soudainement nostalgique, se livra :

« Mes amis me manquent pourtant… ils étaient très compréhensifs et très touchés par mon sort… la plupart n'osaient pas m'approcher, sauf un… »

Le Poisson ne sentit pas son amant se crisper légèrement. Minos attendait la suite, n'aimant pas d'avance ce qu'il allait entendre :

« Manigoldo du Cancer…, continua Albafica, ce chevalier était, pour ainsi dire, mon seul ami réellement proche… Un type un peu bourru mais gentil dans le fond… il ne me lâchait pas, même quand je le rejetais, il s'acharnait, un peu comme toi, ne démordant jamais. Il était toujours flanqué avec moi ! Dès qu'il le pouvait, il s'arrangeait pour venir avec moi. Je pense qu'il se sentait coupable de me laisser seul, sans jamais penser que ce statut de solitaire ne me gênait nullement. Il était un peu ce gros dur au cœur tendre. »

Le Griffon ne répondit pas, ses yeux braqués sur son amant, ne cillant pas et avait arrêter de respirer… ce qu'il venait d'entendre lui déplut fortement. Albafica connaissait ce regard, vide et froid, un regard qui n'annonçait rien de bon. Se rendant qu'il était allé trop loin, Albafica tenta de rattraper la chose :

« Minos ?

- Ce Manigoldo….vous étiez donc très proches… »

Le Poisson, blessé que son amant n'ait pas saisi le fond de la discussion, se recula de Minos :

« Je te l'ai dit, nous étions amis, c'est tout. »

Minos se releva, lentement, les pupilles tremblantes d'une rage sous-jacente :

« Je suppose, siffla Minos, qu'il aurait aimé être plus que ton ami… »

Voyant parfaitement où Minos voulait en venir, Albafica ne rentra pas dans son jeu :

« C'est très peu probable. Manigoldo était typiquement un coureur de jupons, il aimait plus les femmes.

- Qu'est ce que tu en sais ? demande Minos, doucereusement. Qui te dit qu'il ne t'a jamais convoité… ?

- Je connais Manigoldo et je te répète que ce n'est pas possible. Je ne peux donc pas te parler sans que tu voies le monde entier comme un rival… »

Minos, blessé dans son orgueil et surtout aveuglé par l'obsession envers le chevalier d'Athéna, ne pouvait concevoir que sa Rose puisse être convoité par un homme, indirectement ou non.

« Tu ne comprends donc pas, fit Minos écœuré, es-tu donc naïf au point de croire que les hommes que tu as côtoyé de ton vivant étaient tous des êtres auréolés de sainteté ? Qu'aucun d'entre eux n'auraient pu avoir des pensées impures à ton égard ? La solitude de ta misérable vie terrestre t'aurait-elle ramollie le cerveau ? »

N'aimant pas le ton qu'il prenait, Albafica se leva du lit. Il fut saisi fermement au cou par la main d'un Griffon rongé par la jalousie.

« Minos, prévint le bleuté, lâche-moi.

- Non. »

Sans le prévenir, Minos le projeta sur le lit sans ménagement. Albafica lui adressa un regard noir :

« Je me doutais qu'un être de ton espèce serait bien incapable de comprendre autre chose que ses propres désirs ! »

Rageusement, le Poisson voulut donner un coup de poing à son interlocuteur. Poing qui fut stoppé par des fils cosmiques :

« ….Grrrrrr…viens donc te battre à la loyale pour une fois, Minos du Griffon !

- A la loyale ? Hahahaha ! Tu en as de bonnes, tu sais ? Je ne me bats pas avec les morts, Albafica. En revanche, je peux disposer de toi comme je le souhaite.

- Tu n'as donc rien écouté à ce que j'ai dit ? Les juges d'Hadès seraient-ils donc des brutes incultes et primaires ?

- Misérable humain… je devrais te rappeler qui est ton maitre à ton présent !

- Tu ne m'écoutes même pas ! Hurla Albafica

- Silence, larve ! »

Usant de sa technique, Minos immobilisa le chevalier au matelas ! Albafica fut déboussolé par le brusque changement de comportement de l'homme qui fut si doux avec lui quelques heures auparavant… meurtri au plus profond de lui, il voulut dire quelque chose mais Minos ne lui en laissa pas le temps, venant le chevaucher sans aucune question :

« Tiens, tiens, ricana Minos, comme un air de déjà-vu… »

Une lueur de convoitise brilla dans les yeux du juge, fugace. Indéniablement présente et ce depuis le premier jour.

« Minos… libères-moi.

- N'y compte pas trop, je vais devoir te dresser encore un peu… tu ne me désires pas tant que ça apparemment puisque tu parles ouvertement d'un autre homme devant moi…

- …Qu'est-ce que tu racontes… ? Tu es fou… il était mon ami. Ami. Ce terme aurait-il une autre signification aux enfers ou bien est-ce que tu veux seulement entendre ce qui t'arrange pour pouvoir me châtier comme bon te semble ?

- Tu prétends donc me désirer… c'est encore plus vicieux… »

Un rictus vint déformer le visage de Minos, yeux fous :

« Minos, dit Albafica presque tendrement, je te désire, c'est la vérité. Comme jamais je n'ai désiré quelqu'un auparavant.

- Puisque te le prends sur ce ton, tu vas devoir me prouver que je ne me trompe pas, grommela Minos nullement ému. »

Il quitta le lit et défit sa technique, libérant le pauvre Albafica de son emprise. Il massa ses poignets endoloris. Sous ses yeux, le sexe en érection de Minos jailli de son pantalon, tendu d'envie :

« Suce-moi, Albafica. »

Choqué par le langage cru du juge, le chevalier ne put s'empêcher de regarder le membre du spectre. Il leva les yeux vers son visage. Ce qu'il y avait dans les yeux du Griffon était d'une évidence limpide. De la colère et de la jalousie.

« Alors, s'impatienta Minos, tu hésites d'un coup ?

- Moi qui croyais comme un crétin que tu pouvais comprendre les humains. Toi qui nous juges à longueur de journée…mais je me rends compte que tu n'as jamais cessé d'être cette créature vile et tellement imbue d'elle-même. Un spectre…

- Ne crois pas pouvoir gagner du temps avec ton plaidoyer. Fais ce que je t'ordonne, suce-moi. »

Ecœuré par le comportement du juge, Albafica empoigna la virilité du juge sous le regard de ce dernier :

« Je ne le fais pas parce que tu me l'as ordonné, Minos. Ni même pour te prouver quoi que ce soit. Je le fais parce que ce contact, dont j'ai si longtemps été privé, est devenu une drogue pour moi et que je suis devenu dépendant de l'être qui m'a insufflé ces caresses. »

Sans un mot de plus, le chevalier avala entièrement la verge du juge dans sa bouche, faisant glisser entre ses lèvres le membre dressé. Minos en poussa un gémissement de plaisir. Le Poisson allait et venait avec sa bouche, faisant soupirer le spectre, accentuant la pression avec sa langue. Minos attrapa la tête du chevalier, lui indiquant la bonne cadence. Au bout d'un moment, le plaisir le secoua entièrement tandis que l'orgasme s'empara de lui. Albafica avala entièrement la semence du juge, n'en laissant rien. Il essuya sa bouche du revers de sa main. Il planta ensuite un regard dans celui du juge, un regard empli de dégout et de colère. Envers lui-même.

« Je l'ai fait parce que j'en avais envie. Douterais-tu encore, Minos du Griffon ? »

Encore haletant par cet orgasme violent, Minos remonta son pantalon avant d'embrasser Albafica. D'une tendresse inouïe. Le chevalier s'en voulut de se sentir fondre.

« Je te promets de tout faire pour te garder avec moi, Albafica. Je te le jure. »

Puis il quitta la pièce avant d'être tenté de rester plus longtemps avec le beau jeune homme. Laissant là un chevalier déboussolé et sentant plus seul et perdu que jamais…

Le Griffon prit son envol pour le premier Tribunal. En se posant sur le sol marbré, il fut interpellé par un Markino du Squelette, un spectre de bas étage, toujours fourré dans les parages :

« Seigneur Minos, appela Markino de sa voix raillarde, j'ai une doléance de la part d'un spectre… il souhaite s'entretenir avec vous au plus vite et…

- Assez ! Ce n'est pas ton rôle, Markino ! Tu dois surveiller le tribunal, pas jouer les facteurs !

- Mais… c'est du plus grand intérêt et on me l'a remis en mains propres…

- Regarde bien mon visage, fit Minos sévère, tu y vois une quelconque expression ? Non. Donc aucun intérêt pour moi. Et qui oserait s'entretenir avec un juge d'Hadès au tout début de sa journée de travail ?

- C'est moi, fit une voix derrière lui, je demande immédiatement un entretien avec le juge du Griffon. »

Cette voix… pas de doute, il s'agissait d'Aiacos du Garuda. Son frère venait lui chercher des noises dès le matin. Une très mauvaise idée…

« Aiacos, fit Minos faussement poli, tu as besoin de plumes et d'encriers, peut-être ?

- Rien de tout cela, je te remercie, répondit le népalais sur le même ton. Tu es en forme, dis-moi. Je te trouve pourtant une petite mine, la nuit a dû être courte…

- Tu viens t'assurer que je dorme correctement la nuit maintenant ? Qu'est-ce que tu veux ?

- Ooooh, fit Aiacos, d'une humeur de Griffon à ce que je vois. Ton chevalier t'a-t-il envoyé sur les roses ? »

Les deux juges se firent face dans une tension tout à fait incroyable. Le pauvre Markino, planté entre les hommes, fit son possible pour se rendre invisible. Sans succès.

« Tu veux quoi, Aiacos ?

- Un autre combat. Maintenant. J'ai affecté Rune à ta fonction pour la journée.

- Pardon ? Tu peux répéter ?

- Tu as entendu. Je refuse de me répéter. Choisis le terrain. »

Avisant son frère et collègue, le Griffon lâcha un rire méprisant :

« Quelle bonne plaisanterie ! Je refuse de me battre contre un spectre frustré, en manque de puissance. Va donc rejoindre ton aile pour te défouler un peu. »

Le Griffon planta le Garuda :

« C'est dangereux de me tourner le dos, Minos… »

Aiacos chargea une petite mais puissante boule de feu dans sa main. Le cadet était prêt au combat et comptait clamer sa toute-puissance. Au moment de la lancer, il fut interrompu par la main d'une Wyverne, tendue au possible :

« On n'a pas le temps pour ça, Garuda.

- Tssss, mêle-toi de tes affaires le dragon !

- Décidemment, c'est la journée des casse-pieds aujourd'hui, lâcha Minos, on ne peut pas travailler tranquillement.

- Minos, amena Rhadamanthe, Aiacos disait vrai. Rune te remplace pour la journée.

- Tu plaisantes, j'espère.

- Nullement, répondit l'anglais, quant à nous, nous sommes convoqués chez Dame Pandore. Tout de suite. »

Un long sifflement de la part d'Aiacos vint rompre le silence :

« Il vaut mieux pour toi que tu aies des arguments de poids, Minos. On t'avait dit qu'on ne mettrait pas longtemps à monter un dossier contre toi. »

Effectivement, pas longtemps voulait dire « une journée » pour les juges. Minos sourit à la provocation à peine déguisée de son frère…

Il avait non seulement les arguments mais en plus la preuve irréfutable qu'il pouvait garder le chevalier d'Or, Albafica des Poissons dans sa demeure. Puisqu'il était écrit de la main d'Hadès lui-même…


* Faen : la petite insulte de Minos veut simplement dire "merde" en norvégien ^^